Le gentil petit diable et les autres contes de la rue Broca, de Pierre Gripari

Au 69 rue Broca..

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Pierre Gripari prend un grand plaisir à détourner les caractères des personnages. Les niais ne sont pas aussi bêtes qu’ils y paraissent et les méchants peuvent avoir du cœur. Bref, les codes sont bouleversés, les personnages sont révélés sous de nouveaux visages. Pierre Gripari nous présente six contes qui permettent de retomber en enfance pour certains ou de découvrir des classiques pour d’autres. Des contes qui font partis des Contes de la rue Broca et qui mettent en scène, entre autre, un gentil petit diable qui habite l’enfer et qui a le malheur de ne pas être méchant. Il veut faire du bien autour de lui, au grand dam de ses parents. Au fil de la lecture, nous ferons la rencontre d’une patate bien singulière puisqu’elle va tomber amoureuse, nous irons sur une île lointaine chez le prince Blub qui a l’intention depuis toujours d’épouser une sirène et nous croiserons le chemin du cochon qui a avalé l’étoile polaire. Autant de personnages que de situations fantaisistes. Alors, si vous aimez l’originalité, l’imaginaire, les belles morales et l’humour, faites un détour par la rue Broca !

Les contes du chat perché, de Marcel Aymé

 La ferme enchantée…chat

Je ne peux pas commencer cette chronique sans vous faire part du sentiment qui m’enveloppe rien qu’à l’évocation du titre. Me revoilà plongée dans mes années collège, en 6ème. Les contes du chat perché a été la première œuvre étudiée en classe, une belle rencontre avec Delphine, l’aînée, et Marinette, la blonde. Deux sœurs qui ont «le pouvoir» de discuter avec des animaux dotés de la parole. Et ce petit détail n’a l’air d’étonner personne. Les parents détestent les bêtes et sont très sévères avec leurs progénitures. Les deux fillettes ont un chat Alphonse, qui sera une carte maîtresse pour elles dans les moments difficiles. Alors qu’elles ont cassé un plat, elles sont envoyées chez leur tante, une femme odieuse, méchante. Alphonse, qui d’un passage de patte derrière les oreilles déclenche la pluie, va provoquer un véritable déluge pour qu’elles repartent chez elles. Mais ce changement de temps va détruire les récoltes et les parents qui rendent le chat responsable, veulent le noyer. Alphonse va souvent mettre en garde les fillettes mais elles soupirent en se disant qu’à l’écouter, elles ne feraient jamais rien. Parfois, il est de bon ton de tenir compte des conseils. Tous ces animaux qui peuplent la ferme, vivent dans la crainte de passer à la casserole. Ils changent au fil des contes, certains partent, meurent ou sont mangés. Ils n’hésitent pas à aider Delphine et Marinette et vont même les remplacer dans leurs taches. En effet, les enfants vont à l’école mais doivent participer activement aux travaux de la ferme. Pourtant, elles préfèrent s’amuser avec les animaux, ce qui n’est pas du goût des parents.

Les Contes du chat perché regorgent d’humour. Les animaux parlent et peuvent dialoguer avec les humains. Les situations sont cocasses dès que les parents s’absentent. La ferme familiale devient alors un terrain de jeu, un vrai théâtre. Delphine et Marinette sont pleines d’imagination, ce qui parfois leur joue des tours. Marcel Aymé, sans être moralisateur, transmet des messages sur la justice, la différence, la nature, la tolérance envers les animaux, avec des enfants plus à l’écoute que les adultes. On notera aussi que souvent dans les contes, tout est beau, mais là l’auteur montre aussi que la vie n’est pas si simple. L’écriture est facile à comprendre, amusante et s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes.

Ces nouvelles réunies dans ce recueil sont parfois divisés en deux tomes : Les contes rouges du chat perché et Les contes bleus du chat perché.

Contes pour enfants pas sages, de Jacques Prévert

Et si les animaux prenaient le pouvoir ?

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Contes pour enfants pas sages est un recueil de petites histoires d’animaux. Jacques Prévert met en scène des animaux qui n’ont pas peur de parler. Ils crient haut et fort pour dénoncer la cruauté du monde adulte et défendre les enfants. Chaque conte fait réfléchir et malgré un ton léger, le lecteur découvrira des sujets graves et sérieux comme l’esclavage, l’abandon des enfants, le racisme… Jacques Prévert attaque les hommes à travers la parole des bêtes. L’humour et la fantaisie restent néanmoins présent pour dresser le tableau d’un monde de folie, un monde pas sage du tout !

The Grisly Goat, de Christine Kiffer et Ronan Badel

The Grisly Goat - bilingue anglais

Il s’agit d’un album bilingue anglais qui raconte l’histoire de Lapin qui aperçoit des yeux rouges cachés dans son terrier…et se retrouve terrifié ! Il va appeler divers animaux à la rescousse, avec plus ou moins de succès ! Un récit sympathique sur l’entraide et la solidarité, et qui montre qu’il n’y a pas besoin d’être fort pour être courageux !

