Sélection du comité de lecture-élèves

Bonjour,

Les élèves membres du comité-lecture ont fait leur petite sélection à destination de leurs camarades et enseignants. Voici les résultats pour la période de janvier-février 2018 !

sélection du blog janv fév 2018

Bonnes lectures !

La Théorie de l’élastique, d’Anne-Françoise de Bruyne.

En route avec Clara.

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Clara a onze ans et habite à Bruxelles, en Belgique, avec sa maman. De son père, elle ne possède qu’une vieille photo dans une boîte à souvenirs. Elle connaît aussi quelques bribes de son histoire : humanitaire pour la Croix-Rouge, depuis toujours sur les routes, sillonnant les zones de conflits, il semble avoir disparu de la circulation.

A l’école, Clara fait la rencontre d’un jeune migrant afghan, Anis, qui devient son ami et lui raconte son histoire et son voyage forcé à travers le monde. Une idée germe alors dans l’esprit de la fillette : et si Anis avait rencontré son père ? Et s’il pouvait l’aider à le retrouver ?

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     Au fil de ce roman, entre monde réel et imaginaire, c’est au voyage initiatique de Clara que l’on assiste. L’héroïne, drôle et perspicace – mais encore enfantine, est très attachante et ses aventures séduiront les lecteurs dès la sixième (pour les bons lecteurs). Son histoire leur permettra également de se confronter à des faits d’actualité et de se questionner sur leur place dans le monde et leur rapport à l’autre. 

     En cinquième, ce roman entre dans la thématique du voyage et en quatrième dans l’objet d’étude « Informer, s’informer, déformer ». 

Les éditions Le Muscadier au Salon du livre de jeunesse de Montreuil

 

Si vous avez suivi un peu notre aventure depuis le début, vous savez déjà que notre histoire existe en immense partie grâce aux éditions Le Muscadier, qui, les premiers, nous ont contactés pour nous encourager dans notre grand projet de promotion de la lecture en milieu rural isolé et nous ont proposés de nous offrir des livres… L’idée a ensuite fait son chemin, bien entendu, de contacter d’autres éditeurs pour savoir s’ils étaient prêts à nous soutenir !
Bref, jeudi 30 novembre, au Salon du livre de jeunesse de Montreuil, nous avons enfin pu mettre un visage sur un nom qui revenait souvent dans notre projet : Bruno Courtet, fondateur de cette petite maison d’édition indépendante et engagée.
Interview recueillie par Aurélya et Bruno, élèves de 4e au collège Arsène Fié de St Amand en Puisaye et membres des Dévoreurs de livres d’Arsène :

 

Bruno Courtet, fondateur de la maison d’édition Le Muscadier

-D’où vient le nom de votre maison d’édition  « Le Muscadier » ?

Le choix d’un arbre pour le nom de ma maison n’est pas innocent. Un arbre, c’est d’abord une graine que l’on plante dans une terre fertile et qui pousse, croît, se déploie. Cette symbolique évoque ma volonté de semer dans l’esprit de mes lecteurs de petites graines (nos publications) qui les feront grandir. Mon choix s’est porté sur le muscadier car son fruit est une épice aux saveurs très caractéristiques, et j’aime l’idée que nos livres vont pimenter la vie de leurs lecteurs.

-Comment et quand avez-vous découvert notre (magnifique !) blog ?

Je ne sais plus au juste, mais le projet m’intéressait et je suis du genre à soutenir ce qui me semble juste.

– Qu’est ce qui vous décide à faire de nombreux dons à notre projet, ce qui nous aide réellement ?

Pour nous, c’est un moyen de faire connaître nos ouvrages. C’est un échange, cela vous permet d’avoir des ouvrages à lire gratuitement et quand vous parlez de nous sur votre blog, cela crée une communication autour de nos livres, car un éditeur a besoin de faire connaître ses livres pour les vendre. Nous avons d’ailleurs pas mal de partenariats avec des blogs.

– Comment avez-vous eu l’idée de devenir éditeur ?

J’ai découvert le milieu du livre pendant mes études alors que je travaillais à la librairie des Presses Universitaires de France. Après mes études d’ingénieur, comme j’adorais les livres, j’ai entamé une formation sur le monde de l’édition pendant un an, un DUT métiers du livre. C’était une formation qui regroupait les métiers d’éditeur, de libraire et de bibliothécaire.

