Le secret des enfants d’Aumelys, de Véronique Petit

Suite au décès de Léna, la soeur aînée de Sarah, la famille quitte Lyon pour s’installer dans une maison héritée d’un lointain cousin et située dans petit hameau perdu, Aumelys. Aumelys, un lieu étrange où rien ne semble avoir bougé depuis des décennies. Le collège de Sarah se trouve dans la commune d’à côté, à environ 5 km… Pourtant, dès son arrivée, elle ressent une tension : les élèves venant d’Aumelys semblent la toiser, alors que ceux des communes environnantes l’évitent. Seuls les jumeaux, Gabriel et Faustine, récemment arrivés à Aumelys acceptent de l’intégrer dans leur cercle… Une visite du cimetière va mal tourner et Sarah a bien l’impression de sombrer dans la folie… Quel mystère, quelle malédiction plane donc sur ce village ? Qu’essaient de cacher ses habitants ? Est-elle en danger ? En qui peut-elle avoir confiance ?

Un roman fantastique dont l’ambiance m’a vaguement renvoyé au film Les innocents de Jack Clayton, adapté du roman d’Henry James Le Tour d’écrou, peut-être pour la place des enfants dans une malédiction…

Le roman utilise parfaitement les ficelles classiques du genre avec, en plus, une incursion réussie dans un cimetière ! Une situation initiale banale, un cadre bien posé, qui glissent doucement vers le fantastique… ou bien serait-ce seulement la folie du personnage ? La limite entre la réalité, le fantastique, la folie est floue et intrigue le lecteur tout au long de ces 150 pages qui se lisent vite. Le texte court n’empêche pourtant pas à cette histoire d’être suffisamment bien ficelée et construite pour rester compréhensible au lecteur sans effrayer les moins assidus par un nombre de pages trop importants.  Des retours dans le temps avec des passages se situant en 1345 entrecoupent le récit « moderne » et apportent une touche encore plus énigmatique à ce récit.

Une bonne entrée en matière pour les adolescents qui souhaitent découvrir le genre.

 

 

 

Lettre au président du monde, d’Eric Simard

« N’achetez plus le sang des enfants »

Lettre au président du mondeWondone, jeune sans-papier de 10 ans, est révolté par la condition des enfants à travers le monde. Sa propre vie est un exemple des exactions commises : pour quitter son pays très pauvre et suivre son oncle et sa tante en France, il a failli mourir noyer. Et même s’il va à l’école, rien ne garantit un avenir serein puisque légalement lui et sa famille n’ont aucun droit à rester en France. Tout quitter, risquer sa vie, vivre hors la loi en espérant que ce sera néanmoins moins pire que ce qu’ils vivaient dans leur propre pays, voilà le sort des sans-papier. Mais, la misère et l’exploitation des enfants à travers le monde ne s’arrête pas là : enfants-soldats, travailleurs-esclaves vendus par des parents trop pauvres, enfants victimes des conflits des adultes, estropiés, tués pour avoir sautés sur une mine anti-personnelle, enfants mourant de faim faute d’accéder au minimum vital…

Ce texte fort et court se présente sous forme d’une lettre ouverte écrite au « président du monde » par Wondone lui-même, l’enfant sans-papier. Ecrit à la première personne, il est un véritable plaidoyer pour alerter le lecteur sur les injustices dont sont victimes les enfants à travers le monde, malgré les lois censées les protéger. La lettre ne s’adresse pas à un président d’une nation en particulier et c’est ce qui en fait sa force : il s’adresse à un président imaginaire qui dirigerait l’ensemble des peuples, et par là-même, à chacun des lecteurs en particulier qui sort de sa lecture en souhaitant qu’une chose : que chacun d’entre nous s’engage pour un monde plus juste. A travers un cas particulier, des données réelles sont apportées au lecteur et à la fin de l’ouvrage, un petit lexique et un récapitulatif de articles de la Convention internationale des droits de l’enfant complète le texte.

Ce texte cite Iqbal Masih, jeune pakistanais vendu comme esclave à 4 ans et qui dès 10 ans lutta contre l’esclavage moderne. Il a été assassiné à à peine 12 ans.

