Il y a un garçon dans les toilettes des filles, de Louis Sachar

« Bradley Chalkers – Classe de Mme Elbel – Derrière place du dernier rang »
Bradley est en CM2 et n’a pas d’ami. Et ce n’est pas étonnant, il déteste tout le monde. En plus, il ne raconte que des mensonges. À tout le monde. Ses seuls amis sont ses petits animaux en peluche, qu’il retrouve dans sa chambre en rentrant de l’école. Quand Jeff, un nouvel élève s’assoit à côté de lui, c’est parce qu’il n’a pas le choix. Même la maîtresse lui dit qu’elle est « désolée, c’est la seule place libre ». Pourtant Jeff lui propose d’être son ami. Tenté de refuser parce qu’il déteste tout le monde, il finit par accepter, car il trouve qu’ils se ressemblent, et surtout, parce que Jeff est entré dans les toilettes des filles !
Et puis à l’école, il y a une nouvelle conseillère d’éducation, Carla. Après leur premier entretien, Bradley est déconcerté. Il n’a pas l’habitude d’entendre ces mots-là :

« Bonjour Bradley, ça me fait plaisir de te voir. Je suis très contente que tu sois venu ».

Bien sûr, Bradley la déteste aussitôt. En plus il se dit que c’est un piège.
Peut-être a-t-il raison et que la bienveillance de Carla saura le transformer à son insu ?

L’histoire touchante d’un enfant en marge, qui a du mal à trouver sa place. C’est une spirale sans fin : Bradley déteste les autres parce qu’ils ne le comprennent pas. Les autres ne l’aiment pas et le mettent à l’écart. Se sentant rejeté, il les déteste. Alors on comprend que le point de vue différent des deux nouveaux arrivants change la donne. Rien de tel pour briser un schéma qui semblait ancré à jamais. On suit la transformation du jeune Bradley avec beaucoup d’intérêt. De l’émotion, de l’humour et beaucoup d’éducation positive dans ce roman. Une lecture qui fait du bien !

Dix minutes en mode panique, de Jean-Christophe Tixier

Prise d’otage…

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Dix minutes en mode panique c’est l’histoire d’une bande de copains réunis pour jouer à se faire peur. La règle est simple : chaque participant a dix minutes pour monter un scénario dans le but d’effrayer un camarade. Le premier qui hurle a perdu.Quand arrive le tour de Maho, il met carte sur table en indiquant que le réchauffement climatique est sa plus grande préoccupation, sa plus grande frayeur. Il va mettre alors en scène sa propre peur pour faire réagir ses camarades qui se moquent de ses états d’âme. Le lendemain, Maho se rend justement à une manifestation pour la défense de l’environnement et pour militer contre l’implantation future d’un centre commercial. Mais très vite, il va se rendre compte que manifester n’est pas un jeu, que la prise de risque est énorme quand les militants commencent à se faire entendre face aux forces de l’ordre. Très vite, le jeune garçon va avoir besoin d’aide car la situation va  tourner au cauchemar.

Dix minutes en mode panique est le  roman idéal pour aborder avec les plus jeunes les thèmes tels que le réchauffement climatique, l’environnement, la sauvegarde de la planète. Dans cette histoire, la parole est donnée aux enfants, quoi de mieux  pour  sensibiliser nos chères petites têtes blondes ? Il est également question de  la violence  dans les manifestations. Posons-nous la question de l’utilité de cette violence, est- elle  nécessaire pour nous faire entendre, pour véhiculer nos revendications ?  La violence comme mode d’expression quand on ne sait plus comment traduire ses émotions ?

Coup de batte, de Ahmed Kalouaz

La vengeance

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Pourquoi Félix s’en est-il pris à son entraîneur, monsieur Morel, en lui assénant des coups de batte de base-ball ? Lui, un jeune garçon si doux et sans problème ? Que lui est-il passé par la tête?

