Une bonne étoile

Cette nuit là, un chat, de Dominique Legrand

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William et Aurélien, deux frères, font l’acquisition d’un chat. Leur père rentre dans une colère noire quand il est mis devant le fait accompli, lui qui a horreur d’un tel animal. Epouse et enfants forment alors une coalition pour le faire plier et le contraindre à capituler. La venue de ce chat lui est pénible, le gêne. Pourquoi un tel sentiment de malaise ? Ce n’est qu’un chat après tout ! La présence de ce félin le ramène à un épisode dramatique de la vie de son grand-père, Henri, en 1944. A l’époque, il travaillait à la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris. Alors qu’il s’apprête à prendre son poste, il est arrêté par les SS et fait prisonnier au château de Vincennes. On va lui imposer la dure tâche de ramasser les cadavres des prisonniers victimes de la barbarie des Allemands. Très vite, Henri va être intrigué par la présence d’un chat noir qui déambule au milieu des soldats. Animal imperturbable qui n’aura de cesse de fixer Henri. Le grand-père n’a jamais aimé les chats, il s’en méfie, l’attitude de celui-ci l’embarrasse.

Sa captivité va virer au cauchemar. Alors qu’il entame un énième transport de corps, les SS lui ordonnent, ainsi qu’à neuf autres prisonniers de se tenir à l’arrière d’un camion. Un soldat prend alors position derrière une mitrailleuse, les hommes sont poussés le long d’un mur. Le chat est toujours là, au milieu du vacarme, en observateur. C’est la fin pour Henri qui fixe le sol inondé du sang d’autres victimes. Soudain, le chat se lève, marche et se dirige vers les soldats en miaulant. Il vient se frotter aux bottes d’un officier qui l’attrape et qui le caresse longuement. Ce dernier le dépose alors à terre, le visage rieur et échange quelques mots avec les SS tout en regardant les prisonniers. Le temps est comme suspendu. Un gradé fait alors signe aux hommes de le suivre. Personne ne va mourir, en tous les cas pas dans l’immédiat. Suivis par l’animal, les captifs sont conduits en cellule et apprennent qu’ils seront tués le lendemain matin. Durant les longues heures qui vont précéder son exécution, Henri aura pour seul compagnon  le chat.

Cette nuit-là, un chat raconte un événement tragique de notre histoire, la guerre et les camps de prisonniers. L’auteur nous dévoile ce qu’a vécu son grand-père en 1944. La description du ressenti d’Henri aux portes de son exécution, de la bestialité des soldats est pleine d’émotions. Un homme qui ne peut échapper à son destin tragique, qui se sait condamné et qui vit ses dernières heures. Il va partager ses ultimes instants avec ce chat qui s’est laissé enfermer dans sa cellule. C’est l’animal qu’il déteste depuis l’enfance, qui va lui procurer ses derniers instants de douceur, d’apaisement, qui va rester avec lui durant cette dernière nuit. Au petit matin, le chat partira non sans lui avoir jeté un dernier regard …..

Un roman simple à lire avec des chapitres courts qui nous fait comprendre que tout être humain peut changer selon les événements qui se dressent devant lui. On a des idées arrêtées sur des gens, sur des circonstances et un jour quelque chose fait que le regard est tout autre. Henri a toujours détesté les chats jusqu’à ce jour de 1944 où l’image que lui renvoyait cet animal s’est transformée.

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La victoire ensanglantée

Lettres de jeunes résistants, de Guy Krivopissko

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Qui étaient-ils ? Que vivaient-ils ? Que ressentaient-ils ? Guy Krivopissko, conservateur du Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne et professeur d’histoire nous livre les conditions morales dans lesquelles ont été écrites les lettres. En amont de ces écrits, il nous donne des renseignements sur l’âge, la nationalité, les convictions politiques et les conditions de la disparition de chaque victime.

C’est un livre fort en émotion. Un recueil de 11 lettres et 4 poèmes de jeunes résistants qui s’adressent pour la dernière fois à leurs proches, qui leur annoncent leur mort imminente. Trop jeunes pour mourir mais qui n’avaient de cesse de défendre dignement leur patrie. Heureux du devoir accompli que la mort n’effraie pas et qui trouvent les mots pour réconforter leur famille. Des jeunes courageux fusillés, déportés, emprisonnés, pour le combat qu’ils ont mené.

Extrait de la lettre de Henri Fertet condamné à mort, une lettre poignante :

Chers parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin…..

…. Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?

Maman rappelle-toi :

“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs.”

Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.

