Les infiltrés

Cherub, 2. Trafic, de Robert Muchamore

« Cherub est un département secret des services de renseignements britanniques composé d’agents âgés de dix à dix-sept ans recrutés dans les orphelinats du pays. »

Depuis un an, James en fait partie (voir le tome 1). Il se trouve en vacances sur une île de la Méditerranée où les agents qui ne sont pas en mission peuvent se ressourcer pendant cinq semaines… Enfin, se ressourcer est un grand mot : on ne peut pas oublier complètement que l’on est un agent des renseignements et ces vacances ne sont pas forcément de tout repos… Mais cela n’est rien comparé à ce qui attend James à son retour. Il va être envoyé en mission avec trois autres camarades et deux adultes pour infiltrer le gang d’un puissant trafiquant de drogue, en se rapprochant et se liant d’amitié avec ses enfants. C’est une mission à très haut risque qui va emmener notre groupe de jeunes agents à dépasser leurs limites.

Dès les premières pages, on entre dans l’action et cela ne s’arrête pas jusqu’à la fin. Rebondissements nombreux, avec des apartés sur les considérations plus adolescentes des jeunes agents (premiers amours, amitié,  homosexualité, abandon, fratrie, etc) , toutes les ficelles sont là pour une lecture addictive. On se croirait vraiment dans la série télévisée américaine des Soprano, qui mettait en scène un mafieux, trafiquant de drogue en proie à la justice et qui doit concilier sa vie de chef d’une organisation criminelle à celle d’un père de famille. Ici, les choses ne sont pas éludées : passage à tabac, drogue, meurtre, espionnage, tout y est noir et assez réaliste, même si l’âge des agents peut peut-être laisser perplexe quant à la réalisation de l’enquête : ils sont censé avoir une douzaine d’année mais semblent en avoir quelques unes de plus. En tout cas, on passe un bon moment de détente, entre une banlieue pauvre anglaise et les villa chics de Miami.  On se laisse entraîner dans cette histoire sans aucun temps mort et on ne serait pas contre lire un nouveau tome ! Une série qui plaît beaucoup au CDI. A réserver aux jeunes lecteurs avertis, vu le sujet traité.

 

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Le grand départ : sur la piste des Indiens Cherokees, de Isabelle Wlodarczyk et Xavière Broncard

Exode…

Amarok et Chilala sont frère et soeur. Ils sont Indiens Cherokees, vivent au 19e siècle et vont assister, impuissants à des moments bouleversants de l’Histoire de leur tribu. En effet, des Hommes Blancs arrivent et s’installent. Peu à peu, ils occupent des terres, proposent aux Indiens des maisons, leur apprennent l’alphabet… Jusqu’au jour où une loi d’expulsion est votée, obligeant les Indiens à l’exode… Chacun vit ces événements d’un point de vue différent, la soeur dans l’acceptation, le frère dans la rébellion.

Un petit album à couverture souple qui laisse une large place à l’illustration avec un texte aéré. Un texte émouvant et poétique, qui en quelques pages dresse un aperçu poignant sur cette période sombre de l’Histoire des Indiens Cherokees d’Amérique et la souffrance d’un peuple chassé de ses propres terres. Une fratrie déchirée par un enjeu qui les dépasse.

Tout un dossier pédagogique instructif suit le texte pour apporter un éclairage plus détaillé sur ces événements et leur déroulement. Seul petit bémol peut-être : le dossier documentaire n’est pas adapté aux lecteurs les plus jeunes à qui l’histoire est destinée, mais plutôt à des élèves à partir de 4e jusqu’à l’âge adulte.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, de Christine Arnothy

Le droit à la vie…

Afficher l'image d'origineChristine Arnothy a quinze ans en 1945. Elle est Hongroise, issue d’une famille bourgeoise, elle doit vivre dans une cave pour se protéger des nazis venus occuper la ville.

