D’Eve à Eva.

E.V.E, Entité, Vigilance, Enquête 

de Carina Rozenfeld.

E-v-e

     Dans un univers futuriste mais assez proche du nôtre, les EVEs, machines énigmatiques dotées d’une intelligence artificielle, surveillent la ville 24h/24. Leur rôle – et elles l’accomplissent à merveille – est de protéger les habitants du crime. En effet, à Citypolis, chacun s’est vu implanter une puce qui permet aux EVEs de les surveiller à travers leurs propres yeux. Alertées grâce à cette puce par le sentiment de peur et la chute des constantes vitales des victimes, les machines font immédiatement intervenir les secours et enregistrent les preuves nécessaires à la condamnation du coupable.

     Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour de l’agression d’Eva Lewis : fait sans précédent, l’E.V.E responsable de sa surveillance n’a pas vu le meurtrier et, encore plus étonnant, elle en est troublée !

     Alors, les machines peuvent-elles ressentir l’injustice et vouloir la réparer ?

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     Malgré une certaine pauvreté des dialogues et une psychologie des personnages trop peu creusée à mon goût, l’intrigue est prenante et plaira aux élèves les plus âgés. Cette lecture permet de plus une bonne illustration à la thématique littéraire du progrès scientifique et de ses limites (programme de Français de 3e – Science-Fiction).

     Comme une girouette, mon avis sur mon propre rôle changea. Si je n’avais pas été là, Conrad Scott serait mort. Sa femme et ses enfants seraient en train de le pleurer. Alors, qu’est-ce qui était le plus important ? L’intimité ? La liberté ? La sécurité ? […] Je ne savais plus si ce que je faisais était bien ou mal. Je voyais ce qui était extraordinaire dans ma responsabilité, dans celle des autres EVEs, mais je percevais également les limites du système.

Tu voyages dans notre coeur

Tu vois, on pense à toi ! de Cathy Ytak

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Suite à un accident de voiture, Alwena est hospitalisée. Ses amis d’enfance, Clément et Nolan, vont passer une semaine en classe verte sur l’île Scobier, en Charente maritime. Alwena est triste, elle se faisait une telle joie de partir ! Les deux garçons vont alors avoir une idée géniale pour que leur amie fasse partie du voyage. Tous les jours, ils vont lui envoyer un mail pour lui raconter leur journée, lui décrire les paysages. Une belle carte postale virtuelle pour celle qui reste clouée sur son lit d’hôpital. Avant leur départ, Alwena va leur confier une boîte pleine de cailloux que Clément et Nolan devront transporter durant tout le voyage. Beaucoup de mystère autour de cet étrange colis. Pourquoi cette boîte ? Quel message Alwena veut-elle faire passer ?

Une belle histoire d’amitié entre trois amis qui vont se trouver séparés géographiquement mais qui vont rester quotidiennement en contact. On sent immédiatement qu’Alwena est le centre de ce trio. Elle ne sera jamais totalement isolée. Le lecteur rentre tout de suite dans l’histoire, l’auteur campe, dès le début, le décor, le temps, les événements. Cet échange de mails plus ou moins longs donne le ton et le rythme au roman. En fait, ces trois enfants sont sur deux îles, pour Alwena, c’est sa chambre d’hôpital. Les mails représentent un pont qui transmet de la joie à la jeune fille prisonnière d’un quotidien fait de traumatismes et de douleurs. On suit trois histoires en une. Il y a le long rétablissement d’Alwena, le séjour de la classe de primaire et cette boîte confiée aux garçons en lien très étroit avec leur amitié. Chacun apporte quelque chose à l’autre. L’amitié reste le thème principal de ce récit.

Papas…

Le père de Louis de Josette Wouters.

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     Louis est né à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et vit avec sa mère, sa grand-mère et son oncle. Son père ? Jamais entendu parler. L’un des Rois-Mages, disent ses camarades, Gaspard, plus précisément. Mais pourquoi ces rumeurs ?

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     Malgré le suspens initial et des thématiques très intéressantes, le récit s’emballe et l’intrigue avance beaucoup trop rapidement. On voudrait des détails, et du temps ! 