– Quelles sortes de livres éditez-vous, quelle est votre ligne éditoriale ?

Notre maison d’édition publie principalement deux type d’ouvrages : de la littérature de jeunesse avec des thématiques engagées et des livres de santé publique à destination des adultes, en partenariat avec l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

-Nous ce qui nous intéresse, ce sera plutôt le pôle jeunesse. Alors, pourquoi avez-vous choisi cette ligne éditoriale stricte  ?

À la suite de la publication de notre premier ouvrage – un essai politique intitulé Altergouvernement – un libraire m’a contacté en me suggérant de créer une collection engagée pour la jeunesse, avec des idées alternatives, en proposant de la réflexion aux jeunes. J’ai trouvé l’idée bonne car cela nous démarquait de la production éditoriale jeunesse habituelle. J’ai quatre enfants et je trouve cela important d’amener les jeunes à réfléchir sur la vie et sur la société dans laquelle ils grandissent… En outre, cet engagement correspond évidemment à une conviction personnelle.

– Pourquoi ne faites-vous pas la même chose pour adultes, car certains de vos ouvrages jeunesse se lisent avec plaisir par les adultes également  ?

Je ne fais pas de fiction pour les adultes pour le moment car j’ai assez de travail avec nos deux principales collections ! Peut-être le ferai-je un jour… En revanche, nous publions de temps en temps des essais, des débats pour le grand public adulte. Nous avons aussi publié le livre Contes rebelles – un livre-CD de contes sur la liberté et l’engagement pour adultes où chaque conte est lu par une  personnalité : Manu Chao, les Ogres de Barback, Daniel Pennac, etc. Il y a une dizaine de titres dans notre collection de débats « Le choc des idées » et sept titres hors collection au Muscadier.

– Quelles différentes formes de promotions de vos ouvrages faites-vous ?

Principalement l’envoi de services de presse (une centaine pour chaque titre), pour des blogueurs, des médias. Pour la jeunesse, on ne fait pas de publicité, c’est trop cher. On essaie en permanence d’améliorer notre communication auprès des libraires, des CDI d’établissements scolaires, des bibliothèques, mais c’est un travail de longue haleine. Je fais aussi deux salons par an, celui de Montreuil, et un salon à la Réunion où je réside.

– D’où vient votre slogan « l’éditeur qui cultive le bon sens » ?

Le Muscadier se définit comme un éditeur engagé. Depuis toujours, notre ligne éditoriale est parfaitement claire : en plus du plaisir qu’ils procurent (plaisir de lire, de découvrir, d’imaginer, de partager, de s’informer), nous souhaitons que nos livres invitent leurs lecteurs à réfléchir. À se poser des questions – sur eux, sur la société, sur les grands sujets de notre monde contemporain : l’écologie, la justice, l’égalité, la tolérance… toutes ces idées qui constituent le socle d’une certaine vision humaniste. C’est ça, le bon sens, pour moi. Et pour la collection « Rester vivant », nous avons un autre slogan : « la collection des ados non formatés », car on s’adresse aux jeunes qui ont envie de réfléchir à la société dans laquelle ils vivent et pas aux jeunes qui passent leur vie passifs devant les écrans. Qu’il s’agisse d’essais, de romans, de nouvelles, ou même de livres pratiques, nos ouvrages poursuivent un même objectif : apprendre à s’émanciper, à se prendre en main, à refuser le prémâché quotidien et le prêt-à-penser, à prendre le temps de se poser. À réapprendre à croire en ses rêves.

Un immense merci à Bruno Courtet pour cette belle rencontre !
Au plaisir de se revoir !

Emma, Tess Corsac

 Contagion

9791090685161-753x1024Dans un futur pas si lointain, l’humanité a été ravagée par un virus hautement contagieux du nom d’Emma. La population mondiale s’est vu réduite à peau de chagrin et les survivants tentent par tous les moyens de se protéger des personnes infectées. Impossible, dans cet univers revenu à un mode de vie quasi moyenâgeux, de faire confiance à qui que ce soit. Difficile en effet de distinguer les êtres en bonne santé de ceux que l’on nomme les moissonnés. Seule une marque sur le front permet de les différencier mais on ne peut même pas toujours s’y fier… C’est dans ce monde chaotique, dans un village apparemment préservé de l’infection, qu’a grandi Azur. A 15 ans, elle doit, en compagnie de son ami de toujours, Basile, se faire tatouer sa première marque prouvant sa bonne santé. Mais le chemin vers le centre médical sera semé d’embûches et une bien mauvaise surprise attend les deux amis à leur arrivée…