C’est le témoignage poignant et émouvant d’une adolescente qui ne veut pas mourir. Trop jeune pour que sa vie s’arrête, trop jeune pour vivre les atrocités d’une guerre. Elle a dû rester enfermée pendant deux longs mois. Les rares moments où elle pouvait sortir c’était pour aller chercher de la nourriture et là elle voyait la dure réalité des combats en marchant entre les cadavres de chevaux et d’hommes.

A la libération, le calvaire a continué puisque les sauveurs vont être plus cruels que les Allemands. Christine et sa famille vont devoir fuir leur pays quelques années après et trouveront asile en Autriche dans un camp de réfugiés. Christine trouvera son salut en travaillant en France comme nurse mais elle enchaînera les galères. D’ailleurs elle écrira une suite « il n’est pas si facile de vivre », où on sentira que sa reconstruction est difficile car marquée à jamais par toutes les atrocités qu’elle a vécues. Elle a vingt ans. Elle veut partir en France. Elle est étouffée par la présence de ses parents et elle décide de mener sa vie seule.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir raconte la guerre sans critique politique, le récit est dramatique et nous montre toute la cruauté des combats. Les scènes violentes ensanglantent la jeune fille qui s’accroche à ses lectures pour ne pas sombrer. Elle avait emporté un livre de Balzac et de Dickens. Elle n’a que quinze, elle ne peut pas mourir..Elle est jeune, la guerre ne peut pas l’arracher à la vie .. La guerre qui lui a volé son adolescence ne peut pas non plus la détruire..

Tout son témoignage repose sur ce qui se passe autour d’elle mais ne s’étend pas aux combats, c’est le récit de son quotidien dans cette cave.

Le lecteur va se rendre compte aussi que tout peut devenir malsain et désordonné après la guerre.Les gens souffrent et essaient de survivre en pillant, en devenant méchants à leur tour. Il n’y a plus de code moral, c’est l’instinct animal qui prend le dessus.

quelques passages :

….. »Dans l’intervalle, entre les coups directs atteignant la maison, je pensais à mon livre, me disant que, même s’il restait intact, je ne connaîtrais jamais la fin du roman, puisque tous en bas, dans cette cave, nous allions mourir «

« les jours se traînèrent. Nuits de cauchemars, combat contre un monde de fantômes. Mon pays de rêve s’était évanoui. Le sommeil ne me menait plus vers l’apaisement, mais vers les paysages lunaires du mal et de l’horreur »

« une âpre fierté m’envahit à l’idée qu’à quinze ans, j’allais mourir d’une mort de grande personne »

Là on sent que Christine grandit et mesure combien la situation est grave. Plus d’espoir de s’en sortir…

La première partie s’achève sur cette phrase de Christine :

« Comme ce serait bon de naître »

La jeune vie de l’adolescente n’est faite que d’angoisses, d’atrocités, de scènes d’horreur. Elle n’a que quinze ans et elle est fatiguée ….Fermer les yeux, faire comme si rien ne s’était passé, commencer à vivre…avoir l’esprit vide…

II faut savoir que Christine Arnothy a fui en emportant son journal cousu dans son manteau. J’imagine que si il avait été découvert elle n’aurait pas survévu à ces écrits..

Elle a eu une vie très dure mais elle a toujours affronté les difficultés pour pouvoir un jour réaliser son rêve: écrire son livre. Elle veut devenir écrivain donc elle doit s’en sortir et je pense que le but qu’elle s’est fixée va l’aider malgré tout à se battre et à espérer.

J’ai lu cette autobiographie quand j’avais l’âge de l’auteur et je dois dire que son histoire m’a émue, touchée. J’étais adolescente, j’avais le même âge que Christine donc je me suis identifiée totalement à elle . J’ai reçu son témoignage comme une confidente et je l’ai accompagnée pas à pas dans toute ses périodes de galères. On vit la guerre de l’intérieur, à travers une adolescente qui a toute l’innocence de son âge et qui va vite grandir . On peut faire un léger parallèle avec « le  journal d’Anne Frank » adolescente de treize ans, qui aura moins de chance car elle décèdera du typhus dans un camp de concentration.

Ces deux jeunes filles ont abordé l’atrocité de la guerre et leurs ouvrages constituent de précieux témoignages. Toutes les deux voulaient devenir écrivains.