J’ai beaucoup apprécié cet album, qui peut être adapté à différents lecteurs, car il est bien illustré, mais permet aussi de bien travailler son anglais. Le choix de mettre la traduction seulement à la fin peut être gênant pour les débutants qui en ont besoin à chaque page, mais permet aux élèves d’un niveau intermédiaire de vraiment lire en anglais, sans avoir la tentation de se raccrocher sans cesse à la traduction. Le jeu des sonorités est intéressant et agréable à l’oreille, alors je vous conseille sincèrement de le lire à voix haute ! Ce serait dommage de passer à côté !

La revanche des princesses, collectif d’auteurs

Sois belle et tais-toi ? Ça, c’était avant…

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1/ La princesse est en colère, d’Anne-Fleur Multon

Attention, méfiez-vous des princesses surtout quand elles sont en colère ! La princesse d’Anne-Fleur Multon fait du théâtre. Elle en a plus que marre d’avoir des rôles ennuyeux aux dialogues plus que niais. Elle se sent inutile. Elle veut jouer de vrais personnages, changer de costumes, vivre des aventures, avoir un vrai rôle. La voici décidée à faire bouger les choses. Elle erre alors à travers le théâtre pour crier haut et fort à qui veut l’entendre, tout  ce qu’elle a sur le cœur.

2/ # charming, d’Alice Brière-Haquet

Mathilde et sa classe visitent le centre pénitentiaire des princesses. Les princesses n’ont plus la cote et comme pour se rappeler de leur gloire passée, elles sont parquées dans une sorte de refuge pour princesses déchues. Un endroit super sécurisé mais dont les conditions de «détention» sont déplorables. Elles s’ennuient et ne semblent pas heureuses. Elles ne sont plus très nombreuses, presque en voie de disparition. Donc, pour sauvegarder l’espèce, il a été décidé de les mettre «sous cloche». Quel destin cruel pour celles qui ont fait les beaux jours des contes pour enfants. Elles qui resplendissaient, elles si sages et si coquettes ! Les voilà enfermées comme des animaux en cage. Mathilde n’a pas l’intention de se taire. Il faut que tout le monde sache ce qui se passe derrière ces murs. Elle est prête à tout, pour dénoncer cet emprisonnement.

3/ La princesse aux mille et un reflets, de Carole Trébor

Il était une fois un roi et une reine qui rêvaient d’avoir la plus belle des petites filles. Il faut dire que dans leur royaume tout le monde est beau, tout le monde se doit d’être beau. C’est le culte de la beauté avant tout. Mais voilà… ce qui aurait dû être le plus heureux des événements est vite devenu un cauchemar pour le couple royal. La reine a mis au monde une fille quelque peu particulière. Sa peau, ses cheveux, ses dents changent de couleur au gré de ses émotions et du duvet commence même à recouvrir son corps. Quelle honte ! Aucun remède miracle n’a été trouvé pour la guérir de cet état. Les parents prennent alors la décision de l’enfermer dans une tour. Elle y restera jusqu’au jour de son évasion. Mais où s’est enfuie la princesse  ? Que va-t-il lui arriver ?

   Une histoire qui commence comme un vrai conte mais qui va vite prendre une direction moins princière. Une histoire qui va traiter de la différence, de l’apparence physique qui reste pour certains encore un critère de réussite, de reconnaissance. Que fait-on alors quand on ne répond pas à ces codes ? La beauté est-elle la chose la plus importante ?

4/ La Belle et la Bête, de Clémentine Beauvais

Un roi, une reine, le désir d’être parents. Jusque là rien de très original. Sauf que madame la reine ne parvient pas à être enceinte. Quelle galère ! Elle qui veut une fille, belle, coquette. Bref la fille parfaite, mais pour l’instant rien arrive. Le couple royal à qui rien ne résiste, habitué à la réussite ne supporte pas cet échec. Mais bingo, au bout de trois ans, ça y est, la reine attend un enfant. La nouvelle est fêtée en grande pompe dans tout le royaume. Le jour tant attendu arrive mais quand le bébé pointe le bout de son nez, c’est l’effroi. Ce n’est pas une petite fille, ce n’est pas un bébé ordinaire……

5/ La flamme de cristal, de Charlotte Bousquet

Après la mort de sa mère, Ana et son père ont quitté leur village. Un village sous l’emprise d’un tyran, un village où la misère est présente. Sécheresse et famine se succèdent, appauvrissant les habitants. Beaucoup fuient vers la ville. Les années passent, le père d’Ana a trouvé du travail mais a perdu sa joie de vivre. Un jour, il fait la connaissance d’une femme dont il tombe amoureux. Elle déteste Ana et lui rend la vie impossible. Subissant la méchanceté de sa belle-mère, la jeune fille est obligée de partir, seule. Malgré de nombreuses péripéties, Ana va faire preuve de courage, prouver qu’une fille peut se battre et se montrer pleine de ressources quand il y a danger.

