Peuple du ciel, de J .M.G Le Clezio et Georges Lemoine

Voyage intérieur

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Peuple du ciel est l’histoire de Petite Croix, une fillette qui grimpe tous les matins au sommet de la colline. Elle s’assoit par terre et laisse s’écouler les heures au rythme de la course du soleil. Une question lui revient sans cesse depuis de nombreuses années : qu’est-ce que le bleu ?
On ne sait rien d’elle. Seules les illustrations nous apprennent qu’elle est indienne et au bout de quelques lignes on devine quelque chose de spécial. Je laisse le lecteur découvrir la particularité de cette fillette, je ne veux pas en dévoiler d’avantage au risque de casser le charme du récit.
Petite Croix a l’habitude d’aller au bout du village quand le soleil tape très fort. Elle reste là sans bouger pour faire un angle bien droit avec la terre, d’où l’origine de son surnom. Elle rentre alors en communion avec la nature. Elle rêve de s’évader dans ce bleu à la rencontre du peuple du ciel. Elle aime quand elle est seule avec le silence. Un silence que l’on perçoit, qui est tellement riche de rencontres pour qui sait l’entendre. Tour à tour, la lumière, le vent, les nuages, le soleil, les insectes vont faire découvrir à Petite Croix la beauté du monde. Elle va décrire les odeurs, les sons, les émotions qu’elle ressent au contact de ces éléments. On partage avec elle toutes les sensations que procurent ces doux instants de plénitude. Une envie de liberté, d’amour de la nature. La magie opère sous la plume de Le Clezio.
Je vous invite à faire comme Petite Croix. Vous vous asseyez sur le haut d’une colline, d’un rocher. Vous fermez les yeux et vous vous laissez porter. Votre regard n’est plus votre guide, vos sens sont en éveil et vous vous laissez porter par vos émotions. Tout n’est alors que paix et sérénité. Vos yeux ne sont plus le miroir de ce qui vous entoure.
Comme Petite Croix, on veut que ces moments magiques ne finissent pas mais la dure réalité va briser ce calme.
On  comprend que tout peut basculer quand un soldat vient à la rencontre de Petite Croix. Celle-ci est toujours assise en équerre, son visage, cuivré à force de faire face au soleil, se tourne vers lui. Elle lui demande de lui raconter ce qu’il voit. Mais il ne sait pas expliquer, son esprit est ailleurs, son esprit est lié à la guerre, aux combats que se livrent les hommes au-dessus des villages.
Les avions tournent lentement dans le ciel, si haut qu’on les entend à peine, mais ils cherchent leur proie. Le feu et la mort sont partout, autour du promontoire, la mer elle-même brûle comme un lac de poix. Les grandes villes sont embrasées par la lumière intense qui jaillit du fond du ciel.
S’en suit l’apparition du dieu Saquasohuh qui annonce rien de bon, un mauvais présage puisque lorsqu’il apparaît sur terre, il annonce une danse de la mort. La fillette redoute un malheureux événement.
Le vent tourne sur lui-même de toutes ses forces et ce n’est plus une danse , c’est comme la course d’un cheval fou….
C’est le chaos, une nature meurtrie, un séisme dans le cœur de Petite Croix.
Cette nouvelle met en avant deux aspects. D’un côté il y a les peuples indiens qui habitent sur les plateaux du Nouveau Mexique. Des peuples pauvres coupés de la civilisation, dont le quotidien est lié à des croyances comme ici le dieu qui apparaît en fin de récit pour annoncer un drame. Un géant mythique. Il y a aussi le sage, le vieux Bahti qui a expliqué le monde à la petite fille dès son plus jeune âge. C’est un conteur. La fillette garde une attitude immobile, figée, patiente tournée vers le ciel.
De l’autre côté, ce soldat américain qui vit dans une réalité bien sombre, celle des combats et de la guerre de Corée. Ici l’annonce du drame ce sont ces avions qui rodent , chargés de bombes. Des géants d’acier bien réels. L’attitude de la fillette est alors désordonnée, en proie à la panique. Elle passe d’un monde à un autre.
J’ai aimé Peuple du ciel pour la sérénité qu’il procure et pour cette fillette attachante dans sa quête du bleu. Il ne faut pas chercher de l’action, il n’y en a pas. J’aime cette écriture qui sait transmettre l’émotion, qui décrit avec beaucoup de sensibilité le monde et la nature. Je conseille cette nouvelle à des lecteurs sensibles à ce qui les entoure. Je ne peux pas dire que ce récit soit difficile à comprendre mais il faut faire preuve de réflexion pour l’aborder.

