Religion et protection

L’enfant de Noé, de Eric-Emmanuel Schmitt.

Pendant la seconde Guerre Mondiale, Joseph, un petit garçon juif, est séparé très vite de ses parents à cause des rafles en Belgique. Il est confié à des inconnus et est très vite l'enfant de noéest obligé de mentir pour qu’on ne découvre pas son identité, son histoire, ni même ses sentiments. Après avoir été confié à la comtesse de Sully, il sera caché par le père Pons dans son pensionnant catholique. Le père Pons est un homme simple qui cache de nombreux enfants juifs afin de faire survivre cette culture et que ses enfants ne perdent ni leur histoire, ni leur identité.

Au pensionnat, Joseph devient ami avec Rudy, un garçon aventureux et énergique. Ils échappent plusieurs fois in extremis aux Allemands.

Pendant son aventure au pensionnat, Joseph trouve le père Pons mystérieux et va donc essayer d’élucider le mystère.

A la fin de la guerre, chaque enfant attend impatiemment de retrouver ses parents ou d’être adopté par un couple. Joseph et Rudy retrouveront-ils leurs parents ?

Dans tous les cas, Joseph n’oubliera jamais le père Pons et tout ce qu’il a fait pour lui !

L’auteur nous dévoile une belle histoire et rappelle que de nombreuses personnes pleines de bravoure ont mis leur vie en danger pour sauver de nombreux innocents. L’histoire est raconté comme un témoignage de ce jeune héros, émouvant mais aussi plein d’humour. Le père Pons a le rôle de complice, de modèle pour tous ces jeunes qu’il a sauvé.

C’est une partie très sombre de notre histoire qui est racontée de manière simple et abordable pour les élèves. Le récit est très riche.

Drôle de numéro

Nummer, de Frédéric Staniland

Toni, jeune allemantéléchargement (1)d, fuit l’Allemagne nazie pour se réfugier en France. Peu après la frontière, il saute du train et se retrouve en Alsace. Mais nous sommes en septembre 1939 et la France est sur le point de déclarer la guerre à l’Allemagne suite à l’invasion de la Pologne par celle-ci. La région est donc en pleine effervescence : il faut évacuer au plus vite. Après, sa rencontre avec un jeune reporter de guerre aussi perdu que lui, Toni et son nouvel ami trouvent malgré tout refuge chez Auguste, une fabricant de sabots qui refuse de quitter sa ferme. Mais ils ne sont pas en sécurité car plusieurs personnes semblent chercher quelqu’un… Des soldats allemands, puis des soldats anglais sont à la recherche d’enfants et forcément, Toni se sent en danger.

Bien des années plus tard, de nos jours, Séraphin, 80 ans, est appelé par les filles d’un de ces amis qui vient de décéder. Ce compagnon de guerre a demandé, parmi ses dernières volontés, à ce que le vieil homme s’occupe de trier et de mettre en vente toute sa collection d’objets datant de la Seconde Guerre Mondiale. Séraphin s’installe donc dans la maison du défunt mais va très vite être confronté à un mystère. A l »intérieur des morceaux de sucre, Gérard, son ami, a écrit quatre mots : Nummer, 136, Verräter et Lumière. A l’aide de ses deux nouveaux amis et voisins, une fillette de 7 ans et un adolescent de 15 ans, Séraphin enquête sur le passé de son ami espérant bien découvrir un trésor.

Un livre qui se dévore tellement l’enquête devient palpitante au fil des pages. Si, au début, on a du mal à faire la connexion entre les deux histoires, des liens se tissent petit à petit. L’intrigue nous permet aussi de découvrir l’histoire compliquée de la région Alsace, tantôt allemande, tantôt française et de ses habitants. On découvre aussi des événements moins connus de cette période comme les Malgré-Nous, ces soldats alsaciens français enrôlés malgré eux dans l’armée allemande, ou le Kindertransport, ces enfants juifs allemands évacués vers le Royaume-Uni. L’auteur a d’ailleurs enrichi le livre de renseignements supplémentaires concernant le contexte historique en fin d’ouvrage. Grâce à cela, les lecteurs peuvent se plonger dans ce roman dès la 4ème.

L’art en guerre

Le « salon des rêves », Comment le peintre Joseph Steib fit la guerre à Adolf Hitler, de François Pétry

Joseph Steib naît en 1898 à Mulhouse en Alsace. En 1939, sa région est annexée par l’Allemagne nazie. Durant toute la durée de l’occupation, il va utiliser ses talents de peintre pour dénoncer les atrocités commises par les nazis. Son œuvre ne sera redécouverte qu’en 1987 mais est aujourd’hui l’objet de plusieurs expositions.

