« Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre ».

Vivant, de Roland Fuentès.

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     Dans les collines autour de Marseille, en cette fin de vacances de Pâques, un promeneur égaré pourrait assister à un étrange spectacle : un jeune homme en poursuit un autre, un couteau à la main. La haine et l’épuisement se lisent sur son visage, mais il ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint son but.

     Pour nous aider à comprendre ce qui a amené ces deux étudiants à cette course-poursuite meurtrière, leurs amis se relaient à la narration et nous racontent leurs vacances qui avaient pourtant si bien commencé…

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     Un thriller exaltant qu’on ne lâche pas tant le suspens est grand et bien amené, dès les premières lignes :

  On fuit bien avec les Running XB 500. Un amorti impeccable, une adhérence adaptée aux reliefs irréguliers. Sous la plante du pied, relayant l’action musculaire, le gel Sentoprène garantit une tonicité optimale.
Mais la chaussure ne serait rien sans le coureur. Et celui qui progresse actuellement à flanc de colline est un athlète remarquable. On peut penser qu’en baskets plus ordinaires, voire en souliers de ville, il se déplacerait aussi très vite. On peut même imaginer qu’à la qualité du matériel et à la maîtrise du mouvement s’ajoute un autre motif : la volonté. Et cette volonté se concentre autour d’un seul mot. Fuir.
Oui. Vraiment. On fuit bien avec les Running XB 500.

     Mais cette course-poursuite est aussi une sorte de fable, d’apologue de la nature humaine : parabole de ce rien que peut-être l’on porte en nous et qui peut motiver la haine de l’autre ; allégorie de ceux qui, en ne la condamnant pas sans concession, lui permettent d’être.

     En effet, celui qui fuit, Elias, c’est l’Etranger. Son identité réelle, donnée à la fin du roman, peut même paraître superflue. Celui qui poursuit pourrait être l’un d’entre nous, celui qui regarde, c’est nous.

     Un roman à lire absolument et surtout dont il faut discuter ensemble.

 

En route avec Clara.

La Théorie de l’élastique

d’Anne-Françoise de Bruyne.

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Clara a onze ans et habite à Bruxelles, en Belgique, avec sa maman. De son père, elle ne possède qu’une vieille photo dans une boîte à souvenirs. Elle connaît aussi quelques bribes de son histoire : humanitaire pour la Croix-Rouge, depuis toujours sur les routes, sillonnant les zones de conflits, il semble avoir disparu de la circulation.

A l’école, Clara fait la rencontre d’un jeune migrant afghan, Anis, qui devient son ami et lui raconte son histoire et son voyage forcé à travers le monde. Une idée germe alors dans l’esprit de la fillette : et si Anis avait rencontré son père ? Et s’il pouvait l’aider à le retrouver ?

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     Au fil de ce roman, entre monde réel et imaginaire, c’est au voyage initiatique de Clara que l’on assiste. L’héroïne, drôle et perspicace – mais encore enfantine, est très attachante et ses aventures séduiront les lecteurs dès la sixième (pour les bons lecteurs). Son histoire leur permettra également de se confronter à des faits d’actualité et de se questionner sur leur place dans le monde et leur rapport à l’autre. 

     En cinquième, ce roman entre dans la thématique du voyage et en quatrième dans l’objet d’étude « Informer, s’informer, déformer ». 

Emma, Tess Corsac

 Contagion

9791090685161-753x1024Dans un futur pas si lointain, l’humanité a été ravagée par un virus hautement contagieux du nom d’Emma. La population mondiale s’est vu réduite à peau de chagrin et les survivants tentent par tous les moyens de se protéger des personnes infectées. Impossible, dans cet univers revenu à un mode de vie quasi moyenâgeux, de faire confiance à qui que ce soit. Difficile en effet de distinguer les êtres en bonne santé de ceux que l’on nomme les moissonnés. Seule une marque sur le front permet de les différencier mais on ne peut même pas toujours s’y fier… C’est dans ce monde chaotique, dans un village apparemment préservé de l’infection, qu’a grandi Azur. A 15 ans, elle doit, en compagnie de son ami de toujours, Basile, se faire tatouer sa première marque prouvant sa bonne santé. Mais le chemin vers le centre médical sera semé d’embûches et une bien mauvaise surprise attend les deux amis à leur arrivée…

