Signe particulier : Transparente, de Nathalie Stragier

Esther est une jeune lycéenne très discrète. Tellement discrète qu’elle en devient même transparente aux yeux de tous… Pas au sens figuré, non ! Au sens propre ! Bien sûr, cela peut être amusant et excitant par moment, mais n’est-ce pas aussi dangereux ! Sortira-t-elle de cette invisibilité ou au contraire en profitera-t-elle ? Ce roman nous plonge dans l’univers de l’adolescence où on a tous chercher un jour à exister aux yeux des autres.

Ce roman pour adolescent écrit par l’auteur de la très appréciée trilogie La fille du Futur utilise des thématiques  chères  à l’adolescence (le regard des autres, la popularité, le mal-être, l’exclusion) et le détourne en un roman de genre fantastique. Un livre qui se lit très vite et dans lequel on ne s’ennuie pas. L’idée de départ est excellente mais elle aurait peut-être mérité un traitement plus profond.

100 infos insolites à travers l’histoire – Collectif

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des livres du comité de lecture du blog   100 infos insolites à travers l'Histoire Un documentaire à lire dès 10 ans – 128 pages. Ce livre contient donc 100 chapitres consacrés à un sujets spécifique : l’Histoire et nous délivre des informations insolites sur différents sujets, du passé jusqu’à nos jours  :  Quels sont les deux présidents américains qui furent arrêtés pour leur conduite dangereuse à cheval ? Pourquoi certains souverains africains avaient-ils peur des perroquets ?    On peut apprécier la mise en page des livres de cette collection. Il y a beaucoup de couleurs, des encadrés, des fonds à motifs, des tas d’illustrations sur chaque pages.. C’est à la fois bien rempli mais pas brouillon. C’est un livre que l’on peut lire ou  feuilleter en prenant une page au hasard. Chaque info commence d’abord par un titre accrocheur puis viennent les explications et les précisions accompagnées d’illustrations colorées qui rendent les faits plus clairs. C’est un livre complet, diversifié et drôle.  A la fin de l’ouvrage on retrouve une table des matière ainsi qu’une carte du monde légendée pour bien situer les événements. Une nouvelle façon d’aborder et d’apprécier l’Histoire autrement que scolairement, à partir d’anecdotes rigolotes, tout en s’instruisant. On trouve vraiment  des réponses à de nombreuses questions dans ce livre original. Les explications sont simples. Un livre à lire pour approfondir ses connaissances en Histoire pour grands et petits. Il existe plusieurs titres de la même collection sur les sciences, le corps humain, les aliments, l’espace… 

La politique pour débutants – Collectif

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

 

La politique pour débutantsUn documentaire à lire dès 10 ans – 127 pages

 Ce livre apporte des réponses sur un sujet  bien spécifique : la politique,  tels que la démocratie, le droit de vote,  les élections, les idéologies, avec des thématiques comme les droits de l’homme, la révolution, la guerre, le terrorisme, l’immigration, la liberté d’expression, etc.  Toutes les notions de base sont traitées et permettent de mieux comprendre ce que l’on appelle  » politique  » dans nos relations à travers le monde. C’est simple, précis et complet. Une bonne approche du sujet pour se familiariser et apprivoiser avec douceur la politique sans prendre peur !

 

 On peut apprécier la mise en page des livres de cette collection. Il y a beaucoup de couleurs, des encadrés, des fonds à motifs, des tas d’illustrations sur chaque page… C’est à la fois bien rempli tout en étant très clair. C’est un livre que l’on peut lire ou feuilleter en prenant une page au hasard ou bien par chapitre. Chaque information commence d’abord par un titre ou une question puis viennent les explications et les précisions accompagnées d’illustrations colorées qui rendent les faits plus clairs. C’est un livre complet, diversifié.  A la fin de l’ouvrage, on retrouve une table des matière ainsi que les définitions de termes qui nous semblent souvent complexes. Une nouvelle façon d’apprécier et de comprendre la politique autrement, à travers des dessins, des schémas simples et des petites planches de BD souvent drôles . C’est un ouvrage qui se complète bien avec les 100 infos insolites à travers l’histoire que je conseille vivement de lire simultanément. Je recommande ce livre autant aux jeunes qui, d’ailleurs, retrouveront les thèmes abordés dans les programmes scolaires, qu’aux adultes pour revoir un peu leur culture générale !

