Je suis Camille, de Jean-Loup Felicioli

Camille, 11 ans,  vient de revenir en France avec sa famille, après un séjour à Los Angeles aux Etats-Unis où ils ont passé quelques années car son père y avait son travail. 

Aujourd’hui, elle rentre en 6ème… Camille est angoissée car dans sa précédente école, aux Etats-Unis, les choses s’étaient mal passées… Elle n’a pas envie que ça recommence, être la risée des autres, être obligée de déménager. Car Camille a un secret, un secret très lourd à porter. Mais cette première journée dans son nouvel établissement est prometteuse : les profs ont l’air dans l’ensemble assez sympathiques et Camille s’est peut-être fait une copine ! 

Va-t-elle réussir à s’intégrer, à se faire des amis malgré sa différence ? 

 

Un album très tendre pour un sujet délicat et très peu traité en littérature de jeunesse : le transgenre.  Camille est en fait une petite fille née dans un corps de garçon. Les illustrations sobres, colorées et intimistes rendent les personnages particulièrement attachants. La jeune Camille, héroïne discrète et forte, se lie d’amitié avec Zoé, une jeune fille pleine d’énergie, tolérante et respectueuse. Un message d’espoir pour l’acceptation de la transidentité qui n’est ni une maladie, ni un « problème psychologique » mais bien un genre différent qui doit être accepté par la société et ses conventions. 

Ca y est, le bruit s’amplifie, c’est maintenant un rire énorme et mécanique, un ronflement de locomotive. Tous s’y sont mis. Ils rient et me regardent, les sourcils froncés. Ce sont d’immenses marionnettes à la mine sévère. Et moi, au milieu d’eux, je me recroqueville et me mets à rapetisser…

-[…]Tu es si courageuse… Tu as choisi de vivre en écoutant ce que tu ressens au fond de toi. Et ce n’est pas un chemin facile. – Je ne sais pas si je vais y arriver, maman. – Aie confiance, tu es beaucoup plus forte que ce que tu crois.

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Le garçon qui parlait avec les mains, de Sandrine Beau et Gwenaëlle Doumont

Le langage du coeur

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Victoria est ravie, la maîtresse a présenté à la classe un nouvel élève. Il s’appelle Manolo et la petite fille tombe immédiatement sous son charme. Manolo est espagnol, craquant mais…. il est sourd et communique uniquement avec les mains. Par chance, la maîtresse connaît la langue des signes, ce qui étonne tous les élèves d’ailleurs. La présence de Manolo va soulever des protestations et des hostilités de la part des parents qui voient d’un mauvais œil son arrivée, par crainte que son handicap accapare trop l’institutrice ou ralentisse l’apprentissage de leurs enfants. Par ailleurs, une réelle amitié naît entre Victoria et Manolo, ils deviennent inséparables. Alors que certains vont l’aider à s’intégrer, d’autres vont se moquer. Victoria va alors mener un combat pour faire changer les comportements et le regard sur son ami.

Le garçon qui parlait avec les mains est un petit bijou. C’est un roman jeunesse qui pousse la porte du handicap, notamment de la surdité. Il nous fait ressentir les difficultés à s’intégrer pour la personne différente et les réactions des gens dits «normaux». Des réactions négatives pour certains car ils ne comprennent pas le handicap. L’inconnu fait peur et de là naissent les préjugés. Cet ouvrage est juste et très réaliste et pourrait servir de base aux enseignants pour expliquer l’importance de l’intégration des élèves différents, l’importance du vivre ensemble. Sandrine Beau nous fait également une petite initiation à la langue des signes qui, je trouve, devrait avoir sa place au sein des programmes scolaires.

Cette année au collège, une interventant extérieure est venue proposer l’apprentissage de la langue des signes aux élèves sur la base du volontariat. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’intégrer ces cours et ce fut un réel plaisir. Tellement enrichissant et expressif ! Une transmission des émotions particulières car tout passe par le visuel, l’expression du visage étant très importante. C’est pourquoi aussi ce livre est d’autant plus important pour nous !

Il faut signaler également les belles illustrations fraîches et colorées qui donnent à ce roman tout son sens. Un gros coup de cœur pour ce superbe roman.