Voilà un roman d’anticipation dystopique fort bien mené, qui livre des réflexions profondes sur la question de l’humanité, sur notre rapport à l’autre et nos peurs les plus profondes. La jeune auteur, Tess Corsac, n’a que 19 ans mais nous offre une approche allégorique très pertinente de la société. L’univers quasi post-apocalyptique dans lequel elle fait évoluer ses personnages est peint avec finesse et surtout les rapports humains sont analysés avec subtilité ce qui permet une critique constructive des travers de notre société. J’ai vraiment pris plaisir à ce qui est aussi un récit d’apprentissage riche en rebondissements et j’attends avec impatience la probable suite que laissent les dernières lignes pleines de suspens de cet ouvrage. Coup de cœur pour ce livre qui plaira aux ados à partir de 13-14 ans et à leurs parents.

Pas bête(s), de Christophe Léon

Et si…

Pas bête(s) !Et si une poule pondeuse, élevée en batterie dans un « studio » de 46 x 51 cm, loué à prix d’oeufs, nous livrait ses pensées ? Et si, dans un zoo, la visite nous laissait à voir des espèces d’animaux très particulières  ? Et si un mouton cherchait à prendre le pouvoir sur le troupeau et imposer sa dictature ? Et qui sont réellement les cafards ? Et comment faire sa place dans le monde des finances lorsque l’on est un jeune diplômé de 23 ans tout juste sorti de l’école ? Et si l’on visitait une ferme ultramoderne où la rentabilité est le maître-mot et où l’on prend en compte de manière très relative le bien-être des animaux très particuliers qui y sont  élevés ? Et si un chien de chasse à la retraite est mis au rebut par son maître suite à sa participation à un jeu de télé-réalité… Et si la boucle était bouclée et que la poule du début rencontrait le chien de la dernière nouvelle ?

Des histoires à faire frémir, plus cinglantes les unes que les autres, au ton à la fois grave, caustique et humoristique, où celui qui se comporte le plus comme un animal n’est pas forcément celui que l’on croit.  Ces nouvelles font réfléchir profondément le lecteur sur la place de l’animal dans notre société, et surtout sur les relations entre l’homme et l’animal… Dans le ligne éditoriale de sa collection Rester vivant, cet ouvrage fait partie de ces littératures engagées qui permettent d’ouvrir le débat avec des élèves, en particulier dans la thématique Informer, s’informer, déformer, au programme de français de 4e :  l’élevage industriel et ses dérives, la télé-réalité et son pouvoir, les relations entre l’homme et l’animal, le comportement animal de l’être humain dans certaines circonstances, le zoo pour préserver les espèces menacées, etc. Des sujets d’actualité, sujets parfois à controverses, qui permettent des discussions riches.

Ce recueil réunit des nouvelles déjà publiées dans deux ouvrages différents chez le même éditeur : Pense bêtes et Bêtes de pensée.

 

L’aigle noir, de Hervé Mestron

Clap de fin !

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Une passion commune, la musique. Elle, c’est Billie, élève dans un lycée normand, douée pour le chant. Lui, c’est Nicolas Hartman, le nouveau professeur de musique. L’adolescente a tout pour être heureuse, un environnement familial aimant, des amis. Mais Billie est secrète, vit repliée sur elle-même. Hartman vient de Paris. Son passé est douloureux. C’est un homme meurtri qui essaie de fuir ses démons. Alors qu’il entre dans sa classe, il demande à ses élèves si quelqu’un sait chanter. Billie entame aussitôt un extrait de l’aigle noir de Barbara. La voilà transformée, elle se libère. Le charme opère immédiatement, Hartman est bouleversé par la voix de Billie. Il est persuadé qu’elle ira loin et veut l’encourager à persévérer dans le chant.  Deux êtres écorchés unis par une même sensibilité musicale. Lui qui veut fuir un passé cruel, elle, rongée par un secret douloureux. Mais voilà, le professeur qui semble proche de son élève, va être dépassé par la rumeur, va se retrouver malgré lui, dans une situation des plus critiques voire dramatique. L’entourage professionnel va faire bloc contre lui, va l’isoler. Une violence gratuite va s’abattre sur le professeur, le rendant impuissant face aux attaques.

L’aigle noir, un beau roman qui touche par le choix des thèmes. En effet, le lecteur est vite confronté à des sujets délicats tels que les relations professeurs/élèves, l’effet dévastateur d’une rumeur, le suicide, le deuil, les premières expériences sexuelles, l’importance de communiquer, de se confier. Hervé Mestron nous présente les deux personnages en parallèle et peu à peu l’histoire prend forme autour de leur détresse commune. Mais les événements vont s’enchaîner très vite, trop vite ! C’est la spirale infernale, Billie et Hartman ne maîtrisent rien, tout va se dérouler à un rythme étourdissant. Ce seront les malheureuses victimes de personnes engluées dans le jugement. Mais fondé sur quoi au juste ? Sur une impression, sur des bruits qui ne courent même plus, …  à ce niveau là, ils galopent ! Le lecteur serre la mâchoire pour ne pas hurler à l’injustice. Combien de personnes ont été ainsi détruites par une rumeur qui n’en finit pas, par un comportement mal interprété ? La rumeur a encore un bel avenir, jamais elle ne se taira. Elle prend tout. Elle déforme, elle assassine, elle se propage pire qu’un virus. Alors approchez-vous et écoutez ce conseil : « ne jugez pas sans savoir, restez prudents dans vos interprétations sur des faits ou des gestes. Alors suivez votre bon sens, ne nourrissez pas les esprits mal intentionnés . »

Le réveil de Zagapoï, de Yves-Marie Clément

Dendrobate et compagnie !

Adriana est engagée comme chef du projet GENIBE et se rend en Guyane, sa terre natale pour une expédition scientifique. La mission consiste à éradiquer les moustiques qui prolifèrent au bord du marais de la forêt amazonienne grâce à un insecticide expérimental, issu d’OGM, qui devrait agir à la fois sur les adultes et les larves… La petite équipe se rend donc sur place pour épandre le produit apparemment testé auparavant en laboratoire… Pourtant, très vite, les scientifiques se rendent compte que quelque chose cloche, l’insecticide semble la cause de mutations incontrôlables de la nature… qui vont réveiller Zagapoï, l’Esprit de la Forêt. Très vite, l’expédition tourne au véritable cauchemar.

L’originalité de ce roman consiste dans le fait que la parole est donnée alternativement aux « Habitants » (les animaux de la forêt) et aux « Autres » (les hommes). Le but des « Habitants » sera de survivre malgré tout, de se battre face à l’homme qui détruit leur environnement pour son seul bien-être… ou  pour certains, pour gagner de l’argent. Le laboratoire en cause dans le roman s’appelle « Monbayo »… Cela ne vous dit rien ? La fusion d’une grande entreprise de biotechnologie agricole et d’une firme pharmaceutique existants, peut-être ?

Dans le roman, seuls 60 espèces, dont 20 de moustiques, ont été testés en laboratoire sur plus d’un million d’espèces recensées… Scientifiquement contestable, bien sûr. Et pourquoi le dossier est-il classé « secret-défense » s’il n’y a rien à cacher ?

Un roman qui permet d’avoir une réflexion riche sur une thématique toujours plus d’actualité  : le respect de la nature.  l’Homme a-t-il tous les droits sur la nature  ? Ne met-il pas en péril son existence-même à jouer les apprentis sorciers ? La fragilité de l’écosystème, la forêt amazonienne comme poumon de la planète, l’importance de la chaîne alimentaire (est-il judicieux, pour notre seul bien-être, de souhaiter l’éradication totale des moustiques, lorsque l’on sait qu’ils font partie intégrante de la chaîne alimentaire et de l’écosystème mondial, même si ils sont cause de maladies parfois mortelles pour l’Homme ?). De plus, chercher à éradiquer une espèce n’est pas sans conséquence sur leur habitat, leur milieu, et donc les espèces environnantes, puisque pour cela, l’Homme est bien obligé d’utiliser des produits chimiques qui vont forcément toucher tout l’environnement immédiat. C’est tout cela que dénonce ce roman qui se veut roman d’anticipation, mais qui est, hélas, bien proche de la réalité.

Un roman écologique qui se lit comme un roman d’aventure, vraiment  très rapide à lire …  et qui fait froid dans le dos !

 

 

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