Kaplan, de Sébastien Gendron

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog.

Pages : 236 pages

à partir de 15 ans

L’HISTOIRE :

Roman d’anticipation d’espionnage politique avec pour rivalité la dictature et la démocratie.

Deux personnages principaux dans une histoire complexe où se mêlent mensonges, réalité et manipulation,

Kaplan est un tueur à gage, le bras armé du pouvoir de l’État du Cushinberg, chef de la brigade de contre-insurrection.  Sa dernière mission c’est justement Kaplan.

Un jeune garçon de 16 ans, Rimbolt, habitant Leeton, est enrôlé dans un service secret. Quand il comprend qu’il a été manipulé durant 3 ans par le gouvernement, les services secrets, sa famille, il décide de quitter ce pays où il n’a aucun avenir,


MON AVIS SUR LE  LIVRE:

Ce livre très complexe est vraiment passionnant. Il demande une lecture attentive car les détails sont très abondants.  Le narrateur change au cours de l’histoire, de ce fait  il serait facile de se perdre ( moi j’ai pris des notes !).   La politique ainsi que la dictature sont les thèmes principaux dans le roman.  L’écriture est très belle et très agréable à lire, malgré des phrases trop longues à mon avis,  la couverture est vraiment sympa .  C’est un très bon roman d’espionnage pour ceux qui aiment la politique !

Axel, 3ème – 14 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de « Leiard », notre nouvelle chroniqueuse (… Qui est-elle ? Aux élèves d’enquêter pour le savoir … Petit indice, elle est enseignante !) :

« Kaplan est un livre complexe, l’intrigue se déroule en 2049 dans un pays en dictature où seule une ville, Leeton, a osé résister et se retrouve indépendante, mais prisonnière de ses murs et de la guerre froide qui persiste avec le duché du Cushinberg.

Le roman suit deux personnages, Kaplan, Responsable de la Force contre-insurrectionnelle, froid et sûr de lui, envoyé pour espionner la ville de Leeton, et Rimbold un adolescent de 15 ans originaire de Leeton, chargé d’espionner l’espion. Chacun d’eux est persuadé d’agir pour le meilleur camp, mais ces certitudes ne vont pas tarder à être remises en question.

De là vont commencer toutes sortes de manipulations, aussi bien de la part des héros l’un envers l’autre, que de la part d’éléments extérieurs, si bien que parfois il peut être difficile de reprendre sa lecture ! L’intrigue est lente à se mettre en place, mais les cinquante dernières pages offrent un superbe final plein d’action.

Attention, ce livre est réservé aux bons lecteurs, et n’est pas léger. Le ton est assez cynique, et l’atmosphère peut parfois se révéler suffocante. J’ai néanmoins pris plaisir à le lire. Les sujets traités sont profonds comme la démocratie, la dictature et la liberté, et donnent à réfléchir sur ce qui se passe autour de nous aujourd’hui. »

Et un immense merci à l’auteur Sébastien Gendron pour sa dédicace !

Paris 2119, de Zep et Bertail

Paris en 2119, c’est-à-dire dans 100 ans…

Dans ce monde-là, à part une poignée d’irréductibles, tout le monde se déplace en Transcore, un moyen de transport ultra-rapide utilisant la téléportation. Pourtant, Tristan refuse cette évolution de la société et continue à prendre ce mode de transport ringard qu’est le métro, utilisé encore seulement par quelques nostalgiques comme lui ou les laissez pour compte de la société. Mais un jour, il est témoin de faits qu’il n’aurait pas dû voir et cherche à comprendre. Ce qu’il va découvrir risque bien de le mettre en danger.

Zep, connu par les plus jeunes pour être  le « papa » de Titeuf, signe ici une bande dessinée  plutôt destinée aux adultes, voire aux lycéens. Strictement rien à voir avec  le jeune personnage à la mèche blonde, et j’ai été bien heureuse et très surprise par cette découverte. Un scénario bien construit et profond, des illustrations sombres, aux traits justes, une représentation de Paris qui nous parle encore que ce soit celle des monuments, du métro ou des bas-fonds (cent ans, c’est dans pas si longtemps…). L’ensemble permet de réfléchir à l’importance des relations humaines et du temps qui passe.

« Le temps du voyage n’est-il pas nécessaire pour appréhender une nouvelle destination »?

Une phrase qui fait écho en moi et qui évoque, malgré moi, des souvenirs lointains : la première fois que je me suis rendue en Russie, seule, à 18 ans, c’est exactement la question que je me suis posée et qui m’a fait opter pour … le train ! Deux jours de voyage dans un train russe à traverser l’Allemagne, la Pologne, la Biélorussie… Une expérience inoubliable durant laquelle les personnes rencontrées, les paysages traversés nous permettent  de nous approprier lentement le lieu vers lequel on chemine. Le temps a alors une réelle signification.

Mais assez parlé de moi ! Pourtant, c’est cette notion philosophique qu’aborde cette bande dessinée. Mais également, comme la plupart des récits de science-fiction, la question cruciale des dérives potentielles de tout progrès scientifique. Que voulons-nous pour le monde de demain ?  Quelle place laissons-nous aux relations humaines ? Et quel est le prix de la liberté ?

A lire sans hésiter mais pas pour les collégiens à cause des quelques scènes de nus, et même si « Progrès et rêves scientifiques » est au programme de français de 3ème.

Un one-shot efficace mais qui appellerait quand même bien une suite ! Ne pourrait-on pas le faire devenir une trilogie ? …tant de choses pourraient encore être dites !

 

Et merci à l’éditeur pour la délicieuse tablette de chocolat noir artisanale et française « Petits carreaux de Paris »  -au design rappelant le carrelage de métro parisien-  glissée dans le colis du service de presse  : un joli clin d’oeil pour la bande dessinée ! « En 2119, vous serez plutôt métro ou téléportation ? « .

Le sourire du diable, de Nancy Guilbert

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chronqiues des élèves du comité de lecture du blog

Louise est une adolescente de 15 ans, sa mère Rose la déteste et lui répète sans cesse qu’elle a le sourire du diable.

Louise ne parvient pas à comprendre. Mais un jour, elle reçoit une lettre d’un Allemand qui lui dit connaître des secrets qu’elle ignore sur sa famille. La jeune fille questionne alors sa mère qui la frappe pour toute réponse … Louise s’enfuit dans la forêt.

C’est le soir. L’adolescente rentre dans sa chambre et découvre sur sa table de chevet le journal intime de sa mère, Rose, qu’elle tenait à l’âge de 17 ans.

La jeune fille se plonge dans sa lecture et y découvre le pourquoi du comportement de sa mère envers elle..

Une aventure qui se passe peu de temps après la guerre contre les Nazis. Une histoire forte plutôt pour les 4ème/3ème car certains événements sont relatés sont terribles et peuvent choquer les âmes sensibles.

Mais personnellement, même si je suis en  6eme j’ ai adoré ce roman très bouleversant qui peut même amener les larmes chez le lecteur. L’histoire et son contexte nous permet une aventure dans le temps et dans l’Histoire à travers des personnages forts. Un roman à trois voix  où alternent le point de vue de la mère, la grand-mère et la petite-fille. Un coup de coeur !

Judith, 6ème – 11 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Strong girl forever, 1.Comment ne pas devenir cinglée, de Holly Bourne

 

Evie est une lycéenne anglaise de 17 ans. Le roman s’ouvre sur la page d’un journal « de guérison ». Ou plutôt un journal de « normalité« , comme le revendique la triple rature et la correction manuscrite.

Le ton est donné, l’ensemble du roman tourne autour de cet axe : comment devenir normale ? Comment se sentir comme les autres quand on passé plusieurs années cloîtrée dans sa chambre, souffrant de TOC et de trouble anxieux généralisé ?

Evie, narratrice du roman, nous raconte donc son retour à la vie sociale, la vie d’une adolescente, en somme : le lycée, les copines, les garçons, les fêtes, le premier rencard, les premiers chagrins…

Strong Girls Forever, littéralement Filles fortes pour toujours (comprendre « filles indépendantes et fières de l’être« ), c’est aussi une jolie histoire d’amitié : Evie, Lottie et Amber se sont trouvées, ensemble elles fondent le « Club des Vieilles filles ». Sur fond de féminisme naissant et non moins conquérant, elles réfléchissent à la place de la femme dans les relations avec le sexe opposé, sa place dans la société en général. Et de quête de normalité à féminisme et vice versa, il n’y a qu’un pas.