Paris Afrique, de Yves Pinguilly

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Un billet pour l’inconnu…

Yves Pinguilly séjourne régulièrement en Afrique qui est devenu tout naturellement sa source d’inspiration, pour de nombreux romans. Dans Paris Afrique, Yves Pinguilly raconte l’histoire de Bo, un Africain blanc, qui va à Paris pour passer du temps avec sa mère, Solange, une statisticienne. L’adaptation est difficile, pour lui qui a toujours vécu en Afrique, avec son père Marcel. Il y a trop de béton, trop d’immeubles qui cachent le ciel, il fait froid, les gens sont toujours pressés, trop pressés. Bo a la nostalgie de son pays et l’écrit à sa meilleure amie, Ayoko, restée au pays. Il va dans une école multiculturelle dans laquelle beaucoup de choses le surprend. Il peut travailler sur un ordinateur, il va à la cantine, pour lui, c’est côtoyer le luxe, lui peu habitué à ce genre de vie à Batitingou. Sa correspondance avec Ayoko dévoile sa mélancolie mais Bo reconnaît qu’il est bien avec sa mère et son beau-père, qui mettent tout en oeuvre pour qu’il se sente comme chez lui…Mais les nouvelles du pays ne sont pas bonnes, un coup d’état se prépare, visant le président en place. Les vacances de Noël approchent. Bo va revenir avec sa mère et son beau-père à Batitingou, pendant quinze jours. Le retour au pays va être mouvementé, mettant en danger la vie des nouveaux arrivants.

Paris Afrique, une belle histoire qui met en opposition deux pays, des habitudes de vie différentes, ressenties de l’intérieur par un Africain blanc, un jeune garçon né d’un noir et d’une blanche. Deux civilisations peu semblables mais que Bo va rapprocher. Vivre avec deux cultures est une chance et un enrichissement. Le lecteur s’amuse en découvrant l’étonnement et la fascination de Bo en arrivant à Paris et part à la découverte de l’Afrique, de ses couleurs, de ses senteurs.

Bleu espoir, de Cathy Cassidy

Résultat de recherche d'images pour "bleu espoir cathy cassidy"Hannah est une adolescente discrète. En revanche, sa meilleure amie, Joey, c’est tout le contraire : provocatrice dans sa façon d’être et de se vêtir… et amoureuse de Kit, le frère tyrannique d’Hannah. Les parents adoptifs de Joey, famille d’accueil,  vont bientôt accueillir Paul, adolescent perdu suite à la disparition de sa mère. Mais Paul ne sera pas bien accepté dans son nouveau collège. Moqueries, bousculades… et pire encore !

Cette nouvelle histoire de Cathy Cassidy, auteur de littérature de jeunesse très appréciée des collégien(ne !)s interpelle sur des thèmes forts : l’adoption, l’abandon, le harcèlement, le mal-être adolescent, la différence, l’intolérance. La narratrice de l’histoire est Hannah qui raconte cette histoire de son point de vue. Cathy Cassidy a réussi à aborder des thèmes difficile avec beaucoup de subtilité et le ton reste otpimiste, comme nous l’indique le titre. Le silence et les secrets ne sont jamais une solution aux problèmes.  La parole est libératrice. Et l’adulte référent un refuge, comme le personnage de Mme Quinn, bienveillante professeur d’arts plastiques dans le livre.

Ce livre est émouvant et devrait être lu autant par les ados que par les parents, et surtout par le corps enseignant !

Une chronique écrite par Nathalie, parent d’élève

 

 

Qui veut jouer au foot ? de Myriam Gallot

Comme les garçons !

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Quand on regarde ce qui se passe pendant la récréation, en primaire, il est très fréquent d’y observer les garçons jouant au foot. En général, ils investissent les ¾ de la cour, au grand dam des filles, qui sont « condamnées » à se partager le ¼ restant. Pourquoi les filles ne participeraient-elles pas, elles aussi, à ces parties de ballon ? Pourquoi une différence aussi marquée ? C’est trop injuste. Margot n’en peut plus, il faut que ça change mais comment ? Les filles vont faire preuve de finesse et de ruse, pour arriver à leur fin et faire plier les garçons.

Un petit roman très sympathique qui met en avant les idées reçues sur les filles et les garçons. Pourquoi une fille ne pourrait-elle pas jouer au foot ? Est-ce seulement réservé aux garçons? Myriam Gallot arrive parfaitement et simplement à cerner le problème, tout en y apportant des solutions. Le but est que les choses avancent. Les discussions sont nécessaires pour casser les préjugés et démontrer qu’une cohabitation est possible si tout le monde fait un effort. Faire prendre conscience aux enfants que les filles et les garçons peuvent aimer et faire les mêmes choses, c’est préparer aussi l’adulte qu’ils seront à être plus tolérant.

Qui veut jouer au foot ? est une histoire qui suscitera de nombreux débats sur les différences filles/garçons, les inégalités hommes/femmes. Cette lecture prouvera également à nos jeunes lecteurs, qu’il faut parler quand un problème nous tient à cœur. Partager les états d’âme c’est trouver ensemble des solutions.

Le miel de la rue Jean Moulin, de Rémi Courgeon

Dans la rue Jean Moulin, la ruche de Monsieur Pierrot est en plein effervescence. La reine des abeilles a lancé un défi à ses ouvrières : pour les dix ans de la ruche, il  va falloir faire un miel de mille fleurs différentes… Mais où trouver mille fleurs différentes en pleine ville ? Heureusement que la rue Jean Moulin est un lieu de toutes les diversités culturelles, cela va peut-être pouvoir aider !

