Histoire de famille

L’inconnu du jeudi soir, de Roselyne Bertin

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Bastien, 11 ans, est un enfant équilibré, heureux avec ses parents et son petit frère. Il habite un petit village où tout le monde se connaît. Ce jeudi-là, le temps est mauvais. Il pleut. Le soir est paisible jusqu’au moment où un inconnu vient frapper à la porte….

Une famille, trois générations. Les journées s’écoulent entre l’école et les journées de travail des parents. Une famille aimante. Une atmosphère douce et rassurante inonde la maison. L’auteur a su entraîner le lecteur dans les odeurs de l’enfance. D’ailleurs, on a l’impression de se retrouver à la place de Bastien au même âge. Une image idyllique qui va s’effriter ce jeudi soir. L’arrivée de cet inconnu va dévoiler un secret et alimenter les commérages du village. Bastien va être bouleversé, choqué par ce qu’il va apprendre.

Un bon moment de lecture qui met en avant les liens familiaux si importants dans les situations difficiles.

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Une bonne étoile

Cette nuit là, un chat, de Dominique Legrand

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William et Aurélien, deux frères, font l’acquisition d’un chat. Leur père rentre dans une colère noire quand il est mis devant le fait accompli, lui qui a horreur d’un tel animal. Epouse et enfants forment alors une coalition pour le faire plier et le contraindre à capituler. La venue de ce chat lui est pénible, le gêne. Pourquoi un tel sentiment de malaise ? Ce n’est qu’un chat après tout ! La présence de ce félin le ramène à un épisode dramatique de la vie de son grand-père, Henri, en 1944. A l’époque, il travaillait à la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris. Alors qu’il s’apprête à prendre son poste, il est arrêté par les SS et fait prisonnier au château de Vincennes. On va lui imposer la dure tâche de ramasser les cadavres des prisonniers victimes de la barbarie des Allemands. Très vite, Henri va être intrigué par la présence d’un chat noir qui déambule au milieu des soldats. Animal imperturbable qui n’aura de cesse de fixer Henri. Le grand-père n’a jamais aimé les chats, il s’en méfie, l’attitude de celui-ci l’embarrasse.

Sa captivité va virer au cauchemar. Alors qu’il entame un énième transport de corps, les SS lui ordonnent, ainsi qu’à neuf autres prisonniers de se tenir à l’arrière d’un camion. Un soldat prend alors position derrière une mitrailleuse, les hommes sont poussés le long d’un mur. Le chat est toujours là, au milieu du vacarme, en observateur. C’est la fin pour Henri qui fixe le sol inondé du sang d’autres victimes. Soudain, le chat se lève, marche et se dirige vers les soldats en miaulant. Il vient se frotter aux bottes d’un officier qui l’attrape et qui le caresse longuement. Ce dernier le dépose alors à terre, le visage rieur et échange quelques mots avec les SS tout en regardant les prisonniers. Le temps est comme suspendu. Un gradé fait alors signe aux hommes de le suivre. Personne ne va mourir, en tous les cas pas dans l’immédiat. Suivis par l’animal, les captifs sont conduits en cellule et apprennent qu’ils seront tués le lendemain matin. Durant les longues heures qui vont précéder son exécution, Henri aura pour seul compagnon  le chat.

Cette nuit-là, un chat raconte un événement tragique de notre histoire, la guerre et les camps de prisonniers. L’auteur nous dévoile ce qu’a vécu son grand-père en 1944. La description du ressenti d’Henri aux portes de son exécution, de la bestialité des soldats est pleine d’émotions. Un homme qui ne peut échapper à son destin tragique, qui se sait condamné et qui vit ses dernières heures. Il va partager ses ultimes instants avec ce chat qui s’est laissé enfermer dans sa cellule. C’est l’animal qu’il déteste depuis l’enfance, qui va lui procurer ses derniers instants de douceur, d’apaisement, qui va rester avec lui durant cette dernière nuit. Au petit matin, le chat partira non sans lui avoir jeté un dernier regard …..

Un roman simple à lire avec des chapitres courts qui nous fait comprendre que tout être humain peut changer selon les événements qui se dressent devant lui. On a des idées arrêtées sur des gens, sur des circonstances et un jour quelque chose fait que le regard est tout autre. Henri a toujours détesté les chats jusqu’à ce jour de 1944 où l’image que lui renvoyait cet animal s’est transformée.

