Viou, de Henri Troyat

Arrache coeur

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Sylvie a 7 ans et vit chez ses grands-parents paternels depuis que son père est mort. Il a perdu la vie, deux ans auparavant, lors des combats de 1945. Il était médecin sur le front. Sa mère, secrétaire médicale, vit sur Paris où elle travaille dur. Elle essaie de se reconstruire. La famille est propriétaire d’une usine de matériaux de construction et vend du charbon. Grand-père et grand-mère ne se parlent pas. Les rares échanges sont agressifs et brefs, Viou ne comprend pas pourquoi. Viou est le doux surnom que lui ont donné ses parents. Un surnom qui sent bon le bonheur passé. Au domaine, le dimanche est réservé à la messe et aux interminables promenades au milieu des tombes du cimetière voisin. De retour à la maison, grand-mère recommence à parler de son fils que la mort a fauché si injustement. Et chaque dimanche, elle sort son uniforme impeccablement entretenu, comme si il allait revenir…Voilà comment se déroule la journée dominicale pour Viou. Mais la petite fille n’en peut plus. Personne ne voit sa souffrance, un père à jamais disparu et une mère absente. Et toujours ce culte du mort dans cette maison qui transpire l’austérité, avec une grand-mère si sévère et si intransigeante avec sa petite fille. Viou est au bout et en fait ne sait pas si elle souffre plus de la mort de son père que de l’absence d’une mère dont le parfum, la gentillesse, la délicatesse et tout simplement l’amour sont si réconfortants. Son père était brillant et Viou se doit d’être aussi brillante que lui, ainsi l’a décidé sa grand-mère. Elle doit faire honneur à sa mémoire et surtout ne pas ressembler à sa mère. Quelle offense, que c’est lourd pour une petite fille de 7 ans. Pourquoi tant de haine envers la maman de Viou ? Jamais une marque d’affection alors que toutes les mamies sont là pour câliner leurs petits. Viou était trop petite quand son papa est parti. Les souvenirs sont flous, presque inexistants. Heureusement, il y a tante Madeleine pour parcourir les album photos et parler de sa vie d’avant… Mais comment dire à une mère qu’elle lui manque, que cette séparation rend la vie insupportable. Comment Viou, cette fillette si tourmentée, arrivera t-elle à affronter les événements tragiques qui jalonnent son existence ?

Viou est une très jolie histoire émouvante qui dépeint parfaitement les codes de la vie bourgeoise. Viou, une petite fille triste que la vie n’épargne pas et qui du haut de ses 7 ans ne comprend pas toujours les adultes. Une grand-mère très sévère qui, rongée par la mort de son fils, ne laisse paraître aucun sentiment à l’égard de sa petite-fille. Un roman fort en émotions où le profil de chaque personnage est décrit avec soin, où le lecteur perçoit à travers les yeux de Viou toute la rigidité de la vie des gens de bonne famille. L’absence des êtres aimés est très présente et constitue le fil conducteur de ce roman.

Si c’est pour l’éternité, de Tommy Wallach.

Une  magnifique lecture parfaite…

Si-c-est-pour-l-eternite      Parker, 17 ans, muet depuis le décès tragique de son père, vit à San Francisco et est en classe de Terminale. Cependant, les cours ne l’intéressent pas vraiment : il préfère jouer les pickpockets dans les grands hôtels de la ville et rédiger des récits fantastiques dans son journal.

     Un jour, le jeune homme se fait repérer par l’étrange jeune femme à la tristesse parfaite à qui il vient de dérober une grosse somme en liquide : Zelda. Celle-ci ne souhaite pourtant pas particulièrement récupérer son bien et préfère aller le dépenser avec Parker jusqu’au dernier centime. L’après … peu importe pourvu qu’ils s’amusent ! De toutes façons, Zelda a décidé de mettre fin à ses jours, persuadée d’avoir déjà vécu plusieurs siècles. Au fil de leurs aventures, Parker parviendra-t-il à l’en dissuader ?

