La cicatrice, de Bruce Lowery

L’autre moi

cic.jpg

Jeff, 13 ans, est un enfant heureux. En apparence seulement. Jeff est né avec un bec de lièvre. Certes, il s’est fait opérer mais il reste une cicatrice qui lui rappelle toujours qu’il est différent. Sa mère, une protestante croyante, s’est toujours interrogée sur ce qu’elle avait fait à Dieu pour avoir mérité ça. Elle se sent coupable. Son père dit simplement que « ce sont des choses qui arrivent». Jeff se demande également pourquoi lui. Si Dieu est si bon pour quelles raisons a-t-il laissé le destin en décider ainsi ? Jeff se persuade que s’il adresse des prières à Dieu, un miracle pourra surgir et faire disparaître cette marque disgracieuse. A l’école, ce ne sont que brimades et moqueries, l’adolescent a même un surnom : grosse-lèvre. Il est maltraité par les autres élèves qui n’hésitent pas à le dévaloriser, à le traiter comme un moins que rien. Il est humilié. Jeff n’arrive pas à s’imposer, il n’a pas le courage de faire face. Heureusement, il peut compter sur son nouvel ami, Willy, qui le rassure et qui l’aide à prendre confiance. Ils ont même une passion commune, la collection de timbres. Une amitié rare, inespérée. Mais voilà, la vie de Jeff va changer, les mensonges et les trahisons vont devenir pour lui le seul moyen de s’affirmer. Lui si droit, si honnête va basculer dans la spirale infernale du mal.

La cicatrice est un beau roman qui met en avant la différence, le rejet de l’autre, l’exclusion, la solitude, l’incompréhension. Pourquoi autant de cruauté face à quelqu’un qui ne rentre pas «dans le moule». Jeff est né dans une famille protestante où Dieu prend une place importante. Cette image sera écornée à la fin du roman au vu de toutes les épreuves qui vont toucher la famille. Jeff est torturé. Il a des remords car il a mal agi mais n’arrive plus à se sortir de cet engrenage qui le pousse à mal agir. Est-ce le seul moyen d’exister, de montrer qu’on est là quand on est différent ?

Les prodiges, de Jérémy Scott

Que la force soit avec nous !

prodiges.jpg

Philipp Sallinger a 12 ans, il est aveugle. Un soir, son père lui fait une révélation qui va changer le cours de sa vie. Il lui annonce qu’il a des super pouvoirs, comme toute sa famille d’ailleurs et comme tous les habitants de Freepoint. Philipp est abasourdi et ne comprend pas très bien ce qui arrive. En fait, ce n’est qu’à l’âge de 12 ans que ces dons se révèlent. Chaque enfant devient gardien, un super-héros en quelque sorte. Le jeune garçon va devoir alors incorporer une école particulière mais sa cécité le contraint à intégrer une classe spéciale où il aura du mal à trouver sa place. Jusque là, Philipp suivait des cours dans un lycée classique sans que son handicap l’isole des autres élèves. Cette situation n’est donc pas celle qu’il attendait mais le jeune homme est un battant et il lui en faut plus pour se décourager. Philipp va faire la connaissance de 5 autres adolescents, dont le handicap pourrait poser certains soucis à la mise en place de leur pouvoir. Pour être capable de s’en servir, il faudra user de ruses et d’astuces. Ils sont 6 et vont devenir les Prodiges. Personne ne croit en eux et pourtant de leur faiblesse va naître leur force.

Super-héros et handicapés. Deux états qui paraissent à des années-lumière de l’image du sauveur par excellence ! Jérémy Scott démontre ainsi qu’on peut tirer une force de sa différence. Des héros pas comme les autres qui vont entraîner nos lecteurs dans une histoire de complot pleine de rebondissements. Jérémy Scott aborde le thème du handicap en milieu scolaire de manière originale. La grande maturité des personnages est peut être un peu décalée par rapport à leur âge, nos héros ont seulement 12 ans, mais on passe un agréable moment de lecture. Etre handicapé c’est toujours se dépasser pour faire taire la différence.

Tempête au haras, de Chris Donner

Quand la passion permet de dépasser ses limites…

Parfois les conditions de notre naissance peuvent prédestiner notre vie…. c’est le cas de ce jeune garçon Jean-Philippe qui est né dans la paille d’un box le même jour et aux côtés d’un poulain. Au sein du haras de M Schmidt, le haras de Saint James dirigé par ses parents, Jean-Philippe développera pleinement cette passion pour les chevaux , ouvertement pour commencer puis secrètement  du jour où Tempête mettra un terme à presque tous ces projets le soir d’une terrible tempête….Malgré les obstacles et les difficultés rencontrées, il restera encore et toujours à la recherche du  crack du haras, ce fameux cheval extraordinaire recherché de tous dans ce monde si particulier, ce cercle si fermé de l’hippisme  et de ses courses. Des efforts qui ne resteront pas vains…

Une histoire facile, émouvante et agréable à lire avec un rebondissement vraiment inattendu qui réanime l’envie de terminer la lecture encore plus vite.

