Lettre au président du monde, d’Eric Simard

« N’achetez plus le sang des enfants »

Lettre au président du mondeWondone, jeune sans-papier de 10 ans, est révolté par la condition des enfants à travers le monde. Sa propre vie est un exemple des exactions commises : pour quitter son pays très pauvre et suivre son oncle et sa tante en France, il a failli mourir noyer. Et même s’il va à l’école, rien ne garantit un avenir serein puisque légalement lui et sa famille n’ont aucun droit à rester en France. Tout quitter, risquer sa vie, vivre hors la loi en espérant que ce sera néanmoins moins pire que ce qu’ils vivaient dans leur propre pays, voilà le sort des sans-papier. Mais, la misère et l’exploitation des enfants à travers le monde ne s’arrête pas là : enfants-soldats, travailleurs-esclaves vendus par des parents trop pauvres, enfants victimes des conflits des adultes, estropiés, tués pour avoir sautés sur une mine anti-personnelle, enfants mourant de faim faute d’accéder au minimum vital…

Ce texte fort et court se présente sous forme d’une lettre ouverte écrite au « président du monde » par Wondone lui-même, l’enfant sans-papier. Ecrit à la première personne, il est un véritable plaidoyer pour alerter le lecteur sur les injustices dont sont victimes les enfants à travers le monde, malgré les lois censées les protéger. La lettre ne s’adresse pas à un président d’une nation en particulier et c’est ce qui en fait sa force : il s’adresse à un président imaginaire qui dirigerait l’ensemble des peuples, et par là-même, à chacun des lecteurs en particulier qui sort de sa lecture en souhaitant qu’une chose : que chacun d’entre nous s’engage pour un monde plus juste. A travers un cas particulier, des données réelles sont apportées au lecteur et à la fin de l’ouvrage, un petit lexique et un récapitulatif de articles de la Convention internationale des droits de l’enfant complète le texte.

Ce texte cite Iqbal Masih, jeune pakistanais vendu comme esclave à 4 ans et qui dès 10 ans lutta contre l’esclavage moderne. Il a été assassiné à à peine 12 ans.

A lire dès le CM2.

L’art de ne pas être des moutons, de Christophe Léon

Yvon

Le père d’Yvon est agriculteur… ou plutôt « exploitant agricole » car le temps du boeuf et de la charrette est révolu. Place maintenant au chef d’entreprise qui gère ses produits phytosanitaires… Bien sûr, il se rend compte que ce sont des produits dangereux à manipuler avec précaution, puisqu’ils sont stockés dans un local indépendant, qui leur est réservé, mais cela ne l’empêchait pas d’emmener son fils, dès son plus jeune âge, dans un siège auto sécurisé, sur son tracteur, pulvériser ces produits dans ses champs. Mais lorsque son seul ouvrier, Jo, gars un peu simplet mais travailleur et obéissant, déclare un cancer, c’est le début d’une prise de conscience pour Yvon.

« Phytosanitaires… Un nom rassurant pour des poisons… »

 

P’tit Louis

Louis a treize ans et fait 1,40 m. Il vit seul avec son père depuis le décès de sa mère. Son père est contremaître dans une usine et travaille de nuit pour pouvoir s’occuper de son fils unique la journée. Durant ses moments de liberté, P’tit Louis est attiré par un groupe de zadistes, opposants à la construction d’un Centre de Loisirs au milieu d’une zone humide. Alors que son père n’a pas de mots assez méprisants pour parler d’eux, des activistes qui ne se soucient pas de l’intérêt économique du projet qui redonnera du travail à la région et amènera des touristes, P’tit Louis, lui, n’a qu’une envie, se glisser parmi eux et participer à leur action.

Deux générations, deux points de vue d’un événement qui n’est pas sans rappeler le combat contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Deux nouvelles-miroirs où le père d’Yvon vend l’un de ses terrains pour le projet de Centre de Loisirs Center Green. Deux nouvelles où les adolescents acceptent de ne pas avoir la même vision du monde que leurs parents, mais sans conflit, juste avec peut-être plus de lucidité. Comme souvent avec Christophe Léon (c’est le cas du Goût de la tomate qui interpelle à chaque fois mes élèves… « Et alors ? » me disent-ils, comme si c’était à moi de leur inventer une fin… Et alors, restez ouverts et imaginez par vous-mêmes…), la fin ouvre à tous les possibles. Que feront les jeunes de l’histoire après avoir vécu tout cela et avoir compris certaines choses ? Comment se positionneront-ils dans la vie ? Qu’est-ce que cela leur aura appris sur l’impact que l’Homme a sur la nature et les moyens qu’il a de la préserver.  Le père d’Yvon ne réfléchit pas plus loin que son porte-monnaie : rendement accru grâce aux produits phytosanitaires, argent facile suite à la vente du terrain, il est loin d’une réflexion aboutie sur les enjeux de ses actes. Même la maladie de son ouvrier, puis sa propre maladie ne semblent pas avoir de réel impact sur ses actions et ses idées. Ce sont les jeunes, avec leur regard décentré, qui arrivent à prendre de la hauteur pour une prise de conscience et une réflexion réelle, sans révolte.