Cjoseph-steib-le-salon-des-reves-un-peintre-de-la-resistance-9782809912821_0e livre d’art présente ses œuvres selon trois grands thèmes : le quotidien de la guerre, le personnage d’Hitler et la libération. En effet, ses œuvre s’avérèrent parfois prophétiques puisqu’il avait peint la chute du régime d’Hitler et la libération de l’Alsace et de la France. Steib ne peint pas son propre quotidien mais au contraire met en avant le peuple, non seulement le peuple alsacien mais aussi tous les peuples opprimés. Comment parvient-il à résister à travers sa peinture ? Il ose par exemple représenter les trois couleurs du drapeau français, alors interdites, par des moyens détournés (habits, tentures …) ou encore tourner en dérision les slogans nazis dans ses compositions. Mais la résistance ultime s’exprime au travers la représentation même du personnage d’Hitler, l’unique responsable de cette guerre pour l’artiste. Non seulement le Führer est dépeint comme un monstre, comme le mal suprême, mais sa mort est elle-même mise en scène. Mon œuvre préférée reste Le Conquérant, un portrait d’Hitler, une composition à la manière d’Arcimboldo, faite d’animaux dangereux et de vermines. En parallèle, j’ai aussi beaucoup aimé les scènes de célébration de la victoire avec les costumes alsaciens et les couleurs vives, surtout du bleu, du blanc et du rouge évidemment.

Un artiste avec un rêve peut avoir la force d’une armée.

Avoir 10 ans dans l’Europe des années 30

Quand Hitler s’empara du lapin rose, de Judith Kerr

Quand Hitler s'empara du lapin rose par KerrRoman autobiographique de 233 pages.

Ce livre raconte les transformations historiques en Europe avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, à travers les yeux d’une petite fille de famille juive allemande.

Rien de sordide dans cette histoire mais on ressent bien la montée des tensions de cette période. L’enfant découvre petit à petit la réalité du monde qui la fait s’éloigner du monde de l’enfance.

Avec cette histoire, le lecteur pourra comprendre la difficulté d’être obligé de fuir son pays et la difficulté de s’intégrer dans un autre. Cela peut permettre ainsi de comprendre la situations des migrants d’aujourd’hui.

Le niveau de lecture est accessible au lecteur moyen mais il faut toutefois apprécier les textes descriptifs.

On peut conseiller ce livre à tous, de la 6ème à la 3ème et adultes aussi peuvent y trouver matière à réflexion.

 

Vacances à Natzweiler-Struthof

Un été en enfer, de Vincent Wagner et Roger Seiter

En juillet 1942, en pleinRTEmagicC_Couverture.jpge Seconde Guerre Mondiale, la France est occupée par les troupes allemandes. La vie est dure pour les Français et la nourriture est rationnée. C’est la raison qui pousse les parents de Raymond à l’envoyer en vacances en Alsace chez sa tante et son oncle. Ces derniers possèdent une ferme à Natzweiler-Struthof. Or, cette région est devenue une zone militaire interdite normalement aux civils. Contre toute attente, Raymond obtiendra malgré tout l’autorisation de s’y rendre. Alors que celui-ci garde de très bons souvenirs de son dernier séjour à la ferme, il va vite se rendre compte que la vie de son oncle et sa tante a bien changé. Ils ont refusé de quitter la région et sont désormais prisonniers dans leur propre maison. Mais pourquoi interdire cette zone ? Qu’est-ce que les nazis tiennent tant à cacher ?

Cette bande-dessinée a le mérite de rendre accessible les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale à des lecteurs moins motivés pour se lancer dans la lecture de romans. Basée sur une histoire vraie, celle du jeune Raymond, elle montre la vie en Alsace durant l’occupation alors que la région était redevenue allemande. Elle permet aussi d’aborder le système concentrationnaire. Un encart didactique de 16 pages qui retrace la solution finale mais aussi l’histoire du camp alsacien vient enrichir les connaissances apportées par le témoignage de Raymond. A réserver malgré tout à des élèves de 3ème qui appréhenderont certainement mieux le contexte après l’avoir étudié en classe mais de bons lecteurs de 4ème, intéressés par le sujet, peuvent aussi se lancer dans la lecture.

