Introduction à la littérature de jeunesse, d’Isabelle Nières-Chevrel

Introduction à la littérature de jeunesseComme cela est précisé dans l’introduction, « ce livre n’a pas d’autre ambition que celle de son titre, être une introduction à la littérature d’enfance et de jeunesse », ou plutôt « a précisément l’ambition de son titre, être une introduction à la littérature d’enfance et de jeunesse ». L’auteur, Isabelle Nières-Chevrel, professeur émérite de Littéature générale et comparée, est une spécialiste reconnue de la littérature d’enfance et de jeunesse. Cet essai s’appuie sur ses travaux de recherche et des cours qu’elle dispensait à ses étudiants. Les exemples choisis portent sur des oeuvres  françaises et étrangères parmi les classiques afin de permettre une étude intemporelle de cette  littérature qui pose problème dans la dénomination même : livres pour enfants, littérature  pour enfants, livres de jeunesse, littérature pour la jeunesse, etc. ? Une littérature qui se définit quoi qu’il en soi par son destinataire.

A travers de très nombreux exemples, du XVIIIe siècle à nos jours (jusqu’à Harry Potter en tout cas, cet ouvrage datant de 2009), l’auteur dresse un panorama très complet et extrêmement documenté  de cette littérature riche  et en constante évolution.

A la fin, des index très précis des titres et des noms propres permettent de se repérer rapidement dans la richesse de cette production. Les noms des 10 chapitres qui composent cet ouvrage permettent de se rendre compte des nombreuses thématiques abordées   : Une dénomination problématique / Bref aperçu historique / La culture de tradition orale / Ecrire pour les enfants / Quelles formes littéraires ? / L’album pour enfants / Le petit zoo de l’enfance / L’enfant comme personnage / Récriture : traductions, adaptations / Construire un patrimoine.

A lire pour tous les adultes qui s’intéressent de près ou de loin à cette littérature hors norme qu’est la littérature de jeunesse afin de mieux en comprendre l’évolution et les rouages. Un essai complet et tout à fait lisible qui apporte des repères clairs sur une problématique riche et répond à de nombreuses questions : la place du conte, les livres écrits pour adultes passés dans le domaine de la littérature pour enfant, la place des animaux dans cette littérature, le rôle éducatif, les problématiques d’écriture d’un genre écrit par des adultes mais à destination des enfants, l’émergence des albums, etc.

Kaplan, de Sébastien Gendron

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog.

Pages : 236 pages

à partir de 15 ans

L’HISTOIRE :

Roman d’anticipation d’espionnage politique avec pour rivalité la dictature et la démocratie.

Deux personnages principaux dans une histoire complexe où se mêlent mensonges, réalité et manipulation,

Kaplan est un tueur à gage, le bras armé du pouvoir de l’État du Cushinberg, chef de la brigade de contre-insurrection.  Sa dernière mission c’est justement Kaplan.

Un jeune garçon de 16 ans, Rimbolt, habitant Leeton, est enrôlé dans un service secret. Quand il comprend qu’il a été manipulé durant 3 ans par le gouvernement, les services secrets, sa famille, il décide de quitter ce pays où il n’a aucun avenir,


MON AVIS SUR LE  LIVRE:

Ce livre très complexe est vraiment passionnant. Il demande une lecture attentive car les détails sont très abondants.  Le narrateur change au cours de l’histoire, de ce fait  il serait facile de se perdre ( moi j’ai pris des notes !).   La politique ainsi que la dictature sont les thèmes principaux dans le roman.  L’écriture est très belle et très agréable à lire, malgré des phrases trop longues à mon avis,  la couverture est vraiment sympa .  C’est un très bon roman d’espionnage pour ceux qui aiment la politique !

Axel, 3ème – 14 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de « Leiard », notre nouvelle chroniqueuse (… Qui est-elle ? Aux élèves d’enquêter pour le savoir … Petit indice, elle est enseignante !) :

« Kaplan est un livre complexe, l’intrigue se déroule en 2049 dans un pays en dictature où seule une ville, Leeton, a osé résister et se retrouve indépendante, mais prisonnière de ses murs et de la guerre froide qui persiste avec le duché du Cushinberg.

