Papas…

Le père de Louis de Josette Wouters.

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     Louis est né à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et vit avec sa mère, sa grand-mère et son oncle. Son père ? Jamais entendu parler. L’un des Rois-Mages, disent ses camarades, Gaspard, plus précisément. Mais pourquoi ces rumeurs ?

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     Malgré le suspens initial et des thématiques très intéressantes, le récit s’emballe et l’intrigue avance beaucoup trop rapidement. On voudrait des détails, et du temps ! 

     Cependant, ce court roman reste une très bonne entrée en matière sur le thème pour les plus jeunes.

 

     – C’est moi qui vous remercie d’avoir pris le relais auprès de Louis. Vous êtes un brave homme. Il a raison de vous appeler « papa ». Moi je suis seulement son père.

Les yeux de Jacques ont brillé. Il a donné une accolade à l’homme qui venait de reconnaître ce qu’il était devenu pour son fils.

Piet Mondrian ?

Mister Orange de Truus Matti.

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New-York, 1943.

    Tout commence avec une paire de chaussures : le frère aîné de Linus part combattre en France et reçoit donc une paire de bottes neuves. Le garçon récupère alors les souliers de son aîné et lègue les siens à son cadet, et ainsi de suite dans la grande fratrie. Aussi, avec le départ du plus grand, chacun chausse également un autre rôle et doit se débrouiller comme il le peut pour marcher du bon pas et endosser ses nouvelles responsabilités.

     Linus, lui, est désormais chargé des livraisons des fruits vendus par ses parents et fait ainsi de nouvelles rencontres, comme par exemple avec celui qu’il surnomme « Mister Orange », peintre européen qui lui fait entrevoir un monde plein de couleurs brutes et de boogie-woogie. Les sens du héros s’éveillent, sa raison également.

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     Un très beau texte, poétique et empli de symboles, et qui fait constamment appel à l’imagination. Une histoire visuelle et colorée qui joue sur tous les sens (« Pourquoi ne pas donner de nom aux odeurs ? » demande Linus) et surtout très rythmée. Ce roman fait merveilleusement revivre une époque et un lieu très souvent inconnus de nos jeunes lecteurs. 

Lecture vivement conseillée, à réserver aux bons lecteurs. 

« Tchèquématte ! »

Le fils de l’Ursari de Xavier-Laurent Petit

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     Fils d’un montreur d’ours, Ciprian, petit Rom fraîchement débarqué à Paris avec sa famille, passe ses journées à observer Mme Baleine et M. Énorme dans les jardins du « Lusquenbour ». Pas pour les détrousser – au grand dam de Karoly, le « chef » du bidonville, qui attend son argent – mais pour suivre leurs parties d’échecs.

     Remarqué pour sa mémoire prodigieuse et son talent pour ce jeu, le garçon entre dans un nouveau monde, bien différent de celui auquel il était habitué depuis son arrivée.

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     Raconté à la première personne, ce roman nous donne à voir le quotidien du héros à travers ses propres yeux d’enfant : regard léger mais honnête sur les réalités cruelles de notre monde et du sien. Grâce à une belle écriture et au travail fait sur les mots, l’empathie avec le narrateur est garantie, ce qui amène le lecteur à partager ses réflexions sur le déracinement, la langue, le sens des mots et leur poids, la liberté…

A lire absolument.

Momo des Coquelicots, de Yaël Hassan

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Momo des Coquelicots, de Yaël Hassan

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Après la mort de Monsieur Edouard, Momo est bien triste, mais il rêve toujours de devenir écrivain. A sa rentrée au collège, il se fait une nouvelle amie, Emilie, une fille qui adore lire et écrire, comm lui. Mais, malgré ce bonheur, Momo a toujours des soucis : son père est gravement malade et Ahmed, son frère, est de plus en plus autoritaire… Comment va-t-il se sortir de cette situation ? Quel sera le mot de la fin ?

