L’île, de Christophe Léon

La cible

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5 Août 2016, une île en Bretagne….Tout avait pourtant bien commencé pour cette bande d’adolescents, d’une banlieue parisienne défavorisée. Parmi eux, Driss et Marie-Anissa amoureux, devaient passer leurs premières vacances ensemble. Quinze jours de liberté, d’évasion, loin de tout. Mais le sort en a décidé autrement et ce qui devait être un moment inoubliable de bonheur  va se transformer en un véritable cauchemar, en une tragédie humaine…

17 ans plus tard, comment oublier ce 5 Août 2016, comment oublier que des familles ont été à jamais meurtries dans leur chair. Ce 5 Août 2016 qui , 17 ans plus tard, va bouleverser la vie de Yasmine, une jeune adolescente….

 Christophe Léon aborde ici un thème émouvant et dur. Avec L’île, l’auteur ravive une douleur,  en nous ramenant à des faits d’actualité, ayant marqué à jamais les hommes, un pays. Dans ce décor doux et tranquille d’une île, l’auteur joue sur un effet de surprise qui prend le lecteur de cours. Trois personnages, trois regards différents sur un même événement tragique, trois points de vue bouleversants et profonds. Une plume fluide et accrocheuse qui tiendra le lecteur jusqu’à la fin.

 

 

 

 

(Dé)connexions – Au secours je suis accro aux écrans- de Christine Deroin et Alain Dervaux

Ecran,  quand tu nous tiens…

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 Enzo s’ennuie dans la « vraie vie « , il a besoin que ça bouge, il a besoin d’adrénaline, de sensations fortes.

Clément manque de confiance en lui et ce doute l’isole, l’enferme dans une solitude insupportable.

Manon a beaucoup d’idées, aime les choses nouvelles, elle rêve d’exprimer sa créativité en inventant  des jeux mais sa détermination ne suffit pas à concrétiser ses projets, donc elle s’agace face à des échecs qu’elle n’assume pas.

Trois adolescents, trois profils différents et pourtant un point commun les unit : l’addiction au monde virtuel, qui leur procure la sensation de s’échapper d’un quotidien devenu trop étroit pour eux, qui leur procure la sensation d’exister.

Le virtuel va devenir le moyen de s’affirmer, de combattre leurs démons. Un moyen qui peut être dangereux quand on en abuse. Mais cette addiction se fait progressivement sans qu’on s’en aperçoive car chacun s’y sent bien à sa place, maître de ses actions. Ces adolescents qui deviennent accros aux écrans, ne sont même plus en capacité de faire la part des choses entre monde virtuel et réalité. Tout devient facile puisqu’ils sont aux commandes d’une vie toute fabriquée dans laquelle ils progressent selon leur envie, s’inventant un personnage  idéal auquel ils s’identifient. Un être parfait qui décide, à l’opposé de ce qu’ils représentent dans « la vraie vie ».

Bien souvent cette envie irrésistible de se réfugier dans un monde fabriqué de toute pièce traduit un malaise, un mal-être difficilement contrôlable.

Au fil de la lecture on assiste à la montée en puissance de cette addiction qui prend de plus en plus de place, jusqu’à en devenir incontrôlable. Entre chaque épisode, un médecin psychiatre prend la parole pour expliquer les raisons de cette addiction, sa progression et ses conséquences tout en tenant compte de l’environnement familial et social des adolescents. Il en fait une analyse au plus juste avec des mises en garde, en soulignant aussi ce qui est mis en place par les parents pour remédier à ce fléau. Mais, les enfants ont plus d’un tour dans leur sac pour y déroger. C’est un dangereux enfermement qui peut causer beaucoup de dégâts.

A la fin de cet ouvrage, l’auteur communique la liste des adresses utiles, de centres ou d’associations en France et à l’étranger, qui viennent en aide aux personnes dépendantes.

Mais on ne peut se faire aider qu’à partir du moment où on a pris conscience du mal qui nous ronge. Le chemin est long mais reconnaître son addiction est déjà un grand pas.