Le roman suit deux personnages, Kaplan, Responsable de la Force contre-insurrectionnelle, froid et sûr de lui, envoyé pour espionner la ville de Leeton, et Rimbold un adolescent de 15 ans originaire de Leeton, chargé d’espionner l’espion. Chacun d’eux est persuadé d’agir pour le meilleur camp, mais ces certitudes ne vont pas tarder à être remises en question.

De là vont commencer toutes sortes de manipulations, aussi bien de la part des héros l’un envers l’autre, que de la part d’éléments extérieurs, si bien que parfois il peut être difficile de reprendre sa lecture ! L’intrigue est lente à se mettre en place, mais les cinquante dernières pages offrent un superbe final plein d’action.

Attention, ce livre est réservé aux bons lecteurs, et n’est pas léger. Le ton est assez cynique, et l’atmosphère peut parfois se révéler suffocante. J’ai néanmoins pris plaisir à le lire. Les sujets traités sont profonds comme la démocratie, la dictature et la liberté, et donnent à réfléchir sur ce qui se passe autour de nous aujourd’hui. »

Et un immense merci à l’auteur Sébastien Gendron pour sa dédicace !

Paris 2119, de Zep et Bertail

Paris en 2119, c’est-à-dire dans 100 ans…

Dans ce monde-là, à part une poignée d’irréductibles, tout le monde se déplace en Transcore, un moyen de transport ultra-rapide utilisant la téléportation. Pourtant, Tristan refuse cette évolution de la société et continue à prendre ce mode de transport ringard qu’est le métro, utilisé encore seulement par quelques nostalgiques comme lui ou les laissez pour compte de la société. Mais un jour, il est témoin de faits qu’il n’aurait pas dû voir et cherche à comprendre. Ce qu’il va découvrir risque bien de le mettre en danger.

Zep, connu par les plus jeunes pour être  le « papa » de Titeuf, signe ici une bande dessinée  plutôt destinée aux adultes, voire aux lycéens. Strictement rien à voir avec  le jeune personnage à la mèche blonde, et j’ai été bien heureuse et très surprise par cette découverte. Un scénario bien construit et profond, des illustrations sombres, aux traits justes, une représentation de Paris qui nous parle encore que ce soit celle des monuments, du métro ou des bas-fonds (cent ans, c’est dans pas si longtemps…). L’ensemble permet de réfléchir à l’importance des relations humaines et du temps qui passe.

« Le temps du voyage n’est-il pas nécessaire pour appréhender une nouvelle destination »?

Une phrase qui fait écho en moi et qui évoque, malgré moi, des souvenirs lointains : la première fois que je me suis rendue en Russie, seule, à 18 ans, c’est exactement la question que je me suis posée et qui m’a fait opter pour … le train ! Deux jours de voyage dans un train russe à traverser l’Allemagne, la Pologne, la Biélorussie… Une expérience inoubliable durant laquelle les personnes rencontrées, les paysages traversés nous permettent  de nous approprier lentement le lieu vers lequel on chemine. Le temps a alors une réelle signification.

Mais assez parlé de moi ! Pourtant, c’est cette notion philosophique qu’aborde cette bande dessinée. Mais également, comme la plupart des récits de science-fiction, la question cruciale des dérives potentielles de tout progrès scientifique. Que voulons-nous pour le monde de demain ?  Quelle place laissons-nous aux relations humaines ? Et quel est le prix de la liberté ?

A lire sans hésiter mais pas pour les collégiens à cause des quelques scènes de nus, et même si « Progrès et rêves scientifiques » est au programme de français de 3ème.

Un one-shot efficace mais qui appellerait quand même bien une suite ! Ne pourrait-on pas le faire devenir une trilogie ? …tant de choses pourraient encore être dites !

 

Et merci à l’éditeur pour la délicieuse tablette de chocolat noir artisanale et française « Petits carreaux de Paris »  -au design rappelant le carrelage de métro parisien-  glissée dans le colis du service de presse  : un joli clin d’oeil pour la bande dessinée ! « En 2119, vous serez plutôt métro ou téléportation ? « .