 

 

A la belle étoile, d’Eric Sanvoisin

« Quand tu as un frère handicapé mental, tu es toi-même handicapé »

A la belle étoilePierrot est de retour à la maison. Il vient d’avoir 18 ans et son établissement « de farfelus » ne peut plus l’accueillir maintenant qu’il est majeur. Yaëlle, sa soeur de 10 ans, ne sait pas très bien comment gérer cette situation nouvelle, entre l’amour qu’elle porte à son frère, les questions de ses copines  et le besoin d’être comme tout le monde.

-Je sais. C’est difficile à croire. Mon frère, il a trois ans dans sa tête. Parfois moins…

-Il est gogol ?

-Non, il est différent.

Alors, face à l’insistance de ses camarades, Yaëlle va proposer à son frère de l’accompagner à l’école, un matin, juste pour le présenter à ses copines… Les choses vont prendre un tournant imprévu lorsque Pierrot se rendra compte que les enfants se moquent de lui… Il s’enfuit et se perd dans une ville qu’il ne connaît pas. Son chemin va croiser celui d’une SDF, vivant elle aussi de manière différente, « la dame dans son château en carton » et tous les deux vont se trouver, elle avec sa triste histoire de vie, lui avec son grand coeur.

Un joli roman, court mais dense qui traite de nombreux faits de société en un minimum de pages : le handicap, l’intégration des handicapés dans la société, le regard de l’autre, le regard sur soi, la différence, la conformité, les SDF. Le regard de l’auteur sur tous ces personnages est sensible et sans jugement. Pourquoi Justine, notre « Dame » vivant dans son carton s’est-elle retrouvée là, alors qu’elle était institutrice avant le drame qui a bouleversé sa vie ? Comment vivre une vie de famille apaisé malgré le handicap de l’un de ses membres ? Quel rôle devons-nous/pouvons-nous jouer dans l’aide à l’intégration ? Devons-nous respecter le choix de chacun sans jugement ou avons-nous un devoir d’entraide ?

On traverse cette courte histoire en se mettant dans la peau des différents personnages, en adoptant le point de vue de chacun pour essayer de comprendre la vie, tout simplement.

-Pierrot a le coeur sur la main. Vous avez de la chance de l’avoir.

C’était la première fois que j’entendais  de tels mots à propos de mon frère. D’habitude, les gens plaignaient plutôt mes parents parce qu’élever un enfant particulier était une punition du ciel. La fée voyait les choses autrement. Je trouvais ça complètement fou.

Ma mère a rougi

-Oui, nous avons de la chance de l’avoir.

 

Je ne suis pas ton esclave !, de Roland Godel

Les éditions Oskar proposent une collection très intéressante présentant des romans courts mettant en scène des situations permettant d’aborder des thématiques de la Convention internationale des droits de l’enfant des Nations Unies du 20 novembre 1989. Ici, le travail forcé des enfants.

Je ne suis pas ton esclaveLoïc a déjà redoublé deux fois et s’endort encore en cours de math… Aucun élève ne s’occupe plus trop de lui, n’ose lui parler, à lui qui a deux ans de retard.  A part la petite Flavie, douce, jolie, studieuse. Elle aimerait bien comprendre Loïc… Pourquoi a-t-il autant redoublé, pourquoi est-il toujours fatigué, pourquoi pique-t-il du pain à la cantine, pourquoi est-il souvent absent, pourquoi sa maman ne se déplace pas aux convocations du maître… Lorsqu’elle découvrira la vérité, il faudra bien qu’elle trouve un moyen de l’aider !

