Tous les chemins mènent à l’info – anthologie, présenté par Patrice Kleff

Un ouvrage collectif rassemblant des extraits de journalistes ou écrivains sur le thème de la presse, de l’information, de la désinformation, de la manipulation : Florence Aubenas, Ryszard Kapuscinski, Edwy Plenel, Albert Londres ou Elise Lucet pour les journalistes, Zola, Maupassant, Camus, Kessel pour les écrivains de littérature classique, Guillaume Guéraud ou Didier Daeninckx pour la littérature de jeunesse actuelle. Bref, un panel varié et riche qui nous permet de prendre conscience des enjeux, dans notre société, de l’information de masse. L’ouvrage est divisé en 6 parties : Aux sources du journalisme ; Parcours de l’information ; L’indépendance, condition de l’information ; l’objectivité en question ; Le spectacle de l’information ; Informer, déformer… désinformer ? Des pistes de réflexion pour se frayer un chemin dans un monde hyperconnecté où notre esprit critique doit être constamment en éveil.  « Comment faire le tri entre les informations ? Comment faire la part des choses entre l’essentiel et le futile ? Comment distinguer le vrai du faux, le mensonge  de la vérité, le fiction du réel. » voilà le but de cette anthologie qui fournit de nombreux outils pour décrypter l’info.

En lien avec les nouveaux programme de 4ème, cet ouvrage est plutôt à destination des enseignants de discipline et documentalistes pour les guider dans un projet-presse.

Riche et intéressant.

Russian express, d’Alain Bellet

Youri Serkovitch, jeune adolescent délinquant, gamin des rues « victime de la pauvreté endémique et de l’abandon familial » est poursuivi par la police moscovite. Il est accusé à tort de meurtre, coup monté de la bande organisée du puissant clan des Tataianov avec qui il s’était acoquiné. Il n’a d’autre choix, pour espérer survivre, que de s’enfuir. Il choisira de traverser la Russie, par le Transsibérien jusqu’à Vladivostok aux confins de la Sibérie, dans l’espoir de retrouver peut-être sa mère qui l’a abandonné. Mais ce ne sera sûrement pas dans un wagon de 1ère classe, ni même de troisième qu’il voyagera, mais sous un wagon,  blotti contre les boggies des roues. Il faut qu’il tienne dans des conditions physiques insoutenables, sans nourriture ni eau, le corps meurtri, luttant contre le sommeil pour ne pas tomber. Au détour d’une gare, sa décision de monter à bord, malgré les dangers que cela implique risque de changer son destin…

Un roman qui traverse la Sibérie comme un destin… Les pensées de Youri, à la typographie différente dans le texte, sous le wagon, se mèlent aux paroles des voyageurs au-dessus de lui : réflexions sur ce qu’est devenu cette Russie post-soviétique, instable, qui ne sait que faire de ses enfants des rues, le quotidien du peuple travailleur ou le folklore des trains russes, apartés littéraires sur Pasternak ou Tchékhov, rappels de la période soviétique avec les Russes blancs ou l’Armée rouge. Quelques fantaisies typographiques également nous rappellent l’alphabet cyrillique : KpacHbIe BopoTa (lisez : krasnié varota, nom d’une station de métro à Moscou ) ou Mockba (lisez : Moskva, nom de la ville de Moscou en russe) ou quelques mots aux consonnances  exotiques égrènent le texte : provodnitsa ( la responsable du wagon dans le train) ou babouchka (la grand-mère, la vieille dame) et en font un thriller documentaire à travers la Sibérie, en découvrant l’Oural, la Volga et  les bulbes de ces églises typiques de la Russie.

Les justes, d’Albert Camus

Résultat de recherche d'images pour "les justes camus folio"La pièce se déroule dans l’appartement de terroristes. Nous sommes en 1905, en Russie impériale. Un groupe appartenant au parti socialiste révolutionnaire prévoit un attentat à la bombe contre le grand duc Serge, un despote, oncle du tsar Nicolas II.

La situation historique est réelle, les personnages ont réellement existé, tout comme que le nom même du jeune poseur de bombe, Kaliayev.

Révoltés contre l’injustice de la tyrannie dans laquelle est assouvi leur peuple, ce groupe de jeunes gens essaie de faire taire ses doutes envers l’acte ultime qu’est le meurtre et le sacrifice de leur propre vie à une cause qu’ils estiment juste.

Stepan, de retour de bagne, est le plus extrémiste, sans concession

Où trouverai-je la force d’aimer ? Il me reste au moins celle d’haïr. Cela vaut mieux que de ne rien sentir

Kaliayev, le poète :

J’aime la beauté, le bonheur ! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution, bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ?

