Vis ton rêve de Roland Godel

Ne pas renoncer à ce qui nous fait avancer..

Hamidou, un jeune réfugié guinéen,  a enfin réussi à trouver une famille française, prête à l’accueillir et à l’aimer comme son propre fils. Après un parcours semé d’embuches, balloté de centres en foyers, le voilà en Bretagne.

Très vite , une réelle complicité naît entre lui et Nolwen, la fille du couple qui l’héberge. Tout semble aller au mieux pour ce jeune adolescent mais c’est sans compter la réaction des gens du village face à la venue du jeune noir. Un racisme qui sera présent également au collège que fréquente Hamidou. Ce dernier adore étudier et rêve de devenir médecin mais on lui fait comprendre que ce n’est pas pour lui et qu’un métier manuel lui conviendrait mieux.

Alors comment s’en sortir et ne pas baisser les bras dans de telles conditions? L’amour et l’aide de  sa famille d’accueil suffiront-ils ?

Le racisme, l’intégration, les préjugés sont des sujets graves, traités avec délicatesse et plein d’optimisme. Le fait que la narratrice soit Nolwen, amène beaucoup de douceur et d’émotions  au récit.

La fin est un peu inattendue et aurait demandée un peu plus de détails en amont pour expliquer comment le héros arrive à sa nouvelle situation. Mais ça n’enlève rien à l’histoire, au fait que tous les personnages sont attachants.

Un bon moment de lecture qui fait réfléchir.

Dans la forêt de Hokkaido, d'Eric Pessan

Un matin tôt, Julie, 15 ans, hurle tellement fort dans son sommeil que ses parents et son frère accourent dans sa chambre… Un cauchemar…mais elle ne révèlera rien à ses parents qui ont peur pour sa santé depuis qu’elle a failli mourir de convulsion alors qu’elle n’avait que trois ans.

Ce rêve est un secret… Elle était un petit garçon de 7 ans perdu, abandonné dans la forêt d’Hokkaïdo.

Mais ce rêve n’est peut-être pas qu’un rêve… Et la fièvre qui s’empare de Julie semble le lien qui l’unit au petit garçon perdu…

Un récit intrigant qui a pris vie dans l’imaginaire de l’écrivain Eric Pessan suite à la lecture d’un fait divers. C’est le point de départ pour une escapade fantastique où les dons paranormaux de Julie vont aider un petit garçon perdu à l’autre bout du monde à survivre dans un milieu hostile. La plume de l’écrivain est subtile et profonde. Les sensations physiques, les émotions des personnages sont ressenties avec beaucoup de force par le lecteur. De nombreuses thématiques sont soulevées sur la question des migrants, sur la question de la parentalité, sur la solidarité et la tolérance. Il n’était pas non plus pour me déplaire que le livre cité comme lecture de Julie soit un de mes livres coup de coeur de science-fiction : Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes dont je vous recommande plus que vivement la lecture si ce n’est déjà fait (une de nos premières chroniques sur ce blog !).

Ne vous attendez pas à un livre d’action mais plutôt un livre de suspense, d’ambiance au fantastique pondéré qui aborde le pouvoir du rêve et de la télépathie, mais dont le rythme reste néanmoins haletant. On est perdu avec ce petit garçon dans cette forêt japonaise remplie de mystère et on découvre également les secrets de famille de Julie qui sont liés à cette histoire du présent. Le « je » de Julie passe au « nous » lorsqu’elle entre dans l’esprit et le corps du petit garçon. Un mélange des genres savoureux, subtil qui puise toute sa force dans l’écriture impeccable de son auteur.

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan Gemeinhart

L'incroyable voyage de Coyote Sunrise

Coyote, adolescente de douze ans vit dans un bus scolaire aménagé avec son père, Rodéo. Ils parcourent les Etats-Unis, au gré de leurs envies, au hasard de leurs rencontres. Le seul lien qui relie Coyote à sa vie d’avant, ce sont les appels téléphoniques qu’elle passe à sa grand-mère tous les samedis. Mais un jour, celle-ci lui annonce que le parc à côté de chez elle, où Coyote passait du temps pendant son enfance, va être détruit pour construire un carrefour… Le mercredi… Pour Coyote, cette perspective est inenvisageable… trop de souvenirs y sont attachés, et elle a quelque chose à y récupérer, absolument… quelque chose d’important, de vital, de sa vie d’avant. Comment faire sans que Rodéo ne se doute de la destination finale de ce nouveau voyage, lui qui refuse obstinément de « rentrer à la maison » ? Et quelles blessures Coyote et son père fuient-ils à travers leurs incessants mouvements ?

