Le silence du serpent blanc, d’Arnaud Tiercelin

Le silence du serpent blancThibault vit dans un pays où, depuis trois ans, le roi a imposé une règle très stricte : celle de limiter le bruit au maximum. Qu’est-ce que cela implique au quotidien ? Un monde terne, où les relations sociales et familiales sont complexes : plus de musique, plus de chants, plus de discussions (chaque jour, le nombre de mots est limité pour chaque personne), il faut chuchoter, tousser discrètement,  faire attention aux bruits de ses semelles lorsque l’on marche. D’autres restrictions existent aussi dans ce pays dirigé par un roi  qui impose des lois dictatoriales comme par exemple le couvre-feu ou une télé contrôlée par le pouvoir.

C’est aussi depuis ce moment-là  que le père de Thibault est parti de la maison sans prévenir. Les enfants n’ont aucune nouvelles de lui et leur mère refuse d’en parler…

Mais lorsque Pamina, une nouvelle élève, arrive dans la classe, la vision de Thibault sur la société dans laquelle il vit va évoluer, il va prendre conscience de certaines choses et chercher des réponses à ses questions… Ce qu’il va découvrir va le transporter dans un monde inconnu qui lui ouvrira les portes de la réflexion… jusqu’à la chute finale, inattendue…

Un roman étrange et décalé, facile à lire grâce à une écriture simple et directe pour des lecteurs dès le CM2. Un univers onirique pour un livre dont le genre frôle la science-fiction mais aussi le merveilleux et le récit social. Des réflexions profondes sont abordées sur la dictature, sur l’importance de la parole, sur la désobéissance civile pour combattre les injustice. Mon fils de 7 ans, attiré par la 1ère de couverture très réussie qui rappelle l’univers de Tim Burton, me demandait tous les jours de lui raconter l’avancée de cette histoire que je n’ai donc pas eu le droit de poser avant de l’avoir terminée ! 

Onirique et profond… et qui donne envie de faire du bruit et d’apporter à la vie quelques notes d’excentricité et de musique !

Je voulais juste être libre, de Claire Gratias

Manon L. a 16 ans. D’une grande beauté, c’est une adolescente effacée, studieuse, qui vit sous la coupe d’une mère autoritaire. Rien de ce qui fait le quotidien d’une adolescente « normale » ne lui est permis : s’amuser, se maquiller, choisir ses habits, aller au cinéma, sortir avec un garçon  ou feuilleter un magazine de mode ! Sa mère semble avoir peur de sa beauté et cherche par tous les moyens à l’effacer en annihilant sa personnalité. Elle a peur d’une chose, viscéralement : que sa fille devienne une fille de « mauvaise vie ». Pourquoi ? Quelle est son histoire ? Les pièces du puzzle se mettent en place au fur et à mesure du récit et des témoignages des personnages qui prennent tour à tour la parole pour donner leur point de vue sur « l’affaire ». Car un jour, Manon L., cette fille sage et sans histoire, s’enfuit…

 

Ce roman noir très original et totalement prenant est une réécriture de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost, oeuvre littéraire classique du 18ème siècle. Ecrit en 5 « actes », ce roman à plusieurs voix se lit comme une enquête policière où les témoignages mis bout à bout permettent au lecteur de comprendre peu à peu l’histoire et la personnalité de Manon L. Chaque acte s’ouvre sur une citation de l’oeuvre de l’Abbé Prévost qui permet au lecteur averti de faire le lien avec le texte classique.

Une immersion dans l’univers émotionnel d’adolescents actuels transposé en une romance-tragédie qui n’a rien à voir avec les romans d’amour pour ados dont on a l’habitude. Des thèmes forts sont abordés comme les relations toxiques parents-enfants, la notion de choix, de liberté, d’indépendance.

A découvrir !

Temps de cerveau disponible, de Dominique Corazza

Un recueil de nouvelles qui donne à réfléchir, -si tant est qu’il reste du temps de cerveau
disponible-, sur la société de consommation et ses dérives.

#1 Temps de cerveau disponible
Un collège financé par des sponsors et dirigé par une grande firme, où les élèves peuvent
gagner des points de consommation pour leur famille, en passant des évaluations – des quiz –
sur les spots publicitaires qui tournent en boucle dans les haut-parleurs et sur les écrans en
classe. Quand un élève sort du lot pour ses mauvais résultats, le directeur s’interroge.
Comment une telle abstraction est-elle encore possible, malgré le matraquage sonore et
visuel ?