Axel, 14 ans – 3ème, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Les garçons ne tricotent pas (en public), de T. S. Easton

Résultat de recherche d'images pour "les garcons ne tricotent pas en public fnac"Ben, jeune lycéen de 16 ans, est plutôt la tête de turc de son lycée. Il a néanmoins réussi à se faire une bande de copains, fidèles, mais pas vraiment toujours très clean qui l’embarquent régulièrement dans des plans plutôt foireux, qu’il voit bien venir et essaie au maximum d’éviter…. Alors qu’il s’enfuit après avoir volé de l’alcool dans un supermarché pour pouvoir s’inviter à une fête, Ben renverse une vieille dame et est arrêté par des policiers. On l’inscrit alors dans un parcours de « mise à l’épreuve pour jeunes délinquants. » Au programme : rédaction d’un journal quotidien décrivant ses activités, ses pensées et  ses préoccupations, « donner en retour » durant 100 heures à la victime de son délit… et s’inscrire à un atelier de …. tricot !

 

Ben est intelligent, très conciliant et un peu dépassé par tout ce qui lui arrive. Il a le profil d’un enfant précoce, même si cela n’est jamais clairement dit dans le livre et a un regard complaisant mais très acéré sur sa bande de copains et sur ses parents loufoques (une mère magicienne peu présente, un père mécanicien macho et content de travailler à mi-temps, qui font des blagues graveleuses à tout va qui indisposent notre pauvre Ben par leur médiocrité). Le personnage de Ben est vraiment très touchant et sympathique. Il ne semble être à sa place ni avec ses copains un peu loosers, ni avec ses parents un peu beaufs. Bien sûr, il se plie au règlement imposé par sa mise à l’épreuve avec beaucoup de bonnes grâces, mais surtout, que ça ne se sache pas… Il n’assume pas de faire du tricot, et pourtant, qu’est-ce qu’il est doué… etqu’est-ce qu’il aime ça ! En fait, c’est chaque personnage de ce roman, bourré de défauts et pourtant, profondément humains et attachants qui font la force de ce roman. Quand la bande de copains vient soutenir et défendre -à leur manière !- leur ami au concours de tricot, c’est assez jouissif !

Un roman frais, sensible, intelligent et original ! Sous son apparence légère, pourtant, il aborde des thèmes fortscomme les stéréotypes, les préjugés, le harcèlement. A partir de la 3ème pour lecteurs avertis. Et l’auteur ne sait même pas tricoter ! On va l’inviter à suivre notre club tricot du jeudi midi au collège !

Caballero, de Lenia Major

Sauvons les lévriers d’Espagne…

Résultat de recherche d'images pour "caballero lenia major fnac"Lorsque l’hôpital appelle Lucia, c’est pour lui annoncer que son fils, Genaro, adolescent de 13 ans, est hospitalisé pour un malaise proche du coma éthylique après un binge-drinking. Si son père ne sait plus comment parler à son fils, perd patience et se met en colère, sa mère, elle, essaie de le comprendre et cherche le moyen de renouer le dialogue. Comment cet enfant, doux, brillant scolairement, avec un an d’avance, a-t-il pu en une année, passer de 18 de moyenne à 4, comment ce sportif peut-il rester enfermer à jouer à des jeux vidéos et se faire des relations toxiques qui l’entraînent dans des plans aussi foireux ? Alors, Lucia a une idée : envoyer, le soir-même  de sa sortie d’hôpital son fils chez un cousin en Espagne. Et si Genaro se voit déjà à se dorer la pilule sous le soleil pour un séjour relax, la réalité en sera toute autre ! Car son cousin, Pepito, tient un refuge pour lévriers… et il n’y a pas le temps de chômer. Loin de son pays, de ses connaissances, Genaro va devoir s’adapter et sera bien obligé de quitter son masque d’insolence ou de nonchalance et se confronter à ce monde où les convictions  font aller de l’avant tout ce petit monde dans un seul et même but : atténuer les souffrances et sauver ces animaux -les galgos- utilisés, maltraités, torturés, abandonnés par des chasseurs – des gualgueros sans états d’âme.

Pepito et Lucy, 15 ans, une jeune bénévole de l’association qui se destine à une carrière de vétérinaire, véritable passionnée, vont aider Genaro à se confronter de nouveau au monde réel et à sa dure réalité et l’aider à reprendre confiance en lui et en ses capacités.