Une lecture que je recommande, un roman qui n’est pas dans le jugement, un roman dont le seul but est de comprendre et d’apporter des réponses. Un ouvrage utile tant aux jeunes qu’aux adultes  qui s’inscrit dans la collection saison psy. Une collection qui traite les problématiques du quotidien rencontrées par les adolescents. Certes, une fiction sert de base mais elle est  si proche de la réalité qu’elle autorise une analyse fine et sérieuse.

La fille des manifs, de Isabelle Collombat

Combat de femme

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Barbara n’a pas beaucoup d’amis mais ça lui suffit

Barbara est une fille au style décalé, mais bien affirmé

Barbara est une fille solitaire qui n’en a que faire

de tous ces hypocrites qui la critiquent.

Barbara mène le combat de sa vie

avec sa meilleure amie Annie.

 

Ces quelques lignes pour définir Barbara , une jeune adolescente qui se lance à corps perdu dans une cause qui lui est chère : la défense de l’environnement, la protection de la planète. Mais ce qu’elle ne supporte plus avant tout, c’est le comportement détaché et égoïste des adultes face à l’urgence de la situation. Alors elle s’organise pour se faire entendre : banderoles, messages chocs, manifs….Mais Barbara parle trop, crie trop fort son mécontentement et elle dérange. La jeune fille de 17 ans va recevoir des menaces, va faire l’objet d’agissements malveillants qui vont porter atteinte à sa vie privée et à celle de sa famille. L’adolescente est effondrée et pour surmonter la situation, elle va s’adresser à sa grand-mère décédée, en écrivant un journal. Une grand-mère qui sera sa source d’énergie et de courage.

La fille des manifs est un livre qui traite d’un sujet d’actualité : la protection de la planète. Un thème repris par beaucoup de livres pour la jeunesse, un thème qui est au coeur de toutes les préoccupations. C’est important que le porte-parole de cette cause soit une ado, l’effet n’en est que plus fort. Une jeunesse qui se mobilise et qui est prête à tout pour que les comportements changent, pour que la prise de conscience des uns et des autres n’en soit que meilleure. Et puis il y a Annie…un personnage disparu et pourtant tellement présent au fil des pages, Annie une femme au destin tragique qui sera un modèle pour Barbara.

Ce livre va au-delà de l’engagement et dénonce en parallèle les dérives et les réactions de gens prêts à tout pour intimider des personnes engagées, porte-parole d’idées fortes. Barbara, l’héroïne, est en pleine construction. L’adolescence est dans une période qui peut être difficile, mais Barbara est bien entourée par ses parents qui la soutiennent, qui l’écoutent. Elle se construit grâce aux valeurs transmises par sa famille et par ce qu’elle va apprendre de sa grand-mère. Un livre touchant qui dénonce toute sorte de violences et d’injustices.

 

 

L’herbe bleue : journal d’une jeune droguée de 15 ans

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L’herbe bleue est la descente aux enfers d’une adolescente mal dans sa peau, qui, lors d’une soirée, a consommé à son insu de la drogue. En effet, celle-ci a bu un verre de coca dans lequel avait été dilué du LSD, un hallucinogène puissant. Mais la jeune fille y prend goût et ne conçoit plus sa vie sans drogue. Sa vie de famille est plutôt équilibrée mais elle va chercher son bonheur ailleurs, en absorbant des substances illicites. Elle va finir par quitter ses parents, vendre sa « came » et devra se prostituer pour s’en sortir. Elle fugue, revient chez ses parents qui vont la faire hospitaliser. Elle va rester « clean » quelques temps puis va replonger.