Un véritable road trip à travers les Etats-Unis, où l’on s’immisce dans les secrets de famille de Rodéo et Coyote, deux personnages extrêmement attachants qui cherchent par tous les moyens à guérir de leurs blessures passées. Leur complicité n’a d’égal que l’amour inconditionnel qu’ils se portent. Chacun est là pour l’autre, dans le respect de la liberté, de la personnalité et des failles de chacun. Coyote est un personnage fort, elle est courageuse, déterminée, extrêmement humaine. Ce road trip hippie un brin loufoque malgré la gravité du sujet, aux personnages secondaires très travaillés, est une invitation au voyage et à l’ouverture sur l’autre. Ce sont les relations humaines qui servent de guide à chacun. Ce roman est une leçon de tolérance où de nombreux thèmes sont abordés comme le deuil, l’homosexualité, ou encore la violence conjugale. Malgré le drame qui se profile dans l’histoire de chacun des personnages, l’écriture est optimiste, l’histoire un peu folle et décalée, et on referme les 400 pages en ayant l’impression d’être un peu plus vivant qu’avant…

Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac

15 ans. Le plus bel été de ma vie. Ou pas. Depuis que je suis tout petit, moi et mes parents avons toujours été des parias. Reniés par notre propre famille. Mais pourquoi me direz-vous ? Eh bien justement … mes parents n’ont jamais voulu me le dire. Alors, je faisais comme si de rien n’était. Je sais que mes parents ont milité au sein du Front de libération occitan, mais je ne vois pas en quoi c’est mal. Un ancien membre s’évade. Je ne me sentais pas concerné, jusqu’à ce que mon père disparaisse…

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est assez court, mais qui représente assez fidèlement les pensées d’un adolescent. Je le conseille, c’est un livre idéal pour des lecteurs qui n’ont pas l’habitude de lire de gros livres. C’est une véritable quête de vérité. L’adolescent va mener sa propre enquête et chercher des réponses à tous ces secrets de famille… Un cocktail qui mêle enquête, voyage, vengeance, secret, sacrifices et qui se lit d’une traite !

Je me suis dit qu’un jour, moi aussi, plus tard, dans très longtemps, quand nous serons adultes, avec nos vies, nos conjoints et nos enfants, je lui ferais signe comme elle venait de le faire, juste pour lui dire que cet été-là, je l’avais aimé pour de vrai et pour toujours, comme je n’avais jamais aimé.

Ou bien, peut-être que je deviendrai écrivain comme j’en rêvais, et j’écrirai un roman qui racontera notre histoire.

L’histoire du plus bel été de ma vie.

Eléa, 5ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

L’enserpent, Eric Simard

Héloïse, élève de CM2 est complexée par une tache de naissance qui couvre entièrement sa joue gauche. Elle sent constamment sur elle les regards gênés, au mieux surpris, au pire dégoûtés… Alors, lorsqu’un nouvel élève arrive dans la classe et que personne ne veut le voir s’asseoir à côté de lui parce qu’il est différent, Héloïse écoute son coeur et cherche à s’en faire un ami. Sa différence ? Guéri par des gènes d’animaux, il est devenu un « enserpent », c’est-à-dire, un enfant serpent, humanimal dont la moitié droite de son visage est couvert d’écailles et qui, en plus, ne peut pas parler… 

Un roman très court, entrée en matière au genre de la science-fiction, sur l’amitié, la différence, la tolérance, l’acceptation de soi et des autres. 

Je suis Camille, de Jean-Loup Felicioli

Camille, 11 ans,  vient de revenir en France avec sa famille, après un séjour à Los Angeles aux Etats-Unis où ils ont passé quelques années car son père y avait son travail. 