     La tristesse parfaite, ça existe. Je le sais parce que je l’ai vue. En général, les gens réservent le mot « parfait » à des concepts positifs : une note parfaite en maths, une assiduité parfaite en cours, un 1080° parfait en skate. Moi, je préfère l’utiliser pour décrire quelque chose – n’importe quoi, même un truc complètement pourri – qui correspond exactement à sa définition. Une haleine matinale parfaite. Une gueule de bois parfaite. Une tristesse parfaite.

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     Pour moi une lecture parfaite, dans les deux utilisations du terme ! L’intrigue, réfléchie et très bien menée, mêle les genres jusqu’aux dernières lignes. La chute est elle aussi parfaite, surprenante et très bien trouvée. Les mini-récits fantastiques imbriqués dans la narration prennent alors tout leur sens. Enfin le propos, même traduit, reste très poétique et pousse à la réflexion.

     Conseil aux futurs lecteurs (dès la [fin de] quatrième pour les habitués) : ne vous arrêtez pas au résumé très difficile à faire au vu de l’originalité du texte et ouvrez ce livre, la lecture vous emportera !

[…] Tandis que vous faisiez vos premiers pas dans le salon, ce parangon de Whisky absorbait lentement toutes les saveurs du bois vieilli, gagnant en richesse et en complexité à chaque heure qui passait. Et durant tout ce temps, alors que vous deveniez des bambins, puis de jeunes enfants, puis que vous franchissiez les portes épineuses de la puberté pour venir enfin vous poster sur le seuil de l’âge adulte, une partie de l’alcool s’évaporait lentement mais sûrement du tonneau. C’est ce qu’on appelle la part des anges, celle qui disparaît avec les années. […] Comme beaucoup de choses dans la vie, l’alcool a la réputation de se bonifier avec l’âge. Néanmoins, nous ne devons pas oublier que nous perdons un peu de nous au fil des ans. C’est la part des anges qu’il nous faut sacrifier.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, de Christine Arnothy

Le droit à la vie…

Afficher l'image d'origineChristine Arnothy a quinze ans en 1945. Elle est Hongroise, issue d’une famille bourgeoise, elle doit vivre dans une cave pour se protéger des nazis venus occuper la ville.

C’est le témoignage poignant et émouvant d’une adolescente qui ne veut pas mourir. Trop jeune pour que sa vie s’arrête, trop jeune pour vivre les atrocités d’une guerre. Elle a dû rester enfermée pendant deux longs mois. Les rares moments où elle pouvait sortir c’était pour aller chercher de la nourriture et là elle voyait la dure réalité des combats en marchant entre les cadavres de chevaux et d’hommes.

A la libération, le calvaire a continué puisque les sauveurs vont être plus cruels que les Allemands. Christine et sa famille vont devoir fuir leur pays quelques années après et trouveront asile en Autriche dans un camp de réfugiés. Christine trouvera son salut en travaillant en France comme nurse mais elle enchaînera les galères. D’ailleurs elle écrira une suite « il n’est pas si facile de vivre », où on sentira que sa reconstruction est difficile car marquée à jamais par toutes les atrocités qu’elle a vécues. Elle a vingt ans. Elle veut partir en France. Elle est étouffée par la présence de ses parents et elle décide de mener sa vie seule.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir raconte la guerre sans critique politique, le récit est dramatique et nous montre toute la cruauté des combats. Les scènes violentes ensanglantent la jeune fille qui s’accroche à ses lectures pour ne pas sombrer. Elle avait emporté un livre de Balzac et de Dickens. Elle n’a que quinze, elle ne peut pas mourir..Elle est jeune, la guerre ne peut pas l’arracher à la vie .. La guerre qui lui a volé son adolescence ne peut pas non plus la détruire..

Tout son témoignage repose sur ce qui se passe autour d’elle mais ne s’étend pas aux combats, c’est le récit de son quotidien dans cette cave.

