Au secours, mon voisin est un vampire, de Céline Le Gallo

Au secours mon voisin est un vampire !

Clément n’aurait jamais dû tenter ce pari en rollers avec Nassim ! Ce dernier est bien plus fort que lui ! Tout ça pour épater Aurélie ! Et voilà que ça finit en fauteuil roulant, cloîtré chez soi pendant des semaines, la jambe plâtrée de haut en bas et le bras en écharpe… Comment va-t-il réussir à ne pas mourir d’ennui, entre ce livre indigeste imposé par la prof de français, et des programmes télé insipides…

En espionnant le nouveau voisin peut-être ? Car qui peut bien choisir d’emménager dans une vieille bicoque aussi lugubre ? Qui peut bien se faire livre un cercueil à la tombée de la nuit… Et ce teint blafard, et cette grande cape noire ?… A n’en pas douter, il s’agit d’un vampire. Il faut tout de suite que Clément avertisse ses deux amis, Nassim et Aurélie, et qu’ensemble, ils enquêtent !

Un petit roman mené tambour battant, court et bien construit avec un dénouement final assez inattendu ! Que demander de plus pour nos jeunes lecteurs ? En plus d’un petit suspense fantastique lié au thème du vampire, il y est question d’amour et d’amitié. Un petit cocktail distrayant.

A corps parfait, de Vinciane Moeschler

Audrey, lycéenne de quinze ans, vient d’arriver dans un nouveau lycée où se trouve déjà sa meilleure amie, Manon. Excellente élève, solitaire, fille d’une journaliste-reporter renommée, elle est souvent livrée à elle-même, entre des parents toujours absents, une grand-mère qui vient les garder, elle et son jeune frère, un grand-père par alliance interdit de visite. Quels lourds secrets cache cette famille bourgeoise qui, d’un point de vue extérieur, semble pourtant si parfaite ? C’est ce que voudrait bien comprendre Anton, camarade de classe de 16 ans et demi, qui, dès le premier regard, est tombé fou amoureux d’Audrey. Et pourtant, tout semble les séparer, scolairement, culturellement et socialement : ses redoublements, ses parents tout deux d’origine étrangère et de milieu populaire, sa vie dans une cité. Mais des liens vont se tisser, petit à petit, grâce à l’amour, la persévérance et la sensibilité d’Anton.

Les choses se mettent en place petit à petit pour le lecteur. De la vision de son corps par Audrey « Dans le miroir, je me trouve moche. Moche, grosse, boudinée. Mal aimée » – au regard d’Anton, qui est amoureux d’elle, quelques pages seulement après : « Je dois reconnaître qu’elle est juste un peu maigre, mais les filles maigres ne me dérangent pas ». On comprend à demi-mots. Un mot se pose doucement sur les actes décrits : anorexie. Le diagnostic survient, délicatement. Les points de vue des deux protagonistes vont alterner tout au long de ce roman, témoignage d’un lent cheminement entre le début caché de la maladie, la non prise en compte des signaux d’alerte par l’entourage, le diagnostic, les soins et l’espoir d’une guérison. L’écriture sera une échapatoire au mal-être qui ronge l’adolescente.

Je n’ai jamais caché à personne que ma matière préférée, c’est le français. Enfin, écrire surtout. Ecrire, c’est avoir envie d’une autre vie. Les lettres sont mes alliées, l’imagination au pouvoir est mon slogan. Je joue entre les lignes, je manipule le sens des phrases, je caresse chaque mot avec délicatesse, je murmure en comptant les syllabes : cinq-sept-cinq. Dix-sept au total.

Un roman qui sonne si juste qu’il m’a amené à faire des recherches sur l’autrice afin de savoir s’il ne s’agirait pas d’auto-fiction… mais non, apparemment. Une écriture pleine de tact, sensible. Une jolie ode à l’écriture, à l’amitié, à la parole déliée.

Je crois qu’elle [maman] est au courant que ma grand-mère a tendance à nous bourrer l’estomac avec ses plats en sauce, lourds et gras. Ma manière de contrôler notre alimentation, à moi et à mon frère, c’est de l’aider à cuisiner. J’ai donc mon mot à dire dans le choix des aliments. Ma mère est soulagée. Ses enfants resteront minces, secs et sportifs.

Alors que je l’enlace – « tu vas nous manquer, ma petite maman »- elle tourne les talons. C’est comme si elle n’était déjà plus là.

