Je suis Camille, de Jean-Loup Felicioli

Camille, 11 ans,  vient de revenir en France avec sa famille, après un séjour à Los Angeles aux Etats-Unis où ils ont passé quelques années car son père y avait son travail. 

Aujourd’hui, elle rentre en 6ème… Camille est angoissée car dans sa précédente école, aux Etats-Unis, les choses s’étaient mal passées… Elle n’a pas envie que ça recommence, être la risée des autres, être obligée de déménager. Car Camille a un secret, un secret très lourd à porter. Mais cette première journée dans son nouvel établissement est prometteuse : les profs ont l’air dans l’ensemble assez sympathiques et Camille s’est peut-être fait une copine ! 

Va-t-elle réussir à s’intégrer, à se faire des amis malgré sa différence ? 

 

Un album très tendre pour un sujet délicat et très peu traité en littérature de jeunesse : le transgenre.  Camille est en fait une petite fille née dans un corps de garçon. Les illustrations sobres, colorées et intimistes rendent les personnages particulièrement attachants. La jeune Camille, héroïne discrète et forte, se lie d’amitié avec Zoé, une jeune fille pleine d’énergie, tolérante et respectueuse. Un message d’espoir pour l’acceptation de la transidentité qui n’est ni une maladie, ni un « problème psychologique » mais bien un genre différent qui doit être accepté par la société et ses conventions. 

Ca y est, le bruit s’amplifie, c’est maintenant un rire énorme et mécanique, un ronflement de locomotive. Tous s’y sont mis. Ils rient et me regardent, les sourcils froncés. Ce sont d’immenses marionnettes à la mine sévère. Et moi, au milieu d’eux, je me recroqueville et me mets à rapetisser…

-[…]Tu es si courageuse… Tu as choisi de vivre en écoutant ce que tu ressens au fond de toi. Et ce n’est pas un chemin facile. – Je ne sais pas si je vais y arriver, maman. – Aie confiance, tu es beaucoup plus forte que ce que tu crois.

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Doublement piégé, de Dounia Bouzar

« L’ignorance mène à la peur. La peur mène à la haine. La haine mène à la violence. »

Alex Edouk, 17 ans, est en recherche d’identité : un prénom français mais un physique marocain, une mère française, mais un père marocain, juge anti-terroriste, qui a plutôt tendance à renier ses origines. Ce qui fait le lien, c’est son grand-père paternel. Sa sagesse est source d’apaisement. Très pieux, celui-ci  pratique néanmoins un islam modéré et permet à Alex de mieux appréhender ses origines multiples.

Alors, le jour où celui-ci décède d’une crise cardiaque, sans prévenir, Alex s’effondre. Il va chercher des réponses sur Internet sur la mort, sur la religion. Peu à peu, il tisse des liens avec une certaine Bachira… C’est le début de l’embrigadement… Jusqu’où Alex est-il prêt à aller par amour et par désespoir ? Comment tombe-t-on entre les mains de Daesh ? Y a-t-il un profil-type des jeunes manipulés ?

Un roman à destination d’adolescents avertis à partir de 14-15 ans qui mêle quête d’identité, souffrance psychologique, et action. Le jeune Alex, issu d’une famille très intégrée à la culture française, qui a tendance à dénigrer la religion  va se faire piéger par des discours sur la vie après la mort et l’accès au paradis. C’est en espérant sauver ses parents mécréants et leur ouvrir les portes de ce paradis afin d’y retrouver le grand-père qu’Alex, vulnérable, commence à tisser des liens sur internet. Son départ-enlèvement vers la Syrie est un tournant dans l’histoire qui devient roman d’action. On vit avec Alex les tortures que les djihadistes lui infligent pour savoir s’il est apte à intégrer leur rang et mourir pour la cause.

C’est un roman à deux voix où les points de vue alternent à chaque chapitre du récit. La voix d’Alex, adolescent vulnérable et la voix du père, juge anti-terroriste qui met tout son coeur à défendre son pays d’adoption par la voie de la justice, quitte à renier ses propres origines.