C’est un bon livre, accessible à tout lecteur, mais avec quand même quelques moments assez violents. Une histoire touchante.C’est la suite de Momo, petit prince des Bleuets

Chloé, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Et l’avis de mumu58 :

L’amour des mots

Momo 11 ans, toujours passionné de lecture, rentre en sixième. Il partage sa passion avec Emilie, une amoureuse des mots. Mais depuis que son ami monsieur Edouard est décédé, rien n’est plus comme avant à la cité des Bleuets. Il lui reste des souvenirs et surtout les deux caisses entières de livres qu’il lui a léguées. Ces livres prônent désormais sur des étagères au-dessus de son lit. Monsieur Edouard devient son ange gardien. Il veille sur lui de là-haut. La vie de Momo n’est pas facile. Son père va de moins en moins bien suite à sa chute d’un échafaudage. Il reste des journées entières assis, le regard tourné vers son pays natal. Il est au plus mal. Il sent sa vie le lâcher. Au collège, Momo se réfugie au CDI et s’attaque aux dictionnaires. Il veut apprendre tous les mots car il souhaite devenir écrivain. Et puis il y retrouve Emilie. Mais bientôt, le frère de Momo, Ahmed, décide de prendre le rôle de chef de famille, lui qui n’a jamais rien fait pour aider sa famille, passant ses journées à lézarder. Mais il est trop autoritaire et devient de plus en plus violent. Heureusement, Fatima, la sœur si douce est là, pour redonner force et énergie à Momo. La maman du jeune garçon va réagir en s’opposant à Ahmed.

Avec Momo des Coquelicots, Yaël Hassan nous fait pénétrer dans le monde des cités où différentes générations cohabitent dans un même logement. Abordant le thème de la maltraitance des femmes qui n’hésitent pas à se rebiffer, l’auteur pose aussi le problème des conflits entre frères et sœurs. La solidarité entre habitants est aussi mise en avant. Les enfants grandissent en s’aidant les uns et les autres dans les petites corvées du quotidien. Arrive également le temps où les tours trop vétustes vont être détruites emportant avec elle des souvenirs, une vie. Au-delà de toutes ces souffrances, l’auteur transmet un joli message d’espoir. Quelles que soient nos origines, nos drames, il est possible de réussir dans la vie, de poursuivre ses rêves. D’ailleurs Yaël Hassan fait référence au livre le journal d’Anne Frank qui illustre parfaitement cette volonté de se battre envers et contre tout. Momo aime tout le monde, il est dévoué, naïf, ce qui le rend attachant. Pour Momo, les mots sont un remède aux maux.

Des ados parfaits, de Yves Grevet

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog.

Des ados parfaits, de Yves Grevet

Des ados parfaits par Grevet« Des ados parfaits », c’est bien ce qui qualifie Anatole et Célia, eux qui sont les têtes de la classe, et si sages. Mais des événements inquiétants surviennent au collège, et chamboulent  leur vie si parfaites : des inscriptions sur le tableau de la classe, des lettres anonymes adressées à leurs parents… Que se passe-t-il ? Leurs parents leur cacheraient-ils des choses  graves  ?  Quel est ce mystère ? Un livre plein de suspens, très rapide à lire, qui tient en haleine jusqu’au bout; Yves Grevt a une technique d’écriture et une imagination incroyable… car vous n’êtes pas au bout de vos surprises dans le dénouement de cette intrigue !

Chloé, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Et l’avis de Mu :

Nous sommes en 2037. Anatole est un élève très sérieux, très obéissant, qui se sent bien avec la timide et studieuse Célia. Mais lorsque des enveloppes sont distribuées à tous les élèves de leur classe mais que seules sept contiennent véritablement un mot pour les parents, dont celles de Célia et d’Anatole, ils commencent à se poser des questions. D’autant que, quelques jours plus tôt, un mot écrit sur le tableau les traitait d' »usurpateurs ». A partir de la réception de ce courrier, leurs parents sont de plus en plus méfiants, leur fixent des interdictions de plus en plus sévères, les empêchent de se fréquenter. Nos si parfaits ados ne comprennent plus rien et vont sortir de leur extrême réserve pour mener leur enquête. Mensonges, rôdeurs dans l’établissement, mort d’un camarade, celle-ci ne sera pas de toute tranquillité. Ce qu’ils vont découvrir dépassera tout ce qu’ils auraient pu imaginer et leur vie va en être profondément affectée, à jamais…