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Verdun 1916 : un tirailleur en enfer, de Yves Pinguilly

Mémoire de Sénégalais…

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Tierno, un jeune Africain originaire de Guinée. Il va partir pour Dakar intégrer l’école des Blancs. Il est enthousiaste à cette idée. Il quitte sa famille, il fait ses adieux à ses amis et à ses proches. Il se rend à la gare et après une halte chez un oncle, le voilà parti… Mais arrivé à destination, il se rend compte qu’il n’intégrera jamais l’école des blancs, il va être embarqué de force à bord d’un grand bateau pour la ville du Havre en France comme tirailleur. on est en 1916, c’est la première guerre mondiale. Tierno va faire la connaissance d’Aboubakar avec qui il va vite sympathiser. Ensemble, ils vont suivre une formation de cinq mois. Eux qui n’ont jamais tenu un fusil vont être jetés en pâture dans une guerre qui ne les concerne pas, dont ils ne savent rien. Ils vont faire l’expérience de la rigueur militaire, ils sont arrachés à leurs racines et devront saluer le drapeau d’un autre pays. En février 1916, ils seront à Verdun où ils vont côtoyer la mort, la peur. C’est l’enfer. Il y a la perte des camarades mais aussi la mort des hommes qu’il faudra tuer pour survivre. Habitués à la chaleur équatoriale, ils vont connaître la dureté d’un climat de l’Est de la France trop froid pour eux.

Le lecteur vit la guerre de l’intérieur à travers des personnages qui sont dignes, qui se battent. On a vraiment l’impression d’être dans les tranchées aux cotés des soldats. C’est un autre aspect de la guerre de Verdun qui est relaté, du côté des tirailleurs sénégalais qui se battent avec acharnement face à un ennemi mieux équipé. Ces mêmes Sénégalais méprisés par les Blancs.

L’horreur de la guerre est la même que vous soyez blancs ou noirs. Tous ces soldats souffrent, jouent leur vie, se sacrifient. Yves Pinguilly rend ici un vibrant hommage à tous ces tirailleurs sénégalais morts pour la France.

L’horizon bleu, de Dorothée Piatek et Yoann Hamonic

La mort au bout du fusil…

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Elisabeth est mariée à Pierre, 20 ans, instituteur dans son village à Haubourdin, dans le Nord. Ils s’aiment et sont heureux. Pierre a promis à sa femme de l’emmener voir la mer, depuis le temps qu’elle en rêvait… Ce bonheur va être de courte durée. Nous sommes en juin 1914 ….L’Allemagne menace la France, l’angoisse monte. La population s’attend à tout moment à une déclaration de guerre. Un ordre de mobilisation générale est annoncé, les hommes de 18 à 48 ans sont réquisitionnés. Pierre doit partir, lui qui n’a jamais tenu une arme va devoir se battre.Nous sommes le 3 Août 1914. Pierre sera loin des siens, de ses élèves durant 4 années terribles. Jamais les époux n’ont cessé de s’écrire, de s’aimer. Leurs échanges de correspondance témoignent de l’atrocité des combats que supportent très mal Pierre.

L’auteur alterne le récit et les lettres des époux. Elisabeth nous raconte la période avant guerre et le départ déchirant de son mari. Puis les combats commencent …Le lecteur va basculer dans l’atrocité des batailles, partageant le ressenti, la crainte, l’effroi des soldats. Pierre est inquiet, souffre d’être séparé d’Elisabeth, il a peur de mourir et petit à petit on sent que la guerre le dépasse, il perd espoir de rentrer. La guerre le change, il écrit à sa femme qu’il n’est plus le même, il a l’impression de sombrer dans la folie et s’en excuse.