Le sourire du diable, de Nancy Guilbert

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chronqiues des élèves du comité de lecture du blog

Louise est une adolescente de 15 ans, sa mère Rose la déteste et lui répète sans cesse qu’elle a le sourire du diable.

Louise ne parvient pas à comprendre. Mais un jour, elle reçoit une lettre d’un Allemand qui lui dit connaître des secrets qu’elle ignore sur sa famille. La jeune fille questionne alors sa mère qui la frappe pour toute réponse … Louise s’enfuit dans la forêt.

C’est le soir. L’adolescente rentre dans sa chambre et découvre sur sa table de chevet le journal intime de sa mère, Rose, qu’elle tenait à l’âge de 17 ans.

La jeune fille se plonge dans sa lecture et y découvre le pourquoi du comportement de sa mère envers elle..

Une aventure qui se passe peu de temps après la guerre contre les Nazis. Une histoire forte plutôt pour les 4ème/3ème car certains événements sont relatés sont terribles et peuvent choquer les âmes sensibles.

Mais personnellement, même si je suis en  6eme j’ ai adoré ce roman très bouleversant qui peut même amener les larmes chez le lecteur. L’histoire et son contexte nous permet une aventure dans le temps et dans l’Histoire à travers des personnages forts. Un roman à trois voix  où alternent le point de vue de la mère, la grand-mère et la petite-fille. Un coup de coeur !

Judith, 6ème – 11 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Au ghetto de Varsovie nous avons combattu avec Marek Edelman, d’Eric Simard

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

L’HISTOIRE :

Ce livre, fiction historique, se présente comme une suite de 22 courts récits de personnes ayant côtoyé Marek Edelman dans le ghetto de Varsovie, particulièrement durant l’insurrection. Marek Edelman fut l’un des fondateurs de l’Organisation juive de combat (OJC), créée en 1942 pour résister à l’occupation nazie.  Il fut l’un des chefs du soulèvement du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 et l’un des 40 survivants, réussissant à fuir par les égouts après que les Allemands eurent incendié le ghetto. Les héros de ce livre nous livrent leur témoignage, nous expliquant dans quelles conditions ils sont morts.

En effet depuis novembre 1940, les Allemands et leurs complices harcèlent, terrorisent, affament, humilient la population juive du ghetto de Varsovie.

66 pages

AVIS SUR LE LIVRE :

C’est un roman composé de récits historiques pour la jeunesse mais qui s’adresse à tous.

Il s’agit d’un ouvrage de fiction mais s’inspirant de faits authentiques. On découvre les réalités de la vie dans le ghetto, la faim, le froid, l’arbitraire, la violence, la déportation vers Treblinka, le mépris de la vie humaine, la mort de presque tous.  On trouve un plan très clair du ghetto avant les récits et un petit lexique qui fournit quelques précisions.

Malgré que chaque chapitre soit très court, ce livre n’est pas facile à lire, parce que chaque témoignage est touchant et nous fait vivre la dure réalité de cette période.

Axel – 14 ans, 3ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Les yeux d’Aireine, de Dominique Brisson

Les yeux comme un miroir..

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Les yeux d’Aireine commence par les années d’adolescence d’Aireine. Un passé troublant, la vie d’une jeune fille de quinze ans, qui voit son monde basculer du jour au lendemain. Une ambiance inquiétante qui perturbe Aireine, qui la fait douter. Une impression que tout dérape, que tout lui échappe. Elle ne reconnaît plus sa meilleure amie, elle n’arrive même plus à comprendre sa mère ! Les adultes changent, les jeunes de son âge n’ont plus le même comportement. Aireine consigne tous ses états d’âme dans un carnet qui l’aide à faire de l’ordre dans ses pensées. Elle va tout nous raconter, ses rencontres, ses choix….. Et puis, des années plus tard, arrive Achelle, arrière-petite-fille de Aireine. A l’âge de dix-sept ans, celle-ci s’est vu confier, en secret, le journal intime de son arrière-grand-mère. Chose étrange, personne dans la famille ne veut parler d’elle, de ce qui lui est arrivé, de ce qu’elle est devenue. Pourquoi tant de mystères et de malaise. Achelle ne sait pas qui est son père, parti alors que sa mère était enceinte. Elle a ce besoin irrésistible de mieux connaître Aireine, un besoin qui finit par l’obséder. Alors commence pour elle une importante quête, la quête d’un passé dissimulé, dérangeant. Elle veut comprendre l’histoire de son arrière-grand-mère. Elle veut trouver ce lien qui lui manque. 

