Photos chopées : les images disent-elles la vérité ?, de David Groison

Ouvrons l’oeil

9782330017934A peine quelques années après la naissance de la photographie apparaît la première photo truquée… Eh non, il n’y a pas que photoshop qui est en cause ! Le jeu de mot du titre est une excellente entrée en matière pour une réflexion sur la manipulation à laquelle tout un chacun est exposé  chaque jour de la part des médias. Les images disent-elles la vérité ?  C’est la grande question, et elle a toujours été d’actualité ! Au XIXème siècle, un portrait du président des Etats-Unis, Abraham Lincoln a été truqué afin de le montrer dans une posture plus héroïque… Et depuis, ces manipulations ne se sont jamais arrêtées… Leur but ? Faire disparaître personnages ou objets compromettants, masquer la vérité comme outil de propagande, valoriser des faits, rendre l’image (de l’autre ?) plus esthétique. Après quelques exemples précis, l’ouvrage s’attache à partir d’un exemple d’une photographie de François Hollande, alors en campagne électorale, à montrer une dizaine d’images différentes réalisées grâce à des trucages (changer les contrastes, modifier les tailles, les textes, etc). Maintenant, la question cruciale reste : peut-on publier des photos modifiées dans la presse d’actualité sans que cela nuise à l’information fournie au lecteur ? La déontologie du journaliste n’est-elle pas alors mise en cause ? Et peut-on continuer à croire que les photos rendent compte de la réalité lorsque l’on sait qu’un seul changement d’angle de vue fausse déjà la perception d’une image, mais qu’il est possible de faire bien plus avec le numérique ? J’avais entendu parler il y a quelques semaines d’un prix refusé à un photographe qui avait gommé un pied qu’il trouvait inesthétique sur un terrain de sport (mais je ne retrouve plus le lien, quelqu’un peut-il m’éclairer ?).  Un début de conscience professionnelle ?

Un livre documentaire riche en exemples et abondamment illustré qui permet de donner des pistes simples et un premier éclairage sur le décryptage de l’actualité et sur la manipulation des images à laquelle on est confronté quotidiennement parfois sans le savoir… Un petit ouvrage instructif et très abordable à acquérir dans tous les CDI et que l’on peut recommander sans complexe aux élèves dès la 3ème.

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Et mes yeux se sont fermés, de Patrick Bard

J’interromps la trêve estivale pour un roman choc à découvrir le 25 août en librairies.

Embrigadée par Daesh

9782748520590Maëlle a 16 ans et vit chez sa mère avec sa petite sœur. Avec son père, les relations sont plutôt tendues. Douée dans les matières littéraires, elle ne comprend pas grand chose jusqu’à ce qu’un camarade de classe se charge de l’aider. Rebelle dans l’âme, détestant les injustices, elle rêve de faire de l’humanitaire. Une adolescente apparemment bien dans sa peau, qui n’a pas la langue dans sa poche. Mais peu à peu, la jeune fille va changer…

Maëlle passe en effet de plus en plus de temps sur le net, sur Facebook en particulier où elle passe des journées à discuter avec d’autres jeunes filles. Bientôt, elle modifie sa façon de s’habiller, ne se rend plus en cours de sport, quitte son petit ami… Sans le savoir, elle est en train de tomber dans les mailles du filet des intégristes de Daesh qui lui font miroiter qu’en rejoignant leur groupe, qu’en adoptant leurs règles, qu’en se mariant avec l’un des leurs, elle pourra sauver les enfants syriens du massacre. En quelques semaines, la vie de Maëlle va totalement basculer : l’adolescente décide de changer de prénom et de partir faire le jihad. Dans son entourage, personne n’a rien vu venir ou, plutôt, tous ont refusé de voir et de croire l’impossible…

Autant vous prévenir d’emblée, on ne ressort pas indemne d’une telle lecture et c’est tant mieux. C’est la preuve que l’auteur, Patrick Bard, photojournaliste et grand voyageur, a accompli avec brio l’objectif qu’il s’est fixé. Disséquer, au travers d’un roman, les mécanismes complexes qui peuvent pousser une jeune fille à rejoindre Daesh alors que rien ne la relie de près ou de loin avec les islamistes radicaux. Page après page, on sent que l’auteur a effectué un travail de recherches très poussé. Rien n’est laissé au hasard. De la toile d’araignée qui se tisse via les réseaux sociaux aux des vidéos de propagande ressemblant à des clips musicaux avant les images de décapitations, le romancier décortique avec minutie tout le process qui amènent les jeunes occidentaux à partir en Syrie. C’est d’ailleurs après les attentats de Charlie Hebdo et parce que le fils d’une amie a été embrigadé en quelques semaines que Patrick Bard s’est décidé à écrire sur le sujet. Il a également volontairement choisi un personnage féminin car on ne parle pas souvent des jeunes filles dans les médias alors qu’elles sont nombreuses à partir. Très peu reviennent. Elles ne participent que très rarement aux combats mais vivent dans des conditions effroyables après avoir été mariées et fécondées – je choisis volontairement ce dernier mot – pour assurer la descendance des combattants. Elles sont victimes de manipulations, de rapt mental dignes des plus puissants mouvements sectaires.

Voilà pour ce qui concerne le fond. Pour ce qui est de la forme, là aussi l’auteur frappe fort en choisissant la forme du roman choral qui donne à voir les points de vue de l’entourage de la jeune fille. Chaque chapitre correspond à un personnage. Les plus proches reviennent évidemment plus souvent et évoquent la transformation de Maëlle qui se coupe peu à peu de son environnement. Je trouve que cette technique dramaturgique convient parfaitement pour transcrire à la fois l’évolution de l’adolescente et l’incompréhension et l’impuissance des personnes qui l’entourent. Nul besoin d’en dire plus, je vous laisse découvrir par vous-même ce roman coup de poing. Un vrai coup de cœur. A lire aussi bien par les adolescents que par les adultes. A partir du 25 août dans vos librairies.