Trois ans et demi que j’ai quitté la maison. Trois ans et demi plongé dans un abîme de douleur, trois ans et demi sans la douceur de ta peau. Je ne suis plus un homme. Je crains que la folie ne se soit emparée de moi. L’espoir m’a quitté, il ne me reste plus que la résignation d’une vie gâchée. Je ne rentrerai pas, Élisabeth, cette guerre c’est pour la vie.

Si Dieu me permet un jour de regagner ma maison, sache que mon corps sera de retour, mais que Pierre, l’homme que tu as connu, demeurera au front pour toujours.

Il y a d’un côté les combats, les hommes qui ont dû laisser femmes et enfants pour s’empêtrer dans une guerre qui n’est pas la leur et de l’autre les familles abandonnées qui doivent s’organiser. Les femmes vont alors jouer un rôle important car elles vont devoir se débrouiller et s’occuper de toutes les tâches qui jusque-là incombaient aux hommes.

Ce récit marque parfaitement la progression de l’état d’âme de Pierre. Au début, il ne sait pas ce qui l’attend et pense revenir très vite. Au fil des pages, on se rend compte de sa désillusion, de sa crainte d’être tué . En parallèle, Elisabeth ne sait plus comment le soutenir et sent elle aussi que son mari lui échappe. Il est résigné. Ils s’accrochent tous les deux à leur amour sans faille à travers leurs écrits, ce qui les rend attachants, émouvants. Ils ne font pas la même guerre, lui se bat contre l’ennemi, elle, se bat pour survivre au quotidien, elle remplace même son mari pour que l’école ne meurt pas et que les enfants aient un semblant de vie « normale ».

L’entraide est importante aussi, chacun doit soutenir l’autre, autant sur le front que dans les villages.

Les illustrations sont magnifiques, sombres traduisant parfaitement l’état d’esprit des tranchées et de la difficulté des familles.

Les soldats sont envoyés à Verdun, guerre qui fut très sanglante.

Native de Lorraine, je suis tentée de faire un petit point d’histoire. Verdun se trouve dans le département de la Meuse et non loin de là se trouvent les Vosges. A l’époque relatée dans cet album, l’Alsace et une partie de la Lorraine avaient été conquises par les Allemands et se sont retrouvées derrière une frontière qu’on a appelé la ligne bleue des Vosges. Dans ce récit, l’uniforme des soldats étaient bleu gris. Le titre l’horizon bleu peut-il faire référence à ces deux faits ? Ou est-ce tout simplement tous ces soldats avec leurs uniformes bleus qui avancent dans un dédale d’horreur ?

Un très bel album, émouvant et sensible.

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Les 7 de Babylone, tome 1. La mémoires des Anciens, de Taï-Marc Le Thanh

Une Histoire envahissante !

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Jasper, 13 ans, habite à Paris avec ses parents et sa petite sœur Lili. Ce jeune adolescent a une passion un peu curieuse: il adore escalader les toits de la capitale, la nuit. Il a la sensation d’être libre, que le monde lui appartient. Mais un soir, il est témoin d’une scène troublante. Il aperçoit un homme aux cheveux gris s’élancer par les toits, poursuivis par deux hommes armés. L’individu essaie de les semer mais il est déjà condamné. Jasper qui veut l’aider, se met à suivre les assaillants. Une infernale course-poursuite commence. Le vieil homme revient dans la direction de Jasper. Suspendu à une gouttière, les jambes dans le vide, il lui tend une fiole. Jasper n’a pas le temps de le questionner , l’inconnu tombe. Mais au lieu de s’écraser sur le sol, l’homme se désagrège….Jasper reste figé, ahuri. Il ne sait pas encore que cette rencontre va chambouler sa vie. Qui est ce vieil homme ? Pourquoi cette fiole ? Du jour au lendemain, Jasper va être embarqué dans une aventure assez folle qui va le dépasser. Il va se retrouver dans un monde dont il ne pouvait soupçonner l’existence.