Les yeux d’Aireine est un roman touchant qui met en parallèle deux générations qui vont se rapprocher, se découvrir. On ne peut rester insensible à Aireine et Achelle qui ont les mêmes convictions. Le lecteur se fraye progressivement un chemin dans l’histoire dont la fin magistrale est pleine de tendresse et d’émotions.

C’est un roman qui nous prouve également que la mémoire d’une famille, des personnes qui ont vécu avant nous est importante pour notre construction. On a tous besoin de savoir d’où l’on vient mais les relations avec les gens qu’on aime ne sont pas toujours faciles et parfois on se rend compte qu’on ne les connaît pas forcément bien.

Dysfférent, de Fanny Vandermeersch

Dysfférent

C’est l’histoire d’un garçon, un collégien. Il s’appelle Charlemagne. Un drôle de prénom qui n’aide pas à se sentir « comme les autres ». Et justement, Charlemagne est différent des autres enfants, il est « dys » : dyslexique, dysorthographique et dyspraxique. Ces termes barbares recouvrent des troubles de l’apprentissage, notamment dans l’acquisition du langage écrit : « Les lettres tourbillonnent, changent de place – elles jouent entre elles. » Il est difficile pour Charlemagne de se concentrer en classe. En sport aussi, c’est souvent compliqué, car il a du mal à coordonner ses gestes.

Mal dans sa peau, Charlemagne a du mal à se faire des amis (« parfois je pense que je ne suis qu’un bon à rien, un idiot, une erreur« ) et les autres, Ringo en tête, se moquent souvent de lui.

Heureusement, Charlemagne peut compter sur le soutien de ses parents et de son frère Clément. Leur rituel à tous les deux, le soir : lire une page du dictionnaire. La musicalité des mots le touche et c’est ainsi que l’on découvre que Charlemagne, « mauvais » élève dans quasiment toutes les matières, pourrait bien avoir un talent caché, qui ne demandera qu’à se révéler. Peut-être grâce à la rencontre de Madame Charlotte, la prof de musique remplaçante, et celle de Jade, l’énigmatique et jeune pianiste ?

Ce roman a tous les attraits pour un lecteur adolescent : un format poche et court (88 pages), un style fluide, une narration à la première personne et un langage parlé qui rendent la lecture aisée. Et puis le contexte de l’histoire : la vie d’un collégien, ses rapports avec les autres, et son sentiment d’être différent. Ce sentiment d’être différent est un thème récurrent de l’adolescence, et finalement de la vie en général. C’est aussi ce que nous dit l’auteur, par les mots de Clément, le grand-frère de Charlemagne : « Ecoute, tu te sens différent parce que tu es dyslexique. Mais tout le monde est différent ! Par exemple, moi je suis gaucher. Maman a une jambe un peu plus grande que l’autre et doit mettre des semelles dans ses chaussures. Papa ronfle la nuit… » L’histoire de Charlemagne nous intéresse, elle parle à chacun de nous.

L’intrigue progresse vite, on veut connaître le dénouement de ses déboires avec l’affreux Ringo, mais aussi qui est la mystérieuse pianiste de la maison au fond du bois…

Sans en dire davantage, une chose est sûre, on referme ce livre avec le sourire aux lèvres.

Dysfférent fait partie de la collection Rester vivant des éditions Le Muscadier, qui s’adresse particulièrement à un public adolescent. Elle aborde sans détour les thèmes du monde d’aujourd’hui, tout en tentant d’éveiller chez ses lecteurs un sens critique et un regard incisif sur nos comportements.

Enfin, un détail qui a son importance et qu’il est bon de souligner : le texte du roman est composé avec la police de caractères Open-Dyslexic qui facilite la lecture et permet d’améliorer la compréhension des personnes dyslexiques.

Aucune excuse pour ne pas lire ce roman !