A tous les Auggie du monde ….

Auggie et moi : trois nouvelles de Wonder, de RJ Palacio

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Loi de 2005 sur le handicap : intégration des enfants à handicap en milieu scolaire. Une très bonne chose. Mais aurait-il fallu également voter une loi sur l’acceptation de la différence ? Nul doute. L’école pour tous ? Encore faut-il que le regard des autres changent, que les mentalités évoluent et que tous acceptent cet état de fait. Mettons-nous un instant à la place de ces familles isolées, perdues, de ces enfants subissant railleries, moqueries, rejets ! Attention, tout le monde n’a pas ce comportement égoïste, certains se montrent touchés et n’hésitent pas à épauler, à accompagner ces êtres dont la seule erreur est de ne pas être «normaux». Alors lisez Auggie et moi, un roman qui traite le thème du handicap du point de vue de trois enfants. Le premier Julian, le dur du collège, le second, Christopher l’ami d’enfance et le troisième, Charlotte, la camarade de classe. Chacun va raconter dans quelles circonstances il a été amené à côtoyer Auggie. Les situations sont différentes mais partagent une chose importante au final : la tolérance et l’acceptation de l’autre. Les trois enfants se trouvent en 6ème dans le même établissement scolaire qu’Auggie.

Le jeune garçon souffre d’une malformation faciale qui choque et il le sait. Aucun trait de sa figure ne se trouve à la bonne place. Son visage ressemble à un masque. Les réactions sont violentes de la part de certains enfants et des adultes. Auggie n’a rien demandé, il aurait voulu être un petit garçon comme les autres. Mais malheureusement, il faut qu’il apprenne à exister avec sa différence, à composer avec elle. Il se retrouve au centre de réflexions malveillantes et de regards aiguisés.

Le roman est réaliste et émouvant. Auggie est surprotégé par ses parents qui ont peur pour lui et c’est normal. Ils craignent surtout son exposition au monde extérieur qui peut se montrer si cruel. Exploiter ce que provoque cette malformation sur un entourage étranger à l’enfant, fait prendre conscience au lecteur que toute cette méchanceté est lourde de conséquence. L’impact est fort. Ce qui est intéressant ici est que l’auteur soumet au lecteur trois points de vue différents qui sont les clés de Auggie et moi. J’ai été attendrie par l’écriture de R.J Palacio. Le point de départ est Auggie et son handicap mais le jeune garçon hante les pages du roman sans vraiment être présent. Il est comme une ombre qui plane. Auggie est le moteur de l’histoire tout en étant le personnage secondaire. On sait qu’il est bon, sa présence a chamboulé la vie au sein du collège et notamment a permis à Julian, Christopher et Charlotte de changer leur vision du monde. La fin du roman m’a charmé parce que Auggie s’adresse à nous. Pour la première fois, on sait ce qu’il ressent et on imagine mieux le calvaire qu’il vit au quotidien. Il est courageux, touchant et fait preuve de beaucoup de maturité. Je suis contente d’avoir croisé la route d’Auggie et je suis sûre que si je l’avais rencontré, je l’aurai aimé. Je dédie ma chronique à tous les « Auggie » du monde et aux autres.  Je pense aussi à toi Clément, si bon, que la vie n’a pas épargné et qui se bat au quotidien contre l’intolérance. Chacun de nous peut en tirer une leçon et j’espère que ce livre aidera à changer les comportements et les idées pré-conçues.

Un avenir à reconstruire

Le journal de ma nouvelle vie, de Yves-Marie Clément

Ambre-Océane est une joyeuse adolescente, élève enclasse de  4ème au collège Jean Moulin de Saint-Maur. Elle pratique le judo et plus tard elle voudrait en faire sa profession. Elle a tout pour être heureuse mais le destin va en décider autrement… C’est l’accident, le trou noir. Une vie brisée, des espoirs qui s’effondrent, une adolescence qui s’effrite. Ne pas pouvoir revenir en arrière, un horizon qui s’obscurcit, faire le deuil de son ancienne vie. Comment remonter la pente quand son existence a basculé ?

Un journal intime où se mêlent émotion et colère, culpabilité et pardon. C’est le choc quand le diagnostic tombe. Tout s’écroule. Le désarroi des parents, des amis soudés, une jeune fille qui doute. Cette histoire est touchante. Le récit ne se veut pas larmoyant mais il dégage des émotions qui nous submergent au fil des pages. Il nous fait relativiser les petits bobos du quotidien et nous donne une leçon de vie.

