Doublement piégé, de Dounia Bouzar

« L’ignorance mène à la peur. La peur mène à la haine. La haine mène à la violence. »

Alex Edouk, 17 ans, est en recherche d’identité : un prénom français mais un physique marocain, une mère française, mais un père marocain, juge anti-terroriste, qui a plutôt tendance à renier ses origines. Ce qui fait le lien, c’est son grand-père paternel. Sa sagesse est source d’apaisement. Très pieux, celui-ci  pratique néanmoins un islam modéré et permet à Alex de mieux appréhender ses origines multiples.

Alors, le jour où celui-ci décède d’une crise cardiaque, sans prévenir, Alex s’effondre. Il va chercher des réponses sur Internet sur la mort, sur la religion. Peu à peu, il tisse des liens avec une certaine Bachira… C’est le début de l’embrigadement… Jusqu’où Alex est-il prêt à aller par amour et par désespoir ? Comment tombe-t-on entre les mains de Daesh ? Y a-t-il un profil-type des jeunes manipulés ?

Un roman à destination d’adolescents avertis à partir de 14-15 ans qui mêle quête d’identité, souffrance psychologique, et action. Le jeune Alex, issu d’une famille très intégrée à la culture française, qui a tendance à dénigrer la religion  va se faire piéger par des discours sur la vie après la mort et l’accès au paradis. C’est en espérant sauver ses parents mécréants et leur ouvrir les portes de ce paradis afin d’y retrouver le grand-père qu’Alex, vulnérable, commence à tisser des liens sur internet. Son départ-enlèvement vers la Syrie est un tournant dans l’histoire qui devient roman d’action. On vit avec Alex les tortures que les djihadistes lui infligent pour savoir s’il est apte à intégrer leur rang et mourir pour la cause.

C’est un roman à deux voix où les points de vue alternent à chaque chapitre du récit. La voix d’Alex, adolescent vulnérable et la voix du père, juge anti-terroriste qui met tout son coeur à défendre son pays d’adoption par la voie de la justice, quitte à renier ses propres origines.

Cette histoire est aussi une histoire de famille. Quelle est la place de chacun dans le cercle familial. Comment être présent en tant que parent sans pour autant imposer sa propre vision du monde. Comment les liens familiaux se resserrent dans l’adversité et aident à affronter les épreuves. Au final, chacun fait son chemin de vie et se remet en question par rapport aux valeurs qu’il souhaite défendre et ce en quoi il croit. Le chemin que l’on prend n’est pas toujours le bon et l’on fait des erreurs mais tout reste possible. Finalement, malgré le propos dur de ce livre, il s’en dégage un parfum d’optimisme. Faisons confiance en l’Humanité.

Un livre sur les rouages de la manipulation et de l’embrigadement qui permet de mieux comprendre de l’intérieur comment tout cela est possible et que tout n’est pas forcément noir ou blanc. Un roman d’actualité bien construit qui permet aux jeunes lecteurs d’appréhender un sujet difficile et hélas trop présent dans leur quotidien.

Une Caravane en hiver, de Benoît Séverac.

Un roman d’actualité.

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     Les parents d’Arthur, collégien épanoui et sportif,  s’inquiètent : leur fils leur vole de l’argent et a vidé son compte en banque sans qu’ils ne comprennent pourquoi. Pour découvrir ce qui lui arrive, ils décident d’engager un détective privé qui va les amener sur une piste bien différente de ce qu’ils avaient imaginé : Arthur donne son argent à un ami, un ami au destin bien particulier.

        Une fois leur amitié découverte, les deux adolescents et leurs familles vont être plongés dans des aventures qui les dépassent : les espions peuvent être cachés n’importe où, même dans une caravane…

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     Un roman d’actualité facile à lire qui mêle le quotidien banal d’un adolescent et celui beaucoup plus mouvementé d’un jeune réfugié syrien. La lecture pourra permettre de mettre en relation les comportements des protagonistes et les nôtres ainsi que ceux des personnes qui nous entourent. Elle invite également à la réflexion quant à ce sujet omniprésent aujourd’hui.

