Caméléon- les filles Asperger déboulent- de Christine Deroin et Gilles Martinez

Je suis une fille et autiste … et alors ?cameleon.jpg

Alice est une adolescente de 13 ans, elle a une soeur qui entre au lycée. Toute la petite famille va déménager et il est certain que quitter les amis, un quotidien bien rôdé, n’est pas chose facile. Mais quand on est jeune, on s’adapte facilement et des camarades, on peut s’en faire partout. Oui mais pas quand on s’appelle Alice. Alice est timide, elle a un haut potentiel intellectuel certes, mais elle est toujours seule. C’est bien connu, on a tendance à trouver ça normal, la solitude, pour les « intellos »! Ses parents, les enseignants la disent à part. Personne ne s’en étonne, c’est sa personnalité après tout.

Alice fait sa rentrée et rencontre Fanny, une élève qui est dans la classe de sa soeur. Cette rencontre va être le début de grands bouleversements…

L’histoire d’Alice est l’histoire de beaucoup d’autres individus atteints de troubles du spectre autistique. Une histoire bouleversante et sensible qui montre la difficulté d’intégration pour les personnes souffrant de ce handicap. Malheureusement, le diagnostique est parfois difficile à établir notamment chez les filles car on pense d’avantage à de la timidité.

Une fois des mots posés sur le trouble, beaucoup de choses s’expliquent. En milieu scolaire, des aménagements sont effectués pour rendre moins difficile une intégration mais il reste encore beaucoup à faire..

Caméléon est un livre qui parle le plus simplement possible du trouble du spectre autistique.  Comme d’habitude dans la collection saison psy: une fiction et l’oeil averti d’un spécialiste pour nous aider à comprendre, des adresses utiles d’associations ou de lieux d’accueil.

 

Maman les p'tits bateaux, de Claire Mazard

Le jour où tout a basculé….

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Comment a-t-il pu me faire ça ? Comment un être si cher à mon coeur a pu me souiller, me meurtrir au plus profond de mes chairs ?

Je suis morte un 16 mai 2018, je suis debout mais mon corps est mort. Je hais tous ceux qui m’entourent, qui m’approchent, qui me touchent. Je veux crier ma douleur mais je n’y arrive pas, je veux qu’on comprenne mes souffrances, qu’on devine mon mal être. Je suis seule, honteuse, révoltée, perdue, en plein désarroi.

Pourquoi a-t-il fallu qu’il entre dans ma chambre…Je ne me suis pas méfiée, j’avais confiance en cet oncle avec qui j’ai passé des vacances formidables quand j’étais petite, un oncle que j’adorais…

Il a violé mon enfance, il m’a détruite, il m’a tuée…

Marie-Bénédicte a vécu un calvaire : un oncle trop entreprenant qui, un jour, au retour de l’école, se glisse dans sa  chambre, lui avoue ses sentiments..Ils sont seuls et le pire des cauchemars commence et va se répéter……le même « rituel », les mêmes mots, les mêmes gestes, la même souffrance….encore et encore….

La jeune fille n’en peut plus, son secret est trop lourd, un secret qu’elle ne peut plus gérer, qu’elle ne peut plus supporter. Elle a honte, elle n’ose pas parler. Elle est victime mais se sent coupable. Elle se sent coupable d’être « elle », de plaire à la mauvaise personne. Alors elle déteste son image, son corps, son prénom. Elle se saborde, ses parents ne la comprennent plus.

Claire Mazard nous offre un récit percutant sur un thème délicat avec un ton juste et plein de sensibilité. Une jeune fille en plein désarroi, une famille qui ne sait pas ou qui ne veut pas savoir. Là est toute la complexité de la situation. Sujet tabou, une victime en détresse  qui a peur du jugement des autres, un secret qui ronge. Comment aider quand on ne sait pas? Que faire pour que les victimes n’aient plus peur de parler ? La honte et la peur de ne pas être entendue, que leur parole soit remise en cause empêche bien souvent les victimes de raconter leur calvaire, de déposer plainte.

Ce roman peut aider à comprendre qu’il ne faut pas se taire, victime ou témoin, il faut parler, il faut dénoncer.

Je pense que pour les plus jeunes, cette lecture devrait être accompagnée car le témoignage de l’adolescente est assez dur.