J’ai découvert ce livre que j’avais trouvé bouleversant, quand j’avais l’âge de l’héroïne. Cette histoire, écrite dans les années 70, est vécue de l’intérieur et décrit la spirale infernale dans laquelle tombent beaucoup d’adolescents. Mais quelques années après, j’ai appris que ce livre était en fait l’oeuvre d’une psychologue mormone Béatrice Sparks et non le journal intime d’une ado en mal de vivre. L’auteur s’est défendue en expliquant qu’elle s’est servie de témoignages de patients pour dénoncer les effets de la drogue. En présentant ce fléau sous forme d’un journal intime, elle lui donnait plus d’impact auprès de la jeunesse. Cette annonce m’a déçue et a changé mon regard sur cette histoire que je pensais être un réel témoignage. Mais néanmoins, ce récit romancé démontre que toute personne peut sombrer du jour au lendemain dans la déchéance par l’alcool, la drogue. Pour l’entourage c’est aussi un vrai calvaire. Certes, la drogue est bien ancrée dans notre société et touche beaucoup de jeunes. Beaucoup d’entre eux consomment sans pour autant toujours connaître les risques auxquels ils s’exposent. Ils font la fête, participent à des « rave party » où de nombreuses drogues circulent. Dans les années 60, avec le mouvement hippie, la drogue était considérée comme libératrice, de nos jours c’est un fléau. Mais peut-on tout se permettre aqu nom de la prévention ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Attention, la lecture est brutale et sans concession….

Livre retiré du fonds du CDI pour cause d’âge inapproprié (plutôt réservé aux lycéens) et… pour malhonnêteté intellectuelle !

Le trésor de mon père, de Marie-Aude Murail

Sur les traces de mon père…

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Emilien est un jeune adolescent qui n’a jamais connu son père. Alors qu’il passe ses vacances chez un oncle, sa mère lui apprend le décès de son père. Celle-ci lui demande de revenir pour se rendre à l’enterrement. Emilien hurle, s’insurge, revendiquant le fait que son géniteur est un parfait inconnu … Pour quelle raison se rendrait-il à son enterrement ?

De mauvaise grâce, le jeune  garçon se rend à la cérémonie. Il va faire la connaissance de la famille de son père et, le même jour, apprend qu’il va hériter d’un trésor. Emilien est excité mais va très vite déchanter quand il va savoir qu’il lui faudra résoudre des énigmes pour arriver sur les lieux où repose l’héritage paternel !

Nous retrouvons Emilien avec toute sa spontanéité et son naturel. Beaucoup de fraîcheur pour une histoire qui traite du deuil et de la recherche de soi.

Je te plumerai la tête, de Claire Mazard

Lilou, adolescente sans histoires, vit avec son père depuis que sa mère est hospitalisée en phase terminale de cancer. Cela lui convient finalement pas si mal, elle qui voue une admiration sans borne à son Papa Lou, comme elle l’appelle, son papa chéri, son papa parfait et qui ne se sentait pas vraiment proche de cette mère un peu rabat-joie. D’ailleurs, son père ne l’incite pas du tout à rendre visite à sa mère à l’hôpital : elle a son bac de français à préparer, ce serait une perte de temps, et de quoi la démoraliser. Surtout que, selon lui, sa mère ne demande jamais de nouvelles de sa fille, ne la réclame jamais… Alors, à quoi bon, hein ? Lilou laisse ainsi passer plusieurs semaines. Pourtant, au lycée, ses amis s’interrogent, s’inquiètent : elle devrait tout de même aller voir sa mère à l’hôpital, dont l’état devient vraiment préoccupant… En cachette de son père, elle s’y rend, entre midi et deux, les jours de lycée. Elle découvre une mère aimante, attentionnée, qui ne pouvait l’appeler suite à une « erreur » dans le numéro de téléphone laissé par son père, et un père qui passe bien rarement rendre visite à sa femme et en profite pour lui piquer son dessert du plateau-repas d’hôpital… Et si finalement les choses n’étaient pas aussi évidentes qu’il n’y paraît ? Et si ce papa charismatique et charmeur n’était pas aussi gentil qu’il voudrait le faire croire. Et tous ces secrets  ? Cette tante qui aurait cherché à détruire leur famille, pourquoi est-elle finalement si présente ?

Autant de questions que Lilou va se poser et auxquelles elle va essayer de répondre maintenant qu’elle a grandi et que son jugement est plus acéré.

