Les filles de la pluie, de Jérôme Leroy

Nous sommes en l’an 175 après le Grand Bouleversement. Depuis peu, Malika rêve de soleil, de sable, de mer… Et pourtant, elle ne les a jamais vu. Dans son monde, tout cela n’existe plus. La population, que l’on appelle les « Pluvieux », vit sous la pluie et le brouillard depuis des décennies déjà, accablée par le travail, la pollution, le manque de liberté. Cet Etat autoritaire contrôle tout grâce à une Milice efficace, une nourriture contrôlée, des écrans qu’il est interdit d’éteindre. Il envoie les personnes âgées dans des Jardins-Clinique où l’on ne peut leur rendre visite, les réfractaires au régime dans des Centres Médicaux ; on ne peut pas choisir son époux ni le moment d’avoir des enfants. La jeune Malika et sa copine Chloé se posent beaucoup de questions, ont des doutes sur la parole de ce régime, et leurs visites fréquentes à la grand-mère de Malika, Assia, dans le Vieux quartier ne font que les conforter dans leurs réflexions. Alors, le jour où elles se rendent compte qu’elles sont suivies, leur sang ne fait qu’un tour… La Milice les a repérées et elles risquent bien d’être arrêtées d’un moment à l’autre….

La collection « Des histoires de futurs » des éditions Syros rend accessible aux plus jeunes des textes de science-fiction de qualité. Ici l’auteur nous fait percevoir un monde futur où tout ce qui fait la beauté du nôtre n’existe plus. On arrive très bien à s’imaginer cette pluie incessante, cette pollution qui oblige la population à vivre sous des capuches et avec un masque toujours à proximité. En à peine plus de 100 pages rythmées et efficaces, on découvre donc une dystopie crédible qui se lit facilement.

Ceux des limbes, de Camille Brissot

Menace intérieure

ceux.jpg

Le monde est menacé par une infection qui ne cesse de s’étendre. La nature a pris l’ascendant sur l’homme, ne lui laissant aucune chance. Elle envahit les villes, la forêt encercle le Mont-Survie, qui sert de refuge aux survivants de l’épidémie. Cette montagne ressemble à une pyramide, véritable forteresse habitée par les miraculés. Séparés de l’extérieur par une porte, cette poignée d’hommes refonde une société qui a régressé, régie par des règles strictes. Le virus, responsable de ce chaos, est un champignon qui se transmet par le sang et la salive. On l’appelle le virus limbe. Les humains contaminés sont réduits, seules les fonctions vitales sont préservées. Ils s’assemblent en grappes et se déplacent en horde dans le but de transmettre la maladie. Leur peau est grise, leur chair momifiée. Et gare à celui qui les entend, leur cri est dévastateur. Leur voix insupportable pour le cerveau, crée un mouvement de panique pour celui qui l’écoute. Une sorte de chant des sirènes. Le limbe reste un être humain mais il faut le détruire pour sauvegarder la survie de l’espèce. Parmi les rescapés, deux jeunes adolescents, Naha et Otolan. Dès 15 ans, tous les jeunes doivent faire leur preuve en évoluant seuls dans la forêt pendant dix jours, dans le seul but de prouver qu’ils peuvent survivre dans ce milieu hostile, pris d’assaut par les limbes. Naha doit passer cette épreuve, Oto, lui, bénéficie d’une immunité. En effet, à l’âge de cinq ans, il a survécu à une horde de limbes. Il est devenu une sorte de héros mais attise également les jalousies. Chaque personne qui quitte le Mont-Survie emporte avec lui un venin. Une pilule blanche destinée à être avalée en cas d’attaque. La mort survient dix minutes après l’absorption du comprimé. Le jeune garçon amoureux, n’a pas l’intention de laisser Naha seule, face à son destin. En grand secret et au péril de sa vie, il décide de la suivre, bravant ainsi les règles établies par les maîtres de la communauté. Les jours qui se succèdent ne sont que meurtrissures et cauchemars. La forêt c’est la mort assurée, cette mort qui rôde, qui agrippe et qui enlace. Une expédition sous haute tension commence.

Ceux des limbes est un roman qui met l’homme face à la nature. L’être humain l’a toujours contrôlée, l’a toujours façonnée. Ici, la forêt si belle pourtant, est une menace oppressante qui envahit l’espace. Elle se rebelle. Le lecteur part pour une folle aventure, dans un nouveau monde sauvage où l’homme est une proie pour l’homme. Le royaume sombre des morts-vivants nous plonge dans une atmosphère surnaturelle. Les limbes sont en quelque sorte des zombies, personnages qui ont beaucoup été utilisés au cinéma ou dans la littérature, une sorte de réflexion sur la nature humaine. L’homme qui se veut maître du monde, qui veut tout contrôler se retrouve face à lui-même, victime de son acharnement.