   Un joli conte qui sort du cliché de la princesse rêveuse, délicate et fragile.

6/ Tapisserie, jarrets dodus et dragon rugissant, de Sandrine Beau

Céleste est une princesse de quinze ans. Mais elle est très loin de l’image lisse, sage et sans relief de la fille de bonne famille. Plutôt intrépide, elle aime rire et surtout casser les codes de la royauté. Elle est rondelette, elle ne passe pas de temps devant le miroir. Ses préoccupations sont ailleurs. Son père est désespéré d’avoir une fille comme elle. Elle se moque du protocole et veut simplement vivre une vie ordinaire et joyeuse. Un jour, le roi lui fait comprendre qu’il serait grand temps qu’elle se marie. Quoi ? Un mariage, à quinze ans ! Ce n’est pas possible pour Céleste ! Oh la la c’est la cata… Une affiche est placardée dans le royaume, invitant tous les chevaliers à se présenter au roi, qui promet de donner sa fille à celui qui vaincra le terrible dragon. Comment Céleste va-t-elle réussir à sortir de ce pétrin ?

  Cette histoire est très drôle, emmenée par Céleste, la narratrice. La jeune fille est pétillante, moderne, face à un père très carré et empêtré dans les traditions. Ce conte met en avant l’image des princes auxquels tout est imposé. La princesse doit être belle et obéissante mais les princes n’ont pas trop leur mot à dire non plus. Ils n’ont pas forcément le choix de leur destin.

La revanche des princesses est un recueil de six contes engagés, détournés, qui cassent l’image lisse des princesses. Pourquoi une princesse ne pourrait-elle pas grimper aux arbres, jouer dans le boue..?

 

 

Le petit chaperon rouge à Manhattan, de Carmen Martin Gaite

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Une tarte si convoitée…

Sara Allan, 10 ans, vit à Brooklyn avec son père, plombier et sa mère, employée dans une maison de retraite. La jeune fille adore la lecture, l’imprévu, l’aventure et admire tous ces héros si courageux qui la font rêver. Mais ce qu’elle aimerait par-dessus tout, c’est de voir la statue de la liberté et d’explorer le quartier de Manhattan. Pour l’instant, elle le parcourt furtivement quand elle va rendre visite à sa grand-mère Rebecca, une ex-star du music-hall, connue sous le nom de Gloria Star. Un peu farfelue cette grand-mère! Elle chante, elle est pleine de fantaisie, pétillante et beaucoup plus rigolote que les parents de Sara. Comme sa petite fille, elle est éprise de liberté. Alors que les parents doivent partir à l’enterrement d’un oncle, Sara est confiée à un ami qu’elle n’aime pas. Elle décide alors de s’enfuir et de se rendre seule chez son aïeule. Mais, contrairement au conte initial, Sara n’emporte pas un petit pot de confiture et du beurre mais une tarte aux fraises, spécialité de sa mère. La recette de cette gourmandise est un secret qui se transmet de mère en fille. Elle est donc très convoitée et sera la clé de la folle aventure que va vivre la fillette. Elle va s’égarer dans les méandres d’un quartier où sa route va croiser une multitude de personnages dont le fameux loup, un pâtissier milliardaire à la recherche de la fameuse recette.

Le petit chaperon rouge à Manhattan est une version moderne du conte. Une version originale, pleine d’humour avec des personnages colorés à souhait. Deux univers qui se rencontrent : d’un côté l’imaginaire, un chaperon rouge qui incarne notre enfance, un temps passé et de l’autre la modernité.

Le géant, la fillette et le dictionnaire, de Jean Leroy – ill. de Stéphane Poulain

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

C’est l’histoire d’un géant qui découvre grâce à un dictionnaire qu’un ogre est un personnage légendaire qui mange les enfants ! Il décide alors de s’en cuisiner un aux carottes… Mais il n’est pas sûr que les deux aillent bien ensemble, alors, il décide qu’il les mangera plutôt avec leur légume préféré. Problème : la petite fille qu’il a trouvé n’en aime aucun ! Elle n’aime que les bonbons !  Soudain, des soldats ayant l’ordre d’arrêter les mangeurs d’enfants débarquent ! Quelle embrouille !

 

Un livre amusant ! J’ai beaucoup aimé aussi les illustrations qui ont des effets intéressants, en particulier le sol, avec ses fissures qui ressemblent à de l’argile séchée et le grand format qui fait que le géant envahit les pages !

Ce livre grand format et coloré peut convenir aux enfants dès 8 ans !

Noé, 6ème – 11 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène