Juliette et Roméo, de Yves-Marie Clément

Nous pour la vie…

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Juliette, une adolescente de 16 ans, belle et riche, arrive en Guyane. Son père y est le directeur du centre pénitentiaire. Elle est promise à un sombre destin car elle va devoir épouser Rodolphe, un lieutenant de 15 ans son aîné. Elle ne l’aime pas. Le mariage arrangé par les familles est une véritable torture, un enfermement.

Roméo est un jeune bagnard de 22 ans, enfermé à vie, condamné à faire de pénibles besognes. Un bal est donné en l’honneur de Juliette dans la villa de la famille. Roméo et d’autres bagnards doivent s’y rendent pour faire le service. Au cours de la fête, le hasard met Roméo sur le chemin de Juliette. Tout bascule. Alors que tout les oppose, un amour impossible va lier les deux jeunes gens. La force de leur amour sera-t-elle suffisante pour vivre cette passion ?

Juliette et Roméo est l’histoire d’un amour interdit, une réflexion sur les différences, dans lequel s’entremêlent violences, trahisons et secret. C’est l’histoire de deux mondes radicalement opposés sur fond de paysage exotique, en pleine colonisation. Une réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare qui nous transporte dans des paysages idylliques qui contrastent avec un contexte sombre : la première guerre mondiale, les réalités des conditions du bagne. Par moment, l’auteur donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, par l’utilisation d’un style d’écriture propre à ce genre littéraire. Le pari est réussi car on arrive à oublier la version originale de cette histoire.

Russian express, d’Alain Bellet

Youri Serkovitch, jeune adolescent délinquant, gamin des rues « victime de la pauvreté endémique et de l’abandon familial » est poursuivi par la police moscovite. Il est accusé à tort de meurtre, coup monté de la bande organisée du puissant clan des Tataianov avec qui il s’était acoquiné. Il n’a d’autre choix, pour espérer survivre, que de s’enfuir. Il choisira de traverser la Russie, par le Transsibérien jusqu’à Vladivostok aux confins de la Sibérie, dans l’espoir de retrouver peut-être sa mère qui l’a abandonné. Mais ce ne sera sûrement pas dans un wagon de 1ère classe, ni même de troisième qu’il voyagera, mais sous un wagon,  blotti contre les boggies des roues. Il faut qu’il tienne dans des conditions physiques insoutenables, sans nourriture ni eau, le corps meurtri, luttant contre le sommeil pour ne pas tomber. Au détour d’une gare, sa décision de monter à bord, malgré les dangers que cela implique risque de changer son destin…

Un roman qui traverse la Sibérie comme un destin… Les pensées de Youri, à la typographie différente dans le texte, sous le wagon, se mèlent aux paroles des voyageurs au-dessus de lui : réflexions sur ce qu’est devenu cette Russie post-soviétique, instable, qui ne sait que faire de ses enfants des rues, le quotidien du peuple travailleur ou le folklore des trains russes, apartés littéraires sur Pasternak ou Tchékhov, rappels de la période soviétique avec les Russes blancs ou l’Armée rouge. Quelques fantaisies typographiques également nous rappellent l’alphabet cyrillique : KpacHbIe BopoTa (lisez : krasnié varota, nom d’une station de métro à Moscou ) ou Mockba (lisez : Moskva, nom de la ville de Moscou en russe) ou quelques mots aux consonnances  exotiques égrènent le texte : provodnitsa ( la responsable du wagon dans le train) ou babouchka (la grand-mère, la vieille dame) et en font un thriller documentaire à travers la Sibérie, en découvrant l’Oural, la Volga et  les bulbes de ces églises typiques de la Russie.

L’école me déteste, de Julie Jézéquel et Baptiste Miremont

L’histoire s’ouvre sur les mots de Ferdinand, 7 ans. Il est à l’école, allongé sur le gravier de la cour et… il est en train de mourir, nous dit-il.

Le petit garçon nous raconte alors comment il en est arrivé là, comment « une histoire d’abord banale, un enfant qui tape sur un autre à chaque récré, a pu se terminer de façon aussi triste« .

Ferdinand a sauté une classe et ses ennuis ont commencé : Eric, la terreur, l’a pris comme souffre-douleur. Sa maîtresse ferme les yeux. Au lieu de le protéger, elle minimise la situation et va jusqu’à lui en imputer la responsabilité. Même si ses parents sont à l’écoute, il ne parvient pas à tout leur raconter.

Heureusement, il peut compter sur leur flair et sur l’appui de certains adultes bienveillants. L’histoire pourrait bien finir autrement que comme elle semblait avoir commencé…

Le sujet est grave : sans jamais vraiment le nommer, Ferdinand nous parle de harcèlement scolaire. Comme pour souligner que c’est toujours bel et bien un sujet tabou, c’est un enfant qui en parle. Et plus que de ce fléau, il s’agit de l’impuissance et de l’immobilisme des adultes et des institutions.