La Sans-visage, de Louise Mey

Clara, narratrice de l’histoire, s’est inscrite à une colonie de vacances avec sa meilleure amie Aïssa. Depuis qu’Aïssa a déménagé, elles ne se voient plus beaucoup, et cette colo est un moyen de se retrouver… Même si Clara aurait nettement préféré que ce temps offert avec Aïssa se passe tranquille chez sa grand-mère. Car le principe de la colo n’est pas vraiment à son goût : deux jours de sport, un jour de repos. Et il y a forcément le clan des casse-cous (Aïssa, mais aussi toute une bande d' »abrutis ») et le clan des nuls (dont Clara fait partie). Clara se rend compte qu’Aïssa lui échappe, que son amitié exclusive n’est pas réciproque. Qu’Aïssa, adolescente positive et bienveillante, ne rentrera dans le jeu de personne et prendra la défense de ceux qui sont jugés trop vite. Car on retrouve dans cette colo tous les types d’adolescents : le clan des filles populaires dirigé par Lila à qui tout semble permis, le clan des garçons qui se la jouent un peu trop, les filles sans histoires… et Eleonore. Eléonore, qui, sans véritable raison, peut-être juste parce qu’elle est en surpoids, va devenir le souffre-douleur d’une partie du groupe. Tout va partir d’un surnom trouvé par des gars dans le train : Babar. Et puis, les choses vont s’installer petit à petit. Du surnom, on passe à quelques moqueries, puis aux insultes, puis aux coups en douce. C’est l’escalade… Eléonore va tout faire pour devenir transparente, sans visage, inexistante… mais rien n’y fait. Qui a commencé ? Qui va continuer et jusqu’où ? Quel rôle jouent les témoins silencieux ? Quelle place les deux animateurs ont-ils dans cette affaire…eux, tellement occupés à essayer de s’entendre et à gérer tant bien que mal le quotidien ? Et puis, un jour, Eléonore disparaît, réellement. L’arrivée des gendarmes au sein de la colo va révéler l’inacceptable et pointer du doigt toutes les défaillances d’un système pas si bien rôdé, toutes les violences perpétrées, … jusqu’au dénouement final qui saura surprendre le lecteur et amener un autre point de vue sur cette histoire somme toute pas si banale que ça.

Un récit sur le harcèlement qui tourne au thriller.

L’une des forces de ce récit est le point de vue adopté. Ni celui des bourreaux, ni celui de la victime, ni celui des amis ou des parents. Mais celui de Clara, une observatrice silencieuse, qui, par facilité, par lâcheté, ou par peur de devenir elle-même victime ou bourreau, laisse faire et parfois même rajoute sa petite touche.

Rien n’était normal et tout était normal. Tout ce qui était anormal avait commencé depuis le début, alors maintenant, c’était normal. Je ne sais pas comment l’expliquer. Que dès le début Lila et sa bande détestaient Eléonore, ce n’était pas normal. Elle ne leur avait rien fait, cette fille. Mais ça durait depuis dix jours, alors maintenant, plus personne n’y prêtait vraiment attention.

J’ai écouté plutôt que de parler, parce que ce que j’avais à dire ne me plaisait pas. Que cette fille [Eléonore] personne ne l’aimait de toute façon. Qu’on était presque mieux sans elle. Qu’elle me mettait mal à l’aise. Qu’elle voulait me voler Aïssa. Je n’ai rien dit de tout ça et j’ai cherché le mot qui décrivait mon ventre noué. Honte. J’avais honte.

L’autre force de ce récit est la richesse des personnages, principaux et secondaires. De l’adolescent à l’adulte encadrant, aucune personnalité n’est laissée au hasard. Chacun est montré avec ses failles et ses faiblesses mais aussi avec sa force et sa richesse, avec beaucoup de subtilité. Et on comprend à un moment ou l’autre du récit que dans la vie, la dichotomie n’existe pas, que tout n’est pas forcément ou tout noir ou tout blanc et que la frontière entre les deux est parfois plus ténue qu’on ne le croit. Qu’il peut y avoir une explication pour chacun des comportements, qui n’est en rien une excuse de quoi que ce soit mais qui permet de comprendre ce qui fait que l’être humain est un être humain.

Un coup de coeur pour moi.

Petite recommandation : La construction du récit, qui oscille entre le présent et le passé proche, peut peut-être déstabiliser les lecteurs les moins chevronnés. Il faut absolument lire l’en-tête de chaque chapitre (« la dernière nuit avant le jour où », « dix jours avant », etc…) pour bien comprendre le déroulé de l’histoire, sa chronologie.

