Deux roues de travers, de Jean-Christophe Tixier

On a tous quelque chose de travers….

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Eva, une adolescente de 14 ans est heureuse. Elle va enfin pouvoir partir avec son frère Mickaël, toute une semaine. Rien que lui et elle, loin de sa mère trop étouffante et protectrice. Il faut dire qu’Eva n’est pas une jeune fille comme les autres. Elle est en fauteuil roulant. Un handicap qui lui pourrit l’existence depuis la naissance. Ses jambes refusent de bouger. Eva veut son autonomie, une certaine indépendance que lui refuse sa maman. Elle veut être comme toutes les adolescentes de son âge. Cette opportunité que lui offre son frère est inespérée. Mickaël a 20 ans, Eva l’admire, l’adore. Il est tout pour elle. Il a quitté la maison pour ses études, la laissant en plein désarroi. Mais là, tout est beau, ce sont les vacances. Eva est sur un petit nuage, elle se prend à rêver aux plages, au sable chaud, au temps qu’elle passera avec Mika. Dès le départ, quelque chose la tracasse. Son frère est toujours au téléphone, à chuchoter, montre de l’agacement et de l’impatience. Il y a quelque chose qui cloche. Que se passe-t-il ? Mickaël est tendu. Pourquoi a-t-il demandé à Eva de l’accompagner s’il la laisse toujours toute seule ? Eva va tout mettre en œuvre pour découvrir le secret de son frère.

Deux roues de travers est un beau roman. Le lecteur est vite happé par l’action, le rythme du récit. Le handicap est le thème majeur de cette histoire avec des réflexions sur la famille, les amis, le regard des inconnus et l’image de soi. La période de l’adolescence est parfois difficile mais là, elle est encore plus délicate. Jean-Christophe Tixier a su également bien faire passer ce lien très fort qui unie un frère et une soeur et ce, malgré la différence d’âge. La difficulté de la situation va mettre à mal cette relation qui, malgré tout, va résister et se renforcer. Eva est un personnage fort, qui ne se laisse pas abattre et qui montre que, malgré le handicap, rien n’est insurmontable. Un beau moment de lecture.

Ma gorille et moi, de Myriam Gallot

Mona, toi ma sœur..

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Jeanne a 12 ans, ses parents, vétérinaires, sont responsables d’un zoo. Leur maison est plantée au beau milieu de ce parc animalier. Quand Jeanne est née, ses parents ont recueilli un bébé gorille, Mona, rejetée à la naissance par sa mère. Jeanne et Mona sont élevées ensemble et sont inséparables. Devenue adulte, Mona doit rejoindre le zoo de Milan. C’est un déchirement pour Jeanne. C’est une moitié d’elle-même qui s’en va. Des liens particuliers unissent la gorille et la jeune fille. Une complicité évidente, un amour mutuel. Jeanne souffre de cette séparation future tandis que les parents sont satisfaits de l’envol de Mona pour d’autres horizons. Mais le transfert de l’animal va être contrarié par une manifestation de militants qui s’insurgent contre l’enfermement de la gorille. Ils exigent la fermeture du zoo. Ils ne veulent plus d’animaux en captivité, tous doivent être relâchés dans la nature. Profitant que ses parents soient partis s’occuper des volatiles, Jeanne va alors tenter une approche pour raisonner les manifestants. Mais cet élan d’apaisement va la mettre dans une situation délicate qu’elle n’arrivera pas à maîtriser. Jeanne va écouter leurs arguments et réfléchir sur le sort des animaux privés de liberté. Se laissera-t-elle convaincre au risque de trahir ses parents ?

Ma gorille à moi est un roman engagé sur la cause animale. L’auteur s’adresse au jeune public, sans pour autant prendre parti. Deux clans : les propriétaires du zoo et les défenseurs des animaux. Entre eux, Jeanne qui veut le bonheur de Mona et qui, en fait, est vite déstabilisée par les paroles des militants. Des propos cousus de fils blancs pour que la jeune fille soit sous leur coupe. Elle est sensible, fragile donc influençable. Jusque-là, elle ne s’était jamais posée de questions sur ce qui était le mieux pour ces animaux vivant en captivité. Le zoo est accueillant, les animaux manquent de rien, ils semblent heureux. Qui a tort, qui a raison, ceci reste un long débat… Un livre agréable sur un sujet sensible pour des lecteurs dès la 6e, malgré un propos peut-être un peu simpliste.