Ceux des limbes est un récit rythmé, préservant un suspens soutenu jusqu’à la fin. L’écriture de Camille Brissot est fluide, précise et met le lecteur aux premières loges. Chaque page est une image dont on ne peut se défaire. Ceux des limbes est un roman qu’on ne peut pas lâcher, une belle histoire d’adolescents amoureux qui passent à l’âge adulte, sur fond d’apocalypse. Oto et Naha sont des personnalités fortes avec, et c’est rare, le personnage féminin qui est plus robuste que les hommes, qui s’impose. Camille Brissot m’a réconciliée avec ce genre de récit dont je ne suis pas fan à l’origine. Un véritable coup de cœur.

Sortie le 05 avril – A ne pas rater !

Emma, Tess Corsac

 Contagion

9791090685161-753x1024Dans un futur pas si lointain, l’humanité a été ravagée par un virus hautement contagieux du nom d’Emma. La population mondiale s’est vu réduite à peau de chagrin et les survivants tentent par tous les moyens de se protéger des personnes infectées. Impossible, dans cet univers revenu à un mode de vie quasi moyenâgeux, de faire confiance à qui que ce soit. Difficile en effet de distinguer les êtres en bonne santé de ceux que l’on nomme les moissonnés. Seule une marque sur le front permet de les différencier mais on ne peut même pas toujours s’y fier… C’est dans ce monde chaotique, dans un village apparemment préservé de l’infection, qu’a grandi Azur. A 15 ans, elle doit, en compagnie de son ami de toujours, Basile, se faire tatouer sa première marque prouvant sa bonne santé. Mais le chemin vers le centre médical sera semé d’embûches et une bien mauvaise surprise attend les deux amis à leur arrivée…

Voilà un roman d’anticipation dystopique fort bien mené, qui livre des réflexions profondes sur la question de l’humanité, sur notre rapport à l’autre et nos peurs les plus profondes. La jeune auteur, Tess Corsac, n’a que 19 ans mais nous offre une approche allégorique très pertinente de la société. L’univers quasi post-apocalyptique dans lequel elle fait évoluer ses personnages est peint avec finesse et surtout les rapports humains sont analysés avec subtilité ce qui permet une critique constructive des travers de notre société. J’ai vraiment pris plaisir à ce qui est aussi un récit d’apprentissage riche en rebondissements et j’attends avec impatience la probable suite que laissent les dernières lignes pleines de suspens de cet ouvrage. Coup de cœur pour ce livre qui plaira aux ados à partir de 13-14 ans et à leurs parents.

La cité de l’Oubli, Sharon Cameron

Nous sommes faits de nos souvenirs…

Résultat de recherche d'images pour "la cité de l'Oubli"A Canaan, les habitants vivent dans une cité fermée par des murs et ne sont pas autorisés à aller au-delà. Dans cette cité particulière, tous les douze ans, un phénomène étrange et mystérieux se produit, l’Oubli. Tous les habitants perdent la mémoire et oublient qui ils sont, leurs familles, leurs amis, comme s’ils repartaient de zéro et commençaient une nouvelle vie. Pour se rappeler, ils écrivent régulièrement dans des livres conservés ensuite aux Archives. Sans leurs souvenirs, ils ne sont rien et si leur livre est perdu, le Conseil fait d’eux des Perdus. Car la ville est dirigée par un Conseil décidant des sanctions et du sort de chacun après l’Oubli. Cependant Nadia, fille de la teinturière, n’a pas oublié et l’Oubli n’agit pas sur elle. Elle se souvient de tout, notamment de son père qui a profité de l’Oubli pour l’abandonner mais n’en connait pas les raisons. Le nouvel Oubli approche, Nadia doit percer le mystère avant que sa famille oublie à nouveau. Avec Gray, le fils du souffleur du verre, les deux protagonistes vont prendre des risques dangereux pour découvrir et révéler les secrets de la Cité de Canaan. Nadia et Gray vont se rendre derrière le mur et découvrir ce qu’est véritablement Canaan et ce qui produit l’Oubli.

La cité de l’Oubli met en narration des personnages habitant dans une ville où l’époque n’est pas définie mais ne ressemble pas à la société dans laquelle nous vivons. Teinturière, souffleur de verre, archiviste, l’ensemble des habitants travaille pour être utile à la communauté. Il n’est jamais question d’argent et tous possèdent un objet précieux : leur livre constituant une partie d’eux et de leurs souvenirs. La règle d’or est de ne jamais l’abandonner, de le garder toujours attaché sur soi. Car quand l’Oubli arrivera, seul ce livre sera en mesure de déterminer qui ils sont et ce qu’ils deviendront. Depuis leur plus jeune âge, les habitants de Canaan apprennent une attitude fondamentale, celle de toujours écrire la vérité. A la fin de chaque chapitre de l’ouvrage, nous pouvons lire les écrits de Nadia inscrits dans son livre.

L’histoire est une dystopie où nombreux sont les rebondissements inattendus et le suspens à son comble. Au début de l’ouvrage, le lecteur s’interroge sans cesse sur la Cité de Canaan et cet Oubli qui approche ayant lieu tous les douze ans. Quel est ce mur que Nadia passe à l’abri des regards ? Pourquoi est-il interdit de sortir de cette Cité ? Qui sont les habitants de Canaan ? Où se situe cette Cité où il faut se reconstruire tous les douze ans ? Pourquoi Nadia n’oublie -t- elle pas comme les autres ? Une multitude de questions traverse l’esprit du lecteur n’étant pas au bout de ses surprises !

Nadia et Gray, les deux personnages principaux, traversent le mur et tentent de voler le Premier Livre de l’Oubli pour connaître la vérité. Plus ils avancent dans leur enquête, plus ils vont comprendre que la population de Canaan est manipulée depuis le début. Mais comment faire éclater la vérité et faire évoluer les choses alors que la population va bientôt tout oublier ? Le défi que se lancent Nadia et Gray ne sera pas sans conséquences et des vies seront en péril. L’impact de leurs déclarations sera violent et chacun devra faire un choix.

La Cité de l’Oubli raconte une histoire originale où il est difficile au départ de percevoir où l’auteure nous conduit. Sharon Cameron dépeint un monde nouveau, dresse un modèle de société différent de celle dans laquelle nous évoluons. Une cité fermée où la population se renouvelle tous les douze ans et oublie tout. Seuls les livres apparaissent garants de leur mémoire. Envoûtant, ce roman conduit surtout le lecteur à se questionner sur le monde, sur la vie. Renouveler les habitants de la planète ou d’une ville permettrait-il d’instaurer un ordre parfait dans une société ? Au profit de qui ? Parfois, vaut-il mieux oublier ou vivre avec ses souvenirs ? Et vous, si vous aviez le choix, oublieriez-vous pour renaître ?

Un roman intéressant au vue des réflexions qu’il suscite une fois le livre fermé que je conseille seulement  à partir de quinze ans. Il semble selon moi être un livre adressé plutôt aux jeunes adultes. Les plus jeunes lecteurs vont se trouver face à la complexité de l’histoire et ce roman peut perdre tout son intérêt s’il n’est pas compris. Surtout qu’il faut s’accrocher pour cerner les premiers éléments permettant de s’immerger dans la Cité de l’Oubli !

Merci aux éditions Nathan pour cette avant-première ! La Cité de l’Oubli paraîtra le 5 Octobre !

 

 

The book of Ivy – Tome 1 – et The revolution of Ivy – Tome 2 -de Amy Engel

Licence to kill…

book ivy.jpgIl y a cinquante ans, une guerre nucléaire a anéanti la population mondiale. Quelques hommes ont survécu et se sont regroupés derrière une grande barrière pour se protéger du monde extérieur, dévasté par l’arme atomique. Une ville, Westfall, a été fondée pour accueillir tous les survivants. Deux familles, les Lattimer et les Westfall, s’affrontent pour avoir le monopole et celle d’Ivy a perdu. La ville édifiée par son grand-père est tombée aux mains du Président Lattimer qui a pris le pouvoir de force. La cité est alors divisée en deux mais tous doivent cohabiter. Pour assurer l’unité du peuple et la paix, chaque année, des mariages arrangés sont organisés entre les enfants des perdants et les enfants des vainqueurs. Dès 16 ans, les filles sont en âge de se marier et de procréer. Tous doivent agir pour les besoins du groupe. Le but est que la population s’agrandisse pour palier à toutes ces pertes humaines. C’est au tour d’Ivy d’être choisie. Elle sera unie à Bishop, 18 ans, le fils du Président Lattimer. Poussée par son père, la jeune adolescente aura pour mission de tuer son mari pour venger sa famille. Ce crime permettrait de renverser le régime pour revenir à une démocratie. Depuis toute petite, elle est endoctrinée par son père, Justin Westfall, rempli de haine et par sa soeur Callie, sans cœur et manipulatrice. Elle sait depuis toujours que lorsqu’elle atteindra 16 ans, elle devra passer à l’acte et peu importe son ressenti. Elle est née pour tuer. Elle a toujours été au bas de l’échelle, la dernière à avoir la parole. Elle doit obéir.

Epouser Bishop Lattimer, ce n’est pas accomplir mon destin. Ma mission n’est pas de le rendre heureux, de porter ses enfants et d’être sa femme. Ma mission, c’est de l’assassiner.

En cohabitant avec Bishop elle va apprendre à le connaître. Arrivera-t-elle à aller au bout de sa mission ? Bishop doit mourir mais c’est Justin Westfall qui l’exige. Et Ivy dans tout ça ? Partage t-elle les mêmes idéaux que sa sœur et son père ?

Ivy est le personnage-clé de cette histoire. Le lecteur devient un confident qui va connaître ses moindres pensées, ses sentiments les plus secrets, qui va se sentir très proche d’elle. Il va découvrir derrière cette carapace, cette violence intérieure qu’elle exprime dès le début du roman, une fragilité, une sensibilité. Elle n’a jamais pu donner son avis, exprimer ses opinions, chacun de ses actes étant dicté par quelqu’un d’autre. Conditionnée par les siens, la jeune fille agira toujours en fonction de leurs désirs. En côtoyant Bishop, Ivy va apprendre à maîtriser ses émotions et à les exprimer. Elle va faire la connaissance de son beau-père, un personnage au lourd passé qui détient un secret lié directement à Ivy. Nous voilà face à deux adolescents formatés qui vont s’aider mutuellement à se poser les vraies questions, pour agir selon leurs propres choix. Ce sont des victimes.

Beaucoup d’intrigues dans The book of Ivy qui posent aussi la question de l’héritage que les parents donnent aux enfants. Peut-on évoluer en suivant des idées que nous ne partageons pas ? Il me semble que nous progressons tellement mieux quand nous pouvons suivre une voie que nous avons choisie et non qu’on nous impose. A-t-on le droit de dire non lorsque nous ne sommes pas d’accord ? Jusqu’au jour où nous faisons la rencontre de la personne qui nous permettra de nous questionner sur cette vie imposée, comme Bishop pour Ivy. Des personnages principaux qui évoluent, des protagonistes avec leur lot de mystères et de méchanceté, un récit qui nous emmène dans le futur, dans notre monde avec de nouvelles règles, de nouvelles lois. De quoi nous donner le tournis car ce roman nous fait découvrir une société qui peut exister, nous interrogeant sur la notion de liberté, de mort, sur la justice qui sanctionne d’une même peine le voleur de poule et le violeur, sur l’image de la femme qui n’est bonne qu’à faire des bébés et à être violentée. Une intrigue rondement menée par le style d’écriture de Amy Engel qui a su dès le début, installer une ambiance pleine de suspense. Surprise par les dernières pages, je me suis empressée de dévorer le tome 2, The revolution of Ivy que je vous dévoilerai succinctement pour ne pas gâcher l’épilogue du tome 1.

 

revolution.jpg

Ce second et dernier volet de la saga est marqué par la renaissance des personnages. Le premier volume a habilement préparé les rebondissements du tome 2. Amy Engel nous embarque dès les premières pages dans une ambiance plus sombre, plus sauvage, avec de nouveaux protagonistes qui auront leur importance dans l’intrigue mais que j’aurai aimé mieux connaître. On ne sait pas grand chose d’eux au final. L’enchaînement est immédiat, l’auteur ne fait pas de retour en arrière. On retrouve une Ivy plus forte que jamais prête à tout mais qui reste cependant sur la défensive, ayant du mal à faire confiance aux gens qui l’aident. D’ailleurs, la couverture de The revolution of Ivy nous montre une Ivy plus déterminée, de face avec le poignard en avant. Ce tome 2 nous offre un peu plus d’action, explore d’autres lieux avec une émotion et une poésie qui restent omniprésentes. Surtout avec la dernière partie où on sent que le dénouement est proche sans soupçonner ce que l’auteur nous prépare. Deux petits bémols cependant : la fin est un peu trop rapide à mon goût, je l’aurai un peu plus approfondie et je m’attendais à un tome 2 un peu plus explosif. Dans l’ensemble, une saga réussie, attachante que j’ai pris grand plaisir à lire !

Enregistrer

Grupp, de Yves Grevet

« Etre en vie ne suffit pas, ce qui compte c’est de se sentir vivant » !

le-gruppLorsque son frère aîné, Scott, est arrêté violemment  par une dizaine de policiers, puis emprisonné,  Stan n’en revient pas.  Scott est accusé de faire partie d’une organisation clandestine responsable du décès d’un adolescent ! Car dans cette société « idéale » dans laquelle ils vivent, un implant surveille chaque individu  et permet d’anticiper la plupart des décès. Les battements de coeur sont contrôlés et des milices interviennent lorsque quelque chose semble anormal, les mouvements et déplacements des jeunes sont également surveillés pour que ceux-ci évoluent dans un univers sans risque. Pourquoi son frère est-il contre cette société si protectrice ? Pourquoi est-il en quête de liberté, quitte à faire prendre des risques à autrui ? En effet, pour Scott, ce système sécuritaire, même s’il semble permettre de vivre plus longtemps et à l’abri du hasard, est une vive atteinte à la liberté et aimerait que la jeunesse ait le choix. Alors que Scott doit survivre dans l’univers ultra-violent de la prison, Stan, aidé de ses amis, va essayer de comprendre la démarche de son frère en tentant d’infiltrer « le Grupp ». Une enquête qui nous mène dans un tourbillon de vie et de mort, d’amitié et de violence, d’espionnage, d’aventure et de science-ficiton, pour essayer de nous faire prendre conscience  de la limite entre la répression, la  soumission,  la contestation, la liberté, la sécurité. C’est un roman à plusieurs voix qui nous est livré ici. Dans la première partie, c’est le point de vue du jeune frère qui est relaté. Ce récit s’arrête à un moment crucial pour un flash back donnant la parole au grand frère… qui va également s’arrêter à un moment crucial pour donner la parole à d’autres personnages, en particulier des membres du Grupp. Un roman choral plein de rebondissements, qui va à 100 à l’heure et ne nous laisse pas beaucoup de répit ! Les personnages sont forts et très variés. On veut toujours en savoir plus et on continue la lecture sans s’arrêter… dès le prologue, d’ailleurs, qui sait attiser la curiosité !

Messieurs, je crois que monsieur Thoir vient de nous quitter définitivement. Ce n’était pas un homme très avisé. Et avec son coeur fragile, il suffisait d’un rien pour que tout s’emballe. C’est dommage pour lui. Mais ce n’est pas si grave. D’ici quelques jours, quand les membres de sa famille l’auront pleuré et enterré, je reprendrai cette conversation avec l’un d’entre eux. J’espère que cette personne saura se montrer plus réaliste que le pauvre monsieur Thoir.

 

Primas contre Nihils

Entre chiens et loups, de Ian Edington et John Aggs – adaptation en bande dessinée du best-seller de Malorie Blackman

J’avais chroniqué il y a quelques mois le roman Entre chiens et loups de Malorie Blackman : cette histoire d’amour impossible et poignante entre Callum et Sephy. Callum est blanc, un « Nihil », Sephy est noire, une Prima, fille de ministre. Les Nihils sont opprimés par les Primas qui sont à tous les postes clés : éducation, travail. Une société de violence où le racisme et la discrimination, la révolte et le terrorisme en sont les piliers. Comment l’amour entre Callum et Sephy peut-il survivre au milieu de toute cette haine qui les poussent dans leur retranchement…

L’adaptation en bande dessinée de ce roman coup de poing est très fidèle. C’est un texte qui m’avait tellement touché et remué que je m’en souvenais parfaitement malgré le fait que je l’ai lu il y a plus d’un an et demi (et avec tout ce que je lis, c’est assez étonnant !). J’appréhendais un peu la lecture en images. Mais presque tout y est et on accroche à l’histoire dès les premières pages ! Les passages-clés sont parfaitement retranscrits et on suit l’histoire de Callum et Sephy avec toujours autant d’émotion. Leur point de vue alterne tout au long du récit et on se met successivement dans la peau de l’un puis de l’autre sans être capable de juger ou prendre partie. Le choix du noir et blanc  est un choix probablement délibéré pour montrer de manière plus intense la discrimination entre les  Blancs et les Noirs, mais dans l’ordre inversé de ce que vit notre société actuelle. Un roman graphique sur le racisme, l’apartheid, la violence et la haine, mais aussi sur l’amour qui ne peut laisser indifférent. Pour un public averti : malgré l’âge de lecture donné à la fin qui préconise à partir de 12 ans, je pense que les émotions contradictoires et denses que nous fait subir cette histoire sont difficilement assimilables avant 14-15 ans, même si en bande dessinée, la lecture est peut-être plus facile. Intense.

Et n’oubliez pas relire la chronique du roman éponyme et de venir l’emprunter au CDI !

Malorie Blackman a aussi écrit Boy’s don’t cry, un coup de coeur permanent pour mes élèves-lectrices.