Des vies cadenassées

Sauveur et fils – saison 1- de Marie-Aude Murail

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Sauveur Saint-Yves est psychologue. Avec un tel prénom comment ne pas être à l’écoute des autres et vouloir sauver tout le monde, en particulier les ados. Il a quitté sa Martinique natale pour s’installer à Orléans. Il est veuf et s’occupe seul de son fils de 8 ans, Lazare. A force de vouloir jouer le bon samaritain, il délaisse sa vie privée. Pas facile de trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Sauveur a beaucoup de qualités, un cœur gros comme ça, une bonne écoute avec ses patients mais avec son fils il ne sait pas faire, il est maladroit et démuni. Les cas dont il s’occupe sont divers et variés. Il est contacté par des parents mal divorcés dont les enfants sont devenus des enjeux pour régler leurs conflits, par la maman qui n’aime pas son enfant, l’adolescente qui ne s’y retrouve plus entre sa mère qui s’est remise avec une femme et son père qui est avec une jeune qu’elle traite de pétasse. Il essaie de comprendre les tentatives de suicide, les phobies scolaires… Son bureau est attenant à la maison et Lazare qui se passionne pour la profession de son père, n’en rate pas une miette. Quand il le peut, il se cache et espionne les consultations. Un jour, Lazare demande à son père de lui acheter un hamster. Il étudie son comportement comme Sauveur le fait avec ses patients. Le petit garçon veut d’ailleurs devenir psychologue de tout le monde et en particulier de ces rongeurs. Il est trop craquant Lazare, souriant, attachant, rigolo avec ses « blagounettes » qui n’interpellent pas toujours son père trop préoccupé par son métier. Sauveur est une sorte de mère Thérésa mais aurait-il des ennemis ? Pour preuve, les lettres de menace qu’il reçoit ou les pièges contre le mauvais sort qu’il trouve au pied de sa porte. A ce moment, Lazare commence à se poser des questions sur ses origines et sur sa maman décédée peu après sa naissance. Sauveur ne lui parle pas de sa mère, évite les questions, reste secret. Que cache Sauveur à son fils ? Pourquoi n’arrive -t-il pas à lui en parler ?

L’ombre de la maman plane sans cesse sur le récit. On ne sait pas qui elle était, comment elle était. Sauveur évite d’en parler mais pourtant il faut attendre les ¾ de l’histoire pour s’étonner des confessions que Sauveur fait à une patiente. Les rôles sont inversés. Il parle de sa famille et envisage même d’emmener son fils en Guadeloupe. Le lecteur sent que le dénouement est proche. La fin nous délivrera d’un lourd secret.

Ce livre scanne les problèmes, le mal-être des adolescents. On ressent toutes les difficultés que les parents rencontrent avec eux. Les situations familiales sont complexes et Marie-Aude Murail n’a aucun tabou sur les sujets traités : l’homosexualité, la phobie scolaire, les familles recomposées, la scarification, la drogue, la dépression, la pédophilie, le racisme dont sont victimes Sauveur et Lazare, particulièrement par la nounou du jeune garçon, femme aux préjugés très présents sur les noirs.

Chaque chapitre correspond à une semaine de consultations. On se rend compte au final que les enfants sont trop impliqués dans les histoires « de grands ». Il n’y a plus aucune barrière, les parents exposent leurs enfants à des problèmes qu’ils devraient résoudre entre adultes. Les enfants sont des éponges et craquent. Ce roman est une sorte de miroir du quotidien qui pour certains part à la dérive. Mais heureusement, l’auteur manie l’humour pour aborder ces malaises et permet au lecteur de souffler entre chaque tranche de vie en le faisant pénétrer dans l’intimité de Sauveur et son fils. Marie-Aude Murail nous offre des personnages variés, reflet de notre société. J’appréhendais un peu ma lecture, peur de trouver ennuyeux les énumérations des états d’âmes de chacun. Mais pas du tout, Sauveur et fils est un coup de cœur. Le lecteur est invité sans voyeurisme dans le cabinet de consultations, prend sous son aile Sauveur et Lazare en croisant les doigts pour que le père se libère du poids d’un passé lourd et omniprésent. L’adage qui dit « le cordonnier est le plus mal chaussé » s’adapte parfaitement à la situation de Sauveur. Il soigne les blessures de la vie de ses patients mais est incapable de refermer ses propres plaies. Hâte de me plonger dans la saison 2.