Je conseille également de lire « il n’est pas si facile de vivre » qui se termine ainsi et résume l’état d’esprit de Christine qui a peut être enfin trouver la paix…

…. Moi je trouve que c’est naturel. Je voulais nourrir mon enfant, je voulais lui faire boire ma vie…. C’est l’accomplissement miraculeux. C’est le bonheur. Tout le bonheur ?….

Lisez ce livre sans modération…

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Le train d’El-Kantara, de Jacques Delval

Quand un train va nous embarquer bien plus loin que le quai….

Dans un contexte difficile et dangereux d’un conflit, Lakdar, un jeune garçon arabe, se retrouve malgré lui et contre sa volonté embarqué à bord d’un train bondé de soldats…. c’est le début pour lui d’aventures et d’expériences qui lui feront connaître la peur, les craintes, le soulagement, la solitude, la solidarité, l’amitié, la satisfaction, le racisme, la faim, la soif, la douleur, l’inquiétude, la reconnaissance…

Une histoire courte mais riche d’aventures et de sentiments qu’il est agréable de découvrir

Un zeste d’humour et quelques cuillères d’imagination

Histoires pressées, de Bernard Friot

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Bernard Friot nous livre 4 volumes d’histoires courtes, d’histoires d’enfants, d’histoires du quotidien. Des récits plein d’émotions avec parfois de petits appels au secours qui font réfléchir sur les relations aux autres, sur l’importance des sentiments. Et puis au détour d’une page, des objets prennent vie, s’animent et se révoltent ! Le lecteur est projeté dans une autre dimension, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Le quotidien est chamboulé, tout est sens dessus dessous.

La magie de la plume de Bernard Friot opère. Humour, poésie, tous les ingrédients pour passer de bons moments. Des nouvelles pour nos plus jeunes mais pas seulement, car les adultes se laisseront séduire par la subtilité des textes.

Histoires minute, de Bernard Friot

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Bernard Friot nous propose des petites histoires simples, faciles à lire, présentées sous forme de recettes de cuisine : prenez quelques ingrédients, des personnages, mélangez et laissez prendre. Ces courts récits sont des tranches de vie d’enfants à consommer sans modération, à déguster avec gourmandise.

Un bon moment pour nos plus jeunes lecteurs qui apprécieront l’écriture de Bernard Friot.

L’héritage des Darcer, tome 2. Allégeance, Marie Caillet.

Résultat de recherche d'images pour "l'héritage des darcer2"Kaegan est décédé (enfin, assassiné, mais ça seuls Orest, My, les jumeaux et Allian le savent). Kaegan venait tout juste de monter sur le trône et n’a pas de descendance directe. La ville de Liett se pense donc libérée du joug de la Déléane. Mais Welfendà (la reine de la Déléane) ne croit pas à la mort naturelle de l’usurpateur, elle penche plus pour le meurtre (et oui sans le savoir, elle a raison !). De ce fait, la reine envoie un batârd de son pays : le Sanreth accompagnée de quatre chimères qui sont assez…. SUPERPUISSANTES ! Et il compte bien devenir roi d’Edrillon… Mais en ce moment même, personne ne sait que Mydria, la dernière des descendantes des Darcer, ainsi que son amant, sont en train de voler quelques riches pour pouvoir subsister à Penthana. Le temps presse et Mydria doit absolument mettre des bâtons dans les roues du Sanreth pour éviter que le pire n’arrive…

Ce deuxième tome de la trilogie des Darcer m’a encore plu plus que le premier, c’est à dire énormément. Ici Mydria et Orest devront rester soudés du début jusqu’à la fin ainsi que dans les moments les plus durs qui sont omniprésents. La présence des Kmetts et des fauconniers qui sont des ennemis de toujours donne une ambiance assez électrique lorsqu’ils se rencontrent ! Ce second tome démarre plus rapidement que le premier. Ce qui est beau dans ce livre, c’est que même dans les moments les plus difficiles, les personnages restent toujours soudés pour mieux s’en sortir.