 

Wonder, nous sommes tous des merveilles, de R. J. Palacio

Regarde avec bonté…

Résultat de recherche d'images pour "wonder album palacio ricochet"Wonder est un enfant différent : il a une malformation au visage qui le rend pas ordinaire … Pourtant, ce qu’il fait dans la vie est ordinaire : comme tous les autres enfants, il mange des glaces, fait du vélo, joue au ballon.

Le regard des autres le fait tant souffrir que parfois, il préfère se cacher derrière un casque… Pourtant pour sa mère, malgré sa différence il est une merveille.  Lui ne peut pas changer son visage, mais les autres, ne pourraient-ils pas juste changer leur regard sur lui ?

Si tu regardes avec bonté, tu découvriras sans cesse de nouvelles merveilles.

 

Un album  adapté des romans Wonder  et Auggie et moi, dont les illustrations  du personnage de Wonder s’inspire de la couverture crée par Tad Carpenter.

Un album fort et poignant sur la différence et son acceptation, qui en quelques phrases dit l’essentiel sans tomber dans la sensiblerie excessive. Un joli message pour les plus jeunes.

La petite femme du père Noël, de Kochka

A chacun son étoile…

pere.jpg

Rose d’Hiver est une auteure à succès, qui va dans les écoles à la rencontre de son jeune public. A quelques jours de Noël, elle va parler de son nouveau roman Vanille, fraise et praliné à des élèves de primaire. Elle est accueillie par maîtresse Barbara et très vite son regard est attiré par Noëlle, une fillette handicapée. Celle-ci dit être la femme du père Noël et quiconque ne l’aimera pas sera privé de cadeaux. Cela fait bien rire ses camarades de classe notamment Max et Gaspard très crédules sur l’existence du vieil homme en rouge. Rose d’Hiver va alors leur raconter une histoire pour leur démontrer qu’il faut croire parfois à l’impossible pour voir ses rêves se réaliser. La journée s’achève et Rose doit repartir mais Noëlle la rattrape en la suppliant de l’emmener voir le père Noël. Elle caresse l’espoir d’aller un jour en Finlande pour  rencontrer celui qui, dans la nuit du 24 au 25 décembre, distribue des cadeaux dans le monde entier. Rose pourra-t-elle aider la petite fille ? Un pari fou mais fermons les yeux et pensons très fort à ce moment si féérique et peut-être verrons nous les petits lutins s’activer auprès du Père Noël pour que la magie de Noël opère.

Kochka nous livre un beau conte sur la force de l’imaginaire. Nos petits héros vont vivre une folle aventure qui va leur donner un regard neuf sur ce qui les entoure, sur leur existence. C’est un récit plein de magie, de tolérance et d’amitié. N’avons-nous pas besoin, par moment, de croire en nos rêves pour donner un sens à notre existence ?

Wonder, de R.J Palacio

Une belle dose de bonheur…

Wonder,  de R.J Palacio

wond.jpg

Jaimerais bien que ce soit tous les jours Halloween. On porterait tous des masques. Comme ça, on pourrait prendre le temps d’apprendre à se connaître avant de dévoiler nos visages.

En effet, ce serait bien d’arrêter de juger sur les apparences. Apprendre à se connaître, à se faire une opinion sur quelqu’un en le côtoyant et non sur une image qu’il peut renvoyer. On existe à travers le regard de l’autre mais parfois ce même regard tue. August Pullman est un petit garçon de 10 ans, que la vie n’a pas épargné, je devrais dire que la naissance n’a pas épargné. Il est né avec une malformation faciale qui a nécessité de nombreuses opérations pour rendre à son visage une apparence plus humaine. Il n’a jamais été scolarisé et cette année il franchit le pas, il entre en 6ème. Un grand débat au sein de la famille : faut-il qu’August aille à l’école ? Que va-t-il se passer quand les autres élèves vont le voir ? Des moqueries, de la compassion ? August a peur, il appréhende. Comment va-t-il affronter les réactions qu’auront adultes et adolescents en voyant son visage ?

Je suis tombée sous le charme d’August, oui, sous son charme. C’est un petit garçon doux, très attachant, courageux, conscient de son handicap. Il est regardé comme un monstre et au sein du collège, les avis à son sujet sont très partagés. Il a des amis sincères et des ennemis qui n’hésitent pas à le harceler. Mais August ne se démonte pas. Il aime assister aux cours et adore  les matières scientifiques. Il fait preuve de beaucoup d’humour. Il comprend les réactions qu’il suscite mais s’arme sans cesse de courage pour les affronter.

