36 questions pour savoir si tu m’aimes, de Vicki Grant

Le jeu de l’amour…

amour.jpg

Est-il possible d’influencer des personnes pour développer en elles des sentiments amoureux. Des études ont déjà été menées dans ce sens et de nos jours de nombreuses émissions testent ce thème. Il y a quelques années pour les plus anciens d’entre nous, Tournez manège, un jeu télévisé matrimonial produit en 1985, avait déjà lancé ce concept : des hommes et des femmes, ne se voyant pas, se posaient des questions, le but étant qu’au final, une femme et un homme se choisissent au vu des réponses formulées. Certains d’entre eux avaient construit un avenir, pour d’autres, l’expérience s’arrêtait après l’émission.

Dans 36 questions pour savoir si tu m’aimes, Vicki Grant nous plonge dans le vif du sujet. L’étude est particulière. 36 questions pour se trouver des points communs, pour tisser des liens et plus si affinités…Nos deux héros ne partagent pas le même intérêt pour cette épreuve. Paul, 19 ans, ne voit que l’aspect financier puisque chaque participant touche 40 dollars alors que Hildy, 18 ans, perdue dans ses problèmes familiaux et en plein doute, espère beaucoup de cette expérience . Elle prend vraiment au sérieux ce test, contrairement au jeune homme. Un début timide mais très vite ils se taclent, se piquent et nous font presque oublier qu’ils sont de parfaits inconnus. Hildy se remet toujours en question, elle est bienveillante, Paul va s’ouvrir petit à petit, quoique très mystérieux. C’est un dur au cœur tendre, un écorché. Trente six questions qui vont révéler être au final très enrichissantes et pleine d’imprévus. Chacun va mettre en avant ses problèmes et en fait, cela leur permettra de minimiser quelque peu leurs propres soucis. Il y a toujours pire ailleurs… Au fil des échanges, ils vont apprendre à se connaître, à se livrer, à percer leur carapace, même s’ils appréhendent cette mise à nu.

Peut-on vraiment provoquer l’amour ? Nos deux héros ont une façon vraiment différente d’aborder cette étude. Hildy va être la première à se dévoiler. Il est compliqué de se livrer mais dans cette situation, elle se confie à un inconnu et je pense que la démarche peut paraître plus facile car elle n’est pas sensée le revoir donc la crainte du jugement est amoindrie. Ce qui est étonnant, c’est que happée par cette histoire, je me suis surprise à répondre aux questions et en fait, ça permet aussi de faire notre propre analyse. Ce livre est constitué principalement de dialogues, durant le questionnaire, puis entrecoupé par un récit. Les dialogues rythmés donnent de la force aux échanges. Nous vivons dans une société un peu compliquée dans les relations avec l’autre. Pour ceux qui ont du mal à construire un avenir sentimental, faute d’avoir trouvé la bonne personne ou faute de temps car accaparé par un quotidien lourd, ces expériences sont-elles véritablement la meilleure solution ? Le petit écran regorge d’émissions destinées à trouver l’âme sœur et font ainsi les beaux jours de la télévision. Y-a-t-il vraiment tant de difficultés à trouver le partenaire idéal que les hommes et les femmes n’hésitent plus à recourir à des services extérieurs pour les y aider ?

Un boulot d’enfer, de Florence Thinard

Dans l’univers des anges …

Tout commence par une scène banale du quotidien…. Dans une maison, de bon matin, au sein d’une famille, c’est l’heure de partir à l’école pour l’une et  au travail pour l’ autre, Nina n’est pas encore prête et va finir par rater le bus, son père, impatient, l’attend…. Ils finissent par partir mais la banalité s’arrêtera quand un camion rentrera en collision avec leur voiture.

Pour Nina et son père, c’est une nouvelle vie qui commence, une vie dans l’au-delà avec la découverte du paradis et de son organisation, avec les retrouvailles des défunts de leur famille et surtout avec la rencontre des anges…. une fonction qu’ils accepteront tous les deux d’endosser. Ils continueront ainsi de vivre à travers l’être humain vivant sur terre et dont ils sont responsables. A son grand désespoir et avec un peu de regret au départ, Nina se retrouve être l’ange gardien de sa meilleure ennemie…..

Au fur et à mesure des pages, le lecteur découvrira le travail titanesque, stratégique, futé, surprenant et épuisant réalisé par toute cette troupe d’anges attachants….. tout le travail réalisé aura des conséquences heureuses voire vitales sur l’existence des humains qui faisaient ou non partie de leur vie d’avant.

Avec la mort de 2 membres la famille dès les premières pages, on peut vite penser que cela va être difficile d’aller jusqu’au bout de ce roman mais c’est tout le contraire…

 

La plus grande lettre du monde, de Nicole Schneegans

Ma chère Chouc’s…

Mais à qui s’adresse Nicolas, un jeune garçon de 12 ans ?

