Photos chopées : les images disent-elles la vérité ?, de David Groison

Ouvrons l’oeil

9782330017934A peine quelques années après la naissance de la photographie apparaît la première photo truquée… Eh non, il n’y a pas que photoshop qui est en cause ! Le jeu de mot du titre est une excellente entrée en matière pour une réflexion sur la manipulation à laquelle tout un chacun est exposé  chaque jour de la part des médias. Les images disent-elles la vérité ?  C’est la grande question, et elle a toujours été d’actualité ! Au XIXème siècle, un portrait du président des Etats-Unis, Abraham Lincoln a été truqué afin de le montrer dans une posture plus héroïque… Et depuis, ces manipulations ne se sont jamais arrêtées… Leur but ? Faire disparaître personnages ou objets compromettants, masquer la vérité comme outil de propagande, valoriser des faits, rendre l’image (de l’autre ?) plus esthétique. Après quelques exemples précis, l’ouvrage s’attache à partir d’un exemple d’une photographie de François Hollande, alors en campagne électorale, à montrer une dizaine d’images différentes réalisées grâce à des trucages (changer les contrastes, modifier les tailles, les textes, etc). Maintenant, la question cruciale reste : peut-on publier des photos modifiées dans la presse d’actualité sans que cela nuise à l’information fournie au lecteur ? La déontologie du journaliste n’est-elle pas alors mise en cause ? Et peut-on continuer à croire que les photos rendent compte de la réalité lorsque l’on sait qu’un seul changement d’angle de vue fausse déjà la perception d’une image, mais qu’il est possible de faire bien plus avec le numérique ? J’avais entendu parler il y a quelques semaines d’un prix refusé à un photographe qui avait gommé un pied qu’il trouvait inesthétique sur un terrain de sport (mais je ne retrouve plus le lien, quelqu’un peut-il m’éclairer ?).  Un début de conscience professionnelle ?

Un livre documentaire riche en exemples et abondamment illustré qui permet de donner des pistes simples et un premier éclairage sur le décryptage de l’actualité et sur la manipulation des images à laquelle on est confronté quotidiennement parfois sans le savoir… Un petit ouvrage instructif et très abordable à acquérir dans tous les CDI et que l’on peut recommander sans complexe aux élèves dès la 3ème.

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Lucas est choqué par des images, de Nathalie Dargent

Le choc des images…

Nathalie Dargent et Yannick Thomé - Lucas est choqué par les images.Lucas qui adore la télévision va désobéir à sa maman :  en cachette il va regarder les informations, restées allumées sur son ordinateur et tombe sur un reportage où des gens tirent avec des fusils pendant que d’autres s’enfuient en criant. Le petit garçon est totalement choqué et ne peut oublier ces images.

Dans la collection Les Inséparables, destinée aux plus jeunes, voici le nouveau titre sorti, sur le thème des enfants confrontés aux images des informations télévisées, qui ne leur sont absolument pas destinées ! Les émotions ressenties lorsque l’on voie des hommes munis de fusils tirer sur la population en fuite peuvent ensuite difficilement s’effacer des esprits. Lucas est entouré de ses amis, de sa grande soeur et de sa maman qui  font mettre des mots sur sa peur. « Tu es petit et ces images sont trop fortes. Tu les lis avec ton coeur. C’est lui qui réagit. En grandissant, on arrive à regarder aussi avec son cerveau. » En ces sombres jours où un nouvel attentat n’est pas à exclure, ce petit livre accessible dès 6 ans peut être utile pour ne pas laisser un enfant, qui aurait été confronté à ce genre d’images, enfermé dans le silence de l’angoisse. Le sujet n’est pas sans rappeler le texte  L’enfant qui voulait boire la mer, de Chantal Péninon.

En tout cas, ma fille de CE1, qui n’est jamais confrontée à ce genre d’images à la maison (mais qui sait qu’elles existent car je lui en ai parlé, que je lui ai expliqué pourquoi je ne la laissais pas regarder les émissions non destinées à la jeunesse), m’a demandé de le lire deux fois de suite, puis l’a regardé encore en autonomie… Elle souhaite toute la collection maintenant !

L’enfant qui voulait boire la mer, de Chantal Péninon Mama mam’ba, de Magali Turquin

Un enfant meurt en silence…

Afficher l'image d'origineCet ouvrage présente deux textes forts,  très courts, sur le thème des réfugiés clandestins.  4 pages chacun qui  donnent la parole à ces enfants confrontés bien trop tôt à une tragédie qui les dépasse.

Dans le premier, la parole est donné à un enfant, narrateur, avec ses mots et son langage d’enfant (négations incomplètes, répétitions, etc) . Ayant vu à la télévision l’image du corps d’un petit garçon  échoué sur une plage, il ne comprend pas et ses parents ne trouvent pas les mots pour lui expliquer. La référence n’est pas dite explicitement, mais il s’agit plus que sûrement de cette photographie du petit garçon syrien de  3 ans retrouvé mort sur une plage de Turquie, le visage tourné face à l’eau et qui avait fait la Une de bien des médias en septembre 2015. Ce texte, en plus de l’horreur de la situation, met le doigt sur le problème des enfants confrontés quasi quotidiennement pour certains  à des images qui ne leur sont pas destinées et qui ont forcément un impact sur eux. Et on n’est pas sans songer au poème le Dormeur du Val de Rimbaud… Boit-il ? Dort-il ? Est-il mort ? Pourquoi ??? sont les questions que se pose le petit narrateur tout au long de ce texte.

J’ai vu un enfant qui voulait boire la mer. Il était allongé sur le ventre, la bouche tout près des vagues. C’est nul comme idée !

Dans le deuxième texte, il s’agit d’une lettre posthume, sous forme de poésie, écrite par un jeune garçon à sa maman. Caché dans le train d’atterrissage d’un avion, il n’a pas tenu la traversée…

Mama mam’ba, je n’ai pas atteint le pays blanc. Je suis tombé avant, tombé de l’avion, des nuages, de l’horizon.

Cet ouvrage  a été édité par un collectif d’éditeurs jeunesse Bateau de papier réunissant les éditions Âne bâté, Balivernes, du Jasmin et Philomèle. Le bénéfice de cette publication à 1,50 € est reversé à une association venant en aide aux réfugiés (ça rappelle un peu le principe de l’ouvrage Matin Brun de Franck Pavloff qui avait renoncé à ses droits d’auteurs pour une plus large diffusion de son petit texte sur le totalitarisme).

Et on songe aussi à d’autres références anciennes de textes sur la condition des enfants dans le monde : Morts les enfants, de Renaud ou Perlimpinpin de Barbara (l’une de ses plus belles chansons à mon goût)  …  et qui restent, hélas, toujours d’actualité : Pour qui, comment, quand et pourquoi ?  / S’il faut absolument qu’on soit  / Contre quelqu’un ou quelque chose, / Je suis pour le soleil couchant / En haut des collines désertes. / Je suis pour les forêts profondes, / Car un enfant qui pleure,  / Qu’il soit de n’importe où,  / Est un enfant qui pleure, / Car un enfant qui meurt  / Au bout de vos fusils  / Est un enfant qui meurt.

Un texte à diffuser largement sans hésitation !