     Cependant, ce court roman reste une très bonne entrée en matière sur le thème pour les plus jeunes.

 

     – C’est moi qui vous remercie d’avoir pris le relais auprès de Louis. Vous êtes un brave homme. Il a raison de vous appeler « papa ». Moi je suis seulement son père.

Les yeux de Jacques ont brillé. Il a donné une accolade à l’homme qui venait de reconnaître ce qu’il était devenu pour son fils.

Disparition d’un prince

Le secret du quai 13, de Eva Ibbotson

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Londres, la gare de King’s Cross,  quai numéro 13… Dans la salle d’attente se trouve une porte secrète qui donne accès à un tunnel qui mène à une île fantastique, le pays des brumes soudaines où vivent fées, lutins, sorcières. Une vie parallèle à celle des humains, une vie qui peut changer tous les neuf ans, pendant neuf jours …. En effet, le tunnel s’ouvre et laisse entrer ces créatures fantastiques qui peuvent visiter Londres, s’y installer. Mais il faut être vigilant et revenir dans les délais, passés ces neuf jours c’est trop tard !

Cette île est gouvernée par un roi et une reine qui ont un bébé. Alors qu’il n’a que trois mois, ses trois nounous décident de l’emmener à la découverte du monde « réel » et de profiter de l’ouverture du tunnel pour partir à l’aventure. Mais le séjour tourne mal car le prince disparaît. Il est kidnappé par une riche et détestable femme en manque d’enfants. Le tunnel se referme pendant neuf ans… Le pays des Brumes Soudaines est inconsolable. Les parents accablés de chagrin, décident de préparer une opération sauvetage pour la prochaine ouverture du tunnel et nommer une équipe de sauveteurs dont la mission sera de ramener le prince dans son royaume.

Plein de fantaisie et d’humour pour un merveilleux conte. Eva Ibbotson a su créer un univers plein de magie et de légèreté dans lequel on se laisse doucement emporter. De gentils monstres, une adorable sorcière dont le caractère bien trempé la rend particulièrement attachante, voilà tous les éléments d’un bon moment de lecture. Un roman magique qui lie réel et fantastique.

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Piet Mondrian ?

Mister Orange de Truus Matti.

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New-York, 1943.

    Tout commence avec une paire de chaussures : le frère aîné de Linus part combattre en France et reçoit donc une paire de bottes neuves. Le garçon récupère alors les souliers de son aîné et lègue les siens à son cadet, et ainsi de suite dans la grande fratrie. Aussi, avec le départ du plus grand, chacun chausse également un autre rôle et doit se débrouiller comme il le peut pour marcher du bon pas et endosser ses nouvelles responsabilités.

     Linus, lui, est désormais chargé des livraisons des fruits vendus par ses parents et fait ainsi de nouvelles rencontres, comme par exemple avec celui qu’il surnomme « Mister Orange », peintre européen qui lui fait entrevoir un monde plein de couleurs brutes et de boogie-woogie. Les sens du héros s’éveillent, sa raison également.

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     Un très beau texte, poétique et empli de symboles, et qui fait constamment appel à l’imagination. Une histoire visuelle et colorée qui joue sur tous les sens (« Pourquoi ne pas donner de nom aux odeurs ? » demande Linus) et surtout très rythmée. Ce roman fait merveilleusement revivre une époque et un lieu très souvent inconnus de nos jeunes lecteurs. 

Lecture vivement conseillée, à réserver aux bons lecteurs. 

« Tchèquématte ! »

Le fils de l’Ursari de Xavier-Laurent Petit

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     Fils d’un montreur d’ours, Ciprian, petit Rom fraîchement débarqué à Paris avec sa famille, passe ses journées à observer Mme Baleine et M. Énorme dans les jardins du « Lusquenbour ». Pas pour les détrousser – au grand dam de Karoly, le « chef » du bidonville, qui attend son argent – mais pour suivre leurs parties d’échecs.

     Remarqué pour sa mémoire prodigieuse et son talent pour ce jeu, le garçon entre dans un nouveau monde, bien différent de celui auquel il était habitué depuis son arrivée.