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Qui suis-je ?

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Chaîne de vie, de Roger Judenne

Chaîne de vie par JudenneLou pense être la fille biologique de son père mais va découvrir par inadvertance qu’elle est née par insémination artificielle. Elle se referme sur elle-même et rentre en conflit avec sa mère. Mais, quand sa maman lui explique les choses, elle commence à faire des recherches afin de retrouver le donneur.

J’ai bien aimé ce livre car c’est une histoire qui peut toucher le lecteur et peut amener à une réflexion positive celui qui connaît la même situation.

Manon, 3ème – 14 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Et l’avis de mumu58 :

Lou, adolescente de douze ans, découvre par hasard que son père n’est pas son père biologique. Elle pense dans un premier temps qu’elle a été adoptée et reproche à ses parents de ne pas lui en avoir parlé. Elle se braque, les relations sont tendues voire difficiles. Sa maman va alors lui révéler qu’elle a été inséminée avec le sperme d’un donneur anonyme. Quelle confusion pour cette adolescente ! Lou reste très sceptique et ne veut plus rien entendre. Effondrée, l’adolescente lâche prise et écoute les explications de ses parents. La situation lui paraissant plus simple, le mystère de sa naissance se dissipe peu à peu. Néanmoins, elle décide de faire des recherches sur internet pour mieux comprendre l’insémination artificielle. Elle va pouvoir alors comprendre comment elle a été conçue. Elle se rend compte qu’elle n’est pas un cas unique et qu’elle peut avoir des frères ou des sœurs car le nombre d’enfants issus du sperme d’un même donneur peut être de huit. Elle décide donc de passer une annonce à la recherche d’éventuels profils ayant le même donneur qu’elle.

L’histoire est originale, le thème abordé n’est pas courant en littérature jeunesse. Une lecture facile et compréhensible. Il est évident que pour bien se construire tout être humain a besoin de connaître ses origines et qu’il est souvent préférable de ne pas cacher aux enfants d’où ils viennent.

De Sacha à Macha de Rachel Hausfater-Douieb Yaël Hassan

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

De Sacha à Macha, de Rachel Hausfater-Douieb Yaël Hassan

Résultat de recherche d'images pour "de sacha à macha"Voici l’histoire de Sacha, un jeune garçon qui envoie des mails à des adresses imaginaires… jusqu’au jour où Macha, une de ses correspondantes lui répond. Une amitié va naître mais prendre des tournures inattendues à cause des problèmes de famille de Sacha. Comment Macha le raisonnera t-il ? Que fera Sacha ?
Un livre plein d’émotions, des personnages attachants et une histoire d’amitié et de famille très touchante.

Chloé, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de  Mumu58 :

Sacha envoie des messages à des adresses mail qui n’existent pas. Contre toute attente, il reçoit une réponse d’une dénommée Macha. Commence alors un échange de correspondance. Sacha et Macha ne peuvent plus se passer de cet échange et chaque jour, ils guettent fébrilement un signal de l’autre. Petit à petit, ils apprennent à se connaître. Macha va vite découvrir le côté un peu sombre de la vie de Sacha. Elle va le pousser dans ses retranchements pour qu’il se livre, qu’il se confie.  Macha a touché un point sensible en évoquant sa maman. Sacha ne sait pas où elle est et son père se mure dans un silence quand il essaie d’évoquer le sujet. Macha incite avec force Sacha à découvrir ce qui est arrivé à sa mère. Et finit par le persuader. Puis un jour, silence, plus de messages de son ami. Il ne répond plus. Que s’est-il passé ? Macha a-t-elle été trop loin ?

Il y a des vérités qui font mal. Se taire parait donc plus simple pour éviter de faire souffrir. De Sacha à Macha évoque l’absence d’une mère, un fils en souffrance face à un père qui ne veut pas parler. Alors Sacha s’invente une mère de rêve et poussé par Macha, il décide de partir à sa recherche . Mais la réalité va ternir cette image de mère modèle. Ne pas savoir par peur d’être déçu. Le personnage du père est touchant. Il a le mauvais rôle. Sacha lui reproche d’entretenir le mystère autour de la disparition de sa mère, il va même penser qu’il en est responsable. Un récit écrit à quatre mains intégralement en temps réel sur internet, constitué uniquement des messages échangés par Sacha et Macha qui toucheront nos lecteurs.