 

Un récit initiatique qui montre comment la confiance qu’on lui accorde et les responsabilités qu’on lui confie permettent à un adolescent à retrouver l’estime de soi. En trois semaines, Genaro va passer d’un état végétatif à un engagement sans limite pour la cause à défendre. Tous ses savoirs-faire vont être exploités : de ses connaissances en nouvelles technologies à ses talents de pâtissier ou de couturier… Parallèlement à cela, il va apprendre beaucoup dans bien des domaines et surtout, finira par accepter d’avoir des failles et les montrer.

Ce roman fait tout de même 500 pages. Au bout de 300, même si j’accrochais bien, je me disais que 150 de moins auraient peut-être été mieux… et puis, un nouveau cap est passé et la fin est arrivée très vite. Néanmoins, il doit être réservé à des lecteurs avertis et pas trop sensibles car le sujet principal reste quand même la maltraitance animale. Mais les personnages sont très vrais et nous apparaissent avec leurs qualités et leurs défauts et ce refuge devient un havre de paix et de solidarités pour tous, bénévoles comme lévriers sauvés, grâce à l’humanisme de son propriétaire : Pepito

La cause défendue dans ce livre, celle des lévriers d’Espagne, est décrite avec toute son horreur et nous révèle une réalité que le lecteur ne connait pas forcément mais qui est réelle. L’Espagne reste l’un des seuls pays d’Europe à encore autoriser la chasse sans fusil. Les lévriers (galgos) sont utilisés par les chasseurs (gualgeros) qui les maltraitent au quotidien, puis les torturent avant de les abandonner.

Et si cette cause vous a ému ou vous intéresse, un site Internet, donné en fin d’ouvrage, est à consulter : https://www.crel.fr/   et   http://scooby-france.e-monsite.com/

 

Lettre aux bourreaux de ma soeur, de Gwladys Constant

« Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son  présent »

Résultat de recherche d'images pour "lettre aux bourreaux de ma soeur fnac"Rose a le coeur brisé pour toujours. Elle a découvert sa petite soeur, Iris, pendue au lustre de sa chambre, avec le foulard qu’elle lui avait offert pour son anniversaire. La souffrance d’Iris, tout le monde la connaissait : elle s’appelait « harcèlement »… Mais personne ne pensait que ça allait aboutir à ce drame. On pensait qu’elle serait plus forte, qu’elle surmonterait les épreuves :

Malgré les demandes répétées de ma soeur, papa ne voulait pas la changer de collège. Pour lui, elle n’était pas fautive, ce n’était pas à elle de partir, sinon, cela revenait à accepter la loi du plus fort […]

Pour la motiver, je lui parlais du lycée : « Ce sera différent, tu verras, on est plus mûr, on a sa bande et on se fiche des autres ». Je lui parlais d’un truc qui arriverait deux ans plus tard. Mais c’est quoi deux ans, quand on en a treize ? Une éternité ! Le bout du monde ! Ce n’est rien mais c’est insurmontable ! Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son présent !

Mais les harceleurs sont mineurs et ne seront pas inquiétés. Alors Rose décide de venger sa soeur avec les mêmes armes qu’ils ont utilisés : les mots.

Ce texte d’une cinquantaine de courtes pages prend le parti de faire parler non plus les bourreaux ou la victime, mais un proche. Comment peut-on continuer à vivre lorsque l’on est le parent, le frère ou la soeur d’une victime qui s’est suicidée après avoir été harcelée. Comment vivre avec la culpabilité de ne pas avoir su voir, de ne pas avoir su comprendre, de ne pas avoir su agir à temps. Ici, en l’occurence, la soeur aînée. Le récit alterne ses paroles dites lors de ses séances chez un psychanalyste et des passages de la lettre qu’elle a  écrite et envoyée aux bourreaux de sa soeur (dont la typographie choisie par l’éditeur, risque, hélas, d’être difficilement lisible par une partie des adolescents qui auront ce livre en main…)

Un texte intéressant, réaliste, dur, sur un sujet difficile et qui ne mâche pas ses mots. A la fin, petite interview de l’auteur, enseignante, qui explique sa démarche quant à l’écriture de ce livre.