A lire dès le CM2.

Le pays des contes, de Chris Colfer

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Le sortilège perdu

Les trois tomes de la série « Le pays des contes » retracent les aventures de  Conner et sa soeur Alex, des jumeaux de 12 ans. Pour leur anniversaire, leur grand-mère leur offre un livre ancien, Le pays des contes. Des histoires qu’elle leur lisait quand ils étaient petits. Mais quelques jours plus tard,  le livre semble s’animer et aspire les enfants dans un monde parallèle. A partir de ce moment, ils vont traverser un univers où les contes  vont devenir réalité. Mais à un détail près, les héros des histoires vont être détournés de  leur vraie nature, ils n’auront pas la vie qu’ils pensaient avoir. Ainsi, le chaperon rouge n’a plus peur du loup, Boucle d’or est une vraie peste… Alex et Conner vont rencontrer des personnages qui ont tous leurs problèmes comme n’importe quels humains. Ce monde féérique est aussi amical qu’impitoyable. Bien que le voyage semble plaisant, Alex et Conner vont devoir songer à rentrer. Mais pour espérer retourner auprès de leur mère, les enfants seront dans l’obligation de rassembler huit objets particuliers.

On reste dans la fiction  mais du coup, les protagonistes sont plus réels. Alex et Conner sont de grands fan de contes qu’on découvre à travers leurs yeux. Ils sont émerveillés et nous partageons sans retenue leur enthousiasme. La vie ne les a pas épargnés, leur père est décédé un an plus tôt et leur maman doit travailler dur pour les élever, donc cette évasion va chambouler leur vie de belle manière. Une grande aventure s’ouvre à eux, une aventure au cours de laquelle ils vont découvrir que leur père venait des pays des contes avant de se marier. Ils sont donc les enfants des deux mondes.

Chris Colfer respecte les « vrais contes », il en a fait quelque chose d’original  en écrivant ce qui arrive aux personnages après ce qu’on connaît déjà d’eux. Un récit enchanteur, un véritable retour en enfance.

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Le sortilège perdu est suivi de Le retour de l’Enchanteresse et de L’éveil du dragon disponibles au CDI.

 

Les enquêtes de Ninon et Paul : le secret de Chambord, de Chantal Cahour

Ninon et Paul partent avec leurs parents visiter le château de Chambord. Un souvenir inoubliable de petite fille pour la maman qui rêve de partager l’émerveillement qu’elle avait vécu avec ses propres enfants. Au moment de prendre les billets pour la visite guidée, un orage éclate et une coupure d’électricité survient… les deux derniers tickets qui sortent de la machine semblent alors différents. Qu’à cela ne tienne, la visite commence et bientôt, l’ascension de l’escalier monumental à double révolution les transporte…. vers un autre temps. Ninon et Paul se retrouvent en 1534, sous le règne de François Ier en visite justement au château. C’est le début d’une incroyable aventure pour Ninon et Paul qui vont faire la connaissance de Marco, un jeune serviteur de 10 ans qui vient de se faire voler des plans de Léonard de Vinci dans un coffre chez son père… Il faut absolument mener vite l’enquête et découvrir le coupable avant que le méfait soit révélé au grand jour !

Un récit sans temps mort pour découvrir les coulisses du plus grand des châteaux de la Loire… que personnellement je viens de revisiter avec mes propres enfants et pour notre plus grand plaisir il y  a à peine quelques mois ! En profiter bien évidemment pour pousser jusqu’au Clos Lucé à Amboise pour découvrir l’univers de Léonard de Vinci.

Un petit quiz en fin d’ouvrage revient sur quelques notions clés… et la recette  des pommes à la cannelle  de la table royale de Chambord nous met en appétit.

