Les chaussures, de Gigi Bigot et Pepito Matéo – ill. Isabelle Chatellard

« Elles », ce sont les chaussures…

Perdues, ne voulant plus avancer… Pourquoi ? C’est la guerre. Après une vie glorieuse, on leur a demandé de raser les murs, puis de ne plus sortir du tout, puis de se cacher, et finalement de partir.

Un album tout en finesse et en suggestions, où les chaussures sont une métaphore de l’enfance. Ni date, ni lieu. Nous sommes dans « les rues d’une ville sans nom ».

A travers les non-dits, sont évoqués des thèmes très graves comme la guerre et l’exode, mais également l’entraide et la solidarité. Car les chaussures finiront par trouver un cordonnier pour les réparer et une petite fille pour les porter. Les illustrations aux tons sépia, aux contours anguleux, aux ombres menaçantes donnent à cet album au message historique une sorte de portée universelle à l’image d’un conte. Et à la limite de la poésie…

Marche aujourd’hui marche demain, à force de marcher les souliers sont arrivés dans une ville où les maisons blessées se remettaient debout tant bien que mal, où les trottoirs défoncés guidaient malgré tout les pas sans se tromper à travers le dédale des rues cabossées.

 

Les auteurs reversent leurs droits à la CIMADE (le Comité Inter-mouvements auprès des evacués).

Au ghetto de Varsovie nous avons combattu avec Marek Edelman, d’Eric Simard

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

L’HISTOIRE :

Ce livre, fiction historique, se présente comme une suite de 22 courts récits de personnes ayant côtoyé Marek Edelman dans le ghetto de Varsovie, particulièrement durant l’insurrection. Marek Edelman fut l’un des fondateurs de l’Organisation juive de combat (OJC), créée en 1942 pour résister à l’occupation nazie.  Il fut l’un des chefs du soulèvement du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 et l’un des 40 survivants, réussissant à fuir par les égouts après que les Allemands eurent incendié le ghetto. Les héros de ce livre nous livrent leur témoignage, nous expliquant dans quelles conditions ils sont morts.

En effet depuis novembre 1940, les Allemands et leurs complices harcèlent, terrorisent, affament, humilient la population juive du ghetto de Varsovie.

66 pages

AVIS SUR LE LIVRE :

C’est un roman composé de récits historiques pour la jeunesse mais qui s’adresse à tous.

Il s’agit d’un ouvrage de fiction mais s’inspirant de faits authentiques. On découvre les réalités de la vie dans le ghetto, la faim, le froid, l’arbitraire, la violence, la déportation vers Treblinka, le mépris de la vie humaine, la mort de presque tous.  On trouve un plan très clair du ghetto avant les récits et un petit lexique qui fournit quelques précisions.

Malgré que chaque chapitre soit très court, ce livre n’est pas facile à lire, parce que chaque témoignage est touchant et nous fait vivre la dure réalité de cette période.

Axel – 14 ans, 3ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Mister Orange, de Truus Matti.

Piet Mondrian ?

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New-York, 1943.

    Tout commence avec une paire de chaussures : le frère aîné de Linus part combattre en France et reçoit donc une paire de bottes neuves. Le garçon récupère alors les souliers de son aîné et lègue les siens à son cadet, et ainsi de suite dans la grande fratrie. Aussi, avec le départ du plus grand, chacun chausse également un autre rôle et doit se débrouiller comme il le peut pour marcher du bon pas et endosser ses nouvelles responsabilités.

     Linus, lui, est désormais chargé des livraisons des fruits vendus par ses parents et fait ainsi de nouvelles rencontres, comme par exemple avec celui qu’il surnomme « Mister Orange », peintre européen qui lui fait entrevoir un monde plein de couleurs brutes et de boogie-woogie. Les sens du héros s’éveillent, sa raison également.

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     Un très beau texte, poétique et empli de symboles, et qui fait constamment appel à l’imagination. Une histoire visuelle et colorée qui joue sur tous les sens (« Pourquoi ne pas donner de nom aux odeurs ? » demande Linus) et surtout très rythmée. Ce roman fait merveilleusement revivre une époque et un lieu très souvent inconnus de nos jeunes lecteurs. 

Lecture vivement conseillée, à réserver aux bons lecteurs. 