L’histoire d’Helen Keller , de Lorena A . Hickok

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

L’Histoire d’Helen Keller, de Lorena A. Hickok

Résultat de recherche d'images pour "l'histoire d'helen keller"Voici l’histoire d’Helen Keller, une jeune fille sourde, muette et aveugle à cause d’une congestion cérébrale qui l’a frappée à 2 ans.

La jeune fille est donc murée dans le silence et l’obscurité.

Ses parents eux, ont fait beaucoup de visites à de grands médecins qui, face à Helen, sont impuisants. Le Docteur Bell, un scientifique spécialisé dans l’audition des enfants sourds, leur avait conseillé Michael Agnagnos, directeur de l’école  » Pekins  » qui avait réussi à communiquer avec une femme nommée Laura Brigman, elle aussi sourde, muette et aveugle. Celui-ci leur envoie à leur domicile Ann Sullivan, qui deviendra la maîtresse d’Helen.

Ann réussira-t-elle à sortir Helen du silence et de l’obscurité ?

Et que fera celle-ci de sa vie future ?

Une histoire vraie et très touchante qui est une biographie d’Helen Keller, personnage qui a réellement existé, né à la fin du 19e siècle. Helen Keller a également écrit son autobiographie en 1954 et qui est  « Sourde, muette et aveugle : histoire de ma vie  » disponible au CDI.  J’aimerais bien la lire car cela serait très intérressant e de connaître en plus son avis personnel, ses propres sentiments et ressentis.

Le Dr Bell est un remarquable savant. C’est en essayant de mettre au point un appareil pour redonner une certaine acuité auditive aux enfants sourds, qu’il a inventé le téléphone.

Chloé, 4ème – 13 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Star trip, d’Eric Senabre

Les dévoreurs de livres dArsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Star tripEté 1968, aux Etats-Unis. May, une jeune adolescente de 15 ans, dépérit d’ennui dans son village perdu au fin fond de ldaho. Son petit frère, Sam, handicapé, est fan de science-fiction. Ils avaient prévu de passer des vacances d’été « spéciales science-fiction », Mais après le départ rapide des parents pour une mission secrète, les vacances sont annulées… May, aidée de son petit ami Will, va tout faire pour le distraire. Mais un matin, May retrouve l’acteur de la série favorite de Sam « Star Trip » dans la grange… Sam voit son rêve se réaliser… rejointe par un Indien chaman un peu fou, notre petite bande va entamer un road trip rempli d’humour et de rebondissements.

J’ai dévoré ce livre ! Une pépite ! L’histoire est fluide et on s’attache aux personnages haut en couleur. Plein d’humour et de fraîcheur, ce livre nous transporte jusqu’à la fin dans une histoire au rythme effréné  ! Et, en final, je vous informe de l’apparition d’un personnage connu assez étonnant !

A emmener d’urgence dans ses bagages de l’été !

Johanne, 3ème – 14 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de mumu58 :

Des étoiles plein les yeux !

Nous sommes en 1968 aux USA. May, 15 ans, va devoir s’occuper de son petit frère Sam, après le départ précipité de ses parents pour une mission secrète. Sam, handicapé depuis qu’il est tombé d’un toit, est fan de la série de sciences fiction Star trip. Il passe tout son temps à regarder les épisodes qu’il connaît par cœur. Pour le distraire, May a l’idée de fabriquer en secret la réplique de la navette de Star Trip dans la grange de la maison. Partie en ville avec son petit ami Will, elle tombe par hasard sur une séance de dédicaces de Benjamin Spike, le héros principal de la série. Bouleversée, May va lui demander de rendre visite à Sam qui ne peut se déplacer. Le comédien refuse catégoriquement, il se montre même très désagréable. Déçue et très désappointée, May en reste là. Le lendemain, alors que l’adolescente se remet au travail, elle voit une forme étrange sur le plancher de la navette. Elle s’approche et quelle n’est pas sa surprise de voir Benjamin Spike en personne ! Et là débute une histoire folle qui va conduire nos héros dans un voyage peu commun et captivant qui va vite les dépasser.

L’auteur nous plonge dans l ‘univers des années 60 avec des références musicales de l’époque, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Un petit clin d’oeil aussi en passant à la série Star Trek de 1966. Des personnages hauts en couleur et déjantés, de l’humour, de l’émotion, tous les ingrédients qui font de ce roman un beau moment de lecture, d’évasion. On aime May, cette adolescente qui pour compenser l’absence de ses parents, va se lancer le défi fou d’entraîner son frère dans un voyage qu’il n’oubliera jamais. Elle qui rêve aussi d’autres horizons va vivre la plus palpitante période de sa vie. C’est aussi une belle histoire sur les liens forts qui unissent un frère et une sœur. Chaque personnage est une pièce maîtresse de l’histoire. On les aime, ils nous touchent. Lorsqu’on finit Star Trip, on a vraiment l’impression d’avoir vécu dans un autre temps.