#2 Légitime défense
Un supermarché dans une zone urbaine. La société est scindée en deux groupes : les
consommateurs qui ont encore les moyens d’acheter vs les « zombies » qui n’ont plus accès au
monde de la consommation et tentent de survivre en marge du système. Les supermarchés ont
développé leur propre milice contre les attaques régulières des zombies. Les vigiles sont armés
et les caddies sont équipés de boucliers et de matraques, que les clients utilisent pour se
défendre en cas d’assaut. De chaque côté, des pacifistes et des extrémistes…

#3 Les gloutons
Des créatures à la forme vaguement humanoïde, inventées dans un mystérieux laboratoire,
peuplent les zones commerciales. Ils sont appelés les gloutons, car ils dévorent tous les
déchets dont la société de consommation ne sait que faire. Faut-il s’inquiéter quand ils entrent
peu à peu dans les foyers, facilement adoptés par les enfants qui les adorent, et les parents qui
voient en eux de gentils baby-sitters ?

#4 Les recycleurs
On a trouvé la solution pour lutter à la fois contre le traitement des déchets, l’obésité et la crise
du logement : les recycleurs.
À partir d’un certain seuil d’IMC*, les personnes en surpoids sont écartées de la société et
deviennent ce qu’on peut appeler « une poubelle organique » : dans des centres de recyclage,
ils ingèrent les déchets et les aliments périmés qui une fois évacués, sont réutilisés en
nourriture pour animaux. Que reste-t-il d’humanité quand on travaille dans une telle usine… ?

Mon avis :
Des nouvelles qui bousculent. Et qui donnent une vision avant-gardiste de notre société de
consommation, de ce vers quoi elle pourrait évoluer en grossissant le trait de ses travers. Une
dérive annoncée, en quelque sorte. Dominique Corazza dénonce notre comportement et
pousse le lecteur à la réflexion en décrivant des mises en situations futuristes certes, mais
basées sur la société actuelle, bien réelle, que l’on connaît.
Une écriture empreinte de lucidité, implacable, qui provoquera forcément une émotion chez le
lecteur. La stupeur parfois, la consternation souvent et le dégoût enfin. Attention aux âmes
sensibles !

Nathalie, ex-Assistante pédagogique !

 

Mon Eden, de Hélène Duvar

Comment vivre sans toi…..

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Erwan a 16 ans, il avait une sœur jumelle, Eden. Eden s’est suicidée et sa disparition l’a anéanti. Il est dévasté, il ne comprend pas. Pourquoi a-t-elle fait ça ? Ce n’est pas juste. Eden était parfaite, tout le monde l’aimait. Elle était sa moitié, son miroir, son double.

Les souvenirs le rongent, tout se bouscule dans sa tête, il est dans le déni. Comment avancer sans se demander sans cesse pourquoi ? Comment continuer sans elle ? Et puis vient le jour où Erwan découvre le journal intime de sa sœur. Un journal qui va lui apprendre qu’Eden avait elle aussi des failles, des blessures, des côtés un peu obscures. Erwan va alors se démener pour trouver les raisons qui ont poussé sa sœur à en finir avec la vie, une vie qui semblait si parfaite.

Mon Eden est un livre qui parle du deuil, de la vie après la disparition d’un être cher et plus précisément du suicide des adolescents. Il est d’autant plus terrible pour ceux qui restent de ne pouvoir expliquer les raisons d’un tel geste. Le mot pourquoi raisonne sans cesse, hante l’esprit. C’est une torture, un sentiment de culpabilité. On a rien vu, on a rien fait pour éviter un tel drame. L’histoire est racontée à travers les sentiments d’Erwan. Ainsi, le lecteur se sent proche de lui, partage sa douleur et son désarroi. Le roman n’en est pas pour autant larmoyant, il se veut rassurant et on peut comprendre que malgré tout, le temps peut aider à faire son chemin…

Juliette et Roméo, de Yves-Marie Clément

Nous pour la vie…

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Juliette, une adolescente de 16 ans, belle et riche, arrive en Guyane. Son père y est le directeur du centre pénitentiaire. Elle est promise à un sombre destin car elle va devoir épouser Rodolphe, un lieutenant de 15 ans son aîné. Elle ne l’aime pas. Le mariage arrangé par les familles est une véritable torture, un enfermement.

Roméo est un jeune bagnard de 22 ans, enfermé à vie, condamné à faire de pénibles besognes. Un bal est donné en l’honneur de Juliette dans la villa de la famille. Roméo et d’autres bagnards doivent s’y rendent pour faire le service. Au cours de la fête, le hasard met Roméo sur le chemin de Juliette. Tout bascule. Alors que tout les oppose, un amour impossible va lier les deux jeunes gens. La force de leur amour sera-t-elle suffisante pour vivre cette passion ?

Juliette et Roméo est l’histoire d’un amour interdit, une réflexion sur les différences, dans lequel s’entremêlent violences, trahisons et secret. C’est l’histoire de deux mondes radicalement opposés sur fond de paysage exotique, en pleine colonisation. Une réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare qui nous transporte dans des paysages idylliques qui contrastent avec un contexte sombre : la première guerre mondiale, les réalités des conditions du bagne. Par moment, l’auteur donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, par l’utilisation d’un style d’écriture propre à ce genre littéraire. Le pari est réussi car on arrive à oublier la version originale de cette histoire.