Science versus vérité

Celle qui sentait venir l’orage d’Yves Grevet

Résultat de recherche d'images pour "celle qui sentait venir l'orage"En 1897, fin du 19ème siècle en Italie, la famille Schillaci est frappée par un terrible drame, elle est accusée de crimes odieux. Les parents sont arrêtés, condamnés à mort et pendus sur la place de Comacchio au milieu d’une foule euphorique et haineuse. Deux jours après, Frida Schillaci, seize ans, s’enfuit car la foule réclame sa tête, considérée comme la « fille des démons », « la fille des monstres ». Elle n’a pas revu ses parents vivants et sont morts depuis leur arrestation. Accueillie par la famille Gentile un mois plus tôt lorsque ses parents ont été arrêtés, elle ne peut continuer à vivre chez eux car des personnes sont venues la réclamer le soir de l’exécution. La famille Gentile décide de l’envoyer à Bologne chez le docteur Grüber, un ami à eux, réputé et fasciné par le cas de Frida. Déguisée en bourgeoise blonde, Frida quitte le Nord-Est de l’Italie, sa région natale, à bord d’une diligence pour se rendre à Bologne et échapper au danger. Elle espère pouvoir trouver refuge chez le docteur Grüber. Convaincue que ses parents n’ont jamais commis de crimes, elle envisage de faire éclater la vérité.

Celle qui sentait venir l’orage est un roman fascinant où l’auteur met au cœur de l’histoire la science et plus particulièrement l’eugénisme, les études sur la criminologie dans un décor de l’Italie du 19ème siècle. Une Italie conservatrice et politiquement agitée avec une science incertaine qui évolue. Yves Grevet inscrit son histoire dans ce contexte historique pour livrer un roman d’enquête à suspens à destination des adolescents et des jeunes adultes.

Le couple Schillaci est considéré comme diabolique et leur fille, Frida, comme la fille des monstres. Considérée comme dangereuse car fille de parents diaboliques, Frida découvrira très vite que le riche docteur Grüber fera d’elle un objet d’étude sur la criminologie en portant sur elle des conclusions hâtives et infondées. La jeune fille, courageuse et sincère, ayant déjà subi l’enfer dans un pensionnat religieux auparavant, se rend rapidement compte qu’elle n’est pas en sécurité chez le docteur au vu des tests qu’elle passe et des personnages malveillants qui l’entourent dans la demeure. Mais Frida n’est pas stupide et dangereuse comme le prouve scientifiquement le docteur Grüber.

Yves Grevet oppose dans ce roman les hommes de pouvoir et les gens des milieux isolés et montre que ceux qui détiennent le pouvoir et une certaine notoriété ne sont pas forcément détenteurs de la vérité. Ils sèment la peur en trouvant le parfait bouc émissaire : une famille vivant dans les marais isolés d’une province italienne. L’auteur livre par ailleurs une réflexion sur la peur, la peur de l’autre, la peur de celui qui est différent, que l’on ne connait pas.

Celle qui sentait venir l’orage est aussi le journal intime de Frida, écrit au présent avec le « je » où le lecteur arrive à percevoir avant elle qu’elle est victime d’une étude génétique sur la criminologie et que le docteur Grüber est un personnage malfaisant et démoniaque. Immergé avec Frida dans la demeure du docteur, le lecteur se sent enfermé et ressent les sentiments et émotions de Frida, la peur, la colère, la tristesse mais aussi le désir de vengeance.

Yves Grevet livre une histoire romanesque avec une série de personnages fascinants, une enquête à suspens et invente une sublime héroïne, Frida, jeune italienne à la peau dorée faisant preuve d’un courage psychologique hors pair. L’auteur n’omet pas de parler d’amour qu’il mettra sur le chemin de Frida. Bien que le contexte historique puisse freiner certains jeunes lecteurs, il ne faut en aucun s’arrêter sur ce détail. Aucune connaissance sur l’Italie du 19ème n’est nécessaire pour la compréhension et l’immersion totale dans ce fabuleux roman. Quatre cents pages que l’on dévore en quelques heures !

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Star trip, d’Eric Senabre

Les dévoreurs de livres dArsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Star tripEté 1968, aux Etats-Unis. May, une jeune adolescente de 15 ans, dépérit d’ennui dans son village perdu au fin fond de ldaho. Son petit frère, Sam, handicapé, est fan de science-fiction. Ils avaient prévu de passer des vacances d’été « spéciales science-fiction », Mais après le départ rapide des parents pour une mission secrète, les vacances sont annulées… May, aidée de son petit ami Will, va tout faire pour le distraire. Mais un matin, May retrouve l’acteur de la série favorite de Sam « Star Trip » dans la grange… Sam voit son rêve se réaliser… rejointe par un Indien chaman un peu fou, notre petite bande va entamer un road trip rempli d’humour et de rebondissements.

