Lettre aux bourreaux de ma soeur, de Gwladys Constant

« Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son  présent »

Résultat de recherche d'images pour "lettre aux bourreaux de ma soeur fnac"Rose a le coeur brisé pour toujours. Elle a découvert sa petite soeur, Iris, pendue au lustre de sa chambre, avec le foulard qu’elle lui avait offert pour son anniversaire. La souffrance d’Iris, tout le monde la connaissait : elle s’appelait « harcèlement »… Mais personne ne pensait que ça allait aboutir à ce drame. On pensait qu’elle serait plus forte, qu’elle surmonterait les épreuves :

Malgré les demandes répétées de ma soeur, papa ne voulait pas la changer de collège. Pour lui, elle n’était pas fautive, ce n’était pas à elle de partir, sinon, cela revenait à accepter la loi du plus fort […]

Pour la motiver, je lui parlais du lycée : « Ce sera différent, tu verras, on est plus mûr, on a sa bande et on se fiche des autres ». Je lui parlais d’un truc qui arriverait deux ans plus tard. Mais c’est quoi deux ans, quand on en a treize ? Une éternité ! Le bout du monde ! Ce n’est rien mais c’est insurmontable ! Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son présent !

Mais les harceleurs sont mineurs et ne seront pas inquiétés. Alors Rose décide de venger sa soeur avec les mêmes armes qu’ils ont utilisés : les mots.

Ce texte d’une cinquantaine de courtes pages prend le parti de faire parler non plus les bourreaux ou la victime, mais un proche. Comment peut-on continuer à vivre lorsque l’on est le parent, le frère ou la soeur d’une victime qui s’est suicidée après avoir été harcelée. Comment vivre avec la culpabilité de ne pas avoir su voir, de ne pas avoir su comprendre, de ne pas avoir su agir à temps. Ici, en l’occurence, la soeur aînée. Le récit alterne ses paroles dites lors de ses séances chez un psychanalyste et des passages de la lettre qu’elle a  écrite et envoyée aux bourreaux de sa soeur (dont la typographie choisie par l’éditeur, risque, hélas, d’être difficilement lisible par une partie des adolescents qui auront ce livre en main…)

Un texte intéressant, réaliste, dur, sur un sujet difficile et qui ne mâche pas ses mots. A la fin, petite interview de l’auteur, enseignante, qui explique sa démarche quant à l’écriture de ce livre.

 

Moi, Zénobie Abernathy – de Z à A ma vie à l’envers- de Justine Jotham

Un grain de folie

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Zénobie a 11 ans et va rentrer en 6ème. Jusque-là, rien de spécial, me direz-vous. Excepté pour la jeune adolescente. Ses parents, divorcés, la surprotègent. Sa maman a du mal à la voir grandir, lui choisit encore ses vêtements … pour le peu très originaux. Zénobie a une intelligence extraordinaire et porte un prénom hors du commun. Elle a du mal à trouver sa place, ses facilités intellectuelles la desservent. Ses camarades de classe la traitent «d’intello», d’Einstein, de « je sais tout » et j’en passe. Bref, rien de très réjouissant, Zénobie souhaite être comme les autres. Mais comment se faire accepter quand on a trop de capacités ? Pour ne plus être chahutée et ne plus être considérée comme l’intello de la classe, elle décide alors de devenir une cancre.

Moi, Zénobie Abernathy est une histoire décalée, pleine de fantaisie, comme son héroïne. Etre brillant, intelligent, est-ce un obstacle à la bonne intégration ? Il faut croire que c’est le cas pour Zénobie qui souffre de cette forme de rejet. Je ne peux pas dire que ce soit une généralité mais il est vrai que parfois les élèves intelligents sont quelque peu pris à partie et laissés de côté car qualifiés de trop «intello». On a trop souvent tendance, à tord d’ailleurs, à les voir comme des personnes qui se nourrissent de culture du matin jusqu’au soir, sans loisirs ni amis et peuvent être alors mal-aimés et pris pour des ringards. Mais on peut avoir de grandes capacités intellectuelles et pour autant se taper des délires et avoir des potes ! Tout est question de personnalité ! Il ne faut pas juger trop vite une personne qu’on ne connaît pas, quelle que soit sa personnalité. Il faut dépasser ces préjugés. Et se cultiver ne doit pas être considéré comme une honte. Il est fréquent de constater qu’un élève qui fait les pires bêtises, qui est repris sans cesse, est plus populaire qu’un autre qui est plus sage. Au fond, je doute qu’on ait une meilleure image de lui car ce comportement va finir par agacer.