Les 7 de Babylone est un récit imaginaire dans lequel de grands personnages historiques mènent une mission secrète en plein Paris. Ils doivent éviter qu’un malheur ne s’abatte sur Terre. Leurs ennemis, menés par Léonard de Vinci, veulent réunir des fragments des sept merveilles du monde qui leur procureraient un pouvoir destructeur. Deux clans de personnages illustres venus de l’au-delà, s’opposent alors. Ce qui est très original et très intéressant est que toutes ces personnalités deviennent des héros des temps modernes. On découvre Mozart, Jeanne d’Arc, les frères Grimm, Cléopâtre, Adolphe Hitler et j’en passe, dans des situations peu communes et à des lustres de ce qu’on connaît déjà d’eux. Par exemple, Léonard de Vinci devient un chef de bande prêt à détruire tous les monuments de Paris et Victor Hugo qui excelle dans le tir est un adepte des arts martiaux russes. Les 7 de Babylone sont les sept personnages historiques issus de siècles différents qui vont entraîner Jasper dans des épreuves plus dangereuses les unes que les autres. Ce récit nous mène au cœur des sept merveilles du monde toujours intrigantes et mystérieuses. L’histoire est rythmée, pleine de suspense et tient en haleine le lecteur jusqu’au final. Jasper devient un héros malgré lui. Un héros plein de courage qui prend conscience de la gravité de la situation et de l’importance de la mission qui lui est confiée. Un peu déboussolé au début -et on le comprend-, le jeune adolescent prend de l’assurance et fait preuve d’une grande maîtrise dans les situations les plus critiques. Comment réagirions-nous si des personnages du passé nous faisaient face du jour au lendemain ? Ce livre est un vrai régal !

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Mon père couleur de nuit, de Carl Friedman

Fantôme de la vie…

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Cet ouvrage prenant  est plein d’émotions. Je dirai même que plus qu’un roman, c’est comme un recueil de nouvelles car en fait, chaque chapitre pourrait se lire indépendamment du suivant. Le lecteur peut naviguer de l’un à l’autre sans ordre établi car aucune partie est numérotée. Le génocide est le point central de Mon père couleur de nuit. La narratrice, Hannah, une fillette de 10 ans écoute les récits de son père, Joshel, survivant des camps. Sans cesse, le passé lui revient et on se rend compte qu’il ne fait plus la différence entre le présent et son vécu. Certains évènements du quotidien mêmes les plus anodins, le renvoient à son internement dans les camps. Joshel impose ses souvenirs à ses enfants à chaque instant. C’est un homme marqué à jamais, détruit physiquement et moralement. Même quand il raconte des histoires à ses enfants, comme le petit chaperon rouge, il ajoute des détails sordides de sa vie dans les camps…

Le lecteur va ainsi découvrir toute l’horreur de l’enfermement dans les camps, cet univers inhumain. Il n’est pas ménagé. On reçoit toute cette barbarie à travers le regard d’une enfant de 10 ans, porte-parole d’un père survivant. En fait, dans ce récit, les enfants portent le fardeau du père. Max, le frère aîné, se révolte car il aurait souhaité un père « comme les autres », qui joue au foot avec lui et qui arrête de parler du passé. Il ne comprend pas ce besoin de toujours rabâcher  :

« et le camps par- ci et le camp- par là, toujours le camp. Il fallait y rester merde ! »

On surprend les enfants à « imiter » leur père pendant son enfermement. Ainsi Max fait l’expérience des pieds gelés en les mettant dans le frigo et Hannah ira enterrer ses jouets dans le jardin du voisin.

On ne peut pas en vouloir à ce père. Comment peut-on sortir indemne de tant de barbarie ? Comment peut-on vivre après ?