Voilà un roman d’anticipation dystopique fort bien mené, qui livre des réflexions profondes sur la question de l’humanité, sur notre rapport à l’autre et nos peurs les plus profondes. La jeune auteur, Tess Corsac, n’a que 19 ans mais nous offre une approche allégorique très pertinente de la société. L’univers quasi post-apocalyptique dans lequel elle fait évoluer ses personnages est peint avec finesse et surtout les rapports humains sont analysés avec subtilité ce qui permet une critique constructive des travers de notre société. J’ai vraiment pris plaisir à ce qui est aussi un récit d’apprentissage riche en rebondissements et j’attends avec impatience la probable suite que laissent les dernières lignes pleines de suspens de cet ouvrage. Coup de cœur pour ce livre qui plaira aux ados à partir de 13-14 ans et à leurs parents.

Le lendemain.

Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot.

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     Le vendredi 13 novembre 2015, B. était à la terrasse d’un des cafés pris pour cible par les terroristes. Il a tout vu et s’en sort vivant, ce qui n’est pas le cas de son frère qui était assis en face de lui.

     Le lendemain, choqué, comme hors de lui, il quitte l’hôpital et prend le métro. C’est alors qu’il voit l’un des tueurs et décide de le suivre…

    Choisira-t-il de se venger ? De pardonner ? D’oublier ? Deviendra-t-il lui aussi un meurtrier sans compassion ?

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     Un roman dont la lecture et la réflexion qu’elle implique peuvent sembler difficiles pour des collégiens, surtout si peu de temps après les événements. A réserver aux plus âgés et à lire jusqu’au bout.

L’oeil d’Eunice, de Calouan

Une terre au stéthoscope…

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Eunice , 15 ans, est une jeune parisienne dont le père, radiologue, a décidé de s’associer à son ami d’enfance qui exerce dans le sud. Toute la famille part donc s’installer dans une luxueuse propriété au cœur du Luberon. L’intégration n’est pas facile pour cette adolescente. Elle, la citadine qui vient de Paris et qui débarque en pleine campagne est méprisée par certains et enviée par d’autres. Mais Eunice ne désespère pas et se dit qu’il faut laisser le temps au temps. Elle a néanmoins remarqué Maxime, un garçon de sa classe qui habite à côté de chez elle. Il ne la laisse pas indifférente mais il joue les « monsieur muscles » devant les filles avec son ami Joris. Ce qui a le don d’agacer la jeune fille. Maxime, enfant du cru, est fils de cultivateur. En attendant, elle fait de longues ballades avec son chien pour tuer sa solitude. Mais au cours d’une promenade, elle est intriguée par un tas de détritus à proximité du hangar de ses voisins. En s’approchant, elle découvre des emballages de pesticides. Il y en a de nombreux et certains sont même enfouis sous des pierres et de la terre. Elle déchiffre quelques inscriptions et met dans sa poche quelques morceaux de plastique. Elle fait des recherches sur internet et prend connaissance alors des risques encourus par les agriculteurs et les viticulteurs du coin qui utilisent ce genre de produits. Quand elle apprend que le père de Maxime est atteint d’une grave infection, elle se pose des questions. Ses problèmes de santé pourraient-ils avoir un lien avec la manipulation des produits chimiques ? Elle décide de faire part de sa découverte à Joris. Elle s’interroge sur le fait d’en parler à Maxime. Après tout, il est le principal concerné avec ce qui arrive à son père. Maxime est perplexe en écoutant Eunice et contre tout attente il estime qu’il est peut-être temps de penser à un autre type d’agriculture. Agriculteurs de père en fils,  le travail de la terre mène les hommes de la famille. Il sait qu’il va s’attirer les foudres de son père et de son grand-père mais peu importe, il faut changer la manière de faire avant que la terre ne les ronge. Les trois adolescents mènent une enquête acharnée et ont la conviction qu’il faut informer les adultes et surtout les convaincre qu’utiliser des pesticides pollue les sols, l’air et a un impact négatif sur la santé. Une prise de conscience qui fera peut-être changer les comportements pour la garantie d’une vie plus saine.