     Malheureusement, je n’ai pas trouvé que le suspens et les rebondissements annoncés étaient au rendez-vous et certains comportements et éléments d’intrigue m’ont parfois semblé caricaturaux. J’ai par exemple été gênée par le fait que la bienveillance des personnages à l’égard du héros et de sa mère soit amplifiée par la capacité de ces derniers à parler français et à s’intégrer ainsi que par leurs actions passées. Sans doute certaines sensibilités peuvent être troublées à la lecture  d’une fiction de type polar ou roman d’espionnage basée sur des faits si proches de nous et des destins réels, complexes et très hétérogènes. 

     Cependant, ce roman peut justement devenir un point de départ à la discussion : Les réfugiés ont-ils tous le même profil qu’Adnan, le héros du roman ? Leur histoire doit-elle influer sur l’accueil qu’on leur réserve ?

     Je laisse donc la parole aux collégiens qui pourront sans aucun doute être séduits par l’aventure des deux amis.

Un royaume pour deux, Marin Ledun

Tendons la main…

Résultat de recherche d'images pour "un royaume pour deux marin ledun"Lola, jeune fille âgée de 11 ans qui croque la nature à pleine dent, passe ses vacances d’été chez sa grand-mère où elle connaît les moindres détails de la nature dans laquelle elle rayonne et passe la plupart de ses journées. De l’escalade aux arbres à la découverte d’une mystérieuse bâtisse, rien n’échappe à Lola. Mais cette année, elle va devoir partager ses vacances avec Aymen, un jeune syrien dont la famille est réfugiée en France. Les premiers échanges sont timides, Lola, fortement intriguée par son nouveau compagnon de jeu, se sent inférieure à lui, lui qui a traversé tant d’épreuves difficiles totalement étrangères à Lola. Puis, les deux protagonistes occupent leurs journées ensemble. Sous le soleil radieux de l’été, Lola fait découvrir à Aymen la beauté de la nature, son formidable terrain de jeu. Lorsqu’une complicité commence à naître entre eux, Lola décide de conduire Aymen jusqu’à la ruine maudite, une vieille bâtisse à propos de laquelle se raconte une histoire terrifiante liée à la seconde guerre mondiale. Aymen et Lola finissent par se disputer à cause des histoires autour de cette bâtisse, leur point de vue diverge. Aymen part et laisse Lola seule qui va tenter de le rattraper. Le chemin sera cependant semé d’embûches.

Ce roman aborde, en se mettant à hauteur d’enfant, la question des migrants. Qui sont-ils ? Sont-ils différents ? Sont-ils dangereux ? Martin Ledun répond à ces questions que peuvent se poser certains enfants et adolescents. Il montre à travers cet ouvrage qu’ Aymen est un petit garçon comme Lola, comme les autres, qu’il a les mêmes rêves, les mêmes intérêts, les mêmes peurs. Il a traversé des épreuves difficiles comme quitter son pays, sa ville, sa maison et une partie de sa famille, notamment son frère mort sous les bombes. Et son seul moyen de survivre était de s’échapper de la Syrie.

Un royaume pour deux montre que les enfants semblent par ailleurs avoir moins de jugements négatifs sur les migrants syriens que les plus grands. En effet, Lola ne rejette jamais Aymen, elle est intriguée par lui et est même jalouse de son vécu « d’aventurier ». Lola est heureuse de lui faire découvrir son univers et lui dévoile même certains de ses secrets.

La solidarité et l’entraide sont aussi des valeurs parfaitement illustrées dans ce roman, les deux enfants se soutiennent et s’aident jusqu’au bout, faisant fi de leurs peurs et de leurs inquiétudes. Une complicité forte émouvante et bouleversante, montrant que les frontières ne sont que virtuelles et n’ont finalement aucun sens pour l’humanité.

Marin Ledun, à travers les aventures de Lola et Aymen nous transmet un message fort : tendons toujours la main à celui qui se trouve en difficulté.

Je conseille cette lecture à partir de la 6ème. Un roman plein d’aventures avec beaucoup de suspens, transmettant un message fort sur l’entraide, le partage et la solidarité.