La guerre de Catherine, de Julia Billet et Claire Fauvel

Les dévoreurs de livres dArsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

La guerre de Catherine, de Julia Billet et Claire Fauvel

Catherine est une jeune enfant juive. Au début de l’histoire, elle se trouve dans un internat cachant des Juifs. Elle yapprend la photographie et prend de nombreuses photos grâce à un appareil qu’on lui a donné. Mais bientôt, elle va devoir fuir, d’abord dans un couvent, où elle s’attache à une petite fille et rencontre un jeune photographe infirme, puis chez des fermiers, puis enfin, infiltrés chez des résistants. Partout, elle emmènera son appareil photo pour témoigner de cette guerre. Retrouvera-t-elle son photographe dont elle s’est éprise  ? Survivra-t-elle ?

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée qui nous apprend le quotidien de ces nombreux enfants juifs que l’on a essayé de sauver durant la Seconde guerre mondiale. Un livre enrichissant, des dessins délicats et un texte facile à lire.

Bref, un livre à lire !

Johanne, 3ème – 14 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de Mu :

La guerre à travers un objectif

Alors que la Seconde guerre mondiale commence, Rachel, jeune adolescente juive, est confiée par ses parents à la Maison des Enfants de Sèvres, une école très spéciale, novatrice, basée sur une pédagogie ouverte. Rachel y est heureuse, malgré son éloignement de ses proches, et consacre tout son temps libre à la photographie, passion que lui a transmis le mari de la directrice, Pingouin. Mais les déportations de Juifs sont de plus en plus nombreuses. Dans un premier temps, Rachel va devoir changer de nom : elle est désormais Catherine. Mais bientôt, même sous son pseudonyme, elle n’est plus en sécurité. Elle doit fuir, elle et tous les autres enfants juifs, mais séparemment pour leur garantir plus de sécurité. Avant de partir, Goéland, la directrice lui offre le Rolleiflex, l’appareil photo qu’elle emmenait partout avec elle, avec comme consigne de collecter des images en regardant le monde « avec des yeux d’artiste, de citoyenne de la République des Enfants, comme témoignage de cette sombre période ». C’est le début d’un long périple, fait de douleurs et de rencontres.

Une bande dessinée dont chaque vignette se lit comme une photographie, témoignage de la fuite, de  l’engagement d’une jeune adolescente juive, et du réseau de la Résistance. Les situations sont captées avec courage et émotion. Un joli témoignage vu de manière originale, à travers un objectif, d’une période douloureuse de notre Histoire où le but ultime est la liberté, tout autant physique que morale. Même s’il s’agit d’une fiction, l’auteure s’est appuyée sur les souvenirs de sa propre mère, ce qui rend l’histoire encore plus touchante. Le lieu de la situation initiale, la Maison des enfants de Sèvres, est un lieu qui a vraiment existé. Il est très intéressant de découvrir cette école pionnière qui a mis en avant une pédagogie totalement révolutionnaire, tout cela en temps de guerre. Cette bande dessinée est elle-même adaptée du roman La guerre de Catherine de Julia Billet, publié aux éditions L’Ecole des loisirs et qu’il serait très intéressant de lire !

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Le prix de la vengeance

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Tu vas payer, d’Agnès Laroche

Paul a 16 ans, il travaille avec son père à la scierie. On est en octobre 1943. Gilbert, son frère, a été envoyé dans un STO ; un camp de travail en Allemagne, où il décèdera quelques mois plus tard. Depuis Paul n’a qu’un objectif ; faire payer son voisin Dugain qu’il juge responsable de la mort de Gil. En effet, celui-ci invite régulièrement des allemands à diner chez lui, il est de connivence avec l’occupant, leur offre des cadeaux ! Or avant le départ de Gilbert, les deux frères ont eu une altercation avec Dugain. Paul en est persuadé ; Dugain a « vendu » son frère aux allemands. Il payera pour cela.

Pas du tout emballée par ce livre à priori (histoire de vengeance, contexte historique), c’est plus le format qui m’a inciter à le lire que l’histoire.  Et pourtant… quelle bonne surprise ! Ce petit roman se lit avec une facilité déconcertante et malgré sa taille mini, tout y est. De la psychologie de Paul ; le cheminement qui le conduit à vouloir se venger,  d’ailleurs ce livre fonctionne comme un thriller jusqu’au face à face Paul-Dugain. Le contexte historique ; extrêmement bien rendu grâce à des documents d’archive à la fin de chaque chapitre qui racontent, à leur manière, l’époque sous l’occupation (affiches de propagande, ticket de rationnement…).