Ce n’est ni un membre de sa famille, ni une voisine, ni une amie, ni une connaissance…. elle n’est autre que sa future femme dont il ignore le prénom mais qu’il imagine déjà douce, drôle et jolie.

Il ne la connaît pas encore mais décide de lui écrire une lettre, une très longue lettre qu’il lui remettra quand il l’aura rencontrée…. il décide de lui raconter comment il a commencé du pied gauche dans la vie, avec qui il vit et pourquoi, les raisons de son chagrin et les conséquences physiques de celui-ci, les secrets de sa conception… un balayage émouvant et attendrissant sur sa vie passée, présente et future…..

24 heures sans jeu vidéo, de Sophie Rigal-Goulard

Entrez dans le monde virtuel …

Après avoir lu Dix jours sans écrans, je m’attendais au même genre d’histoire, peut-être un challenge familial pour obliger les enfants à décrocher des jeux vidéos… Que nenni ! Notre chère auteur, Sophie Rigal-Goulard, a su se renouveler et nous emmener dans une histoire totalement différente… Et ceux qui ont adoré Dix jours sans écrans n’accrocheront peut-être pas de la même façon à ce titre, et inversement ! Car ici, il ne s’agit pas du tout d’un récit de vie à l’école, avec les amitiés, les jalousies, les clans, mais une histoire qui vire vers le fantastique… Vous voulez en savoir plus ?

Et bien, nous avons Terence, un ado accro aux jeux vidéo, et sa petite soeur, Blanche, élève de 6ème qui compte bien amadouer son frère pour pouvoir se rendre à la soirée des 3ème avec sa copine. Alors, elle fait des recherches sur le jeu préféré de son frère Dark City Game, une cité où il faut atteindre le dôme, après un parcours semé d’embûches et de dangers, et éliminer le maître des lieux, Moon. Blanche cherche des trucs postés sur internet pour aider son frère à passer les étapes difficiles et ainsi lui permettre de gagner la partie grâce à elle… En remerciement, ne pourra-t-il pas faire en sorte qu’elle se rende à cette soirée  ?!?

Mais quand elle le rejoint dans sa chambre, elle découvre que le siège de l’ordinateur est vide, ce n’est pas possible ! Terence n’en décolle jamais…. Où peut-il être ?  Et c’est qui ce personnage dans le jeu qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau ?

Novice en « jeux débiles », Blanche va devoir s’entourer de vrais gamers, créer des avatars (quoi, de la force ou de l’esprit seront le plus adéquat dans cette situation ?). Même les parents redoublent d’effort pour tenter de trouver une solution et gagner la partie…

Un peu d’amour, beaucoup d’amitié, de la solidarité, les liens familiaux  (des thèmes chers à l’auteur qu’elle a très bien réussi à caser dans cette histoire de jeu vidéo violent) et surtout une bonne dose d’heures aux manettes !

Avec une fin totalement décalée, on finit par se demander quelle force de persuasion émane de ces jeux vidéos pour faire autant d’accro ! Le fantastique (dans le sens littéraire du terme et non pas dans le sens « génial », hein !) n’est-il pas là ?

Le pays hors du monde, de Jean Joubert

Peuple en péril…

 

Nous voilà propulsés entre deux mondes. La Fraterie qui regroupe les partisans d’une vie traditionnelle et les autres, regroupés dans le Sud, adeptes de la modernité, des industries. La Fraterie vit en autonomie et rien n’a changé depuis des siècles. C’est le travail de la terre avec du matériel ancestral, pas d’électricité, les habitants sont loin du progrès et de la concurrence.Un choix de vie qui leur convient. L’esprit de la terre et et de la nuit veille sur eux. Contraste violent avec le reste de la population qui baigne dans une civilisation moderne, toujours en quête de nouveautés et de pouvoir. Tout va basculer quand le Sud va progresser sur les terres de la Fraterie afin d’y installer des axes de communication pour exploiter de nouvelles ressources minières. Commence alors une période de grand séisme culturel qui verra s’affronter les partisans du changement et ceux qui veulent continuer à mener une existence rudimentaire.

Et puis en parallèle une histoire d’amour entre deux êtres qui font partie de la Fraterie pour l’un et du Sud pour l’autre.

Un roman qui nous fait réfléchir sur cette soif de pouvoir, de progrès toujours plus présent. Il est normal de vouloir évoluer et de chercher des techniques qui nous facilitent de plus en plus la vie. Faut-il pour autant faire obstacle aux hommes qui font le choix de vivre simplement, avec des valeurs traditionnelles ?