Guillaume, 3°-13 ans. Membre des dévoreurs de livres d’Arsène.

Six of crows, 2. La cité corrompue, de Leigh Bardugo

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Nous retrouvons à nouveau  Kaz et son équipe dans ce tome 2 de Six of Crows !

De retour du Palais de Glace,  Kaz et ses compagnons vont devoir affronter de nouveaux problèmes, le premier étant de retrouver Inej, enlevée par Van Eck… l’araignée prise au piège. Kz perd là une de ses meilleure équipière,  mais peut-être pas que… Kuwei étant retenu par Kaz, cela va mettre le feu aux poudres, rassemblant les puissances  Grisha pour retrouver l’otage si précieux, le fils du créateur du jurda parem, cette drogue qui enflamme le Barrel et la ville de Ketterdam. Kaz va donc imaginer un plan énorme qui pourrait bien leur permettre de finir leur vie plein aux as… Mais s’ils échouent, cela mettra fin à tout leur petit monde… Vont-ils réussir à sauver Inej ? Pourront-ils se battre contre les puissances qui vont leur faire face ? Et Kaz arrivera-t-il à ses fins ?

Après plus de deux ans à attendre cette suite, pas de déception ! Le tome 2 est à la hauteur du tome 1… Incroyable ! Les personnages et l’histoire sont ennivrants, pas moyen de s’en détacher. L’auteur nous impressionne. De l’action, des plans extraordinaires, et surtout la complexité de ce monde qu’elle a imaginé et de ses personnages. Pour ma part, je suis une grande admiratrice du personnage de Kaz qui cache bien son jeu. Un tome 2 plein de suspens qui nous amène jusqu’à la fin en nous posant constamment des questions tout au long de ses chapitres

Alors, pas besoin de le dire, foncez sur ce tome 2 et dévorez-le !

Johanne, 2de – 15 ans, ex-membre des dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de Mu :

Effectivement, après deux ans, ce tome était très attendu ! Et il est vraiment à la hauteur de nos espérances. On retrouve avec une joie certaine cet univers très particulier qu’a su créer l’auteur, violent, original, dense et intense, avec des personnages très réussis. Malgré le temps qui a passé, le premier tome était si fort que l’on retourne sans peine, à pieds joints, dans ce tome 2 sans quasiment avoir rien oublié du tome précédent. Les personnages à fleur de peau, des malfrats sans foi ni loi, qui bravent tous les dangers et tous les interdits pour arriver à leur fin savent néanmoins être attachant dans leurs failles. Les plans sont machiavéliques et d’une imagination assez exceptionnelle. On est également heureux que Leigh Bardugo ne soit pas tomber dans le piège de la trilogie où souvent le tome 2 est une transition un peu lente. Ici, le rythme est toujours aussi soutenu et la fin juste comme il faut. Malgré tout, elle peut ouvrir à d’autres tomes parallèles qui nous font espérer que l’auteur aura envie de reprendre sa plume pour nous mener dans ces bas-fonds de Ketterdam au milieu de sa vie de règlements de comptes entre gangs, de vengeances et de maisons closes avec une touche de fantastique un peu steam-punk si particulier. Une parfaite réussite tant dans le style d’écriture que dans l’histoire elle-même ! On ne lâche pas le livre tant les rebondissements inattendus nous tiennent en haleine, mais en même temps, parfois, on essaie de freiner le rythme car on ne veut pas avoir à refermer définitivement le livre. A chaque fois que l’on pense que l’auteur nous amène sur un chemin, il s’en ouvre un autre qui remet tout en question. Un véritable coup de coeur qui se confirme. A quand l’adaptation cinématographique ? Lecture à réserver aux plus aguerris de nos lecteurs de 3e ou aux lycéens et adultes. Des scènes assez violentes pourraient heurter les plus sensibles. Leigh Bardugo a écrit également la trilogie des Grishas – pour adultes- ,  avant Six of crows, d’où vient cet univers si particulier… J’ai vraiment envie de les lire, dès que ce blog me laissera un peu de répit pour mes lectures plus personnelles…