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     Raconté à la première personne, ce roman nous donne à voir le quotidien du héros à travers ses propres yeux d’enfant : regard léger mais honnête sur les réalités cruelles de notre monde et du sien. Grâce à une belle écriture et au travail fait sur les mots, l’empathie avec le narrateur est garantie, ce qui amène le lecteur à partager ses réflexions sur le déracinement, la langue, le sens des mots et leur poids, la liberté…

A lire absolument.

Le diable et son valet, d’Anthony Horowitz

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Le diable et son valet, d’Anthony Horowitz

le-diable-et-son-valet-bisCette histoire se passe au XVIème siècle en Angleterre. Tom, un garçon du peuple, travaille dans l’auberge « La tête de cochon », un lieu misérable où Tom est battu par les Slope, les aubergistes. Un jour, son destin va changer, grâce à un mystérieux voyageur nommé William Hawkins. Tom va bientôt se retrouver dans une troupe de théâtre, mais l’ambiance y est étrange. Le soir de la première, devant la reine, le danger est tout proche…

Un récit d’aventure au contexte historique bien décrit, qui mêle faits réels et fiction. Ce livre m’a plu, il y a plein de rebondissements, les émotions sont bien décrites et des passages font frissonner…

Chloé, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Et l’avis de mumu58 :

Un fabuleux destin…

Angleterre, 1593. Tom, orphelin, travaille dur pour des aubergistes qui, malgré les pénibles labeurs accomplis, le considèrent comme un bon à rien. Un voyageur venant de Londres s’arrête à l’auberge. Très vite, il remarque le jeune garçon. Il a l’air de s’intéresser à Tom. Il informe les aubergistes de son intention d’emmener Tom mais ceux-ci s’y opposent. Une violente bagarre éclate, l’étranger empoigne alors le jeune garçon, le met sur son cheval et part. En chemin, le voyageur tombé en embuscade, est tué, laissant Tom seul face à son sort. La fuite du jeune garçon l’entraîne au Lion Rouge, une taverne de Enfield. Le soir de sa venue, une troupe de comédiens donnent une représentation. Le lendemain, le groupe reprend la route pour Londres emportant Tom avec lui. Tom va devoir se débrouiller dans une ville où il faut se méfier de tout le monde mais où il pourrait aussi devenir ce qu’il voudrait. Le rêve de ce garçon est de devenir acteur, il veut faire du théâtre. Une rencontre va lui donner la chance de sa vie mais va aussi l’entraîner dans des histoires pour le moins surprenantes.

Ce roman nous entraîne dans l’Angleterre du XVIème siècle, dans l’Angleterre de la reine Elisabeth. Il fait référence à des personnages ayant existé. On va même y croiser Shakespeare dans ses débuts. Les premières pages du récit nous font penser aux Ténardier dans les Misérables de Victor Hugo, un couple d’aubergistes qui exploite Cosette. L’auteur nous fait des descriptions très nettes de Londres à cette époque. Le lecteur trouvera même un plan de Londres en 1558, à l’arrière de la couverture. Les images, les odeurs sont si précises que nous n’avons pas de peine à les imaginer.

…Des chevaux caracolaient dans la boue. Des carrioles cahotaient en grinçant. Des chiens aboyaient, des vaches meuglaient, fâchées d’être menées au marché. Dans les ateliers ouverts sur la rue, des ferronniers à demi nus jouaient du marteau et beuglaient leurs instructions à des apprentis empressés. Des menuisiers en tablier de cuir sciaient et coupaient du bois. Un groupe de marins déjà à moitié ivres passa en zigzaguant, riant et chantant à tue-tête.

Et puis il y avait l’odeur. L’odeur des légumes et des épices du marché. Des fruits, frais ou avariés. L’odeur des gens, sales et suant. L’odeur des animaux.

La construction de ce roman est intéressante car le dernier chapitre apporte la réponse aux interrogations du premier chapitre et en milieu de lecture on comprend le titre donné à cette histoire. L’auteur énonce les problèmes de société de cette époque comme le travail des enfants adoptés, les maladies, les inégalités… Les chapitres sont courts et accessibles.

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