Ce roman se lit très vite, aussi vite que s’enchaînent les idées de Ferdinand, tantôt drôles, tantôt graves. Une réflexion en appelle une autre. Ses mots sont emprunts de la naïveté d’un enfant de son âge, mais aussi, bien souvent, d’une grande perspicacité : la faiblesse des adultes ne lui échappe pas.

Ce roman porte un message. Dès le début du récit, Ferdinand nous livre un conseil des plus importants :  » On peut se dire que tout ça, c’est comme une leçon sur la vie, et que toutes ces petites violences de tous les jours, il vaut mieux en parler avant que ça ne devienne des catastrophes. « 

Conseil repris en écho par sa maman :

 » Ferdinand, écoute bien ce que je vais te dire : tu ne dois pas me cacher tes ennuis à l’école. Personne n’a le droit de t’insulter, de te menacer, de te taper. Personne. « 

Face à ce fléau et à l’impuissance de l’institution scolaire, le message délivré est clair : le rôle des parents est essentiel.

Un roman de la collection « Rester vivant », chez Le Muscadier, qui s’adresse à un public ado en parlant du monde d’aujourd’hui et qui donne à réfléchir.

Le prix de chaque jour, de Mireille Disdero

L’autre côté du miroir…

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Quelle que soit l’épreuve qu’il faille combattre dans notre vie, le traumatisme est présent et souvent difficile à surmonter. On pense au passé, on n’évoque pas l’avenir car c’est trop douloureux. Comment faire pour oublier, quand la blessure est toujours là pour nous rappeler que tout s’effondre.

Laurie, 16 ans, se souviendra à jamais de son retour de vacances. Elle avait des projets plein la tête, des rêves comme toutes les adolescentes de son âge. Elle était avec sa mère. Mais il y a eu ce choc, ces tôles froissées, ces cris, le sang, la peur, les larmes……

A l’hôpital, Laurie est face à ce miroir qui lui renvoie une image en demi-teinte, un visage dont un côté reste sans expression, comme figé. C’est le drame pour Laurie qui est abasourdie. Ce n’est plus elle. Comment va t-elle faire pour vivre avec cette figure cassée, une figure qui n’exprimera sans doute plus rien … comme laissée en veille.

Le prix de chaque jour est un beau roman tendre et émouvant. Il met en scène un moment important de la vie de Laurie. Un moment qui va bouleverser son existence sans la détruire, car une rencontre va l’aider à comprendre que, quoiqu’il arrive, la vie est belle et vaut la peine d’être vécue. Un moment ressenti de l’intérieur, avec les émotions d’une jeune victime qui trouve les mots pour exprimer ses doutes, ses angoisses mais aussi ses espoirs.

Je les entends nous suivre, de Florence Cadier

L’histoire commence comme un coup de poing envoyé à la figure du lecteur :

Je les entends nous suivre ! Ils sont derrière nous, ils ricanent, nous insultent :
-Salopes ! Pédales !
-Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs !

Puis c’est le passage à tabac… Pour quelle raison tant de haine gratuite ?

Retour en arrière, un an plus tôt.

Léo, quinze ans n’a jamais embrassé de filles. Alors, pour sa fête d’annievrsaire, il s’est lancé un défi  : c’est Léonore qui va embrasser. Il a le béguin pour elle depuis qu’elle a débarqué dans son club de boxe. Si frêle, si jolie…et pourtant, quel jeu de jambes, quel tonus, quelles frappes !

Mais à cette soirée, il rencontre aussi Robin. Il a trop bu et Léo est obligé de l’installer dans sa chambre avant de faire partir tout le monde… Robin est envoûtant et Léo ne comprend pas ce qu’il ressent pour lui… Une relation s’intalle bientôt entre eux mais pour Léo, ces nouvelles émotions sont trop difficiles à assumer. Comment parler de cela à ses parents, comment assumer cette relation devant son meilleur ami, devant Léonore ? Qu’en est-il du « qu’en dira-t-on » ? A quinze ans, âge où l’apparence a tellement de poids, cela est-il possible ?

En un texte de moins de 100 pages, l’auteur Florence Cadier a su trouver les mots justes pour donner la parole à tous les points de vue sur la question en multipliant les personnages qui gravitent autour de notre couple : les parents, les amis, l’ex-petite amie, de jeunes inconnus qui croisent leur route et décident gratuitement d’en découdre avec les homos… Un texte fort sur un sujet sensible qui traite de l’homosexualité, de l’homophobie « ordinaire » et » silencieuse » mais aussi de l’homophobie virulente et violente. Mais c’est surtout un texte qui parle avant tout d’amour. L’amour ne se commande pas par le cerveau, il se ressent par le coeur.

Sables émouvants, de Jean-Luc Luciani

Histoires de sentiments…

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Sables émouvants est un recueil de sept histoires dans lesquelles les personnages se trouvent dans des situations qui vont les bousculer, les ébranler émotionnellement. Ils se trouvent confrontés à des moments de vie difficiles, instables et imprévus qu’ils vont devoir affronter seuls. Leur unique arme : leur sensibilité et leur humanité.

Ce recueil qui s’adresse aux adolescents traite de sujets variés tels que la difficulté des jeunes à trouver leur place dans la société, leur mal-être, la mort, la manipulation, l’homosexualité. Des histoires très différentes avec des chutes surprenantes.

Et pour en savoir plus sur chacune des nouvelles, voici les résumés proposés par l’éditeur, les éditions Le Muscadier, en 4ème de couverture :

« Voici un recueil de sept nouvelles – toutes plus subversives les unes que les autres – dont les protagonistes évoluent sur des territoires instables. Des sables émouvants.

• Burn(es) out •
Une écrivaine vient parler de sexualité avec les jeunes d’un centre social. La rencontre prend vite une tournure inattendue.

• Daesh everywhere •
Un journaliste interviewe le responsable d’une communauté où le suicide est de mise. Est-il aussi neutre qu’il le prétend ?

• Positif •
Un adolescent attend le résultat d’un test qui peut changer sa vie. Lorsqu’il apprend qu’il est positif, tout bascule.

• Pauline se pose des questions •
Pauline pose beaucoup de questions à son ami de toujours. Trop selon lui. Mais derrière ses questions, se cache quelque chose de beaucoup plus important.

• Des débuts prometteurs •
Un collégien se lance dans un concours d’écriture qui transforme son entourage. Toute sa famille se sent plus concernée que lui-même.

• Un si doux secret •
Au cours d’une soirée, Fabrice cherche à savoir avec qui sa petite amie le trompe. Ce qu’il va apprendre va le bouleverser à tout jamais.

• Dinde de Noël •
Hector se glisse dans la peau du père Noël, histoire de gagner un peu d’argent en cette période de fête. Mais l’entreprise vire à la catastrophe.

C’est écrit sur ses lèvres, de Brigitte Aubonnet

Maman, laisse moi vivre…

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C’est écrit sur ses lèvres est une belle rencontre. C’est l’histoire de Valériane et Ludo, deux adolescents de quinze ans, fous amoureux. Banale comme histoire ! Ah oui mais j’oubliais, ils sont sourds. Et alors ? Ils font avec et s’en sortent très bien. Mais pour la mère de Valériane, ce handicap est un obstacle au bonheur. C’est en grande partie la source des conflits qui opposent Valériane et sa mère. La jeune fille veut vivre, ne pas avoir de chaînes aux pieds, la surdité étant déjà un enfermement en soi. Les deux ados s’aiment, ils ne font qu’un. Leurs mères respectives, qui ne s’entendent pas, s’opposent à cette relation. Mais les adolescents plein de ressources n’ont pas dit leur dernier mot.

Etre parents n’est pas toujours chose facile. Il faut composer avec les caractères, gérer les conflits et malgré l’éducation qu’on essaie de transmettre à nos enfants, on n’est à l’abri de rien. Un dérapage, de mauvaises fréquentations et tout peut basculer … sans même parler de la période de l’adolescence !

Mais quand on est parents d’enfants à handicap, la vie est bouleversée, on se demande que sera leur avenir, leur place dans une société qui a du mal avec le «vivre ensemble», avec la différence. Alors on veut les protéger et parfois on dresse un mur tout autour d’eux en pensant que c’est mieux ainsi. C’est humain, car le regard des autres qui jugent une différence qu’ils ne connaissent pas, peut faire beaucoup de dégâts.

Le point commun à ces deux situations est qu’on veut toujours le meilleur pour nos enfants, on veut qu’ils réussissent, qu’ils se construisent, qu’ils soient heureux tout simplement. Mais faut-il pour autant les «enfermer» dans une bulle, les isoler pour mieux les protéger ?

A travers le regard de Valériane, le lecteur part à la découverte du monde des sourds. Détermination et combat sont les mots clefs de ce roman. Ce livre fort et émouvant nous parle de l’adolescence, de l’exclusion, des doutes, des relations humaines et de la vie. Souffrance et acceptation de soi cohabitent mais là encore, pour exister, il faut persévérer, ne pas lâcher prise. Une dure bataille pour pouvoir voler de ses propres ailes… Et puis il y a tous les autres, ceux qui jugent, qui regardent la personne à handicap avec mépris, qui la snobent. La différence naît dans le regard des autres, de ceux qui ne savent pas, qui ignorent toute la difficulté à être différent. Mais heureusement, il y a encore des gens qui font preuve d’empathie et de tolérance, qui acceptent que la personne à handicap puisse vivre, travailler. Le chemin vers l’égalité des droits et des chances est encore bien long…

Un hymne à la tolérance, à lire !