Survivre dans un monde sans repères

Faits d’hiver, de Cathy Ribeiro

Résultat de recherche d'images pour "faits d'hiver le muscadier"Faits d’hiver est un court roman où l’auteure propose deux histoires en parallèle. Deux histoires différentes où chaque protagoniste vit une existence opposée à l’autre. Et pourtant, il « suffisait de quelques mots, d’un sourire ou d’un geste pour tout changer »

Elie est un vieil homme profondément attristé par la mort de sa femme, Marcelle. Elie n’a pas perdu seulement sa femme, il a perdu bien plus, tout ce que la vie pouvait encore lui apporter, même de simples petits plaisirs. « D’ailleurs, la vie sans Marcelle, ce n’était plus la vie… ». Elie épie un intrus qui lui vole son bois. Armé de son fusil de chasse, l’animal à deux pattes le dépouillant de son bois ne paie rien pour attendre. Elie a tout son temps, plongé dans ses souvenirs en compagnie d’eau de vie, il attend celui qui viendra le déposséder de ses biens.

En parallèle, l’histoire d’une famille du Nord venant s’installer dans ce village pour vivre dans une maison. Non, pas un HLM avec trois pièces de neuf mètres carrés pour six personnes, une vraie maison. Ils ont laissé là haut le beau père violent, le chômage, la drogue, le vol mais ont récupéré au village les regards méfiants, les doigts pointés vers eux, une mère qui pleure sans arrêts. Malgré cette vie misérable et difficile, Tony est débrouillard et courageux. Il tente du mieux qu’il peut de subvenir aux besoins de sa famille.

Cathy Ribeiro, avec une plume  tantôt poétique pour l’histoire d’Elie et tantôt aigre lorsqu’elle laisse parler le jeune homme, livre un roman sombre où elle met en parallèle deux histoires, deux vies opposées. Celle d’un vieil homme seul souffrant de l’absence de sa belle et tendre épouse et celle d’un jeune homme, peu aidé par la vie, préoccupé par la nécessité de nourrir et chauffer sa famille.

Deux parcours  bien distincts, l’un regardant vers l’avenir et qui tente de survivre et l’autre fixant le passé pour apaiser le présent. Et ces deux personnages se croisent sans se voir, « Pour sûr qu’on s’est ratés. De peu, mais on s’est drôlement ratés… ». Alors qu’un simple échange aurait peut-être permis à chacun d’entrevoir une once de lumière, de changer le cours des choses. Elie et Tony ne voyaient tous deux aucun mal à aider son prochain et chacun d’entre eux pouvaient mutuellement s’aider, de la compagnie contre quelques bûches de bois.

Faits d’hiver révèle les comportements humains, les jugements que chacun porte à autrui. Parfois, il suffit d’un pas vers l’autre pour faire voler en éclat les préjugés. Trop de personnes se trouvent dans une situation de défiance face à l’autre, notamment dans les milieux les plus isolés et où le chômage a envenimé les relations entre les citoyens. Cathy Ribeiro révèle une dure et triste réalité sociale régnant sur une partie de l’hexagone.

Un roman saisissant et poignant proche de la réalité qui parle des sentiments face aux situations difficiles à surmonter, des différences, de la pauvreté, du deuil. Bien que les parcours des deux protagonistes soient dissemblables, ils partent d’un même point de départ : comment survivre dans un monde sans repères ?

Un roman que je conseille vivement aux jeunes lecteurs pour prendre conscience que, souvent, les choses ne tiennent qu’à un fil et qu’un simple détail n’est pas anodin. Faire un pas vers autrui peut bouleverser un quotidien lugubre, une vie difficile…

Petit vampire, acte 1. Le serment des pirates, de Joann Sfar

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog.

