D’Eve à Eva.

E.V.E, Entité, Vigilance, Enquête 

de Carina Rozenfeld.

E-v-e

     Dans un univers futuriste mais assez proche du nôtre, les EVEs, machines énigmatiques dotées d’une intelligence artificielle, surveillent la ville 24h/24. Leur rôle – et elles l’accomplissent à merveille – est de protéger les habitants du crime. En effet, à Citypolis, chacun s’est vu implanter une puce qui permet aux EVEs de les surveiller à travers leurs propres yeux. Alertées grâce à cette puce par le sentiment de peur et la chute des constantes vitales des victimes, les machines font immédiatement intervenir les secours et enregistrent les preuves nécessaires à la condamnation du coupable.

     Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour de l’agression d’Eva Lewis : fait sans précédent, l’E.V.E responsable de sa surveillance n’a pas vu le meurtrier et, encore plus étonnant, elle en est troublée !

     Alors, les machines peuvent-elles ressentir l’injustice et vouloir la réparer ?

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     Malgré une certaine pauvreté des dialogues et une psychologie des personnages trop peu creusée à mon goût, l’intrigue est prenante et plaira aux élèves les plus âgés. Cette lecture permet de plus une bonne illustration à la thématique littéraire du progrès scientifique et de ses limites (programme de Français de 3e – Science-Fiction).

     Comme une girouette, mon avis sur mon propre rôle changea. Si je n’avais pas été là, Conrad Scott serait mort. Sa femme et ses enfants seraient en train de le pleurer. Alors, qu’est-ce qui était le plus important ? L’intimité ? La liberté ? La sécurité ? […] Je ne savais plus si ce que je faisais était bien ou mal. Je voyais ce qui était extraordinaire dans ma responsabilité, dans celle des autres EVEs, mais je percevais également les limites du système.

Piet Mondrian ?

Mister Orange de Truus Matti.

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New-York, 1943.

    Tout commence avec une paire de chaussures : le frère aîné de Linus part combattre en France et reçoit donc une paire de bottes neuves. Le garçon récupère alors les souliers de son aîné et lègue les siens à son cadet, et ainsi de suite dans la grande fratrie. Aussi, avec le départ du plus grand, chacun chausse également un autre rôle et doit se débrouiller comme il le peut pour marcher du bon pas et endosser ses nouvelles responsabilités.

     Linus, lui, est désormais chargé des livraisons des fruits vendus par ses parents et fait ainsi de nouvelles rencontres, comme par exemple avec celui qu’il surnomme « Mister Orange », peintre européen qui lui fait entrevoir un monde plein de couleurs brutes et de boogie-woogie. Les sens du héros s’éveillent, sa raison également.

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     Un très beau texte, poétique et empli de symboles, et qui fait constamment appel à l’imagination. Une histoire visuelle et colorée qui joue sur tous les sens (« Pourquoi ne pas donner de nom aux odeurs ? » demande Linus) et surtout très rythmée. Ce roman fait merveilleusement revivre une époque et un lieu très souvent inconnus de nos jeunes lecteurs. 

Lecture vivement conseillée, à réserver aux bons lecteurs. 

« Tchèquématte ! »

Le fils de l’Ursari de Xavier-Laurent Petit

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     Fils d’un montreur d’ours, Ciprian, petit Rom fraîchement débarqué à Paris avec sa famille, passe ses journées à observer Mme Baleine et M. Énorme dans les jardins du « Lusquenbour ». Pas pour les détrousser – au grand dam de Karoly, le « chef » du bidonville, qui attend son argent – mais pour suivre leurs parties d’échecs.

     Remarqué pour sa mémoire prodigieuse et son talent pour ce jeu, le garçon entre dans un nouveau monde, bien différent de celui auquel il était habitué depuis son arrivée.

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     Raconté à la première personne, ce roman nous donne à voir le quotidien du héros à travers ses propres yeux d’enfant : regard léger mais honnête sur les réalités cruelles de notre monde et du sien. Grâce à une belle écriture et au travail fait sur les mots, l’empathie avec le narrateur est garantie, ce qui amène le lecteur à partager ses réflexions sur le déracinement, la langue, le sens des mots et leur poids, la liberté…

A lire absolument.