Les lettres sont comme une sorte de testament et certains s’excusent même auprès de leur proche de la peine que leur mort pourra leur causer. C’est édifiant et ça fait froid dans le dos, ces jeunes donnent l’impression d’avoir un sang froid hors norme devant ce néant qui arrive. Pour chacun la mort a un sens. En fait, ils appréhendent plus la détresse dans laquelle leur famille sera plongée que leur propre disparition . Ils consolent et réconfortent ceux qui restent. Tous ces jeunes ont combattu pour une liberté commune, liberté que nous savourons de nos jours.Tous ont foi dans un monde meilleur, tous gardent confiance en l’avenir. En lisant toutes cse lettres, j’ai eu l’impression qu’ils ressentaient comme une délivrance. Comment peuvent-ils être aussi sereins…

Je ne sais pas quelle attitude j’aurai adoptée dans de telles circonstances mais j’imagine que la panique m’aurait gagnée, une terreur horrible et indescriptible.

Tous ces jeunes à peine sortis de l’adolescence avec un esprit d’homme et de femme unis dans la résistance jusqu’à la mort.

Un livre bouleversant. Tous ces courriers et poèmes donnent le vertige. Il ne faut jamais oublier tous ces êtres humains d’hier qui ont payé de leur vie pour notre liberté d’aujourd’hui.

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Une cause, une vie

Un printemps fusillé de Yves Pinguilly

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Nous sommes en 1943, en Bretagne, la guerre fait rage. Des lycéens décident de mener une résistance accrue envers l’ennemi allemand. Un groupe d’amis, Raymond le Moël, Briac, Agathe et Louis distribuent des journaux et des tracts. Dans la région, un avion anglais a été mitraillé, le pilote a été secouru par des paysans qui l’ont caché. Les quatre amis, qui doivent aller récupérer de l’armement à Port Gelin, auront pour mission de convoyer le pilote jusque-là. Ils partiront à vélo, c’est plus discret. Tout est prêt, tout est calculé. Mais en cours de route, ils vont croiser un soldat allemand et tout va basculer….

Un récit émouvant, tiré d’une histoire vraie, celle des lycéens du lycée Anatole le Braz de Saint Brieuc. L’histoire est un hommage à tous ces jeunes résistants morts trop tôt, qui ont donné leur vie pour protéger leur patrie. Yves Pinguilly a su décrire très clairement comment s’organisait la résistance, le quotidien très fragile de ceux qui ont pris les armes. Un dossier sur les élèves du lycée de Saint Brieuc termine le récit avec des lettres terrifiantes de ces jeunes prisonniers qui s’adressent une dernière fois à leur famille, conscients de leur sort mais confiants en l’avenir et apaisés par le devoir accompli. Le printemps fusillé est un bel hommage poignant sur le sacrifice pour la liberté d’un peuple.

Pour rester dans le même thème, je vous conseille Lettres de jeunes résistants de Guy Krivopissko, un recueil de lettres de jeunes fusillés très émouvantes que vous trouverez au CDI.

Souvenirs d’un résistant déporté

Ma guerre,  de la Rochelle à Dachau, de Guy-Pierre Gautier et Tiburce Oger

8 mai 2015. Guy-Pierre, grand-père du dessinateur, 91 ans, attend, tête nue, sous la pluie, devant le monument aux morts de la Roche-sur-Yon, la remise de la croix de la légion d’honneur qui lui est attribuée. Que se passe-t-il dans sa tête à ce moment-là ? Les souvenirs ressurgissent, atroces,

Témoignage vibrant d’un résistant, d’un survivant des camps de concentration. Engagé à 17 ans dans la résistance, dans la brigade « Liberté », arrêté, interrogé (pour ne pas dire torturé), il sera bientôt emmené dans un wagon à bestiaux à Allach, près de Dachau, camp de concentration nazi. Un quotidien d’horreurs plus terribles les unes que les autres où survivre un jour de plus est le seul objectif que l’on peut se fixer.

C’est son petit-fils qui a su recueillir cette parole pudique et dure à la fois, pour que se transmette à jamais la mémoire de cette terrible page d’Histoire. Le récit à la première personne d’un rescapé qui à travers son histoire personnelle nous donne bien plus qu’une leçon d’Histoire. Une leçon de vie. Les illustrations sont d’une grande force et le travail de reconstitution très sérieux.

Poignant. Une grande réussite.

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La mort nous raconte…

La voleuse de livres, de Markus Zusak (2005) -réédité en format poche, janvier 2017, PKJ

La voleuse de livres, c’est la petite Liesel. Et cette histoire, c’est la Mort elle-même qui la raconte. Il faut dire qu’elle va la croiser à plusieurs reprises…

On est en Allemagne et le parti nazi est au pouvoir. Sur fond de guerre et de peur (le contexte historique est très clairement explicité), cette fillette découvre le pouvoir des mots que les livres renferment comme des trésors. Ils vont l’aider et en quelque sorte la sauver. Son chemin de vie sera jalonné de rencontres qui seront de véritables rayons de soleil. Mais le prix de la Mort est lourd ; Liesel perdra presque tous ceux qu’elle aime… presque !