Petit vampire, acte 1. Le serment des pirates, de Joann Sfar

petitvampire_couv_bdefUne femme et son enfant essaient d’échapper à un méchant monsieur qui veut les tuer pour avoir brisé son coeur. Une fois qu’il les a capturés, l’homme veut les offrir au dieu du Néant. La maman désespérée promet sa vie en échange de celle de son enfant. L’âme d’un mort l’entend et vient les secourir, les ramenant dans son vaisseau fantôme. Le mort rend alors les deux humains éternels. C’est ainsi que naît Petit vampire. Mais, trois cent ans plus tard, Petit vampire se sent seul et s’ennuie, enfermé dans sa grande villa, au milieu de ses camarades morts-vivants et autres monstres. Il décide de s’échapper pour … partir à l’école se faire des amis de son âge… Car avoir 10 ans éternellement n’est pas toujours très drôle.

Des couleurs et des dessins très fidèles à l’univers de l’histoire,  peut-être plus proche du « Petit Prince » dans les personnages tout en longueur que de Donjon  zenith, série à laquelle a participé Sfar dans le scénario mais dessinée par Trondheim. Une histoire dynamique, pleine de suspens, j’adore !

Bruno, 5ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Et l’avis de Mu :

Alors que Pandora et son fils vont être jeté au dieu du Néant par le prince, pare qu’elle lui a brisé le coeur,  ils sont sauvés par l’âme d’un mort qui leur promet la vie éternelle… et la jeunesse éternelle ! Cela n’est pas pour déplaire à sa mère, mais Petit Vampire devra supporter toute sa vie-mort ses dix ans ! Enfermé dans un manoir lugubre et délabré, entouré de gentils monstres, sa seule occupation est le ciné-club. Au bout de 300 ans, il s’ennuie ferme et aimerait tant sortir découvrir le monde et des copains de son âge. Mais que cachent sa mère Pandora et le capitaine des morts devenu son compagnon ? En quoi le monde extérieur peut-il être dangereux pour un mort-vivant ? Bravant les interdits, il va bien vite le découvrir… au détriment de la sécurité de tous… Car le Gibbous rôde et attend…

Voici donc de nouvelles aventures de Petit vampire, dont le CDI possédait déjà deux anciens titres : Petit vampire fait du kung-fu et Petit vampire et la société protectrice des chiens. Dans ce premier tome de la trilogie prévue, on découvre les origines de Petit Vampire, et comment il est devenu ce qu’il est.

Des personnages très attachants, des monstres colorés et bien sympathiques, une bande dessinée à la fois joyeuse et noire dans un imaginaire dense qui ravira les fans de Joann Sfar.

 

C’est parti pour le show !

Showcase, tome 1.  Les trois coups,  de A.C Raveleau

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Au décès de sa maman, Chloé, 13 ans, est contrainte de s’installer à Paris chez sa tante Lise, autoritaire et farfelue. Elle quitte ses amies d’enfance, doit intégrer un nouveau collège, elle n’a pas le moral. Mais sa cousine va être là pour la distraire, lui tenir compagnie pendant les soirées ennuyeuses imposées par Lise. Sa tante qui chante et qui fait la tournée de cabarets minables, décide d’inscrire Chloé à des cours de théâtre proposés par son nouvel établissement. Timide, l’adolescente n’est pas prête à affronter cet univers. Contre toute attente, elle  se fait de nouveaux camarades et commence à s’épanouir. Elle  découvre le milieu des comédies musicales et ça va être la révélation ! Elle explique chaque jour, par sms à ses meilleures amies, la folle aventure qui débute pour elle. Elle craque aussi pour un garçon, Ulysse, qui fait également du théâtre. Tante Lise a-t-elle eu raison de pousser Chloé dans cette voie ?

Une belle histoire qui entraîne le lecteur dans le monde rigoureux du spectacle. Le roman reste réaliste car il fait ressortir l’exigence, les sacrifices qu’impose cet univers particulier. Ce n’est pas que strass et paillettes, mais le dépassement de soi et la persévérance sont les deux moteurs de la réussite. Malgré sa timidité, Chloé est très enthousiaste, spontanée, elle donne de sa personne. Pour elle , l’aventure « Show Case » commence, les portes s’ouvrent mais va-t-elle réussir  ? A.C Raveleau nous livre un beau roman qui va faire rêver nos jeunes lecteurs. Chacun de vous va facilement se mettre à la place de ces adolescents sur les plateaux de tournage, pendant les enregistrements, dans les coulisses. Et qui sait peut-être parmi vous se cache déjà un futur talent !