Yves Grevet lance dans ce court roman une réflexion profonde sur l’autorité parentale et sur le comportement de l’adolescent. Qu’est-ce qu’un ado parfait ? Jusqu’à quel point les limites que l’on pose en tant qu’adultes sont-elles supportables pour l’adolescent et où se trouve alors la limite entre  liberté de l’individu et éducation. Comment faire en tant que parent pour ne pas être démissionnaire face à des ados violents, en rébellion, en déshérance.   Des ados parfaits  ne serait-il pas le point de départ à l’écriture de Grupp, le nouveau roman de Yves Grevet, dont la sortie est prévue fin août et dont vous trouverez d’ici-là une chronique sur notre blog ? En tout cas, on y retrouve les thèmes chers à notre auteur : la recherche d’une société idéale doit-elle forcément aller à l’encontre de la liberté ? Une société ultra-sécurisée et où on limite les risques au maximum est-elle réellement une société idéale ? Où sont les limites de la recherche scientifique sur l’être humain. Une écriture toujours implacable pour des thèmes forts. On suit les changements de personnalité des personnages, qui, « parfaits » sont totalement fades, mais évoluent et trouvent une humanité tout au long de ce récit qui les rend « vivants » lorsqu’ils commencent à enfreindre les lois dictées par leurs parents. Un texte intelligent qui permet aux jeunes lecteurs (les autres trouveront l’histoire peut-être un peu trop convenue) de s’initier à ce genre génial qu’est la science-fiction, un genre qui permet des réflexions approfondies sur le monde d’aujourd’hui et ses dérives en anticipant un futur presque plausible mais ô combien glaçant ! Finalement, après la lecture de ce livre, je me dis que je suis heureuse de ne pas avoir des enfants parfaits !

 

Demain avec toi….

Jamais sans ma fille, de Betty Mahmoody

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Betty est mariée à Moody un médecin d’origine iranienne. Ils ont une fille. Mais au bout de quelques temps des crises conjugales éclatent, liées en partie par des tensions politiques qui naissent entre l’Iran et les Etats-Unis. Alors que leur couple est fragilisé, Moody demande à son épouse de venir avec lui en Iran pour faire connaissance avec sa famille. Méfiante, celle-ci hésite mais pour favoriser une réconciliation, elle accepte. Ils s’envolent tous les trois. Nous sommes en août 1984…

Je me dis que je suis en train de commettre une erreur, que je voudrais pouvoir sauter de cet avion à la minute. Je m’enferme dans le cabinet de toilette et jette un oeil dans le miroir, pour apercevoir une femme au dernier stade de la panique. Je viens tout juste d’avoir trente-neuf ans, et à cet âge une femme devrait avoir sa vie en main. Je me demande comment j’ai pu en perdre le contrôle…

Arrivée sur place, Betty ne peut que constater le changement d’attitude progressif de son époux qui lui annonce qu’elle ne partira jamais d’Iran, que sa vie est désormais là. Sa belle famille lui est hostile et influence Moody bien déterminée à la faire prisonnière. Devant sa résistance, le mari va devenir violent, l’enferme, la bat, la prive de sa fille. Pour avoir la paix et préparer sa fuite, elle joue la femme soumise subissant humiliations, séquestrations pendant deux ans. Betty va alors mener un combat incessant pour fuir ce pays où la femme, privée de libertés, n’est pas reconnue.

Chaque détail de ma vie quotidienne est axé sur le grand but. je suis déterminée à me montrer une épouse et une mère aussi exemplaire que possible. Pour trois raisons. La première est de consolider l’illusion de bonheur et de normalité, de façon à ôter tout soupçon de Moody. La seconde est de faire plaisir à Mahtob et d’éloigner de son esprit l’idée qu’elle est prisonnière.

Parfois elle demande :
– Est-ce qu’on pourra retourner en Amérique, maman ?
– Pas maintenant. Peut-être qu’un jour, dans l’avenir, papa changera d’idée, et nous irons tous les trois.
Ce genre de mensonge soulage un peu sa tristesse, mais pas la mienne.
Ma troisième raison de créer un foyer « heureux », c’est de me préserver moi-même, de ne pas devenir folle.

Jamais sans ma fille est un récit autobiographique bouleversant qui nous fait partager toutes les horreurs infligées à Betty, contrainte de respecter les règles imposées par son mari. Leur petite fille, Mahtob, fréquente une école qui la détourne de sa culture américaine. Betty est terrorisée et se rend coupable de la situation. Elle n’aurait jamais dû accepter de partir, elle aurait dû écouter les mises en garde qui lui avaient été faites. Ce qui est bouleversant est de se dire que cette histoire est vraie, qu’elle a été vécue par une femme qui n’a eu de cesse de se battre pour retrouver la liberté. Une liberté en demi teinte car encore aujourd’hui Betty vit sous un nom d’emprunt par peur de représailles. Jamais elle n’a pensé partir sans sa fille, elle a toujours persévéré pour s ‘en sortir à deux. Le lecteur se sent désarmé face à une telle souffrance et ne peut partager que la douleur et les angoisses d’une femme si combative.