Je suis Juan de Pareja, de Elizabeth Borton de Treviño

"Je suis Juan de Pareja", d'Elizabeth Borton de TrevinoSéville, 17ème siècle. Juanito, jeune esclave, se retrouve seul après le décès de son maître, puis de sa maîtresse, qui a succombé à la peste. Il fait partie de l’héritage et doit rejoindre son nouveau maître à Madrid, le neveu de sa maîtresse, le peintre Vélasquez. Après bien des péripéties, le voici donc qui  entre au service du grand peintre de la cour. Il va devoir préparer les pigments, les toiles, nettoyer l’atelier. Juan admire le travail de son maître et apprend en secret, en regardant celui-ci travailler. Son rêve : devenir peintre lui aussi… Mais les esclaves n’ont pas le droit de toucher aux arts.

Tiré d’une histoire vraie, ce texte est écrit à la première personne, comme une autobiographie de l’esclave. Même si l’écriture est romancée, on y apprend beaucoup de choses historiques sur la condition des esclaves, sur la vie de Vélasquez et la cour d’Espagne au 17e siècle. Vélasquez était un maître bienveillant, simple, austère, qui n’a pas été épargné par les épreuves de la vie. Il est l’un des plus grands peintres de son temps. La première de couverture de cette édition est une reproduction du véritable tableau qu’il a peint de son esclave  Juan de Pareja.

Cette histoire nous fait voyager dans cette Espagne de cour du 17e siècle mais aussi jusqu’en Italie, avec les trajets sans fin  et les problèmes de communication avec les proches restés sur place qui en découle. On rencontre aussi d’autres artistes connus à l’époque comme Rubens.

Ce texte est écrit de manière assez descriptive qui ne laisse pas passer les émotions de manière vive et en cela pourrait peut-être rebuter certains de nos lecteurs, -si on y ajoute le nombre de pages assez conséquent. Ecrit en 1965, peut-être le texte a-t-il un peu vieilli ? En tout cas, l’histoire reste malgré tout  passionnante et très instructive, véritable petite histoire de l’art.

Le goût amer de l’abîme, de Neal Shusterman

En plein chaos…

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Caden a 15 ans, c’est un adolescent doué qui adore dessiner. D’ailleurs, il retrouve régulièrement des amis passionnés comme lui. Ensemble, ils créent des jeux vidéo. Mais voilà, depuis quelques temps, Caden se sent persécuté, il pense que ses camarades de classe veulent le tuer. Il a bien essayé d’en parler avec son père mais celui-ci a du mal à le suivre, il ne le comprend pas. L’adolescent est perdu dans ses pensées, dans ses idées étranges. Quand il perd pied avec la réalité, il se prend pour un mousse navigant à bord d’un grand bateau, à la recherche d’un trésor. Le délire est continu. Il a de grosses crises d’angoisse, il voit des monstres partout, il entend des voix et commence à souffrir de phobie sociale. Il se surprend également à penser que ses parents, sa famille ne sont pas ce qu’ils sont réellement, mais qu’ils font partis d’une secte dans le seul but de le nuire voire de le faire disparaître. Il n’arrive plus à intégrer un groupe, à partager des moments avec des amis. Il fait semblant de s’intéresser mais en fait, il ne les comprend plus, comme s’ils parlaient un langage différent. Leurs voix, leurs rires sont lointains, ils résonnent dans un brouillard. Caden est dans sa bulle. Il est dans un trou noir qui l’absorbe. Même ses dessins n’ont plus de forme, ce sont des gribouillis. A chaque fois que la réalité lui échappe, il se retrouve sur le bateau. Et puis il y a toujours ces voix qui ne le quittent plus, obsédantes et machiavéliques. Les objets prennent vie et lui parlent. En chacun d’eux, Caden voit des signes qui lui dictent une conduite. Les symboles ont un pouvoir et s’animent.

