Mon Eden, de Hélène Duvar

Comment vivre sans toi…..

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Erwan a 16 ans, il avait une sœur jumelle, Eden. Eden s’est suicidée et sa disparition l’a anéanti. Il est dévasté, il ne comprend pas. Pourquoi a-t-elle fait ça ? Ce n’est pas juste. Eden était parfaite, tout le monde l’aimait. Elle était sa moitié, son miroir, son double.

Les souvenirs le rongent, tout se bouscule dans sa tête, il est dans le déni. Comment avancer sans se demander sans cesse pourquoi ? Comment continuer sans elle ? Et puis vient le jour où Erwan découvre le journal intime de sa sœur. Un journal qui va lui apprendre qu’Eden avait elle aussi des failles, des blessures, des côtés un peu obscures. Erwan va alors se démener pour trouver les raisons qui ont poussé sa sœur à en finir avec la vie, une vie qui semblait si parfaite.

Mon Eden est un livre qui parle du deuil, de la vie après la disparition d’un être cher et plus précisément du suicide des adolescents. Il est d’autant plus terrible pour ceux qui restent de ne pouvoir expliquer les raisons d’un tel geste. Le mot pourquoi raisonne sans cesse, hante l’esprit. C’est une torture, un sentiment de culpabilité. On a rien vu, on a rien fait pour éviter un tel drame. L’histoire est racontée à travers les sentiments d’Erwan. Ainsi, le lecteur se sent proche de lui, partage sa douleur et son désarroi. Le roman n’en est pas pour autant larmoyant, il se veut rassurant et on peut comprendre que malgré tout, le temps peut aider à faire son chemin…

Comment je suis devenue UN ROBOT, de Nadia Coste

 

Margot est en 4ème. Un matin, en arrivant au collège, elle est percutée par une voiture. Sa vie bascule irrémédiablement. Amputée d’un pied et d’une main, elle devra apprendre à accepter ce  corps mutilé, ses prothèses, le regard des autres. Est-ce en se fabriquant une armure et en éradiquant toute émotion, tel un robot, que Margot réussira à surmonter cette difficile épreuve ? Heureusement Ambre, sa meilleure amie, est là, qui veille, fervente défenseuse de l’identité et des différences. Personne n’a un corps parfait, le tout est de s’aimer tel que l’on est, peu importe ce qu’en pensent ou disent les autres.

Une histoire sur un sujet difficile : comment accepter le handicap après une amputation et ─ encore plus compliqué ─ quand on est adolescente ? L’auteure, par les mots de Margot et Ambre, les narratrices, décrit très bien les phases que traverse la jeune ado. La perte de ses membres lui fait vivre ce qu’on appelle un processus de deuil. Face à une situation insupportable, l’esprit met en œuvre des mécanismes de défense, de façon inconsciente : déni, colère, marchandage puis repli sur soi avec la prise de conscience du caractère définitif de la situation, avant d’atteindre la phase finale de l’acceptation.
Dès les premières pages, Margot nous livre ses sentiments :  » Si seulement je pouvais me faire engloutir par le matelas et disparaître une bonne fois pour toutes, ce serait moins difficile que d’affronter cette vie qui m’attend !  » Elle refuse ce nouveau corps imposé, elle voudrait ne pas regarder ni nommer son « moignon » :  » Je suis obligée de voir ce… truc, là « …Et encore moins le toucher.
Quand Margot préfère se forger une armure et faire taire toute émotion, seule façon pour elle de
surmonter l’épreuve, c’est un mécanisme de défense également. On voit petit à petit le processus
s’accomplir, et on comprend comment Margot est devenue un robot.

En lisant ces pages, le lecteur entre dans l’intimité de la jeune adolescente, témoin direct de ses ressentis et d’un quotidien où tout a changé. On devine aussi le poids du traumatisme pour l’entourage. Comme Margot est narratrice, on ne connaît les sentiments de ses parents que par la description qu’elle en donne, et cela sonne parfaitement juste.
La seconde voix de ce roman, c’est Ambre. Une amie au franc-parler et au soutien indéfectible, qui raconte aussi les difficultés de l’adolescence. Le lecteur connaît alternativement le point de vue de l’une puis celui de l’autre. Et finalement apparaît un point commun dans les deux récits : la question de l’estime
de soi. C’est bien de cela qu’il s’agit, au fond. L’estime de soi passe par l’acceptation de l’image corporelle, image qui va être modifiée tout au long de notre vie. Ambre doit accepter une poitrine volumineuse qui la met mal à l’aise, Margot doit réinvestir ce corps qu’elle ne reconnaît pas. L’infirmière de Margot le dit, très tôt dans le récit :  » Mais c’est ton corps, tu sais. Accident ou pas, il change tout au long de ta vie, et à l’adolescence en particulier. Même s’il n’est pas parfait, tu n’en as qu’un : c’est en l’acceptant comme il est que tu pourras te sentir bien dans ta peau. « 

Comment je suis devenue un robot, un livre sur le handicap mais aussi sur le rapport au corps pendant l’adolescence, avec en toile de fond une jolie histoire d’amitié.

À lire sans tarder !

 

À noter :
Ce livre a fait l’objet d’un travail collectif auprès d’écoliers, collégiens et lycéens, le Feuilleton des Incos. Mis en place par l’association des Incorruptibles*, le Feuilleton des Incos met en relation des auteurs et des classes. Le but est de découvrir les coulisses de la création littéraire, au moyen d’une correspondance
avec l’auteur et d’une lecture par épisodes d’un roman en cours d’écriture.

*Les Incorruptibles : Association créée en 1988 avec la collaboration de Françoise Xenakis, qui a reçu l’agrément de l’Éducation Nationale en 2013, et dont l’objectif est de susciter l’envie de lire chez les plus jeunes.

A copier 100 fois, d’Antoine Dole

Tous les jours, au collège, notre narrateur se fait harceler, frapper, humilier, insulter par la même bande qui le traite de « pédé », de « fiotte ». Il ne sait plus comment se défendre, se cacher. Chez lui, aucun soutien. Il vit seul avec son père qui ne semble pas mesurer la gravité des choses, qui aimerait bien que son fils arrête d’être une mauviette et apprenne à se battre.

Et mon père se trompe, suffit pas de le vouloir pour que les choses s’arrêtent.

Heureusement, sa route va croiser celle de Sarah, une camarade de classe, qui va avoir le courage de prendre sa défense et ainsi, lui redonner espoir. Mais comment renouer le dialogue avec ce père qui est dans le déni ? Comment lui faire accepter son homosexualité ? Comment lui faire prendre conscience qu’il a besoin de son soutien sans faille ?

Un texte très court mais très dense, qui nous plonge sans ménagement dans l’univers sans pitié du harcèlement scolaire. Le fait que le personnage-narrateur n’ait pas de nom apporte un côté à la fois intimiste et universel  à ce récit coup de poing. L’écriture directe et incisive de l’auteur donne une force supplémentaire à ce témoignage émouvant sur des faits hélas, encore trop souvent d’actualité. Ecrit à la première personne, le texte est également ponctué de phrases en italique correspondant aux paroles que le jeune garçon aimerait avoir le courage de dire à ses agresseurs, à son père, à Sarah :

Mais on s’y fait Sarah, à ce monde qui cogne et qui heurte, c’est celui dont on avait peur la nuit quand on était petits. Quand ma mère me disait que les monstres n’existaient pas, que fallait pas avoir peur, c’était pas vrai Sarah. Ces monstres-là, ils existent, moi, j’en ai rencontré. On s’y fait et c’est le pire, on s’habitue à tout.

A lire à partir de la 3ème.

 

Be safe, de Xavier-Laurent Petit

Etat-Unis, années 2000.

Oskar, lycéen,  et son grand frère Jérémy adorent jouer ensemble de la musique dans leur garage.  Pas très intéressé par l’école, Jérémy a arrêté ses études à 16 ans, en espérant trouver du travail, mais depuis deux ans, rien ne se profile à l’horizon. Un jour, sa route croise celle d’agents recruteurs  de l’armée qui lui font miroiter qu’en s’engageant, il pourrait apprendre un vrai métier et construire des ponts. Jérémy se laisse tenter… et signe un contrat d’engagement pour quatre ans… Il vient d’être majeur et sa décision est donc irrévocable. Deux semaines plus tard, il rejoint un camp miliaire pour une formation de base. Il s’y fait remarquer pour ses talents de tireur d’élite et va bientôt recevoir un ordre de mission pour rejoindre les zones de conflit soi-disant pour des opérations sans risque de maintien de l’ordre…

Un sujet grave traité avec beaucoup de sensibilité : recrutements de tout jeunes adultes avec des promesses non tenues de l’armée, la confrontation à la violence des conflits, à la mort de camarades et à la violence psychologique de la mort que l’on donne dans un but de survie. Mais cette histoire de guerre est vécue et restituée à travers le regard du jeune frère. Sa passion pour la musique va le rapprocher d’une  jeune fille dont le frère est également sur les zones de conflits et ensemble, ils vont poser des notes sur leurs émotions afin de faire passer un message de paix autour d’eux. « Be safe »qui peut se traduire par « fais gaffe », « sois prudent », c’est ainsi que Jérémy signe les mails secrets qu’il envoie à son frère pour lui raconter la vraie version de son quotidien, non la version édulcorée qu’il transmet à ses parents. Sur fond de musique, d’amour, de secrets de famille, de relations fraternelles, ce roman est un petit coup de coeur pour moi. Le sujet de départ  qui pourrait en rebuter certains est traité d’une manière intelligente, sous différents points de vue avec des personnages secondaires riches et des petites histoires parallèles qui font que l’on ne s’ennuie pas une seconde. 