Le lecteur va se rendre compte aussi que tout peut devenir malsain et désordonné après la guerre.Les gens souffrent et essaient de survivre en pillant, en devenant méchants à leur tour. Il n’y a plus de code moral, c’est l’instinct animal qui prend le dessus.

quelques passages :

….. »Dans l’intervalle, entre les coups directs atteignant la maison, je pensais à mon livre, me disant que, même s’il restait intact, je ne connaîtrais jamais la fin du roman, puisque tous en bas, dans cette cave, nous allions mourir «

« les jours se traînèrent. Nuits de cauchemars, combat contre un monde de fantômes. Mon pays de rêve s’était évanoui. Le sommeil ne me menait plus vers l’apaisement, mais vers les paysages lunaires du mal et de l’horreur »

« une âpre fierté m’envahit à l’idée qu’à quinze ans, j’allais mourir d’une mort de grande personne »

Là on sent que Christine grandit et mesure combien la situation est grave. Plus d’espoir de s’en sortir…

La première partie s’achève sur cette phrase de Christine :

« Comme ce serait bon de naître »

La jeune vie de l’adolescente n’est faite que d’angoisses, d’atrocités, de scènes d’horreur. Elle n’a que quinze ans et elle est fatiguée ….Fermer les yeux, faire comme si rien ne s’était passé, commencer à vivre…avoir l’esprit vide…

II faut savoir que Christine Arnothy a fui en emportant son journal cousu dans son manteau. J’imagine que si il avait été découvert elle n’aurait pas survévu à ces écrits..

Elle a eu une vie très dure mais elle a toujours affronté les difficultés pour pouvoir un jour réaliser son rêve: écrire son livre. Elle veut devenir écrivain donc elle doit s’en sortir et je pense que le but qu’elle s’est fixée va l’aider malgré tout à se battre et à espérer.

J’ai lu cette autobiographie quand j’avais l’âge de l’auteur et je dois dire que son histoire m’a émue, touchée. J’étais adolescente, j’avais le même âge que Christine donc je me suis identifiée totalement à elle . J’ai reçu son témoignage comme une confidente et je l’ai accompagnée pas à pas dans toute ses périodes de galères. On vit la guerre de l’intérieur, à travers une adolescente qui a toute l’innocence de son âge et qui va vite grandir . On peut faire un léger parallèle avec « le  journal d’Anne Frank » adolescente de treize ans, qui aura moins de chance car elle décèdera du typhus dans un camp de concentration.

Ces deux jeunes filles ont abordé l’atrocité de la guerre et leurs ouvrages constituent de précieux témoignages. Toutes les deux voulaient devenir écrivains.

Je conseille également de lire « il n’est pas si facile de vivre » qui se termine ainsi et résume l’état d’esprit de Christine qui a peut être enfin trouver la paix…

…. Moi je trouve que c’est naturel. Je voulais nourrir mon enfant, je voulais lui faire boire ma vie…. C’est l’accomplissement miraculeux. C’est le bonheur. Tout le bonheur ?….

Lisez ce livre sans modération…

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La chanson interdite 1917 de Eric Simard

Le chant de la révolte…

 11.jpgJean, fils de paysan, a perdu ses parents. Orphelin, il va devoir désormais vivre, à Thiers, chez son oncle, Auguste, un émouleur. Nous sommes en 1908, la coutellerie fait vivre la région, des millions de couteaux sont vendus dans le monde. Donc naturellement, Jean va être formé par Auguste qui va lui transmettre son savoir. Auguste a une fille, Violette, qui va tomber très vite sous le charme du jeune homme. Jean est un poète et met en vers toutes ses révoltes. Il va donc passer son temps entre l’atelier de son oncle et la mise en chanson de ses humeurs. Quand la guerre éclate et qu’il se retrouve sur le front, il déverse sa haine et dénonce le commandement dans des lettres qu’il envoie à Violette. Il va écrire une chanson qui sera censurée par les officiers car trop contestataire. C’est la chanson de Craonne qui exprime la colère et le ras le bol des «Poilus». Il parviendra, malgré tout, à transmettre  les paroles dans une dernière lettre adressée à sa fiancée, d’une manière ingénieuse, sous forme d’acrostiche. Jean paiera de sa vie son esprit rebelle.