J’ai dévoré ce livre ! Une pépite ! L’histoire est fluide et on s’attache aux personnages haut en couleur. Plein d’humour et de fraîcheur, ce livre nous transporte jusqu’à la fin dans une histoire au rythme effréné  ! Et, en final, je vous informe de l’apparition d’un personnage connu assez étonnant !

A emmener d’urgence dans ses bagages de l’été !

Johanne, 3ème – 14 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de mumu58 :

Des étoiles plein les yeux !

Nous sommes en 1968 aux USA. May, 15 ans, va devoir s’occuper de son petit frère Sam, après le départ précipité de ses parents pour une mission secrète. Sam, handicapé depuis qu’il est tombé d’un toit, est fan de la série de sciences fiction Star trip. Il passe tout son temps à regarder les épisodes qu’il connaît par cœur. Pour le distraire, May a l’idée de fabriquer en secret la réplique de la navette de Star Trip dans la grange de la maison. Partie en ville avec son petit ami Will, elle tombe par hasard sur une séance de dédicaces de Benjamin Spike, le héros principal de la série. Bouleversée, May va lui demander de rendre visite à Sam qui ne peut se déplacer. Le comédien refuse catégoriquement, il se montre même très désagréable. Déçue et très désappointée, May en reste là. Le lendemain, alors que l’adolescente se remet au travail, elle voit une forme étrange sur le plancher de la navette. Elle s’approche et quelle n’est pas sa surprise de voir Benjamin Spike en personne ! Et là débute une histoire folle qui va conduire nos héros dans un voyage peu commun et captivant qui va vite les dépasser.

L’auteur nous plonge dans l ‘univers des années 60 avec des références musicales de l’époque, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Un petit clin d’oeil aussi en passant à la série Star Trek de 1966. Des personnages hauts en couleur et déjantés, de l’humour, de l’émotion, tous les ingrédients qui font de ce roman un beau moment de lecture, d’évasion. On aime May, cette adolescente qui pour compenser l’absence de ses parents, va se lancer le défi fou d’entraîner son frère dans un voyage qu’il n’oubliera jamais. Elle qui rêve aussi d’autres horizons va vivre la plus palpitante période de sa vie. C’est aussi une belle histoire sur les liens forts qui unissent un frère et une sœur. Chaque personnage est une pièce maîtresse de l’histoire. On les aime, ils nous touchent. Lorsqu’on finit Star Trip, on a vraiment l’impression d’avoir vécu dans un autre temps.

100 infos insolites sur le corps humain, collectif

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

100 infos insolites sur le corps humain – Auteurs :  Collectif
Pages : 126 pages

100 infos insolites sur le corps humainCe livre contient 100 mini-chapitres d’une ou deux pages consacrés à des sujets spécifiques sur l’être humain : les muscles, le foie, l’ADN humain, la chair de poule ou encore les jumeaux.
Qui est la plus grande personne au monde ? Comment se réveille-t-on le matin ? Pourquoi rougit-on ? Il y a vraiment 100 sujets abordés de manière simple et intéressante.
D’ailleurs, tous les lecteurs de ce livre vont faire des découvertes étonnantes. Pour ma part, ça a été le cas !
Je trouve qu’il est parfait pour s’instruire !

AVIS :
Honnêtement,  je ne pouvais pas ne pas lire cet ouvrage, car il est tout ce que j’aime : diversifié, complet, intéressant, coloré, et drôle ! On peut trouver des réponses à de nombreuses questions dans ce livre original, les explications sont simples et il y a de nombreuses illustrations. Un livre à lire pour approfondir ses connaissances sur le corps humain.Les illustrations, quant à elles, complètenet bien le propos : elles sont tantôt sérieuses, tantôt rigolotes, avec des schémas simples, pour tous les âges, et vraiment bien faits ! Il est complété en fin d’ouvrage par un glossaire et un index bienvenus

Bref, une belle découverte que les enfants dès 8-9 ans peuvent consulter… et jusqu’à 89 ans si vous le souhaitez !