Un très joli texte qui traite du travail des enfants en adoptant un point de vue original. Où l’on attendrait plutôt un roman sur les conditions des enfants dans le monde, on se retrouve en fait dans un petit pavillon de banlieue parisienne. Loïc est le narrateur de cette histoire ce qui nous permet de se sentir très proche de lui. Ce roman parlera forcément aux jeunes lecteurs du fait justement de la proximité du sujet : pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour trouver des cas d’enfants exploités… parfois, il suffit juste d’être attentif à ce qu’il se passe autour de nous … Ici, le beau-père profite de l’alcoolisme de la mère pour exploiter son beau-fils dans ses trafics de contrebande.  Une belle histoire d’amitié enrobe le tout et fait de ce petit roman un texte au ton juste et émouvant prônant la solidarité et le respect des autres. Ca se lit très vite et met en avant de nombreux thèmes forts et intéressants. A proposer sans hésiter à nos jeunes lecteurs !

A la fin de l’ouvrage, un petit dossier nous explique dans les grandes lignes ce qu’est la Convention internationale des droits de l’enfant.

20 ans pour devenir … Louise Michel, de Rolande Causse et Nane Vézinet

Au nom des femmes

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Louise Michel, née en 1830, est fille d’une femme de chambre et de père inconnu. Sa mère est au service d’une famille de châtelain, les Demahis, et même si elle tait l’identité du père, tout porte à croire que le géniteur soit le fils de cette famille. Louise grandit auprès de sa mère au château de Vroncourt-la-Côte, en Champagne. Elle reçoit une bonne éducation, égaie la maison pour le bonheur du maître et de la maîtresse du château. Chacun de ses anniversaires donne lieu à une fête. Louise est élevée comme une princesse, elle est curieuse et apprend vite. Dès son plus jeune âge, elle se tourne vers les autres et s’insurge contre l’injustice. Adolescente et consciente de son confort, elle consacre déjà son argent de poche à nourrir les plus démunis. Elle ne supporte pas la méchanceté, la sottise. A la mort des Demahis, Louise et sa mère sont contraintes de partir, elles hériteront d’un petit pécule. En 1851, Louise réussit le brevet de capacité qui va lui permettre de devenir institutrice. Elle ouvre de nombreuses écoles où elle exerce ses fonctions avec une passion sans bornes. Elle fonde l’école libre selon les principes républicains. C’est elle qui crée la première école pour filles. Louise adore écrire. Ainsi, elle met sa plume au service de journaux d’opposition. Elle écrit de nombreuses œuvres engagées. Elle aide les femmes à vivre par le travail, une sorte d’émancipation. Très engagée dans une politique radicale, elle intervient lors de meetings, défend les ouvriers, les chômeurs, s’insurge contre la peine de mort. Elle devient anarchiste, est acclamée par le peuple de Paris. Elle s’installe un temps à Londres, jugeant que la France prend en otage la liberté d’expression. Ses prises de positions font l’objet de nombreuses arrestations. Elle finit par être emprisonnée. Elle en sort au bout de trois ans, grâce à Clémenceau. Elle décède d’une pneumonie en 1905. Toute sa vie, elle restera fidèle à ses convictions, livrera ses batailles jusqu’à son dernier souffle.

« Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime. »
Louise Michel – 1830-1905 – Extrait d’une Plaidoirie – 22 Juin 1883

« La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. »
Louise Michel – 1830-1905 – Mémoires – 1886

Le nom de Louise Michel est associé dans notre mémoire au combat pour les femmes et la Commune. Cet engagement va d’ailleurs causer sa déportation en Nouvelle Calédonie. Grande militante, elle a consacré sa vie à défendre l’éducation et les plus pauvres. Une station de métro parisien porte d’ailleurs son nom ainsi que de nombreuses écoles. Ce fut une femme généreuse, ouverte aux autres, cultivée qui prônait l’école pour tous. Comme Louise Michel à son époque, une autre grande dame, ancienne déportée, très engagée politiquement, défendant la cause des femmes, a marqué l’Histoire de son nom : Simone Veil qui a fait son entrée au Panthéon dimanche 1er juillet 2018. S’ajoutent à elles, Marie Curie ( une scientifique XIXème siècle), Rosa Park (lutte contre la ségrégation XXème siècle), Lucy Stone (féministe engagée XIXème siècle), et bien d’autres, qui ont marqué l’Histoire dans différents domaines, qui ont écrit l’Histoire. Par leur courage, elles ont combattu les clichés et forcent l’admiration.

Rolande Causse et Nane Vézinet ont su parfaitement montrer la forte personnalité de Louise Michel, en un texte court et accessible. L’essentiel est dit, on mesure la grandeur de son engagement.

 

Banzaï au pays des mangas, de Véronique Delamarre Bellégo

Moshi, moshi…

Nous retrouvons ici Sakura, l’héroïne de Banzaï Sakura. Après un prologue intitulé « Souvenirs de Banzaï Sakura » et qui, à travers la voix de Joséphine nous raconte en quatre pages le premier tome avec l’arrivée de Sakura dans la classe de CM2 et les aventures qui ont suivi, la nouvelle histoire peut commencer !