Cette histoire est à mettre ne parallèle avec celle, véritable, de la célèbre ethnologue américaine, Dian Fossey, qui a passé sa vie aux côtés des gorilles, dans les forêts du Rwanda. Elle avait établi un centre de recherches au sein d’un parc naturel pour étudier leurs comportements et contribuer à la sauvegarde de l’espèce, tout en luttant contre les braconniers. Petit à petit elle a été acceptée par les primates auxquels elle a consacré sa vie, avant d’être assassinée en 1985.

La VIE selon PIPPA, de Barbara Tammes

Au secours mes parents divorcent !

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Les parents de Pippa sont divorcés. Pippa, 14 ans, vit avec sa mère dans une ferme en ruine à la campagne avec des animaux et passe le week-end chez son père et sa nouvelle épouse dans un appartement chic, en ville. Deux vies bien différentes, deux personnalités contraires selon que la jeune fille est avec sa mère ou avec son père. Son existence s’est trouvée chamboulée du jour au lendemain, pas facile de s’y retrouver. Alors pour l’aider à surmonter cette épreuve, Pippa tient un journal qu’elle complète à chaque retour de la ville. Elle écrit et illustre ses questionnements, ses dilemmes, ses réflexions. La mère de Pippa est une artiste un peu à l’ouest, amoureuse des chevaux, et son père, un homme souvent grognon et têtu, est dentiste. Elle a une petite sœur qu’elle adore, Poppy, 8 ans et un demi-frère Hugo, 1 an. Les relations avec sa belle-mère ne sont pas toujours au top, le bébé prend beaucoup de place, un peu trop à son goût. Le père couvre de cadeaux les filles mais tout ce qui est acheté par lui doit rester à l’appartement, interdit de ramener les effets à la campagne ! Que ce soit en campagne ou en ville, la jeune adolescente fait des activités et a une meilleure amie.

Chacun de ses parents a une vision totalement différente de la vie, ce qui déstabilise Pippa. La voilà entre les deux êtres qu’elle aime le plus au monde et elle va devoir composer pour leur faire plaisir. Beaucoup de questions se pressent dans sa tête, sur sa vie d’adolescente, sa famille. Mais un jour, Pippa va se trouver devant un choix qui va la mettre dans l’embarras. Personne ne peut l’aider même pas son journal….

La vie selon Pippa est réellement un bon roman qui fait réfléchir. Pippa est confrontée au divorce de ses parents avec deux vies totalement opposées. Ce thème au combien dramatique parfois est traité du point de vue d’une enfant très mature, qui analyse parfaitement la situation, qui se pose les bonnes questions, qui nous livre toutes ses réflexions sur ceux qui l’entourent. Il est intéressant de donner la parole à une adolescente si lucide, pleine d’humour, qui ne tombe jamais dans les clichés. Elle est dynamique et ne dramatise pas ce qu’elle vit. Elle doit s’adapter même si elle ne partage pas forcément la façon d’être de ses parents.

La mise en page et les illustrations rendent ce roman très original. C’est un très beau livre qui nous parle de la famille, de l’amitié, des préoccupations d’ados avec douceur. Je conseille vraiment cette lecture à tous les adolescents, notamment ceux qui traversent cette période si délicate que peut être une séparation ou un divorce. Pippa leur sera d’un grand réconfort et peut être même un guide précieux.

On a naturellement tendance à prendre soin de ce que l’on aime, mais l’inverse est peut-être encore plus vrai : on aime ce dont on prend soin.