Un roman raconté à la première personne qui permet de réfléchir sur ce qu’est la « normalité » et l’intérêt (ou non !) d’y adhérer.

Mémoires d’une jeune guenon dérangée-Tome 1- le journal intime de Cléopâtre Wellington- de Maureen Wingrove

Moi, Cléopâtre Wellington…

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Maureen Wingrove est connue sous le pseudonyme de Diglee. Connue comme une illustratrice engagée, la voilà qui passe du côté de l’écriture avec ce roman jeunesse à la couverture très évocatrice et un titre pour le moins étrange. L’héroïne est une adolescente de 13 ans, dont le physique n’est pas très engageant. Elle est couverte de poils, un vrai singe, ce qui suscite de nombreuses moqueries émanant en particulier du plus beau gosse du collège, Clément. Elle est complexée par son apparence et a peur du regard des autres. Ses parents divorcés l’ont affublée d’un prénom qu’elle a du mal à assumer : Cléopâtre. Elle qui est loin de ressembler à une déesse, commence à se poser de nombreuses questions sur son corps, la place de la femme dans la société. La jeune ado tient donc un journal intime qui nous fera découvrir sa vie, ses meilleures amies, ce qu’elle pense des garçons, de sa vie de famille. Cléopâtre est une ado complètement «perchée», décalée au vocabulaire bourru, une héroïne complexe.

Je destinerai ce roman à un public averti, fin de collège, début lycée. Le vocabulaire un peu trop familier parfois alourdit le texte. L’auteur met l’accent sur la période de l’adolescence qui peut être difficile et pleine de doutes. Cléopâtre, c’est un peu elle au même âge. En effet, Maureen Wingrove s’est inspirée de ses propres journaux intimes pour être au plus près du quotidien des adolescents.

Mauve, de Marie Desplechin

Après Verte et Pome, découvrez le troisième volet de cette série, où l’on vit le quotidien de sorcières, qui tentent de passer inaperçues dans un monde humain.

Dans la famille de Verte, on est sorcières de mère en fille !

Ray, le grand-père de Verte est inquiet : Verte, tout comme sa copine Pome, ne semblent pas dans leur état normal depuis quelques temps… Elles claquent les portes, s’enferment dans leur chambre, sont agressives ! Et au collège ! N’en parlons même pas ! Elles sont accusées de semer la zizanie autour d’elles … Serait-ce une crise d’adolescence ? Est-ce si simple, cela ne leur ressemble tellement pas… Tout le monde est inquiet et Anastabote, sa grand-mère sorcière, bien plus encore que ces hommes qui ne connaissent rien de leur monde et de leurs secrets les plus noirs… Car de nouveaux venus sont arrivés dans le quartier, dans la résidence même de Verte et de Pome… et la fille, Mauve, est inscrite au collège ! Harcelée, Pome n’arrive pas à se défendre et c’est elle l’accusée… Comment fait Mauve ? Est-elle capable de manipuler l’esprit de ses camarades ?

Et quand le Mal débarquait, c’était d’abord à nous qu’il s’en prenait. Nous étions les premières à payer la note. Nous, les sorcières.

Et elles vont devoir s’unir, dans le plus des secrets pour essayer de contrer les forces maléfiques … et ce ne sera pas une mince affaire !