Félix est sportif, il fait de la course de demi-fond et appartient au club d’athlétisme de son village. Tout le monde le connaît et personne ne comprend le geste du jeune adolescent. Mais les révélations de Félix vont faire l’effet d’une bombe… En effet, Charlotte, sportive elle aussi, se confie à son ami Félix sur les agissements douteux de son entraîneur à son égard.. Celui-ci aurait eu des gestes déplacés et répétitifs….Et puis de confidences en confidences, les langues se délient et Félix s’aperçoit avec effroi que Charlotte n’est pas la seule victime. D’autres sportives ont subi les attouchements d’un entraîneur trop entreprenant. Alors Félix décide d’agir, de dénoncer ce que personne n’ose avouer. Il va être interrogé par la police sur son agression envers monsieur Morel et il risque gros. Mais peu importe, Félix décide de faire la lumière sur cette sombre affaire.

Coup de batte est un roman qui traite d’un sujet sensible présenté avec beaucoup de délicatesse. Il est difficile pour les victimes de dénoncer leur bourreau sans que leur parole soit mise en doute. En général, les langues ont dû mal à se délier par peur. Le harcèlement, les abus sexuels restent encore des sujets tabous.

Le trésor de mon père, de Marie-Aude Murail

Sur les traces de mon père…

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Emilien est un jeune adolescent qui n’a jamais connu son père. Alors qu’il passe ses vacances chez un oncle, sa mère lui apprend le décès de son père. Celle-ci lui demande de revenir pour se rendre à l’enterrement. Emilien hurle, s’insurge, revendiquant le fait que son géniteur est un parfait inconnu … Pour quelle raison se rendrait-il à son enterrement ?

De mauvaise grâce, le jeune  garçon se rend à la cérémonie. Il va faire la connaissance de la famille de son père et, le même jour, apprend qu’il va hériter d’un trésor. Emilien est excité mais va très vite déchanter quand il va savoir qu’il lui faudra résoudre des énigmes pour arriver sur les lieux où repose l’héritage paternel !

Nous retrouvons Emilien avec toute sa spontanéité et son naturel. Beaucoup de fraîcheur pour une histoire qui traite du deuil et de la recherche de soi.

Lou après tout, 2. La communauté, de Jérôme leroy

Survivre pour un nouveau bonheur ?

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Nous retrouvons le monde noir dans lequel nos héros essaient tant bien que mal de survivre. La douleur et l’incertitude d’un futur auquel on ne croit plus, la question de l’utilité ou non de se battre pour survivre est de nouveau le thème de ce nouveau volet.

Les personnages sont tout aussi touchants, fragiles, attachants et tellement vrais. On retrouve également les alternances passé-présent. Autant d’ingrédients qui font qu’on ne peut se détacher de ce roman qui, pour moi, est un véritable coup de cœur. La communauté serait elle peut-être un début d’espoir. Il nous renvoie au collectif, alors y aurait-il de la lumière dans ce futur si sombre ?

Je ne peux vous en dire plus sur ce tome 2 de peur de trop dévoiler le premier. J’étais à la fois excitée et curieuse de me lancer à l’assaut de ce second roman, le second d’une trilogie. Je n’ai pas été déçue et je ne peux que vous le conseiller.

Je tiens également à préciser que les deux tomes font souvent référence à Guillaume Apollinaire. La poésie restera tout au long du périple de nos héros, un refuge, une aide à la survie, une sorte de protection intellectuelle pour supporter la déchéance. J’avoue que les vers cités, font du bien et quelque part apaisent non seulement les survivants mais aussi les lecteurs. C’est une sorte de bol d’oxygène dans ce dédale de cadavres, dans ces odeurs de sang.

Lou après tout, 1. L’effondrement, de Jérôme Leroy

Il est peut être trop tard….