Les filles de la pluie, de Jérôme Leroy

Nous sommes en l’an 175 après le Grand Bouleversement. Depuis peu, Malika rêve de soleil, de sable, de mer… Et pourtant, elle ne les a jamais vu. Dans son monde, tout cela n’existe plus. La population, que l’on appelle les « Pluvieux », vit sous la pluie et le brouillard depuis des décennies déjà, accablée par le travail, la pollution, le manque de liberté. Cet Etat autoritaire contrôle tout grâce à une Milice efficace, une nourriture contrôlée, des écrans qu’il est interdit d’éteindre. Il envoie les personnes âgées dans des Jardins-Clinique où l’on ne peut leur rendre visite, les réfractaires au régime dans des Centres Médicaux ; on ne peut pas choisir son époux ni le moment d’avoir des enfants. La jeune Malika et sa copine Chloé se posent beaucoup de questions, ont des doutes sur la parole de ce régime, et leurs visites fréquentes à la grand-mère de Malika, Assia, dans le Vieux quartier ne font que les conforter dans leurs réflexions. Alors, le jour où elles se rendent compte qu’elles sont suivies, leur sang ne fait qu’un tour… La Milice les a repérées et elles risquent bien d’être arrêtées d’un moment à l’autre….

La collection « Des histoires de futurs » des éditions Syros rend accessible aux plus jeunes des textes de science-fiction de qualité. Ici l’auteur nous fait percevoir un monde futur où tout ce qui fait la beauté du nôtre n’existe plus. On arrive très bien à s’imaginer cette pluie incessante, cette pollution qui oblige la population à vivre sous des capuches et avec un masque toujours à proximité. En à peine plus de 100 pages rythmées et efficaces, on découvre donc une dystopie crédible qui se lit facilement.

Power Club, 3. Un rêve indestructible, de Alain Gagnol

Ça y est, le dernier tome de la trilogie POWER CLUB est enfin sorti, alors rendez-vous vite chez votre libraire préféré  !

 

Présentation de l’éditeur :

Anna est désormais la dernière super-héroïne sur Terre. Ses fans sont nombreux, et ils ont même développé une application, Hotofia (pour How to find Anna), destinée à la localiser à tout instant et à collecter le plus de renseignements possibles sur elle. La pression qui pèse sur la jeune femme est énorme. Si elle est dotée d’une force physique insurpassable, Anna se sent fragile psychologiquement. Une faiblesse que le sénateur Wallace entend bien exploiter. Sa proposition : inoculer les boosters non plus à de jeunes privilégiés, mais à des militaires qui ont fait leurs preuves, pour créer un commando d’élite surhumain qui défendrait le territoire américain. Un programme choc qui pourrait le faire élire président des Etats-Unis.

 

Et redécouvrez les chroniques des tomes 1 et 2 de la trilogie Power Club  déjà parues sur notre blog !

 

Le mystère du tableau volé, de Danielle Thiéry

Un visage d’ange

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Une histoire policière qui va nous mener dans les rues de Bordeaux, où Lucas et sa sœur Lily, vont faire un séjour-découverte avec leur classe. Sur place, les enfants ont pour mission de faire un reportage sur le quartier de leur choix. Alors que Lucas déambule aux abords de la place Saint-Michel, il est attiré par un tableau exposé dans la vitrine d’un magasin d’antiquités. L’oeuvre représente une scène religieuse avec beaucoup de personnages dont la vierge Marie qui porte dans ses bras un enfant. Mais son cœur se met à battre plus fort quand ses yeux se posent sur un jeune garçon, proche de la madone. Lucas est très troublé, à travers le portrait du jeune homme, il se voit, lui. C’est son visage, ses traits, ses cheveux ! Comment est-ce possible ? Le peintre s’est-il inspiré de son image pour réaliser cette toile ? C’est insensé ! Il faut qu’il montre la peinture à Lily, pour en avoir le cœur net. La seule façon de revenir à la boutique, c’est d’attendre le soir et de faire le mur. Lucas finit par convaincre sa sœur mais leur escapade sera un aller simple sans retour…

Le mystère du tableau volé est une histoire policière bien menée, une aventure à suspense qui plaira sans aucun doute à nos jeunes lecteurs. Bordeaux en toile de fond, une belle ville à découvrir. Les événements s’enchaînent à un bon rythme, les enfants qui se trouvent embarqués malgré eux, sont des enfants ordinaires, n’ayant pas l’intention d’être des super-héros. Tous les ingrédients sont réunis pour nous faire passer un bon moment de lecture.