Un roman qui traite de la perversion narcissique. On entend de plus en plus parler de cette pathologie psychiatrique qui pourrait passer pour un effet de mode mais qui est une triste réalité. Lorsque l’on ne connaît pas ce profil, il est très difficile de s’en défendre tant les mécanismes mis en jeu semblent incroyables. Pourquoi quelqu’un que l’on aime, qui semble nous aimer, pourrait-il vouloir nous détruire, cela n’a pas de sens ! Et pourtant si, pour la personne atteinte de ce trouble, cela entre parfaitement dans son schéma relationnel. Il est impossible pour le pervers narcissique de se soigner et de guérir car il ne se considère pas comme malade. Ce sont les victimes, qui, détruites, finissent -lorsqu’il en est encore temps- par consulter psychiatres et psychologues et mettre des mots sur l’enfer qu’elles vivent au quotidien.

Un roman qui se lit comme un thriller et qui a le mérite de dévoiler au public une pathologie aux mécanismes extrêmement compliqués. D’autant que les bourreaux sont souvent des personnes charismatiques, avenantes, très attentionnées en public, réussissant à donner une image dégradée de la victime qui perd ainsi toute crédibilité aux yeux de son entourage. Dans ce roman, ce sont les amis et la tante qui vont soutenir Lilou, avec beaucoup de tact, en la laissant mûrir ses ressentis, sans la brusquer ni mettre des mots trop durs sur ce qu’elle vit, afin que ce soit elle qui prenne conscience, au fur et à mesure, des dérives comportementales de son père. Elle mènera son enquête pour découvrir des secrets de famille enfouis, des proches absents depuis toujours de sa vie. Pourquoi ? sera la question qui guidera sa réflexion. L’écriture sensible de Claire Mazard, auteur familier de thèmes traitant de faits de société, se met parfaitement au service de ses personnages, que ce soit le groupe d’amis adolescents de Lilou, intelligents et perspicaces, ou de sa mère qui mettra ses dernières forces à renouer avec sa fille et la sauver de l’emprise d’un père qu’elle sait capable de la détruire.

Faire connaître cette pathologie au plus grand nombre est le seul moyen de protéger les victimes. Cela peut se passer au sein d’un couple, d’une famille, mais également en amitié ou dans le milieu professionnel. Mais il faut néanmoins rester vigilant sur les conséquences d’une stigmatisation trop hâtive.

Je suis venu te chercher, de Hervé Mestron

Un mur entre toi et moi

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Berlin dans les années 60, deux jeunes gens, David et Tabea, passionnés de musique classique. Une passion commune qui marquera aussi le début de leur amour… Un amour chamboulé par un mur qui va couper la ville en deux, un mur qui se dressera entre eux, un mur qui va séparer des familles, des amis durant 28 longues années. En une nuit, tout va basculer…

Pour David, commence alors une longue période d’angoisse, de doute pendant laquelle il n’aura de cesse de se battre pour rechercher son amour. Où est Tabea, que fait-elle, que devient-elle, est-elle encore vivante ? David va se révolter contre la dictature, essayer de comprendre pourquoi soudain tout s’est assombri…

En 1961, un événement historique, tragique a vu le jour avec la construction du mur de Berlin. Un véritable dispositif militaire est mis en place par la RDA de l’époque, pour mettre fin à l’exode de ses habitants vers la RFA. Quiconque essaye de passer le mur est abattu.

A travers les yeux d’un adolescent, Hervé Mestron nous transmet les difficultés de la vie à l’est du mur, les restrictions et les répressions subies par le peuple. Un adolescent qui ne comprend pas pourquoi on a divisé tout un peuple, si brusquement, pourquoi l’ami devient soudain l’ennemi. La méfiance, la crainte de l’autre habitent tout le monde. Ce mur qui tient en otage tous ces gens devient le symbole d’une liberté bafouée, le symbole d’une façon de penser, d’une façon de vivre.

Je suis venu te chercher est aussi l’histoire d’une jeunesse qui ne veut pas mourir, une jeunesse qui a envie de hurler, une jeunesse  qui ne veut pas s’asphyxier. Une lecture très instructive et très abordable pour de jeunes lecteurs.

Le mur sera détruit en 1989.