La faute à pas de chance

Quelle chance ce manque de pot ! de Catherine Zarcate

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Ali Cogia est cordier dans une ville d’Orient. Il fabrique des cordes pour le matériel de pêche. Mais malgré un travail acharné, Ali est pauvre, il gagne difficilement sa vie. Il a une femme et beaucoup d’enfants. Mais malgré tout, il est heureux, sa maison est toujours remplie de rires, c’est le bonheur. Ali est un homme courageux, honnête et sérieux.

Un jour, deux marchands qui passent par là, s’arrêtent devant sa boutique et s’assoient. Ils sont en pleine discussion. Un sujet les oppose. Pour rendre riche un homme pauvre, il suffit de lui donner de l’argent. L’un est d’accord, l’autre pas. Ils décident alors d’en avoir le cœur net. Ils vont choisir un homme pauvre, lui donner de l’argent et voir ce qui va se passer. Ali est connu pour être un homme de condition modeste donc les marchands ne vont pas plus loin et s’adressent à lui. Fortement étonné par leur démarche, le cordier a un mouvement de recul, se méfie et refuse. Mais les deux hommes lui expliquent que c’est un pari et qu’il doit accepter. Ali finit par accepter l’argent et au bout de six mois, les marchands repasseront pour voir comment a évolué sa situation.

Mais Ali ne va pas avoir beaucoup de chances et commence pour lui une série de catastrophes plus cocasses les unes que les autres. Alors quelle va être maintenant la vie de cet homme ?

Quelle chance ce manque de pot ! est un conte sur le rapport des hommes à l’argent. Je devrais dire plutôt certains hommes. L’argent est le symbole de pouvoir mais perd on pour autant les valeurs qui ont pu être les nôtres, les valeurs que nos parents nous ont inculquées ? Avoir de l’argent est-ce devenir mauvais et insensible ? Catherine Zarcate nous montre avec ce récit que la richesse ne détruit pas tout et que l’on peut rester généreux et simple. Ici, les hommes riches sont merveilleux et ne pensent qu’à faire le bien autour d’eux. Ce conte est rassurant et nous donne confiance en l’être humain.

A souligner les illustrations en noir et blanc qui accompagnement d’une belle façon le texte.

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« L’action ment tout autant que la pensée »

Les combats de Sara, d’Arnaud Ravel

Résultat de recherche d'images pour "les combats de sara"Sara a 17 ans et vit avec ses parents, son père Olivier Mazaoui est professeur de philosophie et enseigne dans le même lycée qu’elle. Sara fait partie des élèves populaires du lycée et a de fortes convictions politiques. Un jour, la police débarque pour arrêter Mihai, un de ses camarades sans-papiers. Sara est révoltée et prône le droit à l’éducation pour tous.  Elle organise la résistance au lycée pour aider Mihai. Blocus, manifestation, concert de soutien, Sara met tout en œuvre pour lutter contre l’arrestation des sans papiers. Dans cette lutte, elle aura le soutien de ses camarades, de ses amis et de sa mère. Quant à son père, la situation apparaît plus tendue et conflictuelle. Au-delà des manifestations, la jeune lycéenne va chercher à retrouver Mihai et rencontrer des membres de sa famille. Cependant, Sara, tournée vers l’Autre et meneuse de la vague de Résistance, oublie presque sa propre vie et certaines choses semblent lui échapper.

Les combats de Sara, bien qu’il apparaît comme un ouvrage politiquement engagé au vu de la position de Sara, est avant tout un roman qui traite de la question des différences, de l’Autre, des diverses manières de vivre et des cultures multiples. De son amie Houria vivant au Maroc promise à un homme à Sam, solitaire, gothique rêvant de réaliser un voyage expérimental à Vlavosk, Sara fréquente des personnages qui ont une vision différente de la vie voire opposée. Désarmée lorsque Houria lui apprend qu’elle va se marier, elle ne parvient pas à comprendre la raison  pour laquelle son amie ne fuit pas et accepte ce mariage lié aux traditions de son pays. Sara pense que Houria est prisonnière des traditions et de sa famille.