Ce récit ne dénonce à aucun moment la façon de vivre des Iraniens, Betty n’émet aucune critique envers le peuple. D’ailleurs elle a pu s’évader grâce à l’aide d’hommes ou de femmes de Téhéran. Betty est une femme courageuse qui se bat pour elle, pour sa fille mais aussi pour sa famille notamment pour son père qui est mourant…

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Des vies cadenassées

Sauveur et fils – saison 1- de Marie-Aude Murail

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Sauveur Saint-Yves est psychologue. Avec un tel prénom comment ne pas être à l’écoute des autres et vouloir sauver tout le monde, en particulier les ados. Il a quitté sa Martinique natale pour s’installer à Orléans. Il est veuf et s’occupe seul de son fils de 8 ans, Lazare. A force de vouloir jouer le bon samaritain, il délaisse sa vie privée. Pas facile de trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Sauveur a beaucoup de qualités, un cœur gros comme ça, une bonne écoute avec ses patients mais avec son fils il ne sait pas faire, il est maladroit et démuni. Les cas dont il s’occupe sont divers et variés. Il est contacté par des parents mal divorcés dont les enfants sont devenus des enjeux pour régler leurs conflits, par la maman qui n’aime pas son enfant, l’adolescente qui ne s’y retrouve plus entre sa mère qui s’est remise avec une femme et son père qui est avec une jeune qu’elle traite de pétasse. Il essaie de comprendre les tentatives de suicide, les phobies scolaires… Son bureau est attenant à la maison et Lazare qui se passionne pour la profession de son père, n’en rate pas une miette. Quand il le peut, il se cache et espionne les consultations. Un jour, Lazare demande à son père de lui acheter un hamster. Il étudie son comportement comme Sauveur le fait avec ses patients. Le petit garçon veut d’ailleurs devenir psychologue de tout le monde et en particulier de ces rongeurs. Il est trop craquant Lazare, souriant, attachant, rigolo avec ses « blagounettes » qui n’interpellent pas toujours son père trop préoccupé par son métier. Sauveur est une sorte de mère Thérésa mais aurait-il des ennemis ? Pour preuve, les lettres de menace qu’il reçoit ou les pièges contre le mauvais sort qu’il trouve au pied de sa porte. A ce moment, Lazare commence à se poser des questions sur ses origines et sur sa maman décédée peu après sa naissance. Sauveur ne lui parle pas de sa mère, évite les questions, reste secret. Que cache Sauveur à son fils ? Pourquoi n’arrive -t-il pas à lui en parler ?

L’ombre de la maman plane sans cesse sur le récit. On ne sait pas qui elle était, comment elle était. Sauveur évite d’en parler mais pourtant il faut attendre les ¾ de l’histoire pour s’étonner des confessions que Sauveur fait à une patiente. Les rôles sont inversés. Il parle de sa famille et envisage même d’emmener son fils en Guadeloupe. Le lecteur sent que le dénouement est proche. La fin nous délivrera d’un lourd secret.

Ce livre scanne les problèmes, le mal-être des adolescents. On ressent toutes les difficultés que les parents rencontrent avec eux. Les situations familiales sont complexes et Marie-Aude Murail n’a aucun tabou sur les sujets traités : l’homosexualité, la phobie scolaire, les familles recomposées, la scarification, la drogue, la dépression, la pédophilie, le racisme dont sont victimes Sauveur et Lazare, particulièrement par la nounou du jeune garçon, femme aux préjugés très présents sur les noirs.

Chaque chapitre correspond à une semaine de consultations. On se rend compte au final que les enfants sont trop impliqués dans les histoires « de grands ». Il n’y a plus aucune barrière, les parents exposent leurs enfants à des problèmes qu’ils devraient résoudre entre adultes. Les enfants sont des éponges et craquent. Ce roman est une sorte de miroir du quotidien qui pour certains part à la dérive. Mais heureusement, l’auteur manie l’humour pour aborder ces malaises et permet au lecteur de souffler entre chaque tranche de vie en le faisant pénétrer dans l’intimité de Sauveur et son fils. Marie-Aude Murail nous offre des personnages variés, reflet de notre société. J’appréhendais un peu ma lecture, peur de trouver ennuyeux les énumérations des états d’âmes de chacun. Mais pas du tout, Sauveur et fils est un coup de cœur. Le lecteur est invité sans voyeurisme dans le cabinet de consultations, prend sous son aile Sauveur et Lazare en croisant les doigts pour que le père se libère du poids d’un passé lourd et omniprésent. L’adage qui dit « le cordonnier est le plus mal chaussé » s’adapte parfaitement à la situation de Sauveur. Il soigne les blessures de la vie de ses patients mais est incapable de refermer ses propres plaies. Hâte de me plonger dans la saison 2.