Un petit texte court et sympathique d’un auteur d’albums de jeunesse que j’aime particulièrement et qui signe ici son premier roman. La narratrice est une des abeilles, qui raconte sa petite histoire à la première personne : Num

Je suis une abeille et je m’appelle Num. C’est l’abréviation de « numéro 157 ». Nous, les abeilles dela ruche de monsieur Pierrot, on porte toutes des numéros, mais comme c’est trop long à prononcer, on s’appelle toutes Num.

J’ai lu avec un petit pincement au coeur ce petit roman, car il a fait remonter quelques souvenirs de mes courtes années passées dans la ville de Ris Orangis dans l’Essonne en banlieue parisienne, ville où se trouve cette fameuse rue Jean Moulin. Et pourquoi la rue Jean Moulin de Ris Orangis est-elle le théâtre de ce roman ? Et bien parce qu’elle accueille, côte à côte, une église, un temple, une synagogue et une mosquée et est le symbole de la diversité culturelle et du respect mutuel, de la mixité acceptée et paisible.

Un roman abondamment illustré en couleur où, page 14, l’auteur-illustrateur n’a pas pu s’empêcher de glisser le petit tigre Timoto, personnage d’une série d’albums pour jeunes enfants !

Les fleurs, il n’y en a pas deux pareilles. Elles ont toutes des formes, des couleurs, des odeurs différentes, des origines multiples, un peu comme les gens.

 

Dysfférent, de Fanny Vandermeersch

Dysfférent

C’est l’histoire d’un garçon, un collégien. Il s’appelle Charlemagne. Un drôle de prénom qui n’aide pas à se sentir « comme les autres ». Et justement, Charlemagne est différent des autres enfants, il est « dys » : dyslexique, dysorthographique et dyspraxique. Ces termes barbares recouvrent des troubles de l’apprentissage, notamment dans l’acquisition du langage écrit : « Les lettres tourbillonnent, changent de place – elles jouent entre elles. » Il est difficile pour Charlemagne de se concentrer en classe. En sport aussi, c’est souvent compliqué, car il a du mal à coordonner ses gestes.

Mal dans sa peau, Charlemagne a du mal à se faire des amis (« parfois je pense que je ne suis qu’un bon à rien, un idiot, une erreur« ) et les autres, Ringo en tête, se moquent souvent de lui.

Heureusement, Charlemagne peut compter sur le soutien de ses parents et de son frère Clément. Leur rituel à tous les deux, le soir : lire une page du dictionnaire. La musicalité des mots le touche et c’est ainsi que l’on découvre que Charlemagne, « mauvais » élève dans quasiment toutes les matières, pourrait bien avoir un talent caché, qui ne demandera qu’à se révéler. Peut-être grâce à la rencontre de Madame Charlotte, la prof de musique remplaçante, et celle de Jade, l’énigmatique et jeune pianiste ?

Ce roman a tous les attraits pour un lecteur adolescent : un format poche et court (88 pages), un style fluide, une narration à la première personne et un langage parlé qui rendent la lecture aisée. Et puis le contexte de l’histoire : la vie d’un collégien, ses rapports avec les autres, et son sentiment d’être différent. Ce sentiment d’être différent est un thème récurrent de l’adolescence, et finalement de la vie en général. C’est aussi ce que nous dit l’auteur, par les mots de Clément, le grand-frère de Charlemagne : « Ecoute, tu te sens différent parce que tu es dyslexique. Mais tout le monde est différent ! Par exemple, moi je suis gaucher. Maman a une jambe un peu plus grande que l’autre et doit mettre des semelles dans ses chaussures. Papa ronfle la nuit… » L’histoire de Charlemagne nous intéresse, elle parle à chacun de nous.

L’intrigue progresse vite, on veut connaître le dénouement de ses déboires avec l’affreux Ringo, mais aussi qui est la mystérieuse pianiste de la maison au fond du bois…

Sans en dire davantage, une chose est sûre, on referme ce livre avec le sourire aux lèvres.

Dysfférent fait partie de la collection Rester vivant des éditions Le Muscadier, qui s’adresse particulièrement à un public adolescent. Elle aborde sans détour les thèmes du monde d’aujourd’hui, tout en tentant d’éveiller chez ses lecteurs un sens critique et un regard incisif sur nos comportements.

Enfin, un détail qui a son importance et qu’il est bon de souligner : le texte du roman est composé avec la police de caractères Open-Dyslexic qui facilite la lecture et permet d’améliorer la compréhension des personnes dyslexiques.

Aucune excuse pour ne pas lire ce roman !