Cette histoire est aussi une histoire de famille. Quelle est la place de chacun dans le cercle familial. Comment être présent en tant que parent sans pour autant imposer sa propre vision du monde. Comment les liens familiaux se resserrent dans l’adversité et aident à affronter les épreuves. Au final, chacun fait son chemin de vie et se remet en question par rapport aux valeurs qu’il souhaite défendre et ce en quoi il croit. Le chemin que l’on prend n’est pas toujours le bon et l’on fait des erreurs mais tout reste possible. Finalement, malgré le propos dur de ce livre, il s’en dégage un parfum d’optimisme. Faisons confiance en l’Humanité.

Un livre sur les rouages de la manipulation et de l’embrigadement qui permet de mieux comprendre de l’intérieur comment tout cela est possible et que tout n’est pas forcément noir ou blanc. Un roman d’actualité bien construit qui permet aux jeunes lecteurs d’appréhender un sujet difficile et hélas trop présent dans leur quotidien.

George, Alex Gino

Qui suis-je ? Je suis moi

 George vit avec sa mère et son grand frère Scott. Elève en classe de CM1, sa meilleure amie s’appelle Kelly, une fille ouverte et intelligente, une réelle amie sur laquelle George peut compter. Mais George, portant ce prénom certes mixte mais plus connoté masculin, est une fille… enfin non, un garçon. Mlle Udell et M. Jackson, professeurs des  classes de CM1,  organisent une pièce de théâtre du Petit monde de Charlotte. L’ensemble des élèves participant à l’audition se verront attribuer un rôle dans la pièce. George s’imprègne totalement du personnage de Charlotte l’araignée et souhaite par-dessus tout jouer le rôle de ce personnage devant tout le monde, notamment devant sa mère.  George rêve d’incarner ce personnage pour une raison bien précise. « Elle » pense que sa représentation sur scène montrera à sa mère qu’elle n’a pas un fils mais une fille. Ce rôle ne s’apparente pas une simple interprétation mais au rôle de sa vie, celui qui lui permettra de sortir de ce tunnel sombre dans lequel George se situe. Avant d’auditionner, George s’entraîne dur avec Kelly. Sa meilleure amie la trouve parfaite et même bien meilleure qu’elle dans le rôle de Charlotte. Bien que ce soit un garçon, Kelly pousse George et l’incite à auditionner pour ce rôle de Charlotte, réservé aux filles de la classe. La réaction de Mlle Udell lorsque George interprète le rôle de Charlotte la décourage totalement. Mlle Udell pense que c’est une plaisanterie, George ne peut pas jouer le rôle d’une fille, c’est un garçon…

Les couleurs du titre annoncent d’emblée la thématique principale du roman. Alex Gino, l’auteur, livre une réflexion intéressante sur la transsexualité et plus largement sur les différences. Se considérant lui-même transgenre, ni homme, ni femme, l’auteur décrit les sentiments de George avec justesse, ce qui permet de comprendre aisément la difficulté des personnes vivant douloureusement dans cette situation. Encore enfant, George souffre au quotidien car il apparaît comme coincé dans un corps, un corps dans lequel il ne pourra jamais s’épanouir. Une situation difficile à vivre et complexe à dévoiler à sa famille et à ses proches par crainte de leur faire du mal, de ne pas être compris et même d’être rejeté. Ce fardeau lourd, porté sur ses épaules encore fragiles, le ronge. George est spectateur de sa propre vie. Sa meilleure amie, Kelly, est un personnage très attachant, l’amie que toute personne dans cette situation particulière devrait avoir à ses côtés. Compréhensive, humaine, prête à tout pour aider son amie et lui faire vivre ses premiers jours de bonheur, l’auteur réalise à travers ce personnage secondaire  une belle démonstration de l’acceptation de l’autre. Son attitude vis-à-vis de George apparaît telle une espérance, l’espoir qu’un jour, tout le monde réagira de cette manière face aux différences singulières de chacun et que barrières et étiquettes s’effaceront de notre quotidien. La directrice de l’école quant à elle incarne la bienveillance, il est en effet fondamental d’aider et d’accompagner les jeunes qui se construisent, particulièrement à un âge où s’assumer, c’est aussi prendre un risque.