Russian express, d’Alain Bellet

Youri Serkovitch, jeune adolescent délinquant, gamin des rues « victime de la pauvreté endémique et de l’abandon familial » est poursuivi par la police moscovite. Il est accusé à tort de meurtre, coup monté de la bande organisée du puissant clan des Tataianov avec qui il s’était acoquiné. Il n’a d’autre choix, pour espérer survivre, que de s’enfuir. Il choisira de traverser la Russie, par le Transsibérien jusqu’à Vladivostok aux confins de la Sibérie, dans l’espoir de retrouver peut-être sa mère qui l’a abandonné. Mais ce ne sera sûrement pas dans un wagon de 1ère classe, ni même de troisième qu’il voyagera, mais sous un wagon,  blotti contre les boggies des roues. Il faut qu’il tienne dans des conditions physiques insoutenables, sans nourriture ni eau, le corps meurtri, luttant contre le sommeil pour ne pas tomber. Au détour d’une gare, sa décision de monter à bord, malgré les dangers que cela implique risque de changer son destin…

Un roman qui traverse la Sibérie comme un destin… Les pensées de Youri, à la typographie différente dans le texte, sous le wagon, se mèlent aux paroles des voyageurs au-dessus de lui : réflexions sur ce qu’est devenu cette Russie post-soviétique, instable, qui ne sait que faire de ses enfants des rues, le quotidien du peuple travailleur ou le folklore des trains russes, apartés littéraires sur Pasternak ou Tchékhov, rappels de la période soviétique avec les Russes blancs ou l’Armée rouge. Quelques fantaisies typographiques également nous rappellent l’alphabet cyrillique : KpacHbIe BopoTa (lisez : krasnié varota, nom d’une station de métro à Moscou ) ou Mockba (lisez : Moskva, nom de la ville de Moscou en russe) ou quelques mots aux consonnances  exotiques égrènent le texte : provodnitsa ( la responsable du wagon dans le train) ou babouchka (la grand-mère, la vieille dame) et en font un thriller documentaire à travers la Sibérie, en découvrant l’Oural, la Volga et  les bulbes de ces églises typiques de la Russie.

L’école me déteste, de Julie Jézéquel et Baptiste Miremont

L’histoire s’ouvre sur les mots de Ferdinand, 7 ans. Il est à l’école, allongé sur le gravier de la cour et… il est en train de mourir, nous dit-il.

Le petit garçon nous raconte alors comment il en est arrivé là, comment « une histoire d’abord banale, un enfant qui tape sur un autre à chaque récré, a pu se terminer de façon aussi triste« .

Ferdinand a sauté une classe et ses ennuis ont commencé : Eric, la terreur, l’a pris comme souffre-douleur. Sa maîtresse ferme les yeux. Au lieu de le protéger, elle minimise la situation et va jusqu’à lui en imputer la responsabilité. Même si ses parents sont à l’écoute, il ne parvient pas à tout leur raconter.

Heureusement, il peut compter sur leur flair et sur l’appui de certains adultes bienveillants. L’histoire pourrait bien finir autrement que comme elle semblait avoir commencé…

Le sujet est grave : sans jamais vraiment le nommer, Ferdinand nous parle de harcèlement scolaire. Comme pour souligner que c’est toujours bel et bien un sujet tabou, c’est un enfant qui en parle. Et plus que de ce fléau, il s’agit de l’impuissance et de l’immobilisme des adultes et des institutions.

Ce roman se lit très vite, aussi vite que s’enchaînent les idées de Ferdinand, tantôt drôles, tantôt graves. Une réflexion en appelle une autre. Ses mots sont emprunts de la naïveté d’un enfant de son âge, mais aussi, bien souvent, d’une grande perspicacité : la faiblesse des adultes ne lui échappe pas.

Ce roman porte un message. Dès le début du récit, Ferdinand nous livre un conseil des plus importants :  » On peut se dire que tout ça, c’est comme une leçon sur la vie, et que toutes ces petites violences de tous les jours, il vaut mieux en parler avant que ça ne devienne des catastrophes. « 

Conseil repris en écho par sa maman :

 » Ferdinand, écoute bien ce que je vais te dire : tu ne dois pas me cacher tes ennuis à l’école. Personne n’a le droit de t’insulter, de te menacer, de te taper. Personne. « 

Face à ce fléau et à l’impuissance de l’institution scolaire, le message délivré est clair : le rôle des parents est essentiel.

Un roman de la collection « Rester vivant », chez Le Muscadier, qui s’adresse à un public ado en parlant du monde d’aujourd’hui et qui donne à réfléchir.