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Lou et Guillaume tentent de survivre dans un monde détruit, dans un monde en lambeau, dans un monde qui n’existe plus. Lou et Guillaume sont en fait des survivants qui errent dans un monde apocalyptique. Nous sommes en France en 2050. Pour nos héros, déjà 10 ans d’errance…

Et puis il y a tous ces flashs, ces retours en arrière. Guillaume repense au passé, au temps d’avant l’effondrement. Des souvenirs qui le ramènent à sa famille, aux moments partagés, à son histoire personnelle dont il ne reste rien. Il nous raconte les moments qui ont précédé l’effondrement, ce qui a conduit à la fin. Que s’est-il passé, pourquoi ce chaos, cette errance à travers la mort ?

Lou est trop jeune pour avoir connu le monde avant, Guillaume tente de la protéger du présent, un présent obsédant, noir et sans issue. Il faut survivre sans regarder derrière soi. Ils se battent et vont de l’avant malgré tout et le lecteur se bat avec eux. On ressent leur peur, leur angoisse mais on partage aussi leurs petits moments de joie qui nous font espérer.

Lou et Guillaume en fait, c’est vous, c’est moi. Des victimes malheureuses d’une fin annoncée. Nous vivons dans un monde menacé par le réchauffement climatique, la pollution, la surconsommation et j’en passe. Un monde qui va mal  et Jérôme Leroy se sert de ce qu’on connait, de ce qu’on vit, des cris d’alarme qui sont sans cesse poussés mais dont on ne tient pas suffisamment compte. Il souligne avec une telle justesse  le mauvais état de notre planète, que ce futur si désastreux qu’il nous peint à travers Guillaume, peut être le nôtre.

Cette lecture me donne le vertige, me terrorise tant elle nous lance à la figure ce que l’on connaît déjà, tant elle nous met face à notre perte. C’en est glaçant de réalisme ! On est en complète immersion et je dois dire que l’effet que ce roman a eu sur moi est saisissant. J’ai eu du mal à faire la part des choses, persuadée que cette noirceur sera la nôtre. C’est en quelque sorte une prémonition qu’il serait bon de mettre entre toutes les mains, pour dire qu’il faut réagir avant qu’il ne soit trop tard…Tout porte à croire que Lou après tout est le reflet d’un monde qu’on peut laisser à nos enfants.

La steppe infinie, de Esther Hautzig

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Esther Rudomin a une dizaine d’années lorsque la guerre entre dans sa ville natale polonaise de Wilno. Issue d’une famille aristocratique privilégiée, Esther vit d’assez loin ces histoires d’adultes, protégée dans sa belle demeure  au milieu d’une famille aimante. Mais en 1941, des Russes, alors alliés d’Hitler, frappent à leur porte et leur demande de rassembler  quelques affaires avant de les suivre. Elle n’a ne sait pas encore ce qui l’attend mais elle n’aura d’autre choix que de suivre. Un  long trajet de six semaines commence,  dans des trains à bestiaux, qui  va l’emmener au coeur de la Sibérie inhospitalière.

Le roman s’ouvre sur le monde enchanté d’Esther qui s’écroule. La tragédie qui touche cette famille est palpable tout au long du récit malgré le courage dont ils font preuve face à cette épreuve marquée par les privations, la faim, la douleur, les conditions de vie déplorables, le froid. Cet exil dans une contrée aussi isolée et inhospitalière est l’occasion d’un témoignage intéressant et instructif sur une enfance hors du commun. Dans un style descriptif mais néanmoins touchant sans être larmoyant , il témoigne de la faculté d’adaptation de l’être humain. Esther subit un choc de culture, passant en quelques semaines d’une enfance riche et privilégiée à un quotidien d’extrême privation où la recherche de nourriture et l’adaptation à tout prix est le seul objectif sensé, et le savon un luxe. Sans verser dans le sentimentalisme, ce témoignage réaliste permet aux jeunes lecteurs d’aborder une  période historique au programme de 3ème en vivant l’Histoire en son coeur, avec des personnages émouvants, forts et courageux.

Wilno est aujourd’hui connu sous le nom de Vilnius, capitale de la Lituanie.