Cette fois-ci, nous retrouvons nos trois protagonistes, Sakura, Joséphine et Fabio, accompagnés de John, l’assistant d’anglais et Alexandre, le documentaliste, dans un avion… en route pour …  le pays du Soleil Levant ! Comment sont-ils arrivés là ?  En étant finalistes d’un concours de mangas organisé dans leur nouvel établissement scolaire, alors qu’ils venaient d’entrer en 6e au collège. Les cinq équipes internationales sélectionnées doivent s’affronter sur place lors de la Grande finale  !  Cette immersion durant une semaine dans Tokyo, la capitale animée du Japon, à la saison des cerisiers en fleur, vont réserver à nos amis bien des surprises et des aventures.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu la première aventure de Sakura pour comprendre ce nouvel opus, surtout que l’histoire est bien résumée au début et permet de parfaitement comprendre le contexte et les relations entre les personnages. En revanche, en refermant ce livre, si l’on n’avait pas lu le premier (c’était mon cas), on a bien envie de le découvrir ! L’histoire, racontée à la première personne par Joséphine,  est rythmée et les personnages suffisamment approfondis pour que l’on adhère totalement à l’ambiance. C’est drôle, frais, distrayant et permet de découvrir un pays assez atypique et très différent du nôtre, à la fois moderne et aux traditions très ancrées.

On se retrouve donc en totale immersion dans ce Japon des temples et sanctuaires, des cosplayers, des kamis, des o-furo, des kimonos, des jardins zen, des samouraï, des mangas, du karaoké et des spécialistés culinaires à base de riz ou d’algues et à manger avec des baguettes… Bref un dépaysement total qui nous donne qu’une seule envie : de sauter dans un avion et d’aller découvrir tout cela de nos propres yeux  et une histoire qui prend une tournure inattendue et nous emporte à la lizière du fantastique dans un univers peuplé de kamis et de renardes messagères.

A lire sans problème dès le CM2.

 

Ma vie en smiley, 4. Au Max (enfin pas loin) ,de Anne Kalicky

Résultat de recherche d'images pour "ma vie en smileys au max enfin pas loin"Max est enfin rentré de la colo et il peut retrouver ses amis. Et cette année, Max a une superbe idée en tête : être délégué de classe. Bonne idée pour faire encore monter sa cote de popularité. Mais, face à lui, Raoul Kador, est prêt à tout pour devenir lui aussi délégué de classe. Il va alors devoir demander de l’aide à sa sœur qui est déjà passée par là, « Marion, elle m’éneeeerve! »

Un livre aussi entraînant que les précédents (je n’ai pas arrêté de rire). Max et ses amis sont toujours très amusants. Une petite pause dans mon genre fantastique de prédilection où je ne me suis pas ennuyé une seconde !  Les petits smileys insérés dans le livre donnent encore cette petite touche d’insolite. Vivement le prochain tome. Une série coup de coeur pour le collège, qui fait l’unanimité de la 6ème à la 3ème, des non-lecteurs aux grands lecteurs  !

 

Retrouvez également au CDI les tomes 1 et 2 enfin disponibles :

Tome 2 – Tout. va. bien.  : présentation de l’éditeur :

Cher humain du futur, Le petit bijou que tu t’apprêtes à tenir entre les mains est une sorte de capsule temporelle, c’est le carnet témoin du grand Max (MOI -> :D) qui t’est adressé ! Bon, pour le moment, je n’ai que 11 ans, mais j’ai bien l’intention de laisser ma trace dans l’Histoire et de devenir le héros de mon époque. Voilà pourquoi il est important que je te raconte chaque événement marquant de mon existence et spécialement mon entrée au collège qui risque de ne pas être de tout repos ! Tu verras, ce récit témoigne de mon génie ! Si seulement ma famille et mes amis pouvaient le remarquer aussi…

Tome 3 – J’assure ! (ou presque…) : présentation de l’éditeur :

Une nouvelle année commence pour Max et il est bien décidé à conquérir Naïs, la fille qu’il aime en secret. Malheureusement, cela ne sera pas aussi facile que prévu.En parallèle, avec Tom, son meilleur ami, ils décident de créer leur propre marque de vêtements pour devenir riches ! Mais l’arrivée d’un élève handicapé va tout remettre en question !Après Tout. Va. Bien, un nouveau roman très drôle et décalé, avec des illustrations inédites et des Smiley sur chaque page.