Même les araignées ont une maman, d’Alain Gagnol

Depuis que son chat, d’habitude si ponctuel, a disparu, quelques jours auparavant, Thomas, lycéen de seize ans, veille, en espérant son retour… Car il est très inquiet : depuis des mois, des animaux se font massacrés les uns après les autres par un tueur sanguinaire et sordide qui échappe à la police. Mais à 4 heures du matin, c’est une silhouette assise dans son jardin qu’il repère … affublée d’un masque d’opéra chinois rouge et noir et vêtue d’un sweat à capuche rabattue sur la tête et de bottes en plastique. L’étonnement est à son comble lorsque Thomas reconnaît sa jeune voisine, la mystérieuse Emma, qui vit cloîtrée avec son père dans la ferme d’à côté. Lorsqu’elle repart, les questions affluent dans sa tête … Que vient-elle faire ici ? Est-ce elle, le tueur d’animaux ? Que doit-il faire ? Sa curiosité aiguisée, Thomas décide dès le lendemain de monter à nouveau la garde. Et Emma réapparaît, toujours à 4 heures du matin, toujours habillée de manière si étrange… Mais cette fois-ci, Emma a un malaise et semble en proie à une terrible douleur… Thomas doit très vite prendre une décision…

Un thriller haletant et original, à la limite du fantastique avec l’incroyable et incontrôlable don de télépathe d’Emma, qui prend une place centrale dans ce livre. Ce don va-t-il permettre aux adolescents de confondre le tueur d’animaux… ou ce don ne va-t-il pas plutôt les mettre en danger en amenant le tueur à eux ?

Un duo d’adolescents amoureux qui vivent leurs premiers émois tout en pourchassant un tueur ! Riche en émotions pour eux, comme pour le lecteur !

Deux graines de cacao, de Evelyne Brisou-Pellen

La révélation…

Alors qu’il apprend qu’il a été adopté à Haïti, Julien, jeune Breton de 12 ans, se met en tête de retrouver ses parents biologiques. Il va alors fuguer de l’internat aidé par Gabriel, un élève aide-infirmier. Tous deux décident  de se faire engager sur un bateau de marchandises, direction Haïti. Julien laisse tout derrière lui, bien décidé à découvrir ses origines.

Julien est violoniste. A bord, il est chargé de divertir des hommes, des femmes et des enfants. Mais quel effroi quand il apprend que tous vont être vendus. Triste destin pour ceux qu’on traite comme du bétail. Gabriel, lui, doit veiller que les esclaves arrivent à bon port en forme. Les deux adolescents ne s’attendaient pas du tout à ce genre de traversée.

Une traite d’esclaves noirs cruelle, des conditions de captivité indignes. Julien et Gabriel vont prendre  conscience de la tragique réalité endurée par le peuple noir et de la cruauté d’hommes, qui n’ont de cesse de pratiquer ce commerce de malheureux subissant maltraitance et humiliation.

Deux graines de cacao est un roman à la fois initiatique et historique :

– Historique car il nous dévoile l’horreur vécue par tous ces esclaves noirs qui essaient de survivre aux atrocités infligées par des hommes qui se croient supérieurs. Le récit se passe en 1819 alors que la traite négrière est abolie en France depuis 1815. Julien, témoin de cette époque, va nous embarquer dans une longue et triste traversée.

– Initiatique car le jeune héros est en quête d’une identité.

Evelyne Brisou-Pellen nous emmène au plus près de la réalité des faits en employant notamment du vocabulaire de l’époque.

Hôtel Royal, 1. Opération Popstar

Royal, alias Flick, est la fille de la patronne du célèbre hôtel Royal de Londres. Toute l’aventure commence avec une perche à selfies que la mère de Flick aurait donné à un client… Et le client est roi, comme l’apprendra bien vite Flick, qui écopera de corvées à l’hôtel pour avoir voulu la récupérer en pénétrant dans la suite du prince Gustave. A partir de là, tout s’enchaîne : la rencontre avec une popstar et la joie des projecteurs et des vlogueurs, une dispute ou deux, un soupçon d’amour et un bal de Noël… Et surtout une fin, qui nous laisse tout imaginer !

Une histoire qui au premier abord, avec son titre et sa couverture rose, pourrait sembler superficielle mais qui se révèle plus complexe qu’il n’y paraît, en particulier dans les relations de la jeune fille avec ses ami’e)s et sa famille.

Le chien, très présent sur la couverture et dans le résumé de 4ème de couverture est loin d’être le personnage principal. C’est Fritz, le chien de Flick pour lequel elle anime un compte Instagram. Mais il n’est pas si présent dans l’histoire et aurait pu intervenir plus à mon goût.

