Qui ment ? de Karen McManus

Le meurtrier est dans la salle…

index     Dans un lycée américain, cinq adolescents se retrouvent ensemble en retenue, cinq adolescents populaires et déjà étiquettés par leurs camarades :  Bronwyn l’intello, Simon la commère, Nate le délinquant, Addy la jolie fille et Cooper le sportif. Etrangement, tous disent avoir été piégés et se retrouver là par erreur. Tous semblent aussi avoir un secret à cacher …

     De ces cinq protagonistes, seuls quatre sortiront vivants : une seule certitude pour les enquêteurs, le meutrier se trouvait dans la salle de colle !

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     Un roman qu’on ne lâche pas tant le suspens est intense. Puisque les quatre suspects se relaient à la narration, on ne peut que les croire et on les pense forcément honnêtes : c’est un très bon moyen de tenir le lecteur en haleine.

     L’intrigue est très bien ficelée et le quotidien de ces adolescents est très proche de nous : leurs secrets pourraient-être les nôtres. Ce roman est également un bon moyen de réfléchir à des thèmes d’actualité : le harcèlement, les dangers des réseaux sociaux, la souffrance que peuvent apporter les secrets …

A lire absolument, dès la 4e pour les bons lecteurs.

Ceux des limbes, de Camille Brissot

Menace intérieure

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Le monde est menacé par une infection qui ne cesse de s’étendre. La nature a pris l’ascendant sur l’homme, ne lui laissant aucune chance. Elle envahit les villes, la forêt encercle le Mont-Survie, qui sert de refuge aux survivants de l’épidémie. Cette montagne ressemble à une pyramide, véritable forteresse habitée par les miraculés. Séparés de l’extérieur par une porte, cette poignée d’hommes refonde une société qui a régressé, régie par des règles strictes. Le virus, responsable de ce chaos, est un champignon qui se transmet par le sang et la salive. On l’appelle le virus limbe. Les humains contaminés sont réduits, seules les fonctions vitales sont préservées. Ils s’assemblent en grappes et se déplacent en horde dans le but de transmettre la maladie. Leur peau est grise, leur chair momifiée. Et gare à celui qui les entend, leur cri est dévastateur. Leur voix insupportable pour le cerveau, crée un mouvement de panique pour celui qui l’écoute. Une sorte de chant des sirènes. Le limbe reste un être humain mais il faut le détruire pour sauvegarder la survie de l’espèce. Parmi les rescapés, deux jeunes adolescents, Naha et Otolan. Dès 15 ans, tous les jeunes doivent faire leur preuve en évoluant seuls dans la forêt pendant dix jours, dans le seul but de prouver qu’ils peuvent survivre dans ce milieu hostile, pris d’assaut par les limbes. Naha doit passer cette épreuve, Oto, lui, bénéficie d’une immunité. En effet, à l’âge de cinq ans, il a survécu à une horde de limbes. Il est devenu une sorte de héros mais attise également les jalousies. Chaque personne qui quitte le Mont-Survie emporte avec lui un venin. Une pilule blanche destinée à être avalée en cas d’attaque. La mort survient dix minutes après l’absorption du comprimé. Le jeune garçon amoureux, n’a pas l’intention de laisser Naha seule, face à son destin. En grand secret et au péril de sa vie, il décide de la suivre, bravant ainsi les règles établies par les maîtres de la communauté. Les jours qui se succèdent ne sont que meurtrissures et cauchemars. La forêt c’est la mort assurée, cette mort qui rôde, qui agrippe et qui enlace. Une expédition sous haute tension commence.

Ceux des limbes est un roman qui met l’homme face à la nature. L’être humain l’a toujours contrôlée, l’a toujours façonnée. Ici, la forêt si belle pourtant, est une menace oppressante qui envahit l’espace. Elle se rebelle. Le lecteur part pour une folle aventure, dans un nouveau monde sauvage où l’homme est une proie pour l’homme. Le royaume sombre des morts-vivants nous plonge dans une atmosphère surnaturelle. Les limbes sont en quelque sorte des zombies, personnages qui ont beaucoup été utilisés au cinéma ou dans la littérature, une sorte de réflexion sur la nature humaine. L’homme qui se veut maître du monde, qui veut tout contrôler se retrouve face à lui-même, victime de son acharnement.