Ceux des limbes, de Camille Brissot

Menace intérieure

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Le monde est menacé par une infection qui ne cesse de s’étendre. La nature a pris l’ascendant sur l’homme, ne lui laissant aucune chance. Elle envahit les villes, la forêt encercle le Mont-Survie, qui sert de refuge aux survivants de l’épidémie. Cette montagne ressemble à une pyramide, véritable forteresse habitée par les miraculés. Séparés de l’extérieur par une porte, cette poignée d’hommes refonde une société qui a régressé, régie par des règles strictes. Le virus, responsable de ce chaos, est un champignon qui se transmet par le sang et la salive. On l’appelle le virus limbe. Les humains contaminés sont réduits, seules les fonctions vitales sont préservées. Ils s’assemblent en grappes et se déplacent en horde dans le but de transmettre la maladie. Leur peau est grise, leur chair momifiée. Et gare à celui qui les entend, leur cri est dévastateur. Leur voix insupportable pour le cerveau, crée un mouvement de panique pour celui qui l’écoute. Une sorte de chant des sirènes. Le limbe reste un être humain mais il faut le détruire pour sauvegarder la survie de l’espèce. Parmi les rescapés, deux jeunes adolescents, Naha et Otolan. Dès 15 ans, tous les jeunes doivent faire leur preuve en évoluant seuls dans la forêt pendant dix jours, dans le seul but de prouver qu’ils peuvent survivre dans ce milieu hostile, pris d’assaut par les limbes. Naha doit passer cette épreuve, Oto, lui, bénéficie d’une immunité. En effet, à l’âge de cinq ans, il a survécu à une horde de limbes. Il est devenu une sorte de héros mais attise également les jalousies. Chaque personne qui quitte le Mont-Survie emporte avec lui un venin. Une pilule blanche destinée à être avalée en cas d’attaque. La mort survient dix minutes après l’absorption du comprimé. Le jeune garçon amoureux, n’a pas l’intention de laisser Naha seule, face à son destin. En grand secret et au péril de sa vie, il décide de la suivre, bravant ainsi les règles établies par les maîtres de la communauté. Les jours qui se succèdent ne sont que meurtrissures et cauchemars. La forêt c’est la mort assurée, cette mort qui rôde, qui agrippe et qui enlace. Une expédition sous haute tension commence.

Ceux des limbes est un roman qui met l’homme face à la nature. L’être humain l’a toujours contrôlée, l’a toujours façonnée. Ici, la forêt si belle pourtant, est une menace oppressante qui envahit l’espace. Elle se rebelle. Le lecteur part pour une folle aventure, dans un nouveau monde sauvage où l’homme est une proie pour l’homme. Le royaume sombre des morts-vivants nous plonge dans une atmosphère surnaturelle. Les limbes sont en quelque sorte des zombies, personnages qui ont beaucoup été utilisés au cinéma ou dans la littérature, une sorte de réflexion sur la nature humaine. L’homme qui se veut maître du monde, qui veut tout contrôler se retrouve face à lui-même, victime de son acharnement.

Ceux des limbes est un récit rythmé, préservant un suspens soutenu jusqu’à la fin. L’écriture de Camille Brissot est fluide, précise et met le lecteur aux premières loges. Chaque page est une image dont on ne peut se défaire. Ceux des limbes est un roman qu’on ne peut pas lâcher, une belle histoire d’adolescents amoureux qui passent à l’âge adulte, sur fond d’apocalypse. Oto et Naha sont des personnalités fortes avec, et c’est rare, le personnage féminin qui est plus robuste que les hommes, qui s’impose. Camille Brissot m’a réconciliée avec ce genre de récit dont je ne suis pas fan à l’origine. Un véritable coup de cœur.

Sortie le 05 avril – A ne pas rater !