Au temps de nos grands-parents ou de nos arrière grands-parents, les familles avaient des jardins potagers. Ils mangeaient ce qu’ils cultivaient. Les chevaux labouraient les champs, pas de grande technologie, pas de machines sophistiquées. Et puis pour ceux qui allaient sur les marchés, peu importe les invendus, ceux-ci étaient consommés. Avec l’apparition des premiers tracteurs, la production a augmenté avec l’espoir de vendre plus. Les hommes de la terre ont peu à peu utilisé des produits pour mieux entretenir leurs cultures, pour les préserver des maladies. Ils se sont endettés pour acheter des machines agricoles performantes. Bref l’agriculture a changé. De nos jours, ne pas savoir ce qui sera vendu est source d’inquiétude.

Calouan n’est pas moralisateur et à travers l’Oeil d’Eunice il parvient à nous faire prendre conscience des dangers auxquels nous sommes exposés. Un joli récit mené par des adolescents concernés, qui veulent pousser les adultes à changer. A souligner les belles illustrations en noir et blanc qui accompagnent de belle manière le texte. Un livre pédagogique à laisser entre toutes les mains.

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Le fils de l’Ursari de Xavier-Laurent Petit

« Tchèquématte ! »

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     Fils d’un montreur d’ours, Ciprian, petit Rom fraîchement débarqué à Paris avec sa famille, passe ses journées à observer Mme Baleine et M. Énorme dans les jardins du « Lusquenbour ». Pas pour les détrousser – au grand dam de Karoly, le « chef » du bidonville, qui attend son argent – mais pour suivre leurs parties d’échecs.

     Remarqué pour sa mémoire prodigieuse et son talent pour ce jeu, le garçon entre dans un nouveau monde, bien différent de celui auquel il était habitué depuis son arrivée.

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     Raconté à la première personne, ce roman nous donne à voir le quotidien du héros à travers ses propres yeux d’enfant : regard léger mais honnête sur les réalités cruelles de notre monde et du sien. Grâce à une belle écriture et au travail fait sur les mots, l’empathie avec le narrateur est garantie, ce qui amène le lecteur à partager ses réflexions sur le déracinement, la langue, le sens des mots et leur poids, la liberté…

A lire absolument.

Entrez dans la réalité !

La Pyramide des besoins humains de Caroline Solé.

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     Ce court roman nous dévoile l’histoire de Christopher, ado fugueur devenu sans-abri dans les rues de Londres.

     Après près d’un an de cette vie monotone, Christopher décide de s’inscrire à un jeu de télé-réalité dont les premières phases de sélection ont lieu via une page de profil Internet : chaque candidat doit l’alimenter de détails croustillants pour pousser les internautes à voter pour lui. L’ado décide lui de prendre le jeu à contre-pied et nous donne ainsi à voir son quotidien fait de misère, de drogue et d’alcool mais aussi d’amitiés et de souvenirs douloureux.

     Une histoire prenante, du suspens et des personnages attachants. Après de multiples rebondissements, la fin peut peut-être décevoir mais cette histoire nous pousse à la réflexion sur des thèmes devenus quotidiens : affichage de la vie privée sur Internet, vie virtuelle, frontière entre fiction et réalité, manipulation par la presse et le Net, toute-puissance de la télévision …

     Une lecture à prendre avec du recul mais vivement conseillée aux plus grands.