Eric Simard signe là un roman superbe sur la première guerre mondiale. J’ai adoré la manière avec laquelle le sujet est traité. La narratrice, Violette, s’adresse du début à la fin à Jean. Le lecteur partage leur intimité, un lien privilégié va alors se créer. La jeune femme nous livre les lettres de Jean, écrites au front. Ce récit est riche en poésie et nous fait découvrir les dessous de l’écriture en vers, notamment les acrostiches. Ce style d’écriture sera utilisé pendant la guerre pour délivrer des messages codés. La chanson interdite est un livre fort, touchant, plein d’émotions.

L’horizon bleu, de Dorothée Piatek et Yoann Hamonic

La mort au bout du fusil…

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Elisabeth est mariée à Pierre, 20 ans, instituteur dans son village à Haubourdin, dans le Nord. Ils s’aiment et sont heureux. Pierre a promis à sa femme de l’emmener voir la mer, depuis le temps qu’elle en rêvait… Ce bonheur va être de courte durée. Nous sommes en juin 1914 ….L’Allemagne menace la France, l’angoisse monte. La population s’attend à tout moment à une déclaration de guerre. Un ordre de mobilisation générale est annoncé, les hommes de 18 à 48 ans sont réquisitionnés. Pierre doit partir, lui qui n’a jamais tenu une arme va devoir se battre.Nous sommes le 3 Août 1914. Pierre sera loin des siens, de ses élèves durant 4 années terribles. Jamais les époux n’ont cessé de s’écrire, de s’aimer. Leurs échanges de correspondance témoignent de l’atrocité des combats que supportent très mal Pierre.

L’auteur alterne le récit et les lettres des époux. Elisabeth nous raconte la période avant guerre et le départ déchirant de son mari. Puis les combats commencent …Le lecteur va basculer dans l’atrocité des batailles, partageant le ressenti, la crainte, l’effroi des soldats. Pierre est inquiet, souffre d’être séparé d’Elisabeth, il a peur de mourir et petit à petit on sent que la guerre le dépasse, il perd espoir de rentrer. La guerre le change, il écrit à sa femme qu’il n’est plus le même, il a l’impression de sombrer dans la folie et s’en excuse.

Trois ans et demi que j’ai quitté la maison. Trois ans et demi plongé dans un abîme de douleur, trois ans et demi sans la douceur de ta peau. Je ne suis plus un homme. Je crains que la folie ne se soit emparée de moi. L’espoir m’a quitté, il ne me reste plus que la résignation d’une vie gâchée. Je ne rentrerai pas, Élisabeth, cette guerre c’est pour la vie.

Si Dieu me permet un jour de regagner ma maison, sache que mon corps sera de retour, mais que Pierre, l’homme que tu as connu, demeurera au front pour toujours.

Il y a d’un côté les combats, les hommes qui ont dû laisser femmes et enfants pour s’empêtrer dans une guerre qui n’est pas la leur et de l’autre les familles abandonnées qui doivent s’organiser. Les femmes vont alors jouer un rôle important car elles vont devoir se débrouiller et s’occuper de toutes les tâches qui jusque-là incombaient aux hommes.

Ce récit marque parfaitement la progression de l’état d’âme de Pierre. Au début, il ne sait pas ce qui l’attend et pense revenir très vite. Au fil des pages, on se rend compte de sa désillusion, de sa crainte d’être tué . En parallèle, Elisabeth ne sait plus comment le soutenir et sent elle aussi que son mari lui échappe. Il est résigné. Ils s’accrochent tous les deux à leur amour sans faille à travers leurs écrits, ce qui les rend attachants, émouvants. Ils ne font pas la même guerre, lui se bat contre l’ennemi, elle, se bat pour survivre au quotidien, elle remplace même son mari pour que l’école ne meurt pas et que les enfants aient un semblant de vie « normale ».