L’auteur met en avant les difficultés de la famille à assumer un enfant différent, les craintes des parents qui ont tendance à le surprotéger alors que lui ne demande qu’à exister parmi les autres. Beaucoup d’amour entoure August. La famille fait bloc mais malgré tout, sa sœur a honte de lui. Elle entre au lycée et essaie de le tenir éloigné pour ne pas entacher son image aux yeux de ses amis. Et pourtant elle l’aime tellement ! Le jeune garçon va nous livrer une description de son visage qui glace. Paradoxalement, je n’ai pas pu imaginer à quoi il pouvait ressembler. C’est bizarre, mais je pense qu’il transmet une image de lui tellement belle, il est tellement touchant que son visage ne peut pas être hideux. L’être humain est égoïste et méprisant. Cette méchanceté cause plus de dégâts que le handicap lui-même. La solidarité et l’amitié facilite l’acceptation de soi. Wonder est un roman très émouvant mais qui ne se veut pas larmoyant. L’auteur n’a pas hésité à décrire toute la violence dont est victime August, tant dans les gestes que dans les paroles. Elle va droit au but et met le lecteur tour à tour dans la peau d’August, de ses parents, de ses amis, de ses ennemis. Wonder nous remue, nous chamboule. A noter que R.J Palacio a écrit ce roman après une mésaventure qui lui est arrivée alors qu’elle achetait des glaces à ses deux garçons. Ils ont croisé une petite fille qui souffrait de malformation faciale. Ses fils ont eu peur, ils ont pleuré. R.J Palacio est alors partie, emmenant précipitamment ses enfants. Elle s’en est voulue. Elle n’aurait pas dû réagir ainsi, elle n’a pas donné le bon exemple à ses enfants. Elle a alors décidé d’écrire Wonder , une sorte de mea culpa.

WONDER, c’est des larmes, des sourires, de merveilleuses émotions.

Cette histoire a été adaptée au cinéma. Sortie prévue le 20 décembre. Découvrez également le tome 2 au CDI Auggie et moi.

Auggie et moi : trois nouvelles de Wonder, de RJ Palacio

A tous les Auggie du monde …

aug.jpg

Loi de 2005 sur le handicap : intégration des enfants à handicap en milieu scolaire. Une très bonne chose. Mais aurait-il fallu également voter une loi sur l’acceptation de la différence ? Nul doute. L’école pour tous ? Encore faut-il que le regard des autres changent, que les mentalités évoluent et que tous acceptent cet état de fait. Mettons-nous un instant à la place de ces familles isolées, perdues, de ces enfants subissant railleries, moqueries, rejets ! Attention, tout le monde n’a pas ce comportement égoïste, certains se montrent touchés et n’hésitent pas à épauler, à accompagner ces êtres dont la seule erreur est de ne pas être «normaux». Alors lisez Auggie et moi, un roman qui traite le thème du handicap du point de vue de trois enfants. Le premier Julian, le dur du collège, le second, Christopher l’ami d’enfance et le troisième, Charlotte, la camarade de classe. Chacun va raconter dans quelles circonstances il a été amené à côtoyer Auggie. Les situations sont différentes mais partagent une chose importante au final : la tolérance et l’acceptation de l’autre. Les trois enfants se trouvent en 6ème dans le même établissement scolaire qu’Auggie.

Le jeune garçon souffre d’une malformation faciale qui choque et il le sait. Aucun trait de sa figure ne se trouve à la bonne place. Son visage ressemble à un masque. Les réactions sont violentes de la part de certains enfants et des adultes. Auggie n’a rien demandé, il aurait voulu être un petit garçon comme les autres. Mais malheureusement, il faut qu’il apprenne à exister avec sa différence, à composer avec elle. Il se retrouve au centre de réflexions malveillantes et de regards aiguisés.

Le roman est réaliste et émouvant. Auggie est surprotégé par ses parents qui ont peur pour lui et c’est normal. Ils craignent surtout son exposition au monde extérieur qui peut se montrer si cruel. Exploiter ce que provoque cette malformation sur un entourage étranger à l’enfant, fait prendre conscience au lecteur que toute cette méchanceté est lourde de conséquence. L’impact est fort. Ce qui est intéressant ici est que l’auteur soumet au lecteur trois points de vue différents qui sont les clés de Auggie et moi. J’ai été attendrie par l’écriture de R.J Palacio. Le point de départ est Auggie et son handicap mais le jeune garçon hante les pages du roman sans vraiment être présent. Il est comme une ombre qui plane. Auggie est le moteur de l’histoire tout en étant le personnage secondaire. On sait qu’il est bon, sa présence a chamboulé la vie au sein du collège et notamment a permis à Julian, Christopher et Charlotte de changer leur vision du monde. La fin du roman m’a charmé parce que Auggie s’adresse à nous. Pour la première fois, on sait ce qu’il ressent et on imagine mieux le calvaire qu’il vit au quotidien. Il est courageux, touchant et fait preuve de beaucoup de maturité. Je suis contente d’avoir croisé la route d’Auggie et je suis sûre que si je l’avais rencontré, je l’aurai aimé. Je dédie ma chronique à tous les « Auggie » du monde et aux autres.  Je pense aussi à toi Clément, si bon, que la vie n’a pas épargné et qui se bat au quotidien contre l’intolérance. Chacun de nous peut en tirer une leçon et j’espère que ce livre aidera à changer les comportements et les idées pré-conçues.