Les bottes de sept lieues et autres nouvelles, de Marcel Aymé

Le monde de l’enfance…

bottes.jpg

Les bottes de sept lieues

Des bottes magiques qui prennent la forme des pieds de celui qui les chausse et qui lui permettent de parcourir une distance incroyable en un minimum de temps. Quelle aubaine ! C’est l’histoire d’une bande de copains qui se sont donnés rendez-vous devant une boutique de bric-à-brac. Celle-ci regorge d’objets en tout genre, tous accompagnés d’une référence historique. Et c’est là que les garçons sont attirés par une très très belle paire de bottes tout en cuir, lesquelles, dit-on, permettent,à celui qui les met, de franchir sept lieux d’un coup ! Chacun se met à rêver à ce qu’il ferait s’il possédait ses bottes. Un en particulier, Antoine, enfant pauvre qui rêve d’une autre  vie pour lui et sa mère, Germaine. Des bottes que les enfants veulent à tout prix. Leur vœu sera t-il exaucé ?

A et B

A et B est une histoire de  rivalité entre deux classes : la A où les élèves apprennent le latin et la B qui initie aux mathématiques. Il est fréquent que les sections soient mises en concurrence. Notamment entre les scientifiques et les littéraires. Pour quelles raisons ? Pourquoi un élève qui étudie la littérature serait plus nul qu’un élève qui s’oriente en mathématiques ? Doit-on juger les capacités en fonction des orientations ?

Le proverbe

Lucien, 13 ans, n’a pas fait le devoir de français donné par son professeur, huit jours auparavant. Son père entre dans une grande colère. Il somme son fils de se mettre au travail même s’il doit y passer la nuit. Le sujet à traiter est un proverbe : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Lucien qui n’est pas bon élève n’arrive à rien mais il sait qu’il peut attendrir son père pour avoir de l’aide. Il se met donc à pleurer silencieusement. Emu, le père s’avance en faisant comprendre à Lucien qu’il est sévère pour le stimuler. C’est une preuve d’amour. Il se penche alors sur l’énoncé qui lui paraît peu clair et peu accessible. Il se doit d’épauler son fils, donc  il faut surtout qu’il se montre efficace ! Après beaucoup de questionnements, il réussit à noircir six pages et tend fièrement son chef d’oeuvre à Lucien. Qu’en sera-t-il après la correction du professeur ? Lucien a-t-il eu raison de faire confiance à son père ?

Des petits nouvelles bien sympathiques avec pour chacune d’elles une morale. Ces petites histoires faciles à lire et amusantes  ont toutes pour héros des enfants. Ce livre contient un supplément, une sorte de rallye-lecture pour tester ce que le lecteur a retenu.

Si c’est pour l’éternité, de Tommy Wallach.

Une  magnifique lecture parfaite…

Si-c-est-pour-l-eternite      Parker, 17 ans, muet depuis le décès tragique de son père, vit à San Francisco et est en classe de Terminale. Cependant, les cours ne l’intéressent pas vraiment : il préfère jouer les pickpockets dans les grands hôtels de la ville et rédiger des récits fantastiques dans son journal.

     Un jour, le jeune homme se fait repérer par l’étrange jeune femme à la tristesse parfaite à qui il vient de dérober une grosse somme en liquide : Zelda. Celle-ci ne souhaite pourtant pas particulièrement récupérer son bien et préfère aller le dépenser avec Parker jusqu’au dernier centime. L’après … peu importe pourvu qu’ils s’amusent ! De toutes façons, Zelda a décidé de mettre fin à ses jours, persuadée d’avoir déjà vécu plusieurs siècles. Au fil de leurs aventures, Parker parviendra-t-il à l’en dissuader ?

     La tristesse parfaite, ça existe. Je le sais parce que je l’ai vue. En général, les gens réservent le mot « parfait » à des concepts positifs : une note parfaite en maths, une assiduité parfaite en cours, un 1080° parfait en skate. Moi, je préfère l’utiliser pour décrire quelque chose – n’importe quoi, même un truc complètement pourri – qui correspond exactement à sa définition. Une haleine matinale parfaite. Une gueule de bois parfaite. Une tristesse parfaite.

_______________________

     Pour moi une lecture parfaite, dans les deux utilisations du terme ! L’intrigue, réfléchie et très bien menée, mêle les genres jusqu’aux dernières lignes. La chute est elle aussi parfaite, surprenante et très bien trouvée. Les mini-récits fantastiques imbriqués dans la narration prennent alors tout leur sens. Enfin le propos, même traduit, reste très poétique et pousse à la réflexion.

     Conseil aux futurs lecteurs (dès la [fin de] quatrième pour les habitués) : ne vous arrêtez pas au résumé très difficile à faire au vu de l’originalité du texte et ouvrez ce livre, la lecture vous emportera !

[…] Tandis que vous faisiez vos premiers pas dans le salon, ce parangon de Whisky absorbait lentement toutes les saveurs du bois vieilli, gagnant en richesse et en complexité à chaque heure qui passait. Et durant tout ce temps, alors que vous deveniez des bambins, puis de jeunes enfants, puis que vous franchissiez les portes épineuses de la puberté pour venir enfin vous poster sur le seuil de l’âge adulte, une partie de l’alcool s’évaporait lentement mais sûrement du tonneau. C’est ce qu’on appelle la part des anges, celle qui disparaît avec les années. […] Comme beaucoup de choses dans la vie, l’alcool a la réputation de se bonifier avec l’âge. Néanmoins, nous ne devons pas oublier que nous perdons un peu de nous au fil des ans. C’est la part des anges qu’il nous faut sacrifier.

Les infiltrés

Cherub, 2. Trafic, de Robert Muchamore

« Cherub est un département secret des services de renseignements britanniques composé d’agents âgés de dix à dix-sept ans recrutés dans les orphelinats du pays. »

Depuis un an, James en fait partie (voir le tome 1). Il se trouve en vacances sur une île de la Méditerranée où les agents qui ne sont pas en mission peuvent se ressourcer pendant cinq semaines… Enfin, se ressourcer est un grand mot : on ne peut pas oublier complètement que l’on est un agent des renseignements et ces vacances ne sont pas forcément de tout repos… Mais cela n’est rien comparé à ce qui attend James à son retour. Il va être envoyé en mission avec trois autres camarades et deux adultes pour infiltrer le gang d’un puissant trafiquant de drogue, en se rapprochant et se liant d’amitié avec ses enfants. C’est une mission à très haut risque qui va emmener notre groupe de jeunes agents à dépasser leurs limites.

Dès les premières pages, on entre dans l’action et cela ne s’arrête pas jusqu’à la fin. Rebondissements nombreux, avec des apartés sur les considérations plus adolescentes des jeunes agents (premiers amours, amitié,  homosexualité, abandon, fratrie, etc) , toutes les ficelles sont là pour une lecture addictive. On se croirait vraiment dans la série télévisée américaine des Soprano, qui mettait en scène un mafieux, trafiquant de drogue en proie à la justice et qui doit concilier sa vie de chef d’une organisation criminelle à celle d’un père de famille. Ici, les choses ne sont pas éludées : passage à tabac, drogue, meurtre, espionnage, tout y est noir et assez réaliste, même si l’âge des agents peut peut-être laisser perplexe quant à la réalisation de l’enquête : ils sont censé avoir une douzaine d’année mais semblent en avoir quelques unes de plus. En tout cas, on passe un bon moment de détente, entre une banlieue pauvre anglaise et les villa chics de Miami.  On se laisse entraîner dans cette histoire sans aucun temps mort et on ne serait pas contre lire un nouveau tome ! Une série qui plaît beaucoup au CDI. A réserver aux jeunes lecteurs avertis, vu le sujet traité.