 

Le goût amer de l’abîme, de Neal Shusterman

En plein chaos…

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Caden a 15 ans, c’est un adolescent doué qui adore dessiner. D’ailleurs, il retrouve régulièrement des amis passionnés comme lui. Ensemble, ils créent des jeux vidéo. Mais voilà, depuis quelques temps, Caden se sent persécuté, il pense que ses camarades de classe veulent le tuer. Il a bien essayé d’en parler avec son père mais celui-ci a du mal à le suivre, il ne le comprend pas. L’adolescent est perdu dans ses pensées, dans ses idées étranges. Quand il perd pied avec la réalité, il se prend pour un mousse navigant à bord d’un grand bateau, à la recherche d’un trésor. Le délire est continu. Il a de grosses crises d’angoisse, il voit des monstres partout, il entend des voix et commence à souffrir de phobie sociale. Il se surprend également à penser que ses parents, sa famille ne sont pas ce qu’ils sont réellement, mais qu’ils font partis d’une secte dans le seul but de le nuire voire de le faire disparaître. Il n’arrive plus à intégrer un groupe, à partager des moments avec des amis. Il fait semblant de s’intéresser mais en fait, il ne les comprend plus, comme s’ils parlaient un langage différent. Leurs voix, leurs rires sont lointains, ils résonnent dans un brouillard. Caden est dans sa bulle. Il est dans un trou noir qui l’absorbe. Même ses dessins n’ont plus de forme, ce sont des gribouillis. A chaque fois que la réalité lui échappe, il se retrouve sur le bateau. Et puis il y a toujours ces voix qui ne le quittent plus, obsédantes et machiavéliques. Les objets prennent vie et lui parlent. En chacun d’eux, Caden voit des signes qui lui dictent une conduite. Les symboles ont un pouvoir et s’animent.

Les parents remarquent le comportement étrange de leur fils mais, au début, ils pensent que c’est un manque de concentration. Petit à petit, la difficulté de communiquer, l’éloignement mental de Caden les inquiètent. Pour la première fois, ils pensent que consulter un thérapeute pourrait être utile. La situation se dégrade, Caden voit des monstres partout, soupçonne les gens de lui vouloir du mal, ne dort pas, marche sans cesse. La réalité lui échappe, tout est difforme, sens dessus-dessous. Arrive alors le moment où Caden est hospitalisé. Décision difficile pour des parents qui ne savent plus comment aider un fils qui part à la dérive. Les thérapies, les prises de médicaments se succèdent. Caden va rencontrer d’autres patients qui, comme lui, ont une lourde pathologie, qui, comme lui, sont brisés. Le jeune homme se rend compte qu’il est malade et en cela regrette de n’avoir pas vécu à une autre époque, à une époque où on aurait pu lui reconnaître un don, où on aurait pu le prendre pour un prophète. Là, on le voit comme le malade qu’il est. La limite entre la réalité et les eaux troubles des ténèbres est infime, à tout moment Caden peut basculer dans une folie destructrice autant pour lui que son entourage.

Le goût amer de l’abîme est un roman en partie autobiographique. Neal Shusterman s’est inspiré de la maladie de son fils qui comme le héros, s’enfonçait petit à petit dans son monde. Les chapitres alternent entre la réalité et les pensées de Caden. Le début est un peu déroutant car pas toujours facile à comprendre. Le lecteur doit prendre ses marques et persévérer dans la découverte de cet écrit qui est fabuleux. Petit à petit, tout se cale, les délires paranoïaques de l’adolescent sont plus clairs, et on arrive à tisser le lien entre ce qui arrive et ses transferts. Mais quel calvaire pour son entourage ! Ce qui reste extraordinaire est que l’auteur Neal Shusterman a réussi à analyser, à décrire le mal dont souffre son fils à partir de ses dessins et de ses réflexions. Lors de l’internement de Caden, l’auteur nous dresse le portrait des différents patients qui sont dans le même service que lui et qui souffrent comme lui de schizophrénie. Cette maladie a de nombreux visages, des traitements existent mais ne sont pas toujours concluants car chaque patient est unique. Il faut souligner aussi le gouffre dans lequel est précipité la famille, leur impuissance et leur peur. Pas facile de se battre et d’espérer. La science progresse et elle apprend davantage sur le cerveau ce qui permet d’élaborer de nouveaux traitements. Mais guérissons-nous vraiment de cette pathologie ? Le risque de rechute est omniprésent et certains mettent fin à leur jour. Neal Shusterman a eu de la chance, son fils s’est sorti de cet abîme, en espérant que jamais plus il ne répondra à l’appel des eaux troubles.

Un coup de coeur, à lire dès la 3ème pour les très bons lecteurs.