Le défi

Plus près de nos rêves, de Carole Prieur

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Céliane adore écrire des poèmes. Elle a 14 ans. Elle est discrète et seul son frère Gabriel, 19 ans, connaît son amour des mots. Lui adore la musique, il aime chanter, sa voix est sublime. Martin, 16 ans, le beau gosse du collège, guitariste, va participer à un télé-crochet et va demander à Céliane de lui écrire une chanson pour son casting. Après quelques hésitations, elle accepte. Elle en parle à Gabriel. Excité par le projet, il va se joindre à eux. L’aventure commence, ils espèrent gagner ! Vont-ils réussir à franchir les étapes de la sélection ?

Plus près de nos rêves est un roman plein d’émotions qui fait réfléchir sur la vie. Carole Prieur sait avec des mots simples passer des messages à travers le quotidien d’une famille. Je ne peux pas m’étendre sur l’histoire car j’en dévoilerai déjà trop ! Dès les premières pages et avec une couverture très révélatrice, le décor est planté.

Le ton est léger malgré les sujets traités. On est face à des parents protecteurs, une gamine très mûre pour son âge et Gabriel dont la situation est difficile. Toute l’histoire tourne autour de lui. Céliane, la narratrice, est fragile mais forte à la fois. Ses parents lui en demandent beaucoup notamment vis-à-vis de son frère. Elle a peu d’amis. Une fois sortie du collège elle s’empresse de rentrer pour être avec Gabriel.

Ce roman est un livre plein d’espoir qui montre que malgré les préjugés, les obstacles qui peuvent se dresser, il faut aller jusqu’au bout de ses projets , de ses rêves. Il ne faut pas s’arrêter aux apparences et porter des jugements. Une histoire émouvante et positive, des personnages très touchants.

La vie dans une bulle

J’ai tué papa, de Mélanie Richoz

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Antoine va avoir 12 ans. Son papa s’est effondré sur le carrelage de la cuisine, un lundi matin alors qu’ils prenaient ensemble leur petit déjeuner. Chaque matin, il s’amuse à « tuer » son papa mais là son papa est tombé et ne s’est pas relevé… Il ne fait pas semblant… Antoine va avoir 12 ans et le monde qui l’entoure lui paraît bizarre, avec des codes qu’il comprend mal : pourquoi se dire bonjour, se serrer la main, se faire la bise… Antoine a un classeur où toutes les règles de vie sont consignées et qui l’aident à savoir comment le monde tourne. Antoine est autiste, il est le narrateur de ce beau roman qui est en quelque sorte son journal intime. Antoine nous livre  ce qu’il ressent, ses peurs, ses angoisses. Il voue un amour total à son papa Jacques et à sa maman Clémence. Mais il ne sait pas gérer cet amour. La vie n’est pas simple pour ses parents qui mènent un combat au quotidien. Antoine a des crises et ne trouve pas sa place dans un environnement qui lui est hostile et dont il n’arrive pas à comprendre le fonctionnement. Un enfant joue, rit mais Antoine ne sait pas faire. Il est solitaire et il aime être dans sa bulle. Il ne supporte pas le contact physique, le moindre frôlement  le rend anxieux et  peut lui déclencher des crises. A l’école, ça ne se passe pas toujours très bien, certains élèves le détestent et l’embêtent. Il ne comprend pas l’humour, déteste le mensonge.

J’aime bien blaguer…et j’aime bien que les blagues soient toujours les mêmes ; comme ça je sais exactement à quel moment rigoler. Et surtout comme ça,  je sais qu’il s’agit d’une blague.

La situation familiale est d’autant plus rude que le papa toujours hospitalisé est prisonnier de son corps. Il ne parle plus. Il entend mais ne peut manifester aucune émotion.

Clémence se trouve donc seule à gérer son fils qui lui demande beaucoup d’énergie. Elle craque… c’est trop pour une seule personne. Elle ne sait pas non plus si son mari s’en sortira.

Mais je suis seule avec un enfant handicapé. Un monstre ? Un monstre que j’ai mis au monde, que j’aime par-dessus tout.Un ange plutôt…Oui, un ange. C’est ça un ange que je préférerai céleste parfois.

Elle est fatiguée, elle arrive au bout de ce qu’elle peut supporter…Clémence aussi se renferme dans un univers propre à elle où elle essaie d’exorciser sa souffrance. Chacun des membres de cette famille est prisonnier de la situation, chacun à des degrés différents.