Néanmoins, Houria n’hésite pas à souligner que Sara aussi semble parfois prisonnière de ceux qui l’entourent. Populaire au lycée, Sara n’ose pas se montrer en compagnie de Sam, n’hésitant pas à le fuir dès qu’elle aperçoit son amie Alice. Car Sam fait partie de ceux qui pensent la vie autrement, étant souvent seul ou en compagnie de ses amis, Lily et Baz. Différents par leurs visions du monde et leur apparence, les trois protagonistes adoptent un style particulier et ne parviennent pas à se confondre avec les autres.

Un paradoxe apparaît alors, Sara, tolérante, ouverte, politiquement engagée n’acceptant pas qu’un homme quelque soit ses origines soit traité différemment des autres, n’assume pas la relation qu’elle noue avec Sam car fort différent en apparence. De la même manière, Lily, l’ami de Sam, étant plus sectaire et fermée sur sa vision des autres, n’apprécie guère que Sam penche par moment de « l’autre côté » et que sa manière de regarder la vie évolue.

Outre la question de la différence et de l’Autre, Arnaud Ravel peint à travers cet ouvrage le portrait d’une famille moderne, de classe moyenne, cultivée où les relations deviennent compliquées entre les parents de Sara. Sara parvient à comprendre la situation mais éprouve de la tristesse, particulièrement pour son père. La Résistance menée leur a par ailleurs permis de discuter et de renouer les liens avec son père.

Cette histoire montre aussi que les problèmes se règlent loin de la violence mais de manière entièrement pacifique, que les mots, l’échange, le dialogue apparaissent plus importants que tout et que la violence n’a pas lieu d’être pour gérer les conflits et les problèmes quelque soient leur nature.

Une lecture que je conseille à partir de la 4ème au vue par moment de la complexité de l’histoire. Je rappelle que ce roman est politiquement engagé et n’hésite pas à citer le Front National sans pour autant en faire une véritable critique négative.

Marée noire

Bleu pétrole, de Gwénola Morizur, ill. Fanny Montgermont

bleu-petroleAvez-vous déjà entendu parler du naufrage de l’Amoco Cadiz ? C’était en 1978. Ce pétrolier s’échouait sur les plages de Bretagne et déversait 220 000 tonnes de pétrole brut sur près de 400 km de côtes… Une catastrophe écologique sans précédent.

Cette bande dessinée retrace cet événement à travers les yeux de Bleu, la fille du maire. A l’histoire d’actualité se mèle l’histoire familiale, une famille de paysans dont le père est devenu maire d’une petite commune bretonne, Ploudalmezau, et a décidé de se battre jusqu’au bout contre les autorités, contre la firme américaine, propriétaire  du chargement du pétrolier. Un procès qui dura 14 ans et qui fut le premier grand procès en environnement « et se solde par une victoire historique, même si les indemnisations perçues quinze ans après la pollution ne sont pas à la hauteur des dommages subis. Ce combat démontre surtout l’intérêt de l’action collective et met fin à l’impunité des pollueurs ».

Une histoire légèrement romancée mais qui prend appui sur des témoignages forts d’une famille  qui vécut les événements de l’intérieur, recueillis des années plus tard par la petite fille, scénariste de cette bande dessinée. Un point de vue intéressant et un parti pris de mélanger sciemment l’Histoire avec l’histoire des hommes.  La détermination, le courage sans faille de ce jeune maire qui fit de ce combat le combat de sa vie est exemplaire et donne une vraie leçon de vie mais ce point de vue est également mis en parallèle avec l’histoire du fils parti en Afrique dans l’humanitaire et qui ne comprend pas forcément l’intérêt de cette bataille, ce qui apporte une nouvelle profondeur au récit. Les illustrations tout en douceur  et très réalistes sont tout à fait adaptées à cette histoire et une très belle double page sur le naufrage du navire attire particulièrement l’attention. Un dossier très intéressant « Aux origines de l’histoire » sur l’élaboration de l’ouvrage et sur les faits  et les étapes du procès  complète le récit.

Depuis, il y eut deux autres très grosses marées noires : l’Erika en 1999 et le Prestige en 2002.

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