Aujourd’hui, elle rentre en 6ème… Camille est angoissée car dans sa précédente école, aux Etats-Unis, les choses s’étaient mal passées… Elle n’a pas envie que ça recommence, être la risée des autres, être obligée de déménager. Car Camille a un secret, un secret très lourd à porter. Mais cette première journée dans son nouvel établissement est prometteuse : les profs ont l’air dans l’ensemble assez sympathiques et Camille s’est peut-être fait une copine ! 

Va-t-elle réussir à s’intégrer, à se faire des amis malgré sa différence ? 

 

Un album très tendre pour un sujet délicat et très peu traité en littérature de jeunesse : le transgenre.  Camille est en fait une petite fille née dans un corps de garçon. Les illustrations sobres, colorées et intimistes rendent les personnages particulièrement attachants. La jeune Camille, héroïne discrète et forte, se lie d’amitié avec Zoé, une jeune fille pleine d’énergie, tolérante et respectueuse. Un message d’espoir pour l’acceptation de la transidentité qui n’est ni une maladie, ni un « problème psychologique » mais bien un genre différent qui doit être accepté par la société et ses conventions. 

Ca y est, le bruit s’amplifie, c’est maintenant un rire énorme et mécanique, un ronflement de locomotive. Tous s’y sont mis. Ils rient et me regardent, les sourcils froncés. Ce sont d’immenses marionnettes à la mine sévère. Et moi, au milieu d’eux, je me recroqueville et me mets à rapetisser…

-[…]Tu es si courageuse… Tu as choisi de vivre en écoutant ce que tu ressens au fond de toi. Et ce n’est pas un chemin facile. – Je ne sais pas si je vais y arriver, maman. – Aie confiance, tu es beaucoup plus forte que ce que tu crois.

A lire sur le même sujet :

Rosa Parks, contre le racisme, d’Eric Simard

Un ouvrage de Eric Simard de la collection J’ai réussi ! des éditions Oskar, consacrée à des personnalités qui sont allées au bout de leurs convictions, malgré les difficultés. Des récits courts très accessibles pour les plus jeunes lecteurs.

Rosa Parks, la couleur de l’espoir…

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Rosa Parks est une jeune fille noire, dans l’Amérique dans les années 30, qui a connu très jeune la discrimination et les brimades. Son grand-père lui a toujours appris qu’il fallait se battre pour ne pas se laisser faire, combattre l’injustice. A cette époque, aux Etats-Unis, les lois sont faites pour les Blancs, les Noirs étant considérés comme inférieurs. Ils ne se mélangent pas, ne fréquentent pas les mêmes lieux. Mais un jour, Rosa va commettre un acte qui marquera à jamais l’humanité.

Rosa est une femme courageuse qui a consacré sa vie à la défense des droits des Noirs, pour l’égalité des hommes. Une grande dame qui a marqué l’Histoire, qui a su dire NON, qui a changé l’Amérique.

La fabuleuse histoire de ma famille (parfaite) reloue, de Edgard Nelson

Les joies ( ou pas ) d’une famille nombreuse

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Papa est seul depuis la mort de maman. Ma sœur, mon frère et moi étions très petits quand le drame est arrivé. C’est difficile mais on y arrive quand même….Aujourd’hui c’est le grand jour, on déménage. On n’est plus tout seuls. Papa a rencontré Marie. Elle est gentille et je l’aime bien. Papa semble heureux et c’est ce qui compte pour moi. Mais je ne vous ai pas dit, il y a aussi  Paul, Tab, Lola, Dylan et les jumeaux Quentin et Simon. J’oublie quelqu’un.. Ah il y a aussi Milo, notre chien. Voilà vous connaissez tout le monde. Une grande famille recomposée qui part pour une nouvelle vie. Papa et Marie ont acheté une ferme. Mais avant de s’y rendre, papa a voulu faire un crochet par la maison de son enfance. Elle est sur une île. Elle est chouette mais c’est une vraie ruine. Devant l’enthousiasme de papa qui nous relate tous ses plus lointains souvenirs d’enfance, on n’ose pas trop exprimer notre désarroi devant une bâtisse poussiéreuse, délabrée, sentant le renfermé et la moisissure. On y reste qu’une journée, ce n’est pas la fin du monde ! Enfin si, peut-être, car Marie et Papa doivent partir à la ferme pour régler une affaire urgente et décident d’y aller seuls. Résumons : nous sommes seuls jusqu’au soir, dans une maison en ruine, il fait froid, pas de tablettes, pas de téléphone, au milieu de nulle part. Le décor est planté et ça promet une journée très mouvementée. Approchez-vous, il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit. Il circule des légendes peu rassurantes sur l’île, comme des histoires de fantômes. Mais restons positifs, que peut-il nous arriver ?