Au fil de l’histoire que nous livre Evie, une ombre menace peu à peu. Le lecteur, seul vrai confident d’Evie, est témoin de l’émergence insidieuse des pensées négatives qui la grignottent petit à petit. On devine que s’annonce une lutte sans merci…

On s’attache à cette ado en souffrance, et on a envie de lui dire ce que très sagement lui dit Sarah sa thérapeute :  » Tout le monde avance constamment sur le fil du rasoir. Tout le monde a parfois l’impression de vivre un vrai cauchemar, et il n’y a aucune façon « normale » de s’en sortir. La normalité n’existe pas en tant que telle, Evie. C’est un concept relatif. Tu poursuis un mirage. « 

Une tension présente, dûe en partie à l’immersion du lecteur dans l’esprit de la narratrice, qui donne envie de ne pas lâcher le livre. Le lecteur en témoin et confident découvre, en même temps qu’elle, la menace qui pèse sur elle. Derrière les mots d’Evie, on devine la plus profonde de ses angoisses : être finalement, réellement, littéralement folle. Cette angoisse obsédante est telle qu’elle transparait jusque dans le titre du livre, en sous-titre certes, et faussement désinvolte, mais en lettres capitales tout de même : Comment ne pas devenir cinglée.

Nathalie, assistante pédagogique

Au ghetto de Varsovie nous avons combattu avec Marek Edelman, d’Eric Simard

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

L’HISTOIRE :

Ce livre, fiction historique, se présente comme une suite de 22 courts récits de personnes ayant côtoyé Marek Edelman dans le ghetto de Varsovie, particulièrement durant l’insurrection. Marek Edelman fut l’un des fondateurs de l’Organisation juive de combat (OJC), créée en 1942 pour résister à l’occupation nazie.  Il fut l’un des chefs du soulèvement du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 et l’un des 40 survivants, réussissant à fuir par les égouts après que les Allemands eurent incendié le ghetto. Les héros de ce livre nous livrent leur témoignage, nous expliquant dans quelles conditions ils sont morts.

En effet depuis novembre 1940, les Allemands et leurs complices harcèlent, terrorisent, affament, humilient la population juive du ghetto de Varsovie.

66 pages

AVIS SUR LE LIVRE :

C’est un roman composé de récits historiques pour la jeunesse mais qui s’adresse à tous.

Il s’agit d’un ouvrage de fiction mais s’inspirant de faits authentiques. On découvre les réalités de la vie dans le ghetto, la faim, le froid, l’arbitraire, la violence, la déportation vers Treblinka, le mépris de la vie humaine, la mort de presque tous.  On trouve un plan très clair du ghetto avant les récits et un petit lexique qui fournit quelques précisions.

Malgré que chaque chapitre soit très court, ce livre n’est pas facile à lire, parce que chaque témoignage est touchant et nous fait vivre la dure réalité de cette période.

Axel – 14 ans, 3ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Dysfférent, de Fanny Vandermeersch

Dysfférent

C’est l’histoire d’un garçon, un collégien. Il s’appelle Charlemagne. Un drôle de prénom qui n’aide pas à se sentir « comme les autres ». Et justement, Charlemagne est différent des autres enfants, il est « dys » : dyslexique, dysorthographique et dyspraxique. Ces termes barbares recouvrent des troubles de l’apprentissage, notamment dans l’acquisition du langage écrit : « Les lettres tourbillonnent, changent de place – elles jouent entre elles. » Il est difficile pour Charlemagne de se concentrer en classe. En sport aussi, c’est souvent compliqué, car il a du mal à coordonner ses gestes.

Mal dans sa peau, Charlemagne a du mal à se faire des amis (« parfois je pense que je ne suis qu’un bon à rien, un idiot, une erreur« ) et les autres, Ringo en tête, se moquent souvent de lui.