Antoine est intelligent, il a des raisonnements logiques et une bonne mémoire. C’est lui qui se dévoile le plus.

Cette histoire à 3 voix est émouvante. Trois voix pas tout à fait. Celle d’Antoine, de Clémence et pour Jacques ce ne sont que des pensées car il ne peut plus parler. Pour nous lecteurs, c’est déstabilisant de se trouver confronter à ce personnage d’homme malade qui entend et qui voudrait tant le faire savoir mais ne le peut pas.

Je voudrais me manifester, rétorquer, m’opposer, crier, remuer les lèvres, bouger les doigts ou ouvrir les paupières.

Je voudrais.

Je ne peux pas.

En marge de cette histoire sur la différence, il y a donc l’hospitalisation d’un proche qui souvent aussi fragilise la famille. Ce père, en fait se retrouve comme son fils dans une bulle, sans pouvoir communiquer, sans réussir à se faire comprendre !

Antoine a grandit, le bouleversement familial l’a fait grandir. Il sait que son papa n’est pas bien et que les médecins le condamnent… Pourtant, n’y a-t-il pas un espoir de guérison ? Sa maman lui a expliqué. Et lorsqu’il va voir son papa, il est étonnant :

Je suis grand, maintenant. Nous allons nous débrouiller sans toi , maman et moi. Ca ira.Tu peux t’en aller, papa. Tu as le droit.

Ca m’a pris les tripes… Antoine nous donne l’impression de ne rien ressentir et pourtant…

Je me sens tout bizarre. Tout humide… Pourtant je n’ai pas peur, papa je t’assure, je suis à zéro sur l’échelle de la peur.

Mais je suis triste.

Antoine se sent coupable de l’état de son papa. Il a l’impression qu’il a tué son père, il n’arrive pas à faire la différence entre le jeu qu’il partageait avec lui et la réalité. Il s’en excusera d’ailleurs auprès de lui.

Mélanie Richoz nous fait pénétrer dans la vie d’une famille confrontée au handicap. Chaque journée est programmée selon un rite bien défini car rien ne doit être fait au hasard. Antoine n’aime pas l’imprévu. Son monde est fait d’habitudes. On ressent tout l’amour qu’entoure cette famille soudée dans la différence mais dont l’équilibre est fragilisé par l’hospitalisation du père.

Ce roman est étonnant car il traite du handicap par la voix d’un enfant autiste qui sait parfaitement décrire ses difficultés, qui livre ses sentiments. L’histoire en est d’autant plus forte et plus réaliste. La différence isole, c’est bien connue, et pourtant elle peut être enrichissante pour ceux qui prendraient la peine de la comprendre. Etre autiste ce n’est pas être malade, c’est le cerveau qui traite les informations différemment.

L’auteur, ergothérapeute, adresse ce roman à ses patients. Il n’y pas de références ou de termes médicaux, c’est simplement poser un regard sans jugement sur un enfant différent mais qui a sa place comme les autres enfants….D’ailleurs, quand on regarde bien la couverture, elle est floue et traduit bien la vision qu’ont les enfants autistes sur ce qui les entoure…

C’est mon coup de cœur.

On notera que l’auteur a mentionné le nom de Joseph Schovanec sur les premières pages. Monsieur Schovanec est écrivain et philosophe autiste qui n’a de cesse de se battre pour l’intégration. Il fait énormément de conférences, voyage beaucoup. Et comme rien n’est impossible malgré son handicap il a fait de brillantes études après un début de scolarité très difficile.

La vie en bleu

Mon frère, mon enfer, mon bel enfer, de Sandrine Andrews et Christine Deroin

J’étais super contente quand j’ai su que j’allais avoir un petit frère. Tellement mignon quand je suis allée le voir à la maternité, trop cool ! Mais ma joie fut de courte durée, je ne m’attendais pas à un frère comme ça, ou, je dois dire pas comme les autres….

https://i1.wp.com/livrelibre.blog.lemonde.fr/files/2016/08/mon-frere.jpgGarance a 14 ans et sa vie d’adolescente est perturbée par son petit frère, Adam, autiste. Toute la famille vit au rythme des crises d’Adam. Tout le quotidien s’en trouve bouleversé, Adam demande une attention particulière qui épuise et qui isole ses proches. D’ailleurs la maman d’Adam a dû arrêter toute activité professionnelle pour s’occuper de lui.