A noter que ce livre a été écrit en collaboration avec l’AICOM, première école dédiée au théâtre en France, créée en 2004. Une école qui accueille des jeunes à partir de 16 ans sur concours d’entrée.

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Les nombrils, tome 1. Top model, sinon rien, d’après Delaf et Dubuc

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Les nombrils, tome 1. Top model, sinon rien, d’après Delaf et Dubuc, adapté par Camille Gautier et et Marie Caillet

Voici l’histoire de Karine, la « moche », et de Vicky et Jenny, les « bombes ». quand, un jour, Vicky va trouver sur facebook l’annonce pour un casting de pub, elle va tout faire pour le réussir, et pour cela, demandera de l’aide à Karine, et non à Jenny. Pourquoi ? Quelles sont ses véritables raisons ? elle devrait faire attention, car l’histoire pourrait se retourner contre elle !

J’ai trouvé ce livre bien, j’adore la tournure que prend le livre. Le résumé de 4e de couverture m’a donné envie de lire  ce livre et je n’ai pas été déçue par la lecture. J’ai hâte de lire le tome 2, d’autant que la fin du tome 1, inattendue, laisse beaucoup de suspens. Les caractères très différents des personnages et les petites illustrations qui ponctuent le texte rendent cette histoire très vivante.

Chloé, 12 ans – classe de 5ème, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Et l’avis de Mu :

Aucune pitié dans ce trio d’amitié ! Karine pense avoir de la chance d’être amie avec les superbes Vicky et Jenny, mais elle ne se rend pas compte qu’elle est constamment rabaissée et exploitée par ses camarades. Bientôt, elle sera mise dans la confidence du casting que souhaite passer Vicky pour une pub et deviendra le larbin de la « star »… Pourtant, les choses ne vont pas du tout se passer comme prévu !

Un monde où  le superficiel est roi, où le but est juste d’être le centre de l’intérêt, quitte à écraser les autres. Explicable vu le contexte familial de Vicky et Jenny décrit dans ce livre… Mais est-ce pour autant excusable ? Un revers de situation et l’intelligence d’un garçon laissent néanmoins l’espoir d’un monde meilleur… Jusqu’à quand ? Caricatural et cynique. En tout cas, une série qui porte bien son nom !

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La nouvelle ruralité

Le 9ème continent de Dominique Corazza

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Avec le 9ème continent, Dominique Corazza a voulu éveiller le sens critique du lecteur en posant un regard moqueur sur les comportements individuels et collectifs des hommes en milieu rural. Quatre courtes histoires qui dénoncent une nouvelle façon de vivre. Quatre nouvelles qui présentent un visage inquiétant de la transformation des campagnes, de la nouvelle ruralité. En campagne, on s’attend à voir des produits du terroir, des cultures en pleine terre. Et bien, la modernisation touche aussi ce milieu qui regorge de fermes urbaines produisant industriellement toutes variétés de produits, tout au long de l’année. Paola qui part explorer la flore et la faune, va en faire la triste expérience.

Certains ruraux se modernisent et démarrent dans une grande cacophonie leurs engins à moteur, toujours plus performants pour entretenir leur terrain. Plus personne n’entend le bruit mélodieux d’une nature étouffée. C’est une banale journée de printemps où tout le monde s’affaire dans un vacarme assourdissant, ne faisant plus attention aux oiseaux qui chantent, au ruisseau qui « glougloute » . La nature est façonnée, modelée par l’homme qui dégaine fièrement ses joujoux d’acier.

L’image de la campagne pour certains citadins reste étroite avec beaucoup de préjugés. Les gens y sont arriérés vivant en décalé avec le progrès, presque encore au temps du Moyen-Age ! Rayan a de la chance. Sa maman a décidé de l’emmener visiter un village à la campagne pendant deux jours ! Elle a pris une chambre d’hôtel qui se situe sur la place du village. Ils sont en pleine immersion. Alors qu’elle pourrait apprécier ce moment de calme loin des turpitudes de la ville, celle-ci va vite se trouver mal à l’aise avec les valeurs traditionnelles du monde rural. Une population, à ses yeux, d’un autre monde, d’un autre espace-temps alors que son fils va très bien s’y faire. Elle qui ne peut se passer de smartphone, elle au caractère si aigri, snobant les gens de la terre.