L’entraide est importante aussi, chacun doit soutenir l’autre, autant sur le front que dans les villages.

Les illustrations sont magnifiques, sombres traduisant parfaitement l’état d’esprit des tranchées et de la difficulté des familles.

Les soldats sont envoyés à Verdun, guerre qui fut très sanglante.

Native de Lorraine, je suis tentée de faire un petit point d’histoire. Verdun se trouve dans le département de la Meuse et non loin de là se trouvent les Vosges. A l’époque relatée dans cet album, l’Alsace et une partie de la Lorraine avaient été conquises par les Allemands et se sont retrouvées derrière une frontière qu’on a appelé la ligne bleue des Vosges. Dans ce récit, l’uniforme des soldats étaient bleu gris. Le titre l’horizon bleu peut-il faire référence à ces deux faits ? Ou est-ce tout simplement tous ces soldats avec leurs uniformes bleus qui avancent dans un dédale d’horreur ?

Un très bel album, émouvant et sensible.

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La marraine de guerre, de Catherine Cuenca

Femme de l’ombre…

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Etienne a 22 ans. Il essaie de rester en vie, de sauver son pays, de survivre dans les tranchées. Nous sommes en novembre 1916 dans l’Est de la France. Les combats sont atroces, les hommes progressent dans la boue, dans le sang. Le moral est au plus bas. Essayer de résister sans dormir, en mangeant peu, au milieu des cadavres et de la saleté. Penser à ses proches qui souffrent et tremblent de les savoir à chaque instant aux portes de la mort …..Etienne tente de tenir et ne comprend pas toujours pourquoi il doit tuer, pourquoi cette guerre. Il voit mourir ses camarades, il n’en peut plus. Etienne est jeune, innocent, sa place n’est pas dans ces tranchées, au milieu de tant de barbarie !

Est-ce vraiment dans cette direction que je devrai envoyer mes balles, pour abattre tant d’hommes innocents?  » Oui, il le faudra « , pense Etienne. Pourquoi ? Parce que sinon, c’est moi qui mourrai. Pourquoi ne pas mourir ? Parce que l’espoir idiot me tient que la guerre finira un jour et que je pourrai encore profiter de la vie.

Et pourtant le quotidien est moins dur depuis qu’il échange une correspondance avec une femme qui a accepté de devenir sa marraine de guerre. Elle lui envoie des lettres de réconfort avec des colis qu’Etienne partage avec ses amis. Le jeune soldat s’est attaché à elle, il puise ses forces dans l’écriture. Il se fait gentiment chahuter par ses camarades mais qu’importe, Marie-Pierre l’apaise.

Cher Etienne,
Je vous envoie quelques provisions, en espérant qu’elles vous parviendront intactes. Comme j’aimerais que Noël soit une trêve qui vous redonne force et espoir ! Je prie chaque jour pour vous. Quoi qu’il advienne, écrivez moi. Je vous embrasse affectueusement.
Marie-Pierre

Il ne sait pas grand chose d’elle, elle habite Saint-Etienne et s’appelle Marie-Pierre. Son souhait le plus cher serait de la rencontrer. Mais cette saleté de guerre lui laissera-t- il le temps d’aller la voir ?

La marraine de guerre est un témoignage poignant du calvaire des soldats. Le lecteur est en immersion dans les tranchées avec ces hommes. C’est un roman très réaliste qui met en avant le ressenti des poilus de 14-18 exposés à de terribles combats. Une véritable « boucherie » …. la vision de l’horreur s’agrandit de jour en jour, c’est à la limite du supportable. Le récit est entrecoupé des lettres échangées entre Etienne et Marie-Pierre ce qui permet au jeune engagé, ainsi qu’au lecteur de souffler entre deux combats. Ce récit met en avant aussi le rôle important de toutes ces femmes qui ont soutenu les soldats. D’une certaine façon, elles aussi ont fait la guerre.