Le style à la fois simple mais efficace rend cette lecture tout à fait abordable. De plus cette lecture peut s’inscrire dans le programme scolaire, car à la fin du livre des questions sont posées au lecteur pour aller plus loin.

Un livre que je recommande chaudement à tou(te).

 

 

 

Nous sommes ceux du refuge, de Delphine Laurent

Société idéale ?

Nous sommes ceux du refuge par LaurentUne adolescente de 16 ans, Lucie, n’est pas rentrée chez elle après le lycée. Pour son entourage, c’est incompréhensible de la part de cette jeune fille discrète et sans histoire. En fait, elle a été « cueillie » par Pierre, un habitant du « refuge ».

On suit l’histoire sur deux plans : à la surface avec le sympathique et compréhensif inspecteur Muller, et sous la terre (oui, sous la terre), où se trouve le « refuge » où une micro-société s’est créée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le sujet est alléchant : un monde souterrain idéal qui n’adhère pas aux valeurs du monde d’en haut. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, des résistants qui avaient trouvé refuge dans un réseau de galeries souterraines décident de ne pas remonter à la surface. C’est alors que cette micro-société se crée avec ses codes très précis  et deux activités principales : chercher de quoi survivre et essayer d’être heureuse. Dommage que la réflexion sur ce qu’est une société idéale n’est pas approfondie. Le propos est assez manichéen alors que le monde souterrain n’est pas si idéal que ça, en définitive, en particulier vis-à-vis de la place de la femme. Comment cette société censée être idéale a-t-elle pu « créer » un être manipulateur comme Jonas, l’un des personnages de l’histoire ? Il y est fait l’apologie de ‘Absolu, désir d’adolescent alors que le rôle des adultes serait plutôt de rendre possible le compromis. Cette société joue également sur la culpabilisation pour garder Lucie près d’elle. C’est une entrave à sa liberté, non compatible avec la vision d’une société idéale.

Une lecture prometteuse au sujet intéressant… mais finalement en demi-teinte…

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Nummer, de Frédéric Staniland

Drôle de numéro

Toni, jeune allemand, fuit l’Allemagne nazie pour se réfugier en France. Peu après la frontière, il saute du train et se retrouve en Alsace. Mais nous sommes en septembre 1939 et la France est sur le point de déclarer la guerre à l’Allemagne suite à l’invasion de la Pologne par celle-ci. La région est donc en pleine effervescence : il faut évacuer au plus vite. Après, sa rencontre avec un jeune reporter de guerre aussi perdu que lui, Toni et son nouvel ami trouvent malgré tout refuge chez Auguste, une fabricant de sabots qui refuse de quitter sa ferme. Mais ils ne sont pas en sécurité car plusieurs personnes semblent chercher quelqu’un… Des soldats allemands, puis des soldats anglais sont à la recherche d’enfants et forcément, Toni se sent en danger.

Bien des années plus tard, de nos jours, Séraphin, 80 ans, est appelé par les filles d’un de ces amis qui vient de décéder. Ce compagnon de guerre a demandé, parmi ses dernières volontés, à ce que le vieil homme s’occupe de trier et de mettre en vente toute sa collection d’objets datant de la Seconde Guerre Mondiale. Séraphin s’installe donc dans la maison du défunt mais va très vite être confronté à un mystère. A l »intérieur des morceaux de sucre, Gérard, son ami, a écrit quatre mots : Nummer, 136, Verräter et Lumière. A l’aide de ses deux nouveaux amis et voisins, une fillette de 7 ans et un adolescent de 15 ans, Séraphin enquête sur le passé de son ami espérant bien découvrir un trésor.

Un livre qui se dévore tellement l’enquête devient palpitante au fil des pages. Si, au début, on a du mal à faire la connexion entre les deux histoires, des liens se tissent petit à petit. L’intrigue nous permet aussi de découvrir l’histoire compliquée de la région Alsace, tantôt allemande, tantôt française et de ses habitants. On découvre aussi des événements moins connus de cette période comme les Malgré-Nous, ces soldats alsaciens français enrôlés malgré eux dans l’armée allemande, ou le Kindertransport, ces enfants juifs allemands évacués vers le Royaume-Uni. L’auteur a d’ailleurs enrichi le livre de renseignements supplémentaires concernant le contexte historique en fin d’ouvrage. Grâce à cela, les lecteurs peuvent se plonger dans ce roman dès la 4ème.