Un récit dur et touchant

14-14, de Silène Edgar et Paul Beorn

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

14-14, de Silène Edgar et Paul Beorn

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Hadrien et Adrien ont 13 ans et sont meilleurs amis. Ils s’écrivent souvent par lettres surtout quand ils ont des problèmes. Dans les lettres d’Adrien, Hadrien ne comprend pas toujours les mots de son ami. Un jour, Adrien décide de rendre visite à son ami mais il se rend compte qu’il y a des choses louches : la ville d’Hadrien n’existe pas, les timbres semblent dater d’une autre époque … Mais c’est normal ! Ils ne vivent pas à la même époque ! Hadrien vit en 1914 alors que Adrien, lui, vit un siècle plus tard, en 2014 !!! Malgré les années qui les séparent, ils s’écrivent et s’envoient des lettres grâce à une boîte aux lettres magique. Mais une chose est sur le point de les séparer, La Guerre. Adrien décide alors de prévenir Hadrien pour ne pas le laisser en danger…

Avis : Un roman qui se lit vite, qu’on comprend facilement et quand on le commence, on a du mal à en sortir ! En effet, l’action et les nombreux rebondissements tiennent en haleine le lecteur. Malgré le contexte de la guerre qui n’est pas si central, on a plaisir à suivre les personnages et c’est malgré tout une histoire qui n’est pas si triste. et on peut voir la différence entre chacune des époques évoquées, le mode de vie.

Alicia, 4ème – 13 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et la chronique de mumu58

Un siècle chargé d’histoire

Deux siècles qui s’opposent, deux vies qui se croisent à cent ans d’intervalle : Adrien, jeune écolier en 2014 et Hadrien, un enfant paysan en 1914, qui va connaître les horreurs d’une guerre imminente. Une boîte aux lettres, surgie de nulle part, va être le témoin d’une correspondance étroite entre les deux jeunes.

Dans un premier temps, Adrien et Hadrien s’échangent leurs bons vœux pensant s’adresser à un cousin éloigné. Mais petit à petit, ils prennent conscience que chacun fait un voyage dans le temps. Mais peu importe, ils vont tisser des liens d’amitié malgré qu’ils ne fassent pas partie du même monde, de la même époque. Et pourtant, ils ne sont éloignés que de vingt kilomètres…..L’aventure commence, déstabilisante et inimaginable.

Hadrien, fils de paysan, rêve de continuer ses études mais son père s’y oppose car il a besoin de lui à la ferme. La misère, la maladie partagent son quotidien.

 Dans la bassine d’eau très froide, le garçon fait une toilette de chat avec un peu de savon noir. Il a entendu dire que dans les maisons des riches de la ville, l’eau arrivait toute seule dans les tuyaux, c’est peut-être le cas chez Adrien ? En tout cas, ici, à Corbeny, il faut la tirer du puits.

Adrien vit dans le confort, déteste l’école. Mais pourtant ils ont tous les deux les mêmes interrogations et progressivement l’un deviendra le soutien de l’autre. Les lettres leur apportent réconfort et conseils. Les deux adolescents se comprennent. Ils ont des relations tendues avec leurs parents et ont les mêmes préoccupations. Tout va s’accélérer quand Adrien et Hadrien vont déceler des choses bizarres dans leurs courriers. Notamment l’aspect du timbre sur les enveloppes, le fait qu’ils n’emploient pas le même vocabulaire, le même style d’écriture ou tout simplement qu’Hadrien ne connaisse pas le téléphone, internet ou qu’il n’ait jamais entendu parler de la sécurité sociale. Adrien prend conscience alors qu’il a un siècle d’avance et qu’il peut prévenir son ami que la guerre va bientôt faire rage. Il se documente et s’aperçoit que le village de celui-ci a été la cible de combats atroces. Une course contre la montre va commencer pour sauver Hadrien et les siens.

La tête lui tourne , il s’adosse au mur de la maison. Il ne comprend toujours pas comment il a pu écrire à un garçon qui vit cent ans dans le passé. Il n’a pas d’explication pour cela. Mais maintenant, il a une certitude : Hadrien est en danger de mort.