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Les beaux lendemains de Saint-Chanas, de Véronique Lesimple

Au revoir les fantômes…

1919…. La France encore meurtrie par des années de guerre essaie de renaître de ses cendres. Les hommes, des survivants de combats acharnés, meurtris par leurs blessures morales et physiques, errent dans une vie qui ne leur appartient plus, dans une vie pleine de fantômes et de cauchemars. Armand, jeune lieutenant, est de retour et trouve un poste de régisseur dans un château, dans la Drôme, grâce à un ami d’enfance. Un domaine qui perd pied depuis la mort du baron, délaissé par les occupants qui ont sombré dans la douleur et le chagrin. Seul, le personnel essaie tant bien que mal de s’occuper de la propriété. A son arrivée, Armand fait la connaissance de Louise, une veuve inconsolable, murée dans sa souffrance, qui ne quitte plus sa chambre et d’Hubert son frère, qui a perdu la vue dans les tranchées. Ce dernier végète dans un état dépressif depuis plus d’un an, attendant que la mort vienne le chercher. Tous deux n’ont plus la force d’affronter la réalité et se laissent aller dans leur malheur. Charles, le petit garçon de Louise émeut Armand. Du haut de ses quatre ans, ce pauvre petit bonhomme, orphelin d’un père et délaissé par sa mère est le seul qui anime les couloirs lugubres et sans âme de la bâtisse. Armand a le sentiment que son travail l’aidera à chasser ses angoisses, à surmonter son traumatisme et peut être à se reconstruire. Lui qui a vu tant d’hommes mourir, tant de compagnons tomber au front…Il pourra compter sur mamie Rose, la dévouée cuisinière, au service de la plus grande famille de la région depuis tellement d’années.La guerre l’a endurci, les combats ont brisé sa jeunesse. Il essaie d’entrevoir son avenir sans trop y croire. Mais là, à Saint-Chanas, il compte bien aider les châtelains à remonter la pente, à reprendre pied dans la vie. Malgré toute sa bonne volonté et sa détermination, réussira t-il à leur redonner le goût de vivre ?

Les beaux lendemains de Saint-Chanas est une merveilleuse histoire humaine. Sous la plume de Véronique Lesimple, les portraits d’hommes et de femmes brisés par les ravages d’une guerre se succèdent et nous font comprendre combien le quotidien de l’après-guerre a été éprouvant. La perte d’un père, d’un époux, d’un fils, la fin tragique pour de nombreux soldats, ont plongé les familles dans les entrailles d’une existence qui devait continuer malgré tout. Et que dire de tous ces mutilés, de tous ces survivants dont le retour dans les foyers ne fut pas simple. Ils reviennent mais ont du mal à retrouver leur place, à être compris par des proches qui paraissent si loin de la réalité de leur souffrance. Plus rien ne sera comme avant, le passé sera leur seul compagnon de route, un compagnon solitaire hanté à jamais par les horreurs des combats.
La reconstruction psychologique est le thème principal de ce roman. Les personnages sont attachants et émouvants, ils se dévoilent au fur à mesure que progresse l’histoire. Le lecteur se plonge vite dans cette ambiance d’après-guerre avec une population qui essaie d’avancer, avec un mode de vie qui se modernise. L’électricité fait son apparition ainsi que l’eau courante et le téléphone. On prend plaisir à partager les balades en automobile qui révolutionnent le quotidien. Un souffle nouveau comme une bouffée d’oxygène qui viendrait balayer les stigmates encore profonds des atrocités des quatre dernières années. Renaître pour faire vivre les souvenirs, renaître pour dire oui à la vie.

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