Garance tient un journal, donc le lecteur est tout de suite imprégné de ce qu’elle ressent face à cette situation qui lui est insupportable. Par moment, elle en est presque à reprocher à son frère d’être différent car elle ne supporte plus de l’entendre crier, elle ne supporte plus l’enfer qu’il fait vivre à sa famille, elle ne supporte plus d’entendre ses parents hurler. Le premier chapitre du livre met l’accent d’ailleurs sur le mal être de Garance, sa colère, son ras-le-bol :

«  je n’en peux plus, je ne veux plus entendre ses cris, je ne peux plus le supporter »

« maman je t’aime et je ne peux pas t’aider, maman ne pleure plus, ne hurle plus s’il te plait ! »

Et puis il y a Hugo, un nouveau dans la classe de Garance, qui s’aperçoit très vite que Garance est souvent seule. Lui aussi tient un journal, sa situation familiale a été chamboulée par la séparation de ses parents. Ce personnage donnera un regard extérieur sur le problème de l’autisme. Bien souvent, ce qui n’est pas connu fait peur et des jugements trop hâtifs altèrent notre vision des choses. Par moment, Hugo est maladroit bien qu’il comprenne le calvaire que vit Garance :

« je ne supporte pas les handicapés mentaux, ça me gêne quand ils sont près de moi…ça me fout la trouille »

Très vite, il est attiré par Garance mais, au début, il ne veut pas que ça se sache car il sait que la situation familiale de l’adolescente provoque des moqueries en classe. Il ne veut donc pas être la risée du collège.

Il y aussi Damien qui habite près de chez Garance et qui qualifie sa famille de folle, Adam de débile ….

On se trouve en présence de trois personnages donc de trois points de vue différents. Au fur et à mesure de l’histoire, le lecteur va voir progresser Hugo de manière positive car, petit à petit, il va apprendre ce qu’est l’autisme, il n’hésitera pas à s’informer et donc son approche sera totalement différente. Il ira même jusqu’ à affronter Damien, le réfractaire.

Ce livre met en évidence les problèmes rencontrées par les familles ayant un enfant autiste, qui se trouvent isolées, montrées du doigt. C’est un calvaire au quotidien… Face à l’autisme il faut être patient, toujours dans la répétition, avoir une énergie hors du commun. C’est fatiguant, décourageant et souvent les familles sont à bout. Pourquoi se battre, pour arriver à quoi ? L’autisme ne se guérit pas …

L’enfant autiste n’a pas d’amis, personne ne l’invite…Le handicap creuse un fossé entre les hommes. Il est source de moqueries.

Dans cette courte histoire, on ressent bien le malaise de Garance qui n’ose même pas faire venir Hugo chez elle par gêne, à cause de son frère… Mais il est à signaler que le titre est évocateur. Le frère est l’être par qui le malheur arrive mais il est néanmoins aimé car il est qualifié de « bel enfer »…

La deuxième partie du livre est consacrée à l’interview d’un neuropsychologue qui nous apporte des éclaircissements sur ce qu’est l’autisme avec en prime le nom des associations d’aide à l’autisme.

Il faut savoir également que la couverture du livre est bleue car cette couleur est symbole de l’autisme dont la journée internationale est le 2 avril.

Je me suis retrouvée dans ce livre. En tant qu’auxiliaire de vie scolaire, j’ai suivi pendant 3 ans un élève autiste qui est maintenant adulte, avec qui je suis toujours en contact. Page après page, j’ai revécu les situations auxquelles j’étais souvent confrontée : le regard des autres, les réflexions, les moqueries, l’incompréhension, la détresse de la maman qui avait arrêté de travailler. J’ai passé trois années merveilleuses, enrichissantes, intenses. J’y ai consacré beaucoup de temps, d’énergie pour que cet adolescent se sente au mieux dans son établissement scolaire, pour qu’il puisse évoluer avec les meilleures conditions et surtout pour qu’il soit accepter par les autres. Nous formions un merveilleux binôme et j’ai gagné ce pari fou de l’intégration malgré les réticences de certains adultes qui ne comprenaient pas forcément ma démarche. Pourquoi se battre avec autant d’acharnement pour un enfant dont la vie ne pouvait qu’être un échec… Comment peut- on dire ça ? Moi, auxiliaire de vie scolaire je devais laisser tomber ? J’étais avec lui mais, bon, il fallait sagement attendre que ça se passe ! Et c’est comme ça que la société évolue ? En laissant de côté les personnes différentes ? Justement non, j’ai tellement reçu en retour, quelle satisfaction quand j’ai vu son premier sourire, quand il m’a parlé, quand il a communiqué !

Pour conclure je dirais que je conseille vivement ce livre qui n’est en rien austère et qui fait comprendre tout simplement ce qu’est l’autisme à travers le journal intime de deux adolescents.

Ce roman a reçu le prix HANDILIVRES 2016 pour la jeunesse.

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