Je conseille ce livre dès la 6ème. Une histoire légère, facile à lire. Un bon livre de plage … si l’automne n’était pas déjà là !

Judith, 4ème

Nina Volkovitch, 3. Le combat, de Carole Trébor

Nina, accompagnée par ses amis Sacha et le défenseur Boris Nikitine, prend la route pour aller sauver sa mère, prisonnière dans un camp de la Kolyma. Pendant ce long trajet, Nina apprend à maîtriser ses pouvoirs tout en sachant que le combat suprême est proche…

Un troisième tome époustouflant. Nous nous retrouvons dans un tourbillon de révélations, d’aventures, d’émotions et d’amitiés qui aboutira au combat suprême qui approche de plus en plus…

Je vous conseille vivement cette trilogie !

Judith, 5ème

7 rue des écolos – On n’est pas nés pour obéir, de Sophie Dieuaide

Le temps est à la révolution au 7 rue des écoles

En plein Paris, au 7 rue des écoles, on aime bien cultiver ses  propres légumes, alors le toit de l’ immeuble se transforme en jardin. Ecolos à fond, les parents  sont des passionnés qui mettent à contribution leurs enfants  mais un peu trop au goût de ces derniers. Toute la journée, du matin au soir, il faut biner, planter, arroser, s’occuper des animaux . Trop c’est trop !! Une bande de copains, Armand, Lili, Oscar, Charlie et Violette, décide alors  de prendre les choses en mains, pour mener un véritable combat contre ces adultes qui décident de tout sans demander leur avis. Et leur révolte va prendre de l’ampleur quand leur amie Violette leur apprend que ses parents divorcent. Non seulement, elle va devoir se partager entre deux immeubles -un coup chez son père, un coup chez sa mère- mais elle va en plus changer d’école. C’est la catastrophe !

Les jeunes amis décident alors de créer un journal pour garder un lien avec leur amie et lui  donner des nouvelles régulières de la vie dans l’immeuble. Une véritable résistance va s’installer pour ces jeunes enfants bien déterminés à faire entendre leurs revendications.

Un roman jeunesse très agréable, plein d’humour qui donne la parole aux enfants qui trouvent injuste d’être sollicités seulement pour les corvées et de ne pas être associés aux prises de décision collectives. Ces jeunes de 10 ans sont très affirmés, soudés par une belle amitié au nom d’une belle cause. Une couverture et des illustrations fraîches , d’un beau vert évidemment, qui portent à merveille cette histoire . Un immeuble fou fou fou qui me plait bien !!!

Tortues à l’infini, de John Green

Aza, 16 ans, a très peur des microbes. Elle aime se sentir vivante, et pour cela, à travers des troubles compulsifs, va jusqu’à se creuser un trou dans un de ses pouces, jusqu’au sang. Quand le milliardaire Russell Pickett disparaît, Aza n’avait pas du tout prévu de partir à sa recherche… mais c’était sans compter sa meilleure amie Daisy, ni la récompense de cent mille dollars… Et c’est peut-être là une occasion de renouer des liens avec un des fils de Pickett, Davis.

Un livre avec une force des mots incroyable. John Green nous parle avec une émotion particulière , qui se ressent à travers chacune des pages, à travers les problèmes que rencontre Aza, sa pathologie, son besoin de se sentir vivante. Un livre qui nous pose beaucoup de questions sur la psychologie, sur les peurs que l’on peut ressentir.

Un texte qui bouleverse et qui nous transporte dans chacune de ses pages. Je le conseille vraiment !

Ethan et Orion, de Sylvie Allouche

Une bonne étoile

Après avoir été abandonné par sa mère, Ethan est recueilli par un curé. A la mort de ce dernier, il est placé dans un orphelinat. Maltraité, Ethan décide de fuir mais sa cavale est fatigante. A bout de souffle, l’enfant s’effondre alors que le danger se fait de plus en plus pressant.

Ethan va alors croiser la route d’Orion, un magnifique cheval qui deviendra son compagnon de route. Tous deux vont s’unir dans une fuite riche en péripéties et leur amitié les fera aller de l’avant, oubliant un passé trop douloureux. Une rencontre peu banale qui va bouleverser le cours des événements et aider Ethan dans sa cavale.

Ethan et Orion est une belle histoire entre un cheval et un enfant. Tous les deux ont subi des drames et vont tout faire pour survivre et se mettre hors de danger. Une rencontre magique, douce, pleine de poésie qui véhicule de beaux messages. Une amitié très touchante et tendre transportée par une écriture simple et pleine de sensibilité.