Un roman intéressant, plaisant et émouvant pour sensibiliser aux valeurs citoyennes, notamment dans le climat actuel de la société. Rejeter la différence est un acte dur et sévère envers celui étiqueté de la sorte, notamment à l’âge de l’enfance et de l’adolescence où chacun se construit, se cherche une identité et que la moindre différence peut conduire au rejet et à la cruauté.

Ce livre peut être lu dès la 6ème et s’apparente à un outil pertinent à exploiter dans le cadre de l’éducation morale et civique mais aussi lors de projet relatif  à l’éducation à la citoyenneté.

Suivez le lien pour visionner le teaser : https://www.youtube.com/watch?v=dn5BoRZggn8

Sortie en librairie le 1er février 2017

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Brüssli l’enfant-dragon, de Jean-Louis Fonteneau et J. Etienne

Brüssli ou la recherche d’une identité

Afficher l'image d'origineBrüssli a été élevé par deux villageois. Mais il a des doutes sur ses origines. Il est persuadé que ses parents ne sont pas les siens. Il faut dire qu’il a un physique particulier et qu’il ressemble plus à un dragon qu’à un être humain. Les enfants du village se moquent de lui . Il rêve alors que son père est un roi et qu’il va devenir un combattant !
Il décide donc de partir à la recherche de sa vraie famille. Brüssli va devoir surmonter beaucoup d’obstacles et va rencontrer beaucoup de personnages plus fous les uns que les autres.
En même temps, dans le village, une rumeur circule sur le retour des loups et la présence d’une grosse bête dans la montagne. …

Cette bande dessinée contient trois tomes ( Brüssli le conquérant ; Brüssli le guerrier et Brüssli le bien-aimé) avec en prime, à la fin de l’ouvrage, les planches des dessins de l’illustrateur. Chaque tome marque en fait la progression de ce héros petit par la taille mais qui déploie une énergie féroce pour combattre tout ce qui se dresse sur son passage. Petit à petit, tout au long de son périple, il va prendre confiance en lui et devenir le héros qu’il a toujours rêvé d’être.
Il est entouré de personnages plus déjantés les uns que les autres, hauts en couleur et plein de folie  qui ne vont pas être toujours très efficaces pour l’aider .
L’auteur nous embarque dans une aventure délirante, qui part dans tous les sens, avec une multitudes de personnages fantaisistes : les animaux sont habillés comme des hommes, ils parlent de façon familière, voire grossière mais sans être vulgaires.
Le nom du personnage interpelle déjà le lecteur puisqu’il est constitué d’un jeu de mot qui nous renvoie au célèbre Bruce Lee, acteur, grand spécialiste des arts martiaux, et surnommé le Petit Dragon. Mais notre héros n’a pourtant rien d’un athlète !
Il y a quelques références littéraires, à Alice au pays des merveilles ou à la célèbre partie de cartes à la Pagnol (pour information, Marcel Pagnol, né en 1895, était un écrivain cinéaste et producteur français. Il s’est rendu célèbre notamment avec « Marius » où on trouve la scène mythique d’une partie de jeu de cartes où les personnages utilisent un langage codé pour tricher).

Bref, on ne s’ennuie pas ! Venez vite au CDI découvrir cette série !

Les illustrations sont très colorées et nous font penser aux dessins animés, aux cartoons ce  qui renforce ce côté parfois un peu « fêlé »de l’histoire. Bande dessinée très fraîche, pleine d’humour, rythmée qui plaira aux plus jeunes comme aux adultes.

Un grand merci aux éditions Les Humanoïdes associés pour nous avoir offert le volume intégral regroupant les trois tomes déjà parus !