Juliette et Roméo, de Yves-Marie Clément

Nous pour la vie…

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Juliette, une adolescente de 16 ans, belle et riche, arrive en Guyane. Son père y est le directeur du centre pénitentiaire. Elle est promise à un sombre destin car elle va devoir épouser Rodolphe, un lieutenant de 15 ans son aîné. Elle ne l’aime pas. Le mariage arrangé par les familles est une véritable torture, un enfermement.

Roméo est un jeune bagnard de 22 ans, enfermé à vie, condamné à faire de pénibles besognes. Un bal est donné en l’honneur de Juliette dans la villa de la famille. Roméo et d’autres bagnards doivent s’y rendent pour faire le service. Au cours de la fête, le hasard met Roméo sur le chemin de Juliette. Tout bascule. Alors que tout les oppose, un amour impossible va lier les deux jeunes gens. La force de leur amour sera-t-elle suffisante pour vivre cette passion ?

Juliette et Roméo est l’histoire d’un amour interdit, une réflexion sur les différences, dans lequel s’entremêlent violences, trahisons et secret. C’est l’histoire de deux mondes radicalement opposés sur fond de paysage exotique, en pleine colonisation. Une réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare qui nous transporte dans des paysages idylliques qui contrastent avec un contexte sombre : la première guerre mondiale, les réalités des conditions du bagne. Par moment, l’auteur donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, par l’utilisation d’un style d’écriture propre à ce genre littéraire. Le pari est réussi car on arrive à oublier la version originale de cette histoire.

Préjugés

 Tintin au Congo, Hergé

Afficher l'image d'origineLa deuxième aventure de Tintin (après le très anticommuniste Tintin au pays des Soviets) commence à paraître en feuilleton dans le journal belge pour enfants Le Petit Vingtième, avant d’être édité en album. Nous sommes en 1930, époque de la colonisation triomphante. L’Europe domine et exploite une partie du monde, et, pour se justifier, elle multiplie les opérations de propagande dans le but de prouver les bienfaits qu’elle apporte à ses indigènes. C’est ainsi que la minuscule Belgique possède, en plein cœur de l’Afrique, le gigantesque Congo belge (aujourd’hui République démocratique du Congo), où le jeune reporter Tintin est envoyé par son journal. Les péripéties s’enchaînent comme autant de sketches, accumulant les stéréotypes qui en disent long sur les mentalités européennes, plus que sur la réalité du Congo belge. Laissons la paroles à Hergé lui-même, bien plus tard : « J’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… c’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour euxAfficher l'image d'origine que nous sommes là ! Etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque, en Belgique. » Ce n’est qu’avec Le Lotus bleu, quelques années plus tard, que l’auteur commencera à réaliser un véritable travail de fond sur les terres arpentées par Tintin, et les civilisations qu’il croise. La rencontre entre Hergé et l’artiste chinois Tchang Tchong-Jen (inspirateur du Tchang de l’album, et au cœur de la quête de Tintin dans Tintin au Tibet) est déterminante dans l’évolution humaniste du dessinateur belge (ce qui ne l’empêchera pas de mettre son talent sans trop d’états d’âme au service de la presse collaborationniste belge d’extrême-droite durant la Seconde Guerre mondiale…). En 1946, Tintin au Congo ressort, redessiné et mis en couleur, dans la version actuelle. Hergé en a profité pour atténuer les traits les plus grossièrement condescendants de son album, mais l’état d’esprit est toujours là… A vous de bien le repérer au cours de votre lecture, qui doit être fondée sur le plaisir, mais également sur l’esprit critique !

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