Pour achever ces différents tableaux, Dominique Corazza dénonce l’invasion des propriétaires qui achètent à la campagne des résidences secondaires, qui font disparaître un cadre local qui vieillit, qui paraît désuet mais qui pourtant est chargé de souvenirs. Adieu les enfances perdues, les âmes des anciens…

Petit à petit, la campagne se laisse rattraper par la modernisation. Les paysages sont transformés. On peut offrir un nouveau visage à nos campagnes sans pour autant les mutiler ou qu’elles deviennent « les campagnes des villes » aux fonctions résidentielles. Il faut savoir aussi les préserver, les faire vivre sans trop les transformer, apporter juste ce qu’il faut pour éviter l’isolement.

Planète bleue en danger

Koboltz, tome 1- mission Uluru, de Benoit Grelaud

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Quels drôles de bonhommes, ces Koboltz. Pas plus de 8 cm de haut mais une volonté à toute épreuve ! Un petit peuple qui vit sous terre et qui s’est donné pour mission de protéger la planète. Entre leur vie souterraine et leurs missions de sauvetage, les Koblotz ont une vie trépidante. Ils ne mangent pas d’animaux et cultivent leurs fruits et leurs légumes sans produits chimiques et traitent leurs déchets. La surface de la terre est devenue invivable, les hommes n’ont de cesse d’inventer des machines et des produits qui polluent la planète ! Alors, quand les humains décident de créer un nouvel insecticide, c’est la révolution. Les Koboltz partent en guerre pour compromettre cette invention. Ils vont avoir besoin de l’aide de Rakiriko, un ancien Koboltz banni de son peuple depuis quelques années, mais qui sait comment se rendre invisible aux yeux des humains. Rakiriko qui a été rejeté, acceptera-t-il de les guider ? Vont-ils réussir à mettre leur plan d’attaque à exécution sans se faire voir ? Nous allons suivre Elmione, Alvyanne, Tammpo, Klayni et Mananann, de gentils petits défenseurs de la planète dans un périple plein de rebondissements !

Le fil conducteur de ce récit est la protection de l’environnement, sujet sensible qui est plus que d’actualité. Tout le monde doit se sentir concerné et adopter le bon comportement pour sauvegarder la planète. Koboltz nous apprend beaucoup de choses et nous fait réfléchir sur nos actes au quotidien.

Les personnages sont tous très différents, des grands, des gros, un mal-entendant, et ces particularités les rendent très attachants. A travers eux, l’auteur dénonce le mal que fait l’homme à la terre. Le lecteur est transporté dans un conte qui est à la fois un récit d’anticipation et un documentaire sur l’écologie. Un sujet sensible traité avec de l’humour sans leçon de morale. Les illustrations hautes en couleur sont magnifiques et nous donnent envie de partager le monde des Koboltz. Une couverture superbe qui invite au voyage.

Histoire de famille

L’inconnu du jeudi soir, de Roselyne Bertin

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Bastien, 11 ans, est un enfant équilibré, heureux avec ses parents et son petit frère. Il habite un petit village où tout le monde se connaît. Ce jeudi-là, le temps est mauvais. Il pleut. Le soir est paisible jusqu’au moment où un inconnu vient frapper à la porte….

Une famille, trois générations. Les journées s’écoulent entre l’école et les journées de travail des parents. Une famille aimante. Une atmosphère douce et rassurante inonde la maison. L’auteur a su entraîner le lecteur dans les odeurs de l’enfance. D’ailleurs, on a l’impression de se retrouver à la place de Bastien au même âge. Une image idyllique qui va s’effriter ce jeudi soir. L’arrivée de cet inconnu va dévoiler un secret et alimenter les commérages du village. Bastien va être bouleversé, choqué par ce qu’il va apprendre.

Un bon moment de lecture qui met en avant les liens familiaux si importants dans les situations difficiles.

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