Les parents remarquent le comportement étrange de leur fils mais, au début, ils pensent que c’est un manque de concentration. Petit à petit, la difficulté de communiquer, l’éloignement mental de Caden les inquiètent. Pour la première fois, ils pensent que consulter un thérapeute pourrait être utile. La situation se dégrade, Caden voit des monstres partout, soupçonne les gens de lui vouloir du mal, ne dort pas, marche sans cesse. La réalité lui échappe, tout est difforme, sens dessus-dessous. Arrive alors le moment où Caden est hospitalisé. Décision difficile pour des parents qui ne savent plus comment aider un fils qui part à la dérive. Les thérapies, les prises de médicaments se succèdent. Caden va rencontrer d’autres patients qui, comme lui, ont une lourde pathologie, qui, comme lui, sont brisés. Le jeune homme se rend compte qu’il est malade et en cela regrette de n’avoir pas vécu à une autre époque, à une époque où on aurait pu lui reconnaître un don, où on aurait pu le prendre pour un prophète. Là, on le voit comme le malade qu’il est. La limite entre la réalité et les eaux troubles des ténèbres est infime, à tout moment Caden peut basculer dans une folie destructrice autant pour lui que son entourage.

Le goût amer de l’abîme est un roman en partie autobiographique. Neal Shusterman s’est inspiré de la maladie de son fils qui comme le héros, s’enfonçait petit à petit dans son monde. Les chapitres alternent entre la réalité et les pensées de Caden. Le début est un peu déroutant car pas toujours facile à comprendre. Le lecteur doit prendre ses marques et persévérer dans la découverte de cet écrit qui est fabuleux. Petit à petit, tout se cale, les délires paranoïaques de l’adolescent sont plus clairs, et on arrive à tisser le lien entre ce qui arrive et ses transferts. Mais quel calvaire pour son entourage ! Ce qui reste extraordinaire est que l’auteur Neal Shusterman a réussi à analyser, à décrire le mal dont souffre son fils à partir de ses dessins et de ses réflexions. Lors de l’internement de Caden, l’auteur nous dresse le portrait des différents patients qui sont dans le même service que lui et qui souffrent comme lui de schizophrénie. Cette maladie a de nombreux visages, des traitements existent mais ne sont pas toujours concluants car chaque patient est unique. Il faut souligner aussi le gouffre dans lequel est précipité la famille, leur impuissance et leur peur. Pas facile de se battre et d’espérer. La science progresse et elle apprend davantage sur le cerveau ce qui permet d’élaborer de nouveaux traitements. Mais guérissons-nous vraiment de cette pathologie ? Le risque de rechute est omniprésent et certains mettent fin à leur jour. Neal Shusterman a eu de la chance, son fils s’est sorti de cet abîme, en espérant que jamais plus il ne répondra à l’appel des eaux troubles.

Un coup de coeur, à lire dès la 3ème pour les très bons lecteurs.

Fille de vampire, de S.P. Somtow

Johnny, adolescent de 16 ans, vient de déménager à Hollywood. Sa mère, anthropologue, vient d’écrire les mémoires de son grand-père, un sage Indien du Dakota qui est devenu bien vite un best-seller qui les a rendu riches ! Dans son nouveau lycée, il tombe amoureux de Rebecca, qui elle, a des problèmes bien plus sévères de racines et d’identité culturelle : son père est vampire et elle doit bientôt choisir définitivement dans quel monde est souhaite évoluer, pour la foin de sa vie ou pour l’éternité…

Un petit livre sur les vampires, avec tous les codes du genre, quelques références glissées de-ci de-là – en particulier sur la trilogie du même auteur , pas déplaisant, qui se lit vite mais pas franchement un incontournable de la thématique. Finalement, c’est  l’enchevêtrement des croyances amérindiennes et leurs rituels dans une histoire de vampires qui m’a le plus séduit et amusé avec le personnage du grand-père indien, particulièrement haut en couleur.

-Tu vas prendre un bain de vapeur purificateur, puis tu expérimenteras une vision mystique, afin de rencontrer les esprits qui te donneront ta véritable identité.

– Moi ?

– Bien sûr, me répondit [mon grand-père]. Sinon, pourquoi apparaîtrais-tu dans mon tipi à cinq heures du matin, vêtu de ton seul caleçon ?

-Mais grand-père, tu n’y es pas du tout. J’ai fait cet affreux cauchemar et je…

[…]

-Ecoute, fiston, dit grand-père. Tu n’as pas fait ta bar-mitsvah, ni ta communion solennelle, et tu dois faire quelque chose qui  symbolise ton passage à l’âge adulte.

-Je ne peux pas simplement me contenter de perdre ma virginité ?