 

Enregistrer

Le grand départ : sur la piste des Indiens Cherokees, de Isabelle Wlodarczyk et Xavière Broncard

Exode…

Amarok et Chilala sont frère et soeur. Ils sont Indiens Cherokees, vivent au 19e siècle et vont assister, impuissants à des moments bouleversants de l’Histoire de leur tribu. En effet, des Hommes Blancs arrivent et s’installent. Peu à peu, ils occupent des terres, proposent aux Indiens des maisons, leur apprennent l’alphabet… Jusqu’au jour où une loi d’expulsion est votée, obligeant les Indiens à l’exode… Chacun vit ces événements d’un point de vue différent, la soeur dans l’acceptation, le frère dans la rébellion.

Un petit album à couverture souple qui laisse une large place à l’illustration avec un texte aéré. Un texte émouvant et poétique, qui en quelques pages dresse un aperçu poignant sur cette période sombre de l’Histoire des Indiens Cherokees d’Amérique et la souffrance d’un peuple chassé de ses propres terres. Une fratrie déchirée par un enjeu qui les dépasse.

Tout un dossier pédagogique instructif suit le texte pour apporter un éclairage plus détaillé sur ces événements et leur déroulement. Seul petit bémol peut-être : le dossier documentaire n’est pas adapté aux lecteurs les plus jeunes à qui l’histoire est destinée, mais plutôt à des élèves à partir de 4e jusqu’à l’âge adulte.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, de Christine Arnothy

Le droit à la vie…

Afficher l'image d'origineChristine Arnothy a quinze ans en 1945. Elle est Hongroise, issue d’une famille bourgeoise, elle doit vivre dans une cave pour se protéger des nazis venus occuper la ville.

C’est le témoignage poignant et émouvant d’une adolescente qui ne veut pas mourir. Trop jeune pour que sa vie s’arrête, trop jeune pour vivre les atrocités d’une guerre. Elle a dû rester enfermée pendant deux longs mois. Les rares moments où elle pouvait sortir c’était pour aller chercher de la nourriture et là elle voyait la dure réalité des combats en marchant entre les cadavres de chevaux et d’hommes.

A la libération, le calvaire a continué puisque les sauveurs vont être plus cruels que les Allemands. Christine et sa famille vont devoir fuir leur pays quelques années après et trouveront asile en Autriche dans un camp de réfugiés. Christine trouvera son salut en travaillant en France comme nurse mais elle enchaînera les galères. D’ailleurs elle écrira une suite « il n’est pas si facile de vivre », où on sentira que sa reconstruction est difficile car marquée à jamais par toutes les atrocités qu’elle a vécues. Elle a vingt ans. Elle veut partir en France. Elle est étouffée par la présence de ses parents et elle décide de mener sa vie seule.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir raconte la guerre sans critique politique, le récit est dramatique et nous montre toute la cruauté des combats. Les scènes violentes ensanglantent la jeune fille qui s’accroche à ses lectures pour ne pas sombrer. Elle avait emporté un livre de Balzac et de Dickens. Elle n’a que quinze, elle ne peut pas mourir..Elle est jeune, la guerre ne peut pas l’arracher à la vie .. La guerre qui lui a volé son adolescence ne peut pas non plus la détruire..

Tout son témoignage repose sur ce qui se passe autour d’elle mais ne s’étend pas aux combats, c’est le récit de son quotidien dans cette cave.

Le lecteur va se rendre compte aussi que tout peut devenir malsain et désordonné après la guerre.Les gens souffrent et essaient de survivre en pillant, en devenant méchants à leur tour. Il n’y a plus de code moral, c’est l’instinct animal qui prend le dessus.

quelques passages :

….. »Dans l’intervalle, entre les coups directs atteignant la maison, je pensais à mon livre, me disant que, même s’il restait intact, je ne connaîtrais jamais la fin du roman, puisque tous en bas, dans cette cave, nous allions mourir «

« les jours se traînèrent. Nuits de cauchemars, combat contre un monde de fantômes. Mon pays de rêve s’était évanoui. Le sommeil ne me menait plus vers l’apaisement, mais vers les paysages lunaires du mal et de l’horreur »

« une âpre fierté m’envahit à l’idée qu’à quinze ans, j’allais mourir d’une mort de grande personne »

Là on sent que Christine grandit et mesure combien la situation est grave. Plus d’espoir de s’en sortir…

La première partie s’achève sur cette phrase de Christine :

« Comme ce serait bon de naître »

La jeune vie de l’adolescente n’est faite que d’angoisses, d’atrocités, de scènes d’horreur. Elle n’a que quinze ans et elle est fatiguée ….Fermer les yeux, faire comme si rien ne s’était passé, commencer à vivre…avoir l’esprit vide…

II faut savoir que Christine Arnothy a fui en emportant son journal cousu dans son manteau. J’imagine que si il avait été découvert elle n’aurait pas survévu à ces écrits..