14-14 est un roman poignant, plein de magie et d’originalité. Ce n’est pas une histoire sur la guerre mais sur la vie d’avant guerre. Le titre est en cela un peu trompeur. La guerre reste en toile de fond.

14-14 explique de belle manière comment était le quotidien d’une famille au siècle dernier, aux portes de la première guerre mondiale et nous dépeint la société actuelle. D’un côté, des conditions de vie difficiles où tout le monde était lié à la terre, où il était hors de question de laisser les fils faire des études. Ils étaient plus utiles pour travailler dans les fermes. D’un autre côté, un adolescent en manque de repères, peu motivé par les études, des parents divorcés. Les inquiétudes sont les mêmes : l’amitié, l’amour, la famille, l’école… Un parallèle futur-passé bien mené, à travers le regard d’adolescents, qui tient le lecteur jusqu’à la fin. Le thème de l’éducation est très présent. On perçoit qu’en 1914 la réussite scolaire est une réelle chance de s’en sortir, de devenir quelqu’un. Le maître est une personne écoutée et respectée. De nos jours, certains écoliers ne prennent pas toujours conscience de l’importance d’étudier qu’ils considèrent plutôt comme une corvée …

La première guerre mondiale est présentée comme un événement lointain pour Adrien alors que pour Hadrien elle est proche. Des reproductions de documents ou de photos d’époque viennent merveilleusement illustrer un texte clair et précis. Deux jeunes gens attachants : Hadrien, dans sa lutte pour accéder à une classe sociale meilleure et qui pour y arriver , doit combattre l’ autorité d’un père hermétique. Et Adrien qui manque de confiance en lui entre un père absent suite au divorce et une mère protectrice. Une belle histoire d’amitié à travers le temps qui ne peut laisser le lecteur indifférent et qui peut servir de support pour une étude de l’histoire dans les établissements scolaires.

 

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Enfance meurtrie

Sur la tête de la chèvre, de Aranka Siegal

Résultat de recherche d'images pour "sur la tête de la chèvre"Tous les étés, Piri, 9 ans, passe ses vacances chez sa grand-mère Babi, dans un village Ukrainien. Elle se sent bien là-bas, comme coupée du monde. Elle est juive. Mais elle ne comprend pas en quoi elle est différente des autres. Nous sommes en 1939. Babi la rassure mais il est temps pour la jeune fille de retourner chez sa mère en Hongrie. La rentrée des classes est proche. Sa soeur Roszi restera avec Babi. La vie va commencer à être difficile : manque de nourriture, les écoles ferment… L’angoisse et la peur vont être le lot quotidien des familles.

Ce roman est un vibrant témoignage des atrocités de la guerre vécues par le peuple juif. En Hongrie comme dans beaucoup de pays, la guerre fut atroce. Piri est touchante, émouvante et du haut de ses 10 ans, elle nous narre son quotidien. Elle est jeune mais très mature, une maturité qui arrive brusquement, provoquée par les événements si dramatiques. Finie l’enfance, finis les rêves de petite fille. Il faut se battre pour continuer à exister. Elle va peu à peu prendre conscience de l’ampleur des mesures antisémites qui vont s’abattre sur le peuple juif hongrois. Le personnage de la mère est incroyable de courage, jamais elle ne perd espoir. Piri puise sa force dans l’énergie de sa maman. Nous suivrons cette famille jusqu’à son enfermement dans un ghetto puis à Auschwitz.

Un récit autobiographique qui rejoint beaucoup d’autres ouvrages poignants sur une guerre terrible comme Le jounal d’Anne Frank, J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnoty, entre autres, que vous trouverez au CDI. Aranka Siegal est Piri, le lecteur comprend dès de début qu’elle parle de sa famille. Elle arrive à prendre de la distance avec son héroïne, dans le sens où elle qui connaît forcément la fin, laissera vivre les tragédies au travers de Péri. Sur la tête de la chèvre est bouleversant, chargé de l’amour familial. L’auteur a su transmettre à travers le regard de Piri son combat, ses douleurs, son désir de vivre.