A travers un roman fantastique pour la jeunesse, mettant en scène des sorcières, l’auteur arrive à distiller quelques thèmes universels comme la tolérance et le droit à la différence, le pouvoir des foules et le danger de la manipulation, le harcèlement scolaire, mais aussi l’amour et l’amitié, la famille recomposée ou monoparentale. Bref, c’est plus riche qu’on ne pourrait le penser au premier abord, et les personnages, attachants et très variés ne gâchent pas le plaisir !

La construction est la même que pour les précédents tomes : chaque personnage prend la parole le temps d’un chapitre pour raconter les événements de son point de vue. La fin d’un récit devient le début de l’autre avec quelques pages de transition bien ficelée. A prendre en compte pour la lecture des plus jeunes qui peuvent être déboussolés par cette construction s’ils ne la comprennent pas au départ.

Un immense merci aux éditions de l’Ecole des Loisirs, qui a accepté, très spontanément et amicalement de compléter notre trilogie avec ce dernier tome de la série, tant attendu par une petite fan, lectrice de 6ème !

Simon Thorn et le sceptre du roi animal – tome 1, d’Aimée Carter

 

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Titre du livre  Simon Thorn – tome 1 Et le sceptre du roi animal

Auteur : Aimée CARTER

Pages : 330 pages

A partir de 10-11 ans

L’HISTOIRE :

 Simon Thorn a 12 ans et fait sa nouvelle rentrée scolaire. Il va subir les harcèlements du caïd du collège. Car Simon a une particularité, il a le pouvoir de parler et de comprendre les animaux. Bryan, le caïd l’a surpris un jour et depuis le traite de fou, et s’en sert comme souffre-douleur. Simon est un jeune garçon qui souffre de l’absence de sa mère. Il vit avec son oncle , Simon apprend qui il est : un Animalgame, un être capable de se transformer en animal. Alors que sa mère réapparaît après une longue absence, Simon pense que tout va s’arranger. Jusqu’à ce que tous les rats de la ville se décident à les pourchasser ! Très vite, sa mère sera enlevée et Simon fera tout pour la sauver, quitte à se mettre lui-même en grand danger. Il ignore qu’il est l’héritier du roi des aigles et de la reine des loups, deux peuples en conflit.  Simon va devoir savoir sur qui il peut compter !


MON AVIS SUR LE LIVRE

La couverture que j’ai trouvé parfaitement illustrée retrace bien l’ambiance du livre dont la lecture se révèle facile et agréable. Ce livre est rempli  d’aventures, d’amitiés naissantes et de suspens. On va de surprise en découverte, de rebondissements en retournements de situation. Simon est un personnage très attachant.  La fin est très surprenante et donne vraiment envie de lire la suite ! 

Axel – 4ème, 13 ans – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène 

Wonder, de R.J Palacio

Une belle dose de bonheur…

Wonder,  de R.J Palacio

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Jaimerais bien que ce soit tous les jours Halloween. On porterait tous des masques. Comme ça, on pourrait prendre le temps d’apprendre à se connaître avant de dévoiler nos visages.

En effet, ce serait bien d’arrêter de juger sur les apparences. Apprendre à se connaître, à se faire une opinion sur quelqu’un en le côtoyant et non sur une image qu’il peut renvoyer. On existe à travers le regard de l’autre mais parfois ce même regard tue. August Pullman est un petit garçon de 10 ans, que la vie n’a pas épargné, je devrais dire que la naissance n’a pas épargné. Il est né avec une malformation faciale qui a nécessité de nombreuses opérations pour rendre à son visage une apparence plus humaine. Il n’a jamais été scolarisé et cette année il franchit le pas, il entre en 6ème. Un grand débat au sein de la famille : faut-il qu’August aille à l’école ? Que va-t-il se passer quand les autres élèves vont le voir ? Des moqueries, de la compassion ? August a peur, il appréhende. Comment va-t-il affronter les réactions qu’auront adultes et adolescents en voyant son visage ?