La littérature comme vous ne l’avez jamais vue

A la recherche de grands écrivains français

 

A la rencontre des grands écrivains françaisPrésenté comme un coffret, ce livre est magnifique, d’une grande richesse. Des pages jaunies, des documents enveloppés de papier calque, des rabats sous forme de petits livres, des brouillons de lettres, de superbes photos en noir et blanc, tout y est pour nous plonger dans l’univers des écrivains français. Ce livre est une bible qui renferme le trésor de la littérature.

Avant de parvenir entre les mains du lecteur, le livre n’était que brouillon, avant d’être présentée au public, la pièce de théâtre n’était qu’une ébauche que l’auteur a travaillé et retravaillé. Les écrivains se sont succédés au fil des époques et leurs œuvres leur ont survécu. Les pensées se sont modifiées et le style a évolué.

On part du Moyen Age puis on traverse les siècles du XVIème jusqu’au XXème. Une véritable encyclopédie qui nous fait pénétrer dans l’intimité des auteurs. On n’a jamais l’occasion de lire des texte , des œuvres avec « l’écriture originale « et là c’est génial de découvrir la plume de l’écrivain, ses ratures, le produit brut. 80 auteurs sont ainsi présentés : Rousseau, Maupassant, Balzac, Hugo, Simenon, etc.

Un ouvrage qui sera très utile aux collégiens qui, je suis sûre, seront séduits par sa qualité et sa beauté… et qui convient à tout âge !

Demain avec toi….

Jamais sans ma fille, de Betty Mahmoody

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Betty est mariée à Moody un médecin d’origine iranienne. Ils ont une fille. Mais au bout de quelques temps des crises conjugales éclatent, liées en partie par des tensions politiques qui naissent entre l’Iran et les Etats-Unis. Alors que leur couple est fragilisé, Moody demande à son épouse de venir avec lui en Iran pour faire connaissance avec sa famille. Méfiante, celle-ci hésite mais pour favoriser une réconciliation, elle accepte. Ils s’envolent tous les trois. Nous sommes en août 1984…

Je me dis que je suis en train de commettre une erreur, que je voudrais pouvoir sauter de cet avion à la minute. Je m’enferme dans le cabinet de toilette et jette un oeil dans le miroir, pour apercevoir une femme au dernier stade de la panique. Je viens tout juste d’avoir trente-neuf ans, et à cet âge une femme devrait avoir sa vie en main. Je me demande comment j’ai pu en perdre le contrôle…

Arrivée sur place, Betty ne peut que constater le changement d’attitude progressif de son époux qui lui annonce qu’elle ne partira jamais d’Iran, que sa vie est désormais là. Sa belle famille lui est hostile et influence Moody bien déterminée à la faire prisonnière. Devant sa résistance, le mari va devenir violent, l’enferme, la bat, la prive de sa fille. Pour avoir la paix et préparer sa fuite, elle joue la femme soumise subissant humiliations, séquestrations pendant deux ans. Betty va alors mener un combat incessant pour fuir ce pays où la femme, privée de libertés, n’est pas reconnue.

Chaque détail de ma vie quotidienne est axé sur le grand but. je suis déterminée à me montrer une épouse et une mère aussi exemplaire que possible. Pour trois raisons. La première est de consolider l’illusion de bonheur et de normalité, de façon à ôter tout soupçon de Moody. La seconde est de faire plaisir à Mahtob et d’éloigner de son esprit l’idée qu’elle est prisonnière.

Parfois elle demande :
– Est-ce qu’on pourra retourner en Amérique, maman ?
– Pas maintenant. Peut-être qu’un jour, dans l’avenir, papa changera d’idée, et nous irons tous les trois.
Ce genre de mensonge soulage un peu sa tristesse, mais pas la mienne.
Ma troisième raison de créer un foyer « heureux », c’est de me préserver moi-même, de ne pas devenir folle.