Ce n’est pas facile de cohabiter dans une famille recomposée, un brin originale, quand on ne se connaît pas très bien et qu’on est pourtant destinés à vivre ensemble. C’est l’histoire d’une famille formidable racontée avec humour et fantaisie.

Le garçon qui parlait avec les mains, de Sandrine Beau et Gwenaëlle Doumont

Le langage du coeur

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Victoria est ravie, la maîtresse a présenté à la classe un nouvel élève. Il s’appelle Manolo et la petite fille tombe immédiatement sous son charme. Manolo est espagnol, craquant mais…. il est sourd et communique uniquement avec les mains. Par chance, la maîtresse connaît la langue des signes, ce qui étonne tous les élèves d’ailleurs. La présence de Manolo va soulever des protestations et des hostilités de la part des parents qui voient d’un mauvais œil son arrivée, par crainte que son handicap accapare trop l’institutrice ou ralentisse l’apprentissage de leurs enfants. Par ailleurs, une réelle amitié naît entre Victoria et Manolo, ils deviennent inséparables. Alors que certains vont l’aider à s’intégrer, d’autres vont se moquer. Victoria va alors mener un combat pour faire changer les comportements et le regard sur son ami.

Le garçon qui parlait avec les mains est un petit bijou. C’est un roman jeunesse qui pousse la porte du handicap, notamment de la surdité. Il nous fait ressentir les difficultés à s’intégrer pour la personne différente et les réactions des gens dits «normaux». Des réactions négatives pour certains car ils ne comprennent pas le handicap. L’inconnu fait peur et de là naissent les préjugés. Cet ouvrage est juste et très réaliste et pourrait servir de base aux enseignants pour expliquer l’importance de l’intégration des élèves différents, l’importance du vivre ensemble. Sandrine Beau nous fait également une petite initiation à la langue des signes qui, je trouve, devrait avoir sa place au sein des programmes scolaires.

Cette année au collège, une interventant extérieure est venue proposer l’apprentissage de la langue des signes aux élèves sur la base du volontariat. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’intégrer ces cours et ce fut un réel plaisir. Tellement enrichissant et expressif ! Une transmission des émotions particulières car tout passe par le visuel, l’expression du visage étant très importante. C’est pourquoi aussi ce livre est d’autant plus important pour nous !

Il faut signaler également les belles illustrations fraîches et colorées qui donnent à ce roman tout son sens. Un gros coup de cœur pour ce superbe roman.

Le prix de chaque jour, de Mireille Disdero

L’autre côté du miroir…

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Quelle que soit l’épreuve qu’il faille combattre dans notre vie, le traumatisme est présent et souvent difficile à surmonter. On pense au passé, on n’évoque pas l’avenir car c’est trop douloureux. Comment faire pour oublier, quand la blessure est toujours là pour nous rappeler que tout s’effondre.

Laurie, 16 ans, se souviendra à jamais de son retour de vacances. Elle avait des projets plein la tête, des rêves comme toutes les adolescentes de son âge. Elle était avec sa mère. Mais il y a eu ce choc, ces tôles froissées, ces cris, le sang, la peur, les larmes……

A l’hôpital, Laurie est face à ce miroir qui lui renvoie une image en demi-teinte, un visage dont un côté reste sans expression, comme figé. C’est le drame pour Laurie qui est abasourdie. Ce n’est plus elle. Comment va t-elle faire pour vivre avec cette figure cassée, une figure qui n’exprimera sans doute plus rien … comme laissée en veille.

Le prix de chaque jour est un beau roman tendre et émouvant. Il met en scène un moment important de la vie de Laurie. Un moment qui va bouleverser son existence sans la détruire, car une rencontre va l’aider à comprendre que, quoiqu’il arrive, la vie est belle et vaut la peine d’être vécue. Un moment ressenti de l’intérieur, avec les émotions d’une jeune victime qui trouve les mots pour exprimer ses doutes, ses angoisses mais aussi ses espoirs.