Je suis tombée sous le charme d’August, oui, sous son charme. C’est un petit garçon doux, très attachant, courageux, conscient de son handicap. Il est regardé comme un monstre et au sein du collège, les avis à son sujet sont très partagés. Il a des amis sincères et des ennemis qui n’hésitent pas à le harceler. Mais August ne se démonte pas. Il aime assister aux cours et adore  les matières scientifiques. Il fait preuve de beaucoup d’humour. Il comprend les réactions qu’il suscite mais s’arme sans cesse de courage pour les affronter.

L’auteur met en avant les difficultés de la famille à assumer un enfant différent, les craintes des parents qui ont tendance à le surprotéger alors que lui ne demande qu’à exister parmi les autres. Beaucoup d’amour entoure August. La famille fait bloc mais malgré tout, sa sœur a honte de lui. Elle entre au lycée et essaie de le tenir éloigné pour ne pas entacher son image aux yeux de ses amis. Et pourtant elle l’aime tellement ! Le jeune garçon va nous livrer une description de son visage qui glace. Paradoxalement, je n’ai pas pu imaginer à quoi il pouvait ressembler. C’est bizarre, mais je pense qu’il transmet une image de lui tellement belle, il est tellement touchant que son visage ne peut pas être hideux. L’être humain est égoïste et méprisant. Cette méchanceté cause plus de dégâts que le handicap lui-même. La solidarité et l’amitié facilite l’acceptation de soi. Wonder est un roman très émouvant mais qui ne se veut pas larmoyant. L’auteur n’a pas hésité à décrire toute la violence dont est victime August, tant dans les gestes que dans les paroles. Elle va droit au but et met le lecteur tour à tour dans la peau d’August, de ses parents, de ses amis, de ses ennemis. Wonder nous remue, nous chamboule. A noter que R.J Palacio a écrit ce roman après une mésaventure qui lui est arrivée alors qu’elle achetait des glaces à ses deux garçons. Ils ont croisé une petite fille qui souffrait de malformation faciale. Ses fils ont eu peur, ils ont pleuré. R.J Palacio est alors partie, emmenant précipitamment ses enfants. Elle s’en est voulue. Elle n’aurait pas dû réagir ainsi, elle n’a pas donné le bon exemple à ses enfants. Elle a alors décidé d’écrire Wonder , une sorte de mea culpa.

WONDER, c’est des larmes, des sourires, de merveilleuses émotions.

Cette histoire a été adaptée au cinéma. Sortie prévue le 20 décembre. Découvrez également le tome 2 au CDI Auggie et moi.

Ma place dans le puzzle, de Didier JEAN & ZAD

Moi Benjamin, quatrième B !

Benjamin, 13 ans,  a une petite vie bien tranquille de collégien, entre sa bande de copains, son cours de hip-hop, ses amours naissantes . Il a toujours vécu seul en appartement avec sa mère, artiste, et voit régulièrement son père qui, même s’il est parti à sa naissance et s’en occupe assez peu, l’a reconnu, et garde des liens sains et sereins avec eux. Pourtant, ce quotidien bien réglé (et c’est vraiment le cas de le dire car la mère de Benjamin a dressé une série de règles numérotées sur les bonnes manières à appliquer au quotidien) va être totalement chamboulé lorsque celle-ci va tomber amoureuse d’un ingénieur veuf, père de deux adolescents… Comment ne pas être jaloux de devoir partager sa mère, comment construire le puzzle familiale d’une nouvelle vie… Déménagement, changement de collège, changement de copains, des demi-frère et soeur, rien ne sera vraiment facile…

« Mes années collège », est une collection des éditions Nathan, qui « invite des écrivains à donner, à la première personne, la parole et une voix intime à des personnages de collégiens ». Ici, ce roman sur la famille recomposée, sur la difficulté de reconstruire un quotidien au milieu d’étrangers sonne vraiment juste. Un récit de vie qui se lit d’une traite, un peu à la manière d’un roman policier, aux multiples rebondissements, et où l’on veut forcément savoir le dénouement. Les personnages sonnent juste et les thèmes abordés parleront forcément aux adolescents.