Heureusement, Charlemagne peut compter sur le soutien de ses parents et de son frère Clément. Leur rituel à tous les deux, le soir : lire une page du dictionnaire. La musicalité des mots le touche et c’est ainsi que l’on découvre que Charlemagne, « mauvais » élève dans quasiment toutes les matières, pourrait bien avoir un talent caché, qui ne demandera qu’à se révéler. Peut-être grâce à la rencontre de Madame Charlotte, la prof de musique remplaçante, et celle de Jade, l’énigmatique et jeune pianiste ?

Ce roman a tous les attraits pour un lecteur adolescent : un format poche et court (88 pages), un style fluide, une narration à la première personne et un langage parlé qui rendent la lecture aisée. Et puis le contexte de l’histoire : la vie d’un collégien, ses rapports avec les autres, et son sentiment d’être différent. Ce sentiment d’être différent est un thème récurrent de l’adolescence, et finalement de la vie en général. C’est aussi ce que nous dit l’auteur, par les mots de Clément, le grand-frère de Charlemagne : « Ecoute, tu te sens différent parce que tu es dyslexique. Mais tout le monde est différent ! Par exemple, moi je suis gaucher. Maman a une jambe un peu plus grande que l’autre et doit mettre des semelles dans ses chaussures. Papa ronfle la nuit… » L’histoire de Charlemagne nous intéresse, elle parle à chacun de nous.

L’intrigue progresse vite, on veut connaître le dénouement de ses déboires avec l’affreux Ringo, mais aussi qui est la mystérieuse pianiste de la maison au fond du bois…

Sans en dire davantage, une chose est sûre, on referme ce livre avec le sourire aux lèvres.

Dysfférent fait partie de la collection Rester vivant des éditions Le Muscadier, qui s’adresse particulièrement à un public adolescent. Elle aborde sans détour les thèmes du monde d’aujourd’hui, tout en tentant d’éveiller chez ses lecteurs un sens critique et un regard incisif sur nos comportements.

Enfin, un détail qui a son importance et qu’il est bon de souligner : le texte du roman est composé avec la police de caractères Open-Dyslexic qui facilite la lecture et permet d’améliorer la compréhension des personnes dyslexiques.

Aucune excuse pour ne pas lire ce roman !

Je les entends nous suivre, de Florence Cadier

L’histoire commence comme un coup de poing envoyé à la figure du lecteur :

Je les entends nous suivre ! Ils sont derrière nous, ils ricanent, nous insultent :
-Salopes ! Pédales !
-Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs !

Puis c’est le passage à tabac… Pour quelle raison tant de haine gratuite ?

Retour en arrière, un an plus tôt.

Léo, quinze ans n’a jamais embrassé de filles. Alors, pour sa fête d’annievrsaire, il s’est lancé un défi  : c’est Léonore qui va embrasser. Il a le béguin pour elle depuis qu’elle a débarqué dans son club de boxe. Si frêle, si jolie…et pourtant, quel jeu de jambes, quel tonus, quelles frappes !

Mais à cette soirée, il rencontre aussi Robin. Il a trop bu et Léo est obligé de l’installer dans sa chambre avant de faire partir tout le monde… Robin est envoûtant et Léo ne comprend pas ce qu’il ressent pour lui… Une relation s’intalle bientôt entre eux mais pour Léo, ces nouvelles émotions sont trop difficiles à assumer. Comment parler de cela à ses parents, comment assumer cette relation devant son meilleur ami, devant Léonore ? Qu’en est-il du « qu’en dira-t-on » ? A quinze ans, âge où l’apparence a tellement de poids, cela est-il possible ?

En un texte de moins de 100 pages, l’auteur Florence Cadier a su trouver les mots justes pour donner la parole à tous les points de vue sur la question en multipliant les personnages qui gravitent autour de notre couple : les parents, les amis, l’ex-petite amie, de jeunes inconnus qui croisent leur route et décident gratuitement d’en découdre avec les homos… Un texte fort sur un sujet sensible qui traite de l’homosexualité, de l’homophobie « ordinaire » et » silencieuse » mais aussi de l’homophobie virulente et violente. Mais c’est surtout un texte qui parle avant tout d’amour. L’amour ne se commande pas par le cerveau, il se ressent par le coeur.