Elle a eu une vie très dure mais elle a toujours affronté les difficultés pour pouvoir un jour réaliser son rêve: écrire son livre. Elle veut devenir écrivain donc elle doit s’en sortir et je pense que le but qu’elle s’est fixée va l’aider malgré tout à se battre et à espérer.

J’ai lu cette autobiographie quand j’avais l’âge de l’auteur et je dois dire que son histoire m’a émue, touchée. J’étais adolescente, j’avais le même âge que Christine donc je me suis identifiée totalement à elle . J’ai reçu son témoignage comme une confidente et je l’ai accompagnée pas à pas dans toute ses périodes de galères. On vit la guerre de l’intérieur, à travers une adolescente qui a toute l’innocence de son âge et qui va vite grandir . On peut faire un léger parallèle avec « le  journal d’Anne Frank » adolescente de treize ans, qui aura moins de chance car elle décèdera du typhus dans un camp de concentration.

Ces deux jeunes filles ont abordé l’atrocité de la guerre et leurs ouvrages constituent de précieux témoignages. Toutes les deux voulaient devenir écrivains.

Je conseille également de lire « il n’est pas si facile de vivre » qui se termine ainsi et résume l’état d’esprit de Christine qui a peut être enfin trouver la paix…

…. Moi je trouve que c’est naturel. Je voulais nourrir mon enfant, je voulais lui faire boire ma vie…. C’est l’accomplissement miraculeux. C’est le bonheur. Tout le bonheur ?….

Lisez ce livre sans modération…

Enregistrer

Enregistrer

Le train d’El-Kantara, de Jacques Delval

Quand un train va nous embarquer bien plus loin que le quai….

Dans un contexte difficile et dangereux d’un conflit, Lakdar, un jeune garçon arabe, se retrouve malgré lui et contre sa volonté embarqué à bord d’un train bondé de soldats…. c’est le début pour lui d’aventures et d’expériences qui lui feront connaître la peur, les craintes, le soulagement, la solitude, la solidarité, l’amitié, la satisfaction, le racisme, la faim, la soif, la douleur, l’inquiétude, la reconnaissance…

Une histoire courte mais riche d’aventures et de sentiments qu’il est agréable de découvrir

Un zeste d’humour et quelques cuillères d’imagination

Histoires pressées, de Bernard Friot

tablehiailes

elephant

Bernard Friot nous livre 4 volumes d’histoires courtes, d’histoires d’enfants, d’histoires du quotidien. Des récits plein d’émotions avec parfois de petits appels au secours qui font réfléchir sur les relations aux autres, sur l’importance des sentiments. Et puis au détour d’une page, des objets prennent vie, s’animent et se révoltent ! Le lecteur est projeté dans une autre dimension, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Le quotidien est chamboulé, tout est sens dessus dessous.

La magie de la plume de Bernard Friot opère. Humour, poésie, tous les ingrédients pour passer de bons moments. Des nouvelles pour nos plus jeunes mais pas seulement, car les adultes se laisseront séduire par la subtilité des textes.

Histoires minute, de Bernard Friot

loup.jpg

Bernard Friot nous propose des petites histoires simples, faciles à lire, présentées sous forme de recettes de cuisine : prenez quelques ingrédients, des personnages, mélangez et laissez prendre. Ces courts récits sont des tranches de vie d’enfants à consommer sans modération, à déguster avec gourmandise.

Un bon moment pour nos plus jeunes lecteurs qui apprécieront l’écriture de Bernard Friot.