C’est lui qui sera pressenti pour lancer la bombe et se sacrifiera à la cause. Même s’il est prêt à aller jusqu’au bout, on sent tout au long de ce texte très fort, que le doute l’assaille. Le meurtre d’un homme pour sauver un peuple est-il aussi juste que cela ? Ne deviennent-ils pas eux me^me ce qu’ils détestent par dessus tout et combattent ? Combattre la violence par la violence est-elle la seule solution ?

Annekov, le chef du groupe

Dora, la  soeur du chef, qui fabrique les bombe et tombe amoureuse de Kaliayev.

Les relations entre chacun des personnages sont compliquées, faussées par l’acte qu’ils sont en train de préparer et des doutes qu’ils n’arrivent pas à faire taire.

Qui ne reculera pas au dernier moment ? Lequel d’entre eux n’aura pas le bras qui tremble ? Qui est prêt à sacrifier sa vie pour la cause, être pendu ?

Chacun sert la justice comme il peut. Il faut accepter que nous soyons différent. Il faut nous aimer, si nous le pouvons ?

Dora : Ouvre les yeux et comprends que l’Organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants fussent broyés par nos bombes. Stepan : Je n’ai pas le coeur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera.

L’effet de groupe et de son influence se ressent terriblement dans ce texte. L’amour n’y a pas sa place. Les personnages perdent leur libre arbitre et même leur liberté pour continuer à être respectés et intégrés dans l’Organisation. Pourtant, individuellement, de manière solitaire, auraient-ils agi de la même façon ?

Un texte d’une force exceptionnelle, émouvant et fort, qui ne peut être chroniqué sans en livrer des passages, tant les mots, dans leur apparente simplicité, nous traversent. La fin justifie-t-elle les moyens ? Un texte brûlant d’actualité, hélas, et qui n’a pas pris une ride. Un texte redécouvert avec beaucoup de plaisir suite à la lectreu de Libérez l’ours de Carole Trébor qui y faisait référence et ùm’a pouss à la relecture de ce livre lu dans mes années lycée.

A lire absolument, mais plutôt au lycée ou à l’âge adulte.

 

Droneboy, de Hervé Jubert

Une guerre écologique

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Droneboy est l’histoire d’une querelle autour de la défense d’une zone humide, véritable réserve naturelle, menacée par un barrage. En effet, la zone risque d’être noyée sous une retenue d’eau commandée par le Conseil Régional. Les écologistes veulent la protéger alors que les paysans au contraire veulent l’exploiter pour irriguer leur terre. Mais la politique, la loi et l’argent vont s’immiscer entre les deux camps, interdisant tout dialogue entre les protagonistes. Les familles sont partagées, certaines jouent les gros bras et d’autres, comme celle de Paul dont les parents sont divorcés, vont se battre pour défendre la nature. Le père de Paul est garde forestier et sa mère vit en ville. Les parents vont faire front pour une bataille commune. Paul a une amie, Manon, dont la famille ne prend pas position, qui est en pleine révolution adolescente et qui se cherche politiquement.

Il y aussi les deux jeunes jumeaux, Jason et Kevin, qui sont en quelque sorte la milice des lieux et qui font marcher les muscles avant le cerveau, pour combattre les opposants au projet de barrage. Les générations s’opposent entre des jeunes, souvent provocateurs,  qui grandissent avec les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, et des adultes qui n’ont pas les mêmes intérêts.

Paul possède un drone qu’il pilote sans cesse à travers les bois et qui va devenir le témoin des querelles et controverses. Une arme redoutable qui peut devenir dangereuse.

Droneboy est un roman plein de suspens et d’action. L’auteur s’est inspiré de faits existants, ce qui rend l’histoire réaliste. Les personnages au fort caractère sont convaincants. L’auteur donne la parole à chacun sans jugement, ce qui permet au lecteur d’entendre tous les arguments. Mais il montre aussi les dérives des engagements, les excès pour défendre une cause que chacun pense juste. Ce genre de combat brûlant reste d’actualité.

30 jours sans déchets (ou plus…), de Sophie Rigal-Goulard

30 jours sans déchets (ou plus...) « Les Delamarre y’ en a marre » afin de surpasser leurs voisins les fortiches Delamarre, les Bertin se lancent un défi, vivre au moins 30 jours sans déchets, un sacré challenge pour cette famille dont la poubelle déborde continuellement .