Axel, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Donjon, 1. Coeur de canard, de Joann Sfar et Lewis Trondheim

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Donjon, 1. Coeur de canard, de Joann Sfar et Lewis Trondheim

Les Capuchons, des êtres méchants qui mangent des âmes, veulent s’approprier Le Donjon d’une personne appelée le Gardien, mais le souci c’est que le Gardien n’a aucune envie de le vendre ! Les Capuchons vont alors chercher à tuer Le Gardien de façon à s’approprier plus facilement le lieu. Pour se défendre, le Gardien fait appel à un barbare qui n’a peur de rien, pour massacrer les Capuchons, Mais cela ne passe pas comme prévu… Un canard, le Duc Herbert, peureux et peu sûr de lui, va se mêler de l’affaire. C’est ainsi que va se déclencher une guerre entre les Capuchons et le Gardien.

J’ai trouvé cette bande dessinée vraiment très bien, elle m’a beaucoup plu : dynamique, drôle et pleine de rebondissements.

Colorées, surnaturelles, avec des personnages drôles et intrigants, les illustrations sont tout à fait adaptées à l’histoire et collent bien à l’univers des personnages, humoristiques et décalés.

Je conseille ce livre à tous mes camarades et je vais lire rapidement la suite ! Et si vous voulez comprendre le pourquoi du titre « Coeur de canard », plongez-vous dans l’histoire !

Bruno, 5ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

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Coeurs en fuite, d’Agnès Laroche

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Coeurs en fuite, d’Agnès Laroche

Entre Jade et Alex, 17 ans, un amour impossible va naître ! Car le père d’Alex est un dangereux mafieux et le père de Jade un policier qui l’a traqué pendant des années. La seule solution pour eux serait de partir loin, sans soucis et sans se cacher… Mais comment avoir les papiers d’identité, les passeports, les billets, l’argent, etc,  afin de pouvoir vivre leur amour sans avoir à tenir compte de l’avis des autres, et sans se faire prendre ? Va naître une idée terrible… et si tout au départ commence bien, ce scénario va vite déraper !

Une dangereuse histoire d’amour qui se finira en kidnapping, avec plein de suspens, de tension, et des personnages attachants.  Ce livre était vraiment très bien. Il m’a changé de mon thème préféré qui est habituellement le fantastique. Je n’ai jamais ressenti autant d’émotions dans un livre. Il y a plein de rebondissements et l’histoire est vraiment prenante. J’ai vu que le CDI possédait aussi Le fantôme de Sarah Fisher du même auteur, je vais donc le tester !

Chloé, 12 ans – 5ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Prisonniers des pages

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Escape Book – Prisonnier de l’Overworld, de Irving Le Hen.

Vous et vos amis êtes particulièrement fiers de votre serveur Minecraft, seulement, lorsque vous vous connectez ce soir, tout a disparu. Ne reste plus qu’un mystérieux message, apparemment laissé par un hacker ; une invitation à récupérer votre monde en vous rendant dans une étrange map, où la physique est altérée. Entre aventures et énigmes, il va falloir donner le meilleur de vous-même pour vous enfuir de ce livre !

Alpagué par ma documentaliste tyrannique préférée, je me fais refourguer le précieux. C’est le coup de foudre pour moi : d’abord, « escape book », une référence inratable aux fameuses escape rooms, un jeu grandeur nature passionnant. Ensuite, un logo à droite attire mon œil, 404, là je me dis qu’on a à faire à un éditeur qui doit travailler un peu son sujet. Enfin, le visuel général est très sympathique et donne au livre une ligne dynamique. La suite de l’aventure continue en ouvrant le livre, l’écriture est facile d’accès, le prologue est intéressant, les règles sont claires et il y en a peu. Le but est de retrouver l’expérience de Minecraft à travers une aventure inédite. Pour ma part, le pari est réussi : nous voilà face à un livre dont vous êtes le héros version 2.0. Les énigmes sont sympathiques et devraient vous prendre quelques (dizaines de) minutes à résoudre chacunes. Le tout est largement saupoudré de référence à Minecraft, ce qui pourrait être lourd si mal fait, mais que nenni ! L’utilisation de la syntaxe minecraftienne est très bonne, et fera plaisir aux inconditionnels du jeu. Les captures d’écran des constructions réalisées pour le jeu sont la touche finale du livre. Si l’histoire est orientée vers un jeune public, je pense que le bouquin pourra intéresser les lecteurs de tout âge. Je recommande chaudement !

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