Qui ment ? de Karen McManus

Le meurtrier est dans la salle…

index     Dans un lycée américain, cinq adolescents se retrouvent ensemble en retenue, cinq adolescents populaires et déjà étiquetés par leurs camarades :  Bronwyn l’intello, Simon la commère, Nate le délinquant, Addy la jolie fille et Cooper le sportif. Etrangement, tous disent avoir été piégés et se retrouver là par erreur. Tous semblent aussi avoir un secret à cacher …

     De ces cinq protagonistes, seuls quatre sortiront vivants : une seule certitude pour les enquêteurs, le meutrier se trouvait dans la salle de colle !

_______________________________

     Un roman qu’on ne lâche pas tant le suspens est intense. Puisque les quatre suspects se relaient à la narration, on ne peut que les croire et on les pense forcément honnêtes : c’est un très bon moyen de tenir le lecteur en haleine.

     L’intrigue est très bien ficelée et le quotidien de ces adolescents est très proche de nous : leurs secrets pourraient-être les nôtres. Ce roman est également un bon moyen de réfléchir à des thèmes d’actualité : le harcèlement, les dangers des réseaux sociaux, la souffrance que peuvent apporter les secrets …

A lire absolument, dès la 4e pour les bons lecteurs.

Ceux des limbes, de Camille Brissot

Menace intérieure

ceux.jpg

Le monde est menacé par une infection qui ne cesse de s’étendre. La nature a pris l’ascendant sur l’homme, ne lui laissant aucune chance. Elle envahit les villes, la forêt encercle le Mont-Survie, qui sert de refuge aux survivants de l’épidémie. Cette montagne ressemble à une pyramide, véritable forteresse habitée par les miraculés. Séparés de l’extérieur par une porte, cette poignée d’hommes refonde une société qui a régressé, régie par des règles strictes. Le virus, responsable de ce chaos, est un champignon qui se transmet par le sang et la salive. On l’appelle le virus limbe. Les humains contaminés sont réduits, seules les fonctions vitales sont préservées. Ils s’assemblent en grappes et se déplacent en horde dans le but de transmettre la maladie. Leur peau est grise, leur chair momifiée. Et gare à celui qui les entend, leur cri est dévastateur. Leur voix insupportable pour le cerveau, crée un mouvement de panique pour celui qui l’écoute. Une sorte de chant des sirènes. Le limbe reste un être humain mais il faut le détruire pour sauvegarder la survie de l’espèce. Parmi les rescapés, deux jeunes adolescents, Naha et Otolan. Dès 15 ans, tous les jeunes doivent faire leur preuve en évoluant seuls dans la forêt pendant dix jours, dans le seul but de prouver qu’ils peuvent survivre dans ce milieu hostile, pris d’assaut par les limbes. Naha doit passer cette épreuve, Oto, lui, bénéficie d’une immunité. En effet, à l’âge de cinq ans, il a survécu à une horde de limbes. Il est devenu une sorte de héros mais attise également les jalousies. Chaque personne qui quitte le Mont-Survie emporte avec lui un venin. Une pilule blanche destinée à être avalée en cas d’attaque. La mort survient dix minutes après l’absorption du comprimé. Le jeune garçon amoureux, n’a pas l’intention de laisser Naha seule, face à son destin. En grand secret et au péril de sa vie, il décide de la suivre, bravant ainsi les règles établies par les maîtres de la communauté. Les jours qui se succèdent ne sont que meurtrissures et cauchemars. La forêt c’est la mort assurée, cette mort qui rôde, qui agrippe et qui enlace. Une expédition sous haute tension commence.

Ceux des limbes est un roman qui met l’homme face à la nature. L’être humain l’a toujours contrôlée, l’a toujours façonnée. Ici, la forêt si belle pourtant, est une menace oppressante qui envahit l’espace. Elle se rebelle. Le lecteur part pour une folle aventure, dans un nouveau monde sauvage où l’homme est une proie pour l’homme. Le royaume sombre des morts-vivants nous plonge dans une atmosphère surnaturelle. Les limbes sont en quelque sorte des zombies, personnages qui ont beaucoup été utilisés au cinéma ou dans la littérature, une sorte de réflexion sur la nature humaine. L’homme qui se veut maître du monde, qui veut tout contrôler se retrouve face à lui-même, victime de son acharnement.

Ceux des limbes est un récit rythmé, préservant un suspens soutenu jusqu’à la fin. L’écriture de Camille Brissot est fluide, précise et met le lecteur aux premières loges. Chaque page est une image dont on ne peut se défaire. Ceux des limbes est un roman qu’on ne peut pas lâcher, une belle histoire d’adolescents amoureux qui passent à l’âge adulte, sur fond d’apocalypse. Oto et Naha sont des personnalités fortes avec, et c’est rare, le personnage féminin qui est plus robuste que les hommes, qui s’impose. Camille Brissot m’a réconciliée avec ce genre de récit dont je ne suis pas fan à l’origine. Un véritable coup de cœur.

Sortie le 05 avril – A ne pas rater !