Jamais sans ma fille est un récit autobiographique bouleversant qui nous fait partager toutes les horreurs infligées à Betty, contrainte de respecter les règles imposées par son mari. Leur petite fille, Mahtob, fréquente une école qui la détourne de sa culture américaine. Betty est terrorisée et se rend coupable de la situation. Elle n’aurait jamais dû accepter de partir, elle aurait dû écouter les mises en garde qui lui avaient été faites. Ce qui est bouleversant est de se dire que cette histoire est vraie, qu’elle a été vécue par une femme qui n’a eu de cesse de se battre pour retrouver la liberté. Une liberté en demi teinte car encore aujourd’hui Betty vit sous un nom d’emprunt par peur de représailles. Jamais elle n’a pensé partir sans sa fille, elle a toujours persévéré pour s ‘en sortir à deux. Le lecteur se sent désarmé face à une telle souffrance et ne peut partager que la douleur et les angoisses d’une femme si combative.

Ce récit ne dénonce à aucun moment la façon de vivre des Iraniens, Betty n’émet aucune critique envers le peuple. D’ailleurs elle a pu s’évader grâce à l’aide d’hommes ou de femmes de Téhéran. Betty est une femme courageuse qui se bat pour elle, pour sa fille mais aussi pour sa famille notamment pour son père qui est mourant…

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Summerset Abbey, 1. Les héritières, de T.J. Brown

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Summerset Abbey, 1. Les héritières, de T.J. Brown

Angleterre, à l’aube de la première guerre mondiale. Rowana et Victoria enterrent leur père. Avec Prudence, la fille de la préceptrice, qui est comme une soeur pour elles, elles vont avoir du mal à surmonter cette épreuve. Les problèmes pulmonaires de Victoria ne facilitent pas la situation. Les trois jeunes filles sont alors envoyées à Summerset Abbey, dans la somptueuse demeure de leur oncle. C’est un coup dur pour elles, d’autant plus que là-bas, Prudence est reléguée au rang de femme de chambre ! Prudence souffre en silence et s’apprête à découvrir les lourds secrets de sa famille… Rowena, quant à elle, rencontre un jeune aviateur, et Victoria mène une vie secrète… Qu’adviendra-t-il des jeunes filles ?

Une histoire passionnante qui nous plonge dans l’univers aristocratique et ses privilèges. De nombreux rebondissements, du suspens, j’ai vraiment adoré cette histoire qui se lit en toute légereté, simple et agréable. Peut-être un peu long à démarrer, on se laisse ensuite entraîner avec grand plaisir  dans ce premier tome d’une trilogie historique et romanesque dont chaque tome peut se lire séparemment même si, lorsqu’on a accorché au premier, on veut absolument lire la suite… que le CDI ne possède hélas pas… encore !

Johanne, 3ème – 14 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Jeu de mots

Grammaire de l’imagination, de Gianni Rodari

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Grammaire de l’imagination est très agréable à lire. L’auteur nous présente avec une touche d’humour ses méthodes pour développer l’imagination et pour produire ses histoires.

Profitant de son expérience en tant qu’instituteur, il a pu développer des ateliers autour du mot et de l’imagination avec ses élèves. Ce livre est donc illustré par de nombreux exemples .
Gianni Rodari développe des systèmes permettant d’aider l’enfant à l’écriture.
L’auteur part du principe que tout élément peut déclencher l’écriture d’une histoire. Ainsi, même les fautes d’orthographe peuvent servir de prétexte à l’écriture.
Ce livre est donc une sorte de répertoire d’idées pour jouer avec les mots, avec les enfants. Il s’agit plus du témoignage de Gianni Rodari se servant de sa propre expérience, qui montre et qui donne envie de jouer avec les mots pour réinventer sans cesse des histoires. « Imaginez » est le mot d’ordre de ce livre. L’imagination, c’est la liberté de l’esprit puisque imaginer c’est penser à des choses qui n’existent pas .