Pour réduire au maximum leurs déchets, toute la famille Bertin va changer son mode de vie. Ils devront faire du compost, privilégier les achats chez les producteurs locaux, acheter en vrac en s’équipant de sachets en tissus tout en évitant de se tromper de sac entre celui pour le poisson et celui pour le pain et plein d’autres pratiques à découvrir au cours de la lecture.

Cette façon de consommer autrement va radicalement changer le quotidien de cette sympathique famille.

Avec beaucoup d’humour, nous suivons leur parcours semé de difficultés et d’alternatives.

Les complications rencontrées vont les emmener progressivement « à faire ensemble » ils redécouvrent le plaisir de cuisiner, de manger sainement, ils iront jusqu’à produire leurs produits cosmétiques et ménagers mais surtout outre le fait que les déchets soient un sujet crucial pour l’environnement, le petit plus c’est que pour réussir un tel défi les Bertin sont amenés à partager leurs difficultés et leurs solutions avec leurs voisins les fameux Delamarre…, et non être en compétition, voilà encore un geste citoyen.

A la fin du roman, pour ceux qui veulent aller plus loin sur la question des déchets, les annexes apportent des informations clés.

Un roman à lire dès 9 ans et à tester pourquoi pas en famille !! Je le conseille vivement aux 6ème !

Céline, une maman nouvellement membre des Dévoreurs de livres d’Arsène !

… Eh oui, ça y est, on commence à gagner à notre cause les parents de nos chroniqueurs !!! Youpi !!! Merci à eux ! En espérant que ce projet collaboratif leur apporte le même plaisir qu’à nous ! Mu

Khadim, le petit lord, de Gwladys Constant

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Khadim, écolier, vient du Sénégal avec sa mère Koumba. Il est recueilli dans un vieil hôpital qui accueille les sans-papiers. Mais un jour, une place se libère chez une comtesse, une vieille dame vivant dans un manoir.

Koumba y est embauché comme cuisinière et tous deux vivent sur place. Khadim se lie alors d’amitié avec cette comtesse bienveillante.

Un roman coup de cœur !!! On se met vraiment à la place de l’enfant, un personnage très attachant, passionné par la poésie de Jacques Prévert. Il ne cesse de se récier certains verts pour s’échapper de son quotidien pas toujours facile.

Ce livre aborde avec douceurs des thèmes difficiles comme les sans-papiers, alors que la première de couverture laisserait plutôt penser à un livre de conte. Un livre qui se lit très vite et très bien à tous âges et dès le CM2.

Eléa, 6ème – 11 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Je les entends nous suivre, de Florence Cadier

L’histoire commence comme un coup de poing envoyé à la figure du lecteur :

Je les entends nous suivre ! Ils sont derrière nous, ils ricanent, nous insultent :
-Salopes ! Pédales !
-Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs !

Puis c’est le passage à tabac… Pour quelle raison tant de haine gratuite ?

Retour en arrière, un an plus tôt.

Léo, quinze ans n’a jamais embrassé de filles. Alors, pour sa fête d’annievrsaire, il s’est lancé un défi  : c’est Léonore qui va embrasser. Il a le béguin pour elle depuis qu’elle a débarqué dans son club de boxe. Si frêle, si jolie…et pourtant, quel jeu de jambes, quel tonus, quelles frappes !

Mais à cette soirée, il rencontre aussi Robin. Il a trop bu et Léo est obligé de l’installer dans sa chambre avant de faire partir tout le monde… Robin est envoûtant et Léo ne comprend pas ce qu’il ressent pour lui… Une relation s’intalle bientôt entre eux mais pour Léo, ces nouvelles émotions sont trop difficiles à assumer. Comment parler de cela à ses parents, comment assumer cette relation devant son meilleur ami, devant Léonore ? Qu’en est-il du « qu’en dira-t-on » ? A quinze ans, âge où l’apparence a tellement de poids, cela est-il possible ?

En un texte de moins de 100 pages, l’auteur Florence Cadier a su trouver les mots justes pour donner la parole à tous les points de vue sur la question en multipliant les personnages qui gravitent autour de notre couple : les parents, les amis, l’ex-petite amie, de jeunes inconnus qui croisent leur route et décident gratuitement d’en découdre avec les homos… Un texte fort sur un sujet sensible qui traite de l’homosexualité, de l’homophobie « ordinaire » et » silencieuse » mais aussi de l’homophobie virulente et violente. Mais c’est surtout un texte qui parle avant tout d’amour. L’amour ne se commande pas par le cerveau, il se ressent par le coeur.