Ceux des limbes est un récit rythmé, préservant un suspens soutenu jusqu’à la fin. L’écriture de Camille Brissot est fluide, précise et met le lecteur aux premières loges. Chaque page est une image dont on ne peut se défaire. Ceux des limbes est un roman qu’on ne peut pas lâcher, une belle histoire d’adolescents amoureux qui passent à l’âge adulte, sur fond d’apocalypse. Oto et Naha sont des personnalités fortes avec, et c’est rare, le personnage féminin qui est plus robuste que les hommes, qui s’impose. Camille Brissot m’a réconciliée avec ce genre de récit dont je ne suis pas fan à l’origine. Un véritable coup de cœur.

Sortie le 05 avril – A ne pas rater !

Viou, de Henri Troyat

Arrache coeur

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Sylvie a 7 ans et vit chez ses grands-parents paternels depuis que son père est mort. Il a perdu la vie, deux ans auparavant, lors des combats de 1945. Il était médecin sur le front. Sa mère, secrétaire médicale, vit sur Paris où elle travaille dur. Elle essaie de se reconstruire. La famille est propriétaire d’une usine de matériaux de construction et vend du charbon. Grand-père et grand-mère ne se parlent pas. Les rares échanges sont agressifs et brefs, Viou ne comprend pas pourquoi. Viou est le doux surnom que lui ont donné ses parents. Un surnom qui sent bon le bonheur passé. Au domaine, le dimanche est réservé à la messe et aux interminables promenades au milieu des tombes du cimetière voisin. De retour à la maison, grand-mère recommence à parler de son fils que la mort a fauché si injustement. Et chaque dimanche, elle sort son uniforme impeccablement entretenu, comme si il allait revenir…Voilà comment se déroule la journée dominicale pour Viou. Mais la petite fille n’en peut plus. Personne ne voit sa souffrance, un père à jamais disparu et une mère absente. Et toujours ce culte du mort dans cette maison qui transpire l’austérité, avec une grand-mère si sévère et si intransigeante avec sa petite fille. Viou est au bout et en fait ne sait pas si elle souffre plus de la mort de son père que de l’absence d’une mère dont le parfum, la gentillesse, la délicatesse et tout simplement l’amour sont si réconfortants. Son père était brillant et Viou se doit d’être aussi brillante que lui, ainsi l’a décidé sa grand-mère. Elle doit faire honneur à sa mémoire et surtout ne pas ressembler à sa mère. Quelle offense, que c’est lourd pour une petite fille de 7 ans. Pourquoi tant de haine envers la maman de Viou ? Jamais une marque d’affection alors que toutes les mamies sont là pour câliner leurs petits. Viou était trop petite quand son papa est parti. Les souvenirs sont flous, presque inexistants. Heureusement, il y a tante Madeleine pour parcourir les album photos et parler de sa vie d’avant… Mais comment dire à une mère qu’elle lui manque, que cette séparation rend la vie insupportable. Comment Viou, cette fillette si tourmentée, arrivera t-elle à affronter les événements tragiques qui jalonnent son existence ?

Viou est une très jolie histoire émouvante qui dépeint parfaitement les codes de la vie bourgeoise. Viou, une petite fille triste que la vie n’épargne pas et qui du haut de ses 7 ans ne comprend pas toujours les adultes. Une grand-mère très sévère qui, rongée par la mort de son fils, ne laisse paraître aucun sentiment à l’égard de sa petite-fille. Un roman fort en émotions où le profil de chaque personnage est décrit avec soin, où le lecteur perçoit à travers les yeux de Viou toute la rigidité de la vie des gens de bonne famille. L’absence des êtres aimés est très présente et constitue le fil conducteur de ce roman.

Le grand Meaulnes, de Alain-Fournier

Entre rêve et réalité

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Augustin Meaulnes, jeune adolescent de 17 ans, arrive dans l’école unique de François Seurel, fils de l’instituteur. Ils vont se lier d’amitié. Augustin, garçon silencieux, assez énigmatique, libre  va vite être surnommé par ses camarades le Grand Meaulnes. Un jour, alors qu’il prend la décision de partir chercher les grands-parents de François à la gare de Vierzon, il se perd dans la campagne et atterrit dans une propriété où se tient une fête étrange. Il y tombe amoureux d’Yvonne. Dès lors, il n’aura de cesse de la retrouver.

Un premier roman éblouissant écrit par un jeune auteur de 27 ans, qui décédera quelques temps plus tard durant la première guerre mondiale laissant un grand vide dans la littérature classique. L’adolescence y est décrit avec justesse dans tous ses excès, ses tourments, ses attentes. Le rêve rejoint la réalité, ou bien est-ce la réalité qui rejoint le rêve ? En tout cas, Augustin Meaulnes sera tout au long de sa vie en quête d’une chimère, comme si, même lorsque la réalité dépasse ses espérances, il ne s’en satisfait pas. D’un onirisme, d’un romantisme incroyable. Poétique, mélancolique, merveilleux, les termes sont nombreux qui peuvent décrire ce roman d’amour atypique. A lire au moins une fois dans sa vie, pour les lecteurs amoureux de la langue française, me^ais je conseille peut-être d’attendre le lycée ou l’âge adulte pour en apprécier toute la saveur.

De ce roman vient le prénom donné à mon fils, Augustin… tout est dit…

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Miss Peregrine et les enfants particuliers, 3. La Bibliothèque des âmes de Ransom Riggs

La Bibliothèque des âmes, de Ransom Riggs

Voilà donc le dernier volume tant attendu des aventures des enfants particuliers. Jacob et Emma réussiront-ils à délivrer leurs amis des Estres maléfiques et de leurs affidés les Sépulcreux ? Et qui sont vraiment, au final, tous ces grands méchants ? Les réponses vous attendent dans les quelque 600 pages de La Bibliothèque des âmes, toujours agrémentées de superbes et mystérieuses photographies anciennes qui invitent à la divagation de l’esprit (libre à chacun de créer ses propres histoires avec ces images étonnantes). L’un des aspects les plus piquants de l’ouvrage est constitué par le décor infernal que compose la boucle de relégation des particuliers hors-la-loi et criminels, où se déroule la majeure partie de l’aventure : l’Arpent du Diable. Y sont associés de nouveaux beaux personnages : Sharon (allusion au passeur des enfers de la mythologie grecque, Charon), le batelier spécialisé dans les visites à thèmes horribles, M. Bentham qui se révèle un artisan déterminant de toute cette tragédie… Mais chut ! Ne dévoilons rien pour ne pas émousser les révélations de cet ultime volume. Le caractère un peu primitif de la psychologie des deux héros ne suffit pas à gâcher le plaisir de lecture d’un roman qui tisse des liens tant avec la mythologie antique, qu’avec le roman social du XIXe siècle (les « misérables » de l’Arpent du diable) ou les récits sur la Shoah.

 

L’enfant, de Jules Vallès

julesDouleurs d’enfance

 Jacques Vingtras, c’est l’enfant. Jacques Vintgras c’est Jules Vallès. On notera au passage que l’auteur a donné à son personnage un prénom et un nom avec les mêmes initiales que lui. Un récit hautement autobiographique qui relate toutes les douleurs d’une enfance bafouée. Il a été humilié, battu et au fur à mesure que les années passent, les blessures grandissent. Jules Vallès dira « je saigne en dedans.. ». La mère, une paysanne autoritaire et violente défoule ses sautes d’humeur et sa colère en le frappant. L’enfant est comparé à un tambour. Mais il se persuade que la cruauté de sa mère est normale et que c’est pour son bien. Il n’ose pas se plaindre par crainte de représailles maternelles. Il est battu tous les jours, image d’une éducation qui ne veut pas d’enfants gâtés. Les parents l’aiment mais ils ont tellement peur qu’il n’y arrive pas, que la vie soit pour lui aussi injuste que pour eux, qu’ils lui infligent de mauvais traitements persuadés de lui donner le meilleur enseignement. Après avoir été surveillant, son père devient professeur dans un collège. La famille déménage au grès de ses affectations. Les seuls moments où le jeune garçon trouvera repos et bonheur seront ceux passés chez sa tante et son oncle pendant les vacances. Des instants loin de ses parents, une source de quiétude à la campagne. Jacques est pris entre deux sentiments. D’un côté, il déteste ses parents pour ce qu’ils font mais les aime malgré tout car il comprend pourquoi ils agissent ainsi. Pour être une bonne personne, il faut être battu. C’est tellement pathétique. Et pourtant, Jacques leur pardonne et justifie leurs actes par une situation financière difficile et préoccupante.

Jules Vallès parle de sa vie mais, à travers elle, il parle aussi au nom de tous les enfants qui ont connu le même calvaire.

À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents, je dédie ce livre »

Cette dédicace, très percutante, est un message d’espoir pour tous ces enfants martyrs, ces souffre-douleurs. On peut se demander si cette maltraitance n’a pas nourri petit à petit les révoltes futures de l’auteur.

La promesse de l’aube de Romain Gary

A ma mère…

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La promesse de l’aube est un roman autobiographique dans lequel Romain Gary dresse le portrait de sa mère, une russe juive, Mina Kacew. Une mère hors norme, extravagante, battante, intransigeante, exigeante, une mère aimante. Une mère dévouée à son fils, qui ne vit que pour lui, voyant pour lui un avenir glorieux. Un amour sans borne, un amour démesuré, un amour fusionnel, un amour éprouvant, trop lourd à porter pour ce petit garçon, dont le seul but dans la vie sera de ne pas décevoir sa maman. Romain est élevé par sa mère, qui a fui la Russie. Une enfance pauvre mais durant laquelle il ne manquera de rien.Très courageuse, Mina fait toujours en sorte de trouver les moyens de s’en sortir, elle veut que son fils s’élève au-dessus de la médiocrité, qu’il devienne quelqu’un de respectable, quelqu’un dont le monde parlera. Elle émigre en France, à Nice. Elle a beaucoup d’ambition pour lui, une ambition sans limite. Elle trace la voie et lui, doit y sceller ses pas. Elle lui façonne une vie, lui inculque également l’amour de la France. Ce gamin n’a pas le choix et durant toute son existence, il fera ce que sa mère exige de lui, même au péril de sa vie. Romain Gary a eu une vie extraordinaire grâce à cette femme qui l’a porté à bout de bras. Il a vécu pour accomplir les rêves immenses de sa mère. Il l’admire et il est prêt à tout pour elle. Il faut qu’il soit le héros qu’elle espère qu’il devienne.

La promesse de l’aube, un roman fort, bouleversant, un amour dévorant qui fera de l’auteur la personne que l’on connaît. Une belle histoire qui fait sourire, qui fait pleurer. Une fin qui nous serre les tripes. Un tandem auquel on s’attache, avec lequel on aurait encore aimé faire un bout de chemin. Que dire de cette mère, cette force inépuisable, ce courage à tout épreuve, son fils le combat de sa vie, cette mère qui aura mis son existence à faire que son petit gars devienne quelqu’un de bien, de célèbre. Epoustouflante d’énergie, de volonté… Avant d’être Romain Gary, il est Roman Kacew, un fils qui donnera tout à sa mère, conscient de son sacrifice, il fera tout pour lui faire honneur.

Comment peut-on se construire lorsque la mère est si présente, si étouffante? Y a-t-il de la place pour une autre femme, tant l’amour de cette mère a été fort ? Une adaptation cinématographique sortie en décembre 2017 m’a donné envie de lire ce roman. J’ai été totalement captivée et émue par l’un et l’autre.