Amitié en péril

Mon ami Frédéric, de Hans Peter Richter

Le narratCVT_Mon-ami-Frederic_2511eur vit en Allemagne dans les années 30 avec ses parents. Leur famille essaye de vivre du mieux possible mais la situation est relativement précaire : son père est pour l’instant au chômage. Ils vivent principalement grâce à l’aide financière de son grand-père, un nazi convaincu qui impose son point de vue à la famille de l’enfant. Or, dans le même immeuble qu’eux vit une famille juive dont le fils Frédéric joue régulièrement avec notre narrateur. Les deux familles commencent même à tisser des liens, s’entraidant dans les coups durs malgré le contexte de haine envers les juifs qui commencent à se développer. Petit à petit, leur route vont se séparer : le narrateur s’inscrit aux Jeunesses Hitlériennes afin de faire plaisir à son grand-père tandis que son père devient membre du Parti Nazi pour les mêmes raisons. En parallèle, les attaques contre les juifs se multiplient (insultes, interdictions de travailler, boutiques saccagées…). Leur amitié pourra-t-elle tenir malgré tout ?

Ce roman rappelle beaucoup Mon ami retrouvé de Fred Uhlmann. Le thème de l’amitié entre un enfant juif et un enfant allemand dans le contexte nazi est très souvent utilisé dans la littérature jeunesse. C’est en effet un très bon moyen d’introduire la Deuxième Guerre Mondiale avec de jeunes lecteurs. Ici, pas besoin d’une connaissance précise du contexte historique, mais je conseille malgré tout cette oeuvre à des élèves assez matures (4èmes ou 3èmes) ou d’accompagner les plus jeunes dans la lecture du livre et d’en discuter avec eux. Certains passages peuvent en effet les remuer. Le fait de voir ces événements dramatiques à travers le regard innocent d’un narrateur enfant renforce le sentiment d’injustice et d’incompréhension envers ces derniers.

Un prénom, trois destins

L’histoire des trois Adolfs, volume 1, de Osamu Tezuka

L’histoire se déroule adolf_deluxe_01peu avant la Seconde Guerre Mondiale, durant les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 très exactement, et relate le destin de trois hommes prénommés Adolf, dont Hitler bien évidemment. Sohei, journaliste japonnais, se rend justement dans la capitale allemande pour couvrir l’événement lorsque son frère prend contact avec lui. Mais il est assassiné avant d’avoir pu lui en donner la raison. Le reporter décide d’enquêter sur sa mort mais va vite se heurter à un problème : toute trace du séjour de son frère ont été effacées. Il découvre malgré tout que ce dernier avait en sa possession un mystérieux document concernant le chancelier allemand et qui pourrait anéantir le IIIème Reich : la preuve qu’Adolf Hitler serait en fait juif. Ordre est alors donné à Wolfgang Kaufmann, un nazi basé au Japon, de récupérer le dangereux dossier. C’est alors que nous rencontrons les deux autres Adolfs de l’histoire : le propre fils de l’officier nazi, Adolf Kaufmann, qui vient d’entrer aux Jeunesses Hitlériennes et l’un de ses amis, Adolf Kamil, un garçon juif qui désapprouve la décision de son copain. Leur amitié pourra t’elle perdurer longtemps malgré les choix d’Adolf Kaufmann et les péripéties de l’Histoire ?

L’idée d’une amitié entre un enfant nazi et un enfant juif durant la Deuxième Guerre Mondiale n’est pas nouvelle puisque nous pouvons la retrouver dans l’Ami Retrouvé de Fred Uhlmann ou encore Mon ami Frédéric de Hans Peter Richter. Les enfants ne se rendent souvent pas compte des événements qui se passent autour d’eux, ne pensant qu’à leurs jeux, et ce sont souvent les décisions des familles de ceux-ci qui interviennent. L’idée la plus étonnante reste cette supposition concernant les origines juives d’Hitler. Celle-ci repose sur une légende tenace mais des historiens ont prouvé que cette dernière était fausse. L’Histoire qui se déroule en arrière plan à toute son importance dans l’intrigue et nous dépeint parfaitement le contexte de l’époque, y compris au Japon. Il s’agit donc d’un livre riche en enseignements pour les élèves de 3ème qui ont cette partie de l’Histoire au programme. Des lecteurs plus jeunes pourraient par ailleurs être choqués par certaines scènes un peu violentes. A la fin de l’ouvrage, nous trouvons d’ailleurs deux petits dossiers : l’un concernant le régime nazi et son organisation, l’autre concernant l’auteur et la naissance de son oeuvre. Il sera par contre difficile à lire pour des élèves plus jeunes qui ne possèdent pas de solides connaissances sur le contexte. Comme je l’ai déjà dit dans d’autres chroniques, je ne suis pas fan des mangas mais celui-ci fait partie de ceux que j’ai appréciés, notamment pour sa richesse historique.