Un roman exigeant, déconcertant, qui vaut la peine d’être lu, mais il faut accepter de forcer la lecture des premiers chapitres afin d’entrer pleinement dans l’histoire. Des scènes dures de guerre peuvent heurter la sensibilité des lecteurs non avertis de collège. Les adultes en revanche, sauront apprécier ce roman au cynisme féroce, qui défend la solidarité contre la barbarie à travers le pouvoir des mots.

Une adaptation cinématographique de ce roman au succès international est sorti sur grand écran en 2014.

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Les dévoreurs de livres d’Arsène

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Des milliers de réfugiés, une guerre, un groupe, quatre personnes et un bateau.

Le sel de nos larmes par Sepetys1945, l’Allemagne commence à perdre chacune de ses batailles. Quatre personnes : Emilia, Joana, Florian – qui sont en route vers un pays libre pour fuir l’armée russe et Alfred, marin au port de Gothafen . Des milliers de réfugiés se dirigent vers le port de Gothafen pour pouvoir embarquer vers la liberté sur le navire le Wilhelm Gustlof.

Au début rien ne lie ces adolescents.
Florian, cache un lourd secret et fuit l’armée allemande autant que l’armée russe.
Emilia, polonaise, tente de fuir la barbarie que l’on inflige à sa race mais un lourd secret se cache en elle.
Joana, jeune infirmière lituanienne naturalisée allemande fuit quant à elle l’armé russe.
Et Alfred, l’Allemand…

Le destin va les réunir…

Ce livre est très prenant. Il nous transporte dans les moindres détails de cette horrible guerre, du côté des réfugiés. Chacun des personnages est captivant. Lire chacun des chapitres sans s’arrêter devient indispensable… Même si je n’ai pas apprécié un des personnages que j’ai trouvé lâche, horrible de caractère et épuisant à suivre comme à lire… vous essaierez de comprendre de qui il s’agit par vous-même lors de la lecture de ce livre que je vous recommande vivement !

Cette histoire est tirée d’un fait réel, une tragédie bien pire que celle du Titanic, ce qui rend sa lecture encore plus intense.

Beaucoup de rebondissements grâce aux secrets des personnages qui se dévoilent petit à petit et nous donnent une intrigue et un suspense insoutenable. Un style facile à lire avec des chapitres courts, mais attention au changement de point de vue qui peut compliquer l’histoire pour certains lecteurs. Un livre assez dur sur la thémtique de la guerre avec des moments qui peuvent être choquants : à réserver donc aux 3e et plus.

Un de mes livres préférés ! Un vrai coup de coeur.

Les dévoreurs de livres d’Arsène : Johanne, 3ème, 14 ans

Des enfants dans la tourmente

L’envolée sauvage, intégrale II : tome 3 – le lapin d’Alice ; tome 4 – la boîte aux souvenirs, de Laurent Galandon et Hamo

L'envolée sauvage : Intégrale 2  - Hamo  - Laurent Galandon  Dans ce nouveau volet en deux tomes (ou un intégral) de l’Envolée sauvage, nous retrouvons le personnage d’Ada, jeune fille rencontrée par Simon dans un train de déportation dans le premier volet de la série. C’est son histoire, qui va être relater, et rejoindre l’histoire de Simon.

Juillet 1942, Ada, sa petite soeur et ses parents, Juifs,sont arrêtés : c’est la rafle du Vel d’Hiv. Les deux fillettes arrivent à s’échapper grâce à l’aide de leur tante. commence alors un long périple dans la France occupée ou en zone libre, où leur survie ou leur mort ne tiennent qu’aux rencontres faites…résistants, collabos ?   Ce sont les contes racontés par Ada à sa petite soeur Lucja, dont les dessins sont alors en noir et blanc, qui font le lien entre leur vie d’avant, enfance insouciante, et l’horreur de la guerre, des rafles, des camps de concentration. Les pages relatant la vie dans les camps sont d’ailleurs particulièrement saisissantes et réalistes. Les personnages des enfants, dans leur force et leur volonté, sont très attachants. J’ai tout de même préféré un peu la première série, de part les dessins, plus originaux, mais aussi avec  le symbole de la chouette blanche qui suivait le personnage, comme un symbole de sa souffrance et apportait une petite touche fantastique.

Une bande dessinée vraiment très réussie, facile à lire, très instructive et en même temps particulièrement touchante, à conseiller vivement aux élèves de 3e. On n’échappe pas à la violence de cette terrible histoire, mais la sensibilité de la plume du scénariste la rende supportable.

Un coup de coeur ! A réserver aux 4e/3e.