Juliette et Roméo, de Yves-Marie Clément

Nous pour la vie…

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Juliette, une adolescente de 16 ans, belle et riche, arrive en Guyane. Son père y est le directeur du centre pénitentiaire. Elle est promise à un sombre destin car elle va devoir épouser Rodolphe, un lieutenant de 15 ans son aîné. Elle ne l’aime pas. Le mariage arrangé par les familles est une véritable torture, un enfermement.

Roméo est un jeune bagnard de 22 ans, enfermé à vie, condamné à faire de pénibles besognes. Un bal est donné en l’honneur de Juliette dans la villa de la famille. Roméo et d’autres bagnards doivent s’y rendent pour faire le service. Au cours de la fête, le hasard met Roméo sur le chemin de Juliette. Tout bascule. Alors que tout les oppose, un amour impossible va lier les deux jeunes gens. La force de leur amour sera-t-elle suffisante pour vivre cette passion ?

Juliette et Roméo est l’histoire d’un amour interdit, une réflexion sur les différences, dans lequel s’entremêlent violences, trahisons et secret. C’est l’histoire de deux mondes radicalement opposés sur fond de paysage exotique, en pleine colonisation. Une réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare qui nous transporte dans des paysages idylliques qui contrastent avec un contexte sombre : la première guerre mondiale, les réalités des conditions du bagne. Par moment, l’auteur donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, par l’utilisation d’un style d’écriture propre à ce genre littéraire. Le pari est réussi car on arrive à oublier la version originale de cette histoire.

Le traité des 7 lotus, d’Eric Boisset

Timothée ou l’apprenti yogi…

Comme chaque mercredi après-midi, Timothée s’arrête dans la librairie de son vieil ami, pour y dévorer les vieux livres. Aujourd’hui, il a repéré  tout particulièrement un ouvrage rouge aux lettres d’or, qui trône dans la vitrine. C’est un livre sur le yoga, écrit à la fin du XXème siècle. A cette époque, il n’a pas eu un gros succès commercial alors que maintenant il a atteint une valeur financière non négligeable. Devant l’intérêt de Timothée pour cette pièce unique, monsieur Balsamo lui propose de lui en faire une copie sur une clé USB. De retour à la maison, le jeune adolescent décide de mettre en pratique les différentes positions initiées par l’auteur. Mais c’est la catastrophe. Timothée n’est plus maître de son corps, comme si celui-ci était en train de lui échapper. Que lui arrive-t-il ? Il a l’impression d’être dans une autre dimension, il ne contrôle plus rien ! Son entourage ne le voit plus, ne l’entend plus. Timothée va devoir faire preuve de beaucoup d’imagination pour se sortir de ce faux pas.

Un roman drôle, des héros très attachants, une histoire rythmée, remplie de fantaisie, Eric Boisset a utilisé tous les ingrédients pour nous faire passer un très bon moment. On rit de bon cœur tant les personnages sont loufoques. Un régal qui fait du bien !

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel

Résultat de recherche d'images pour "quatre filles et quatre garcons pkj"Ce sont 8 amis, 4 filles et 4 garçons, ils se connaissent depuis la 6ème.

C’est la veille de la rentrée, ils vont débuter ensemble leur dernière année de collège. Pour ne rien oublier de leur 15 ans, ils prennent la décision de tenir à tour de rôle un journal de bord.

Chacun choisit son mode d’expression : lettre, journal intime, blog, audio, dessin, vidéo. Ils racontent leurs expériences vécues , nous livrant avec délicatesse leurs premiers sentiments amoureux, leurs bouleversements familiaux et leurs doutes.

Ce roman explore les émotions des adolescents avec beaucoup d’empathie et de bienveillance. Les adolescents se soutiennent, ils grandissent ensemble avec les différences de chacun sans aucun jugement car tu es comme tu es, mon ami !

Un roman dont le nombre de pages ne doit pas effrayer nos lecteurs. Il se lit très bien car chaque personnage écrit une centaine de pages, le style, le support, les sujets abordés  changent à chaque fois.  Quatre voix, quatre garçons et quatre filles avec des parcours différents, liés par une très forte amitié. Un livre à lire  pour des 4ème /3ème qui seront sensibles au fait que l’auteure aborde avec beaucoup d’intelligence  des questions de leur âge.