 

Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac

15 ans. Le plus bel été de ma vie. Ou pas. Depuis que je suis tout petit, moi et mes parents avons toujours été des parias. Reniés par notre propre famille. Mais pourquoi me direz-vous ? Eh bien justement … mes parents n’ont jamais voulu me le dire. Alors, je faisais comme si de rien n’était. Je sais que mes parents ont milité au sein du Front de libération occitan, mais je ne vois pas en quoi c’est mal. Un ancien membre s’évade. Je ne me sentais pas concerné, jusqu’à ce que mon père disparaisse…

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est assez court, mais qui représente assez fidèlement les pensées d’un adolescent. Je le conseille, c’est un livre idéal pour des lecteurs qui n’ont pas l’habitude de lire de gros livres. C’est une véritable quête de vérité. L’adolescent va mener sa propre enquête et chercher des réponses à tous ces secrets de famille… Un cocktail qui mêle enquête, voyage, vengeance, secret, sacrifices et qui se lit d’une traite !

Je me suis dit qu’un jour, moi aussi, plus tard, dans très longtemps, quand nous serons adultes, avec nos vies, nos conjoints et nos enfants, je lui ferais signe comme elle venait de le faire, juste pour lui dire que cet été-là, je l’avais aimé pour de vrai et pour toujours, comme je n’avais jamais aimé.

Ou bien, peut-être que je deviendrai écrivain comme j’en rêvais, et j’écrirai un roman qui racontera notre histoire.

L’histoire du plus bel été de ma vie.

Eléa, 5ème – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

(Dé)connexions – Au secours je suis accro aux écrans- de Christine Deroin et Alain Dervaux

Ecran,  quand tu nous tiens…

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 Enzo s’ennuie dans la « vraie vie « , il a besoin que ça bouge, il a besoin d’adrénaline, de sensations fortes.

Clément manque de confiance en lui et ce doute l’isole, l’enferme dans une solitude insupportable.

Manon a beaucoup d’idées, aime les choses nouvelles, elle rêve d’exprimer sa créativité en inventant  des jeux mais sa détermination ne suffit pas à concrétiser ses projets, donc elle s’agace face à des échecs qu’elle n’assume pas.

Trois adolescents, trois profils différents et pourtant un point commun les unit : l’addiction au monde virtuel, qui leur procure la sensation de s’échapper d’un quotidien devenu trop étroit pour eux, qui leur procure la sensation d’exister.

Le virtuel va devenir le moyen de s’affirmer, de combattre leurs démons. Un moyen qui peut être dangereux quand on en abuse. Mais cette addiction se fait progressivement sans qu’on s’en aperçoive car chacun s’y sent bien à sa place, maître de ses actions. Ces adolescents qui deviennent accros aux écrans, ne sont même plus en capacité de faire la part des choses entre monde virtuel et réalité. Tout devient facile puisqu’ils sont aux commandes d’une vie toute fabriquée dans laquelle ils progressent selon leur envie, s’inventant un personnage  idéal auquel ils s’identifient. Un être parfait qui décide, à l’opposé de ce qu’ils représentent dans « la vraie vie ».

Bien souvent cette envie irrésistible de se réfugier dans un monde fabriqué de toute pièce traduit un malaise, un mal-être difficilement contrôlable.

Au fil de la lecture on assiste à la montée en puissance de cette addiction qui prend de plus en plus de place, jusqu’à en devenir incontrôlable. Entre chaque épisode, un médecin psychiatre prend la parole pour expliquer les raisons de cette addiction, sa progression et ses conséquences tout en tenant compte de l’environnement familial et social des adolescents. Il en fait une analyse au plus juste avec des mises en garde, en soulignant aussi ce qui est mis en place par les parents pour remédier à ce fléau. Mais, les enfants ont plus d’un tour dans leur sac pour y déroger. C’est un dangereux enfermement qui peut causer beaucoup de dégâts.

A la fin de cet ouvrage, l’auteur communique la liste des adresses utiles, de centres ou d’associations en France et à l’étranger, qui viennent en aide aux personnes dépendantes.

Mais on ne peut se faire aider qu’à partir du moment où on a pris conscience du mal qui nous ronge. Le chemin est long mais reconnaître son addiction est déjà un grand pas.

Une lecture que je recommande, un roman qui n’est pas dans le jugement, un roman dont le seul but est de comprendre et d’apporter des réponses. Un ouvrage utile tant aux jeunes qu’aux adultes  qui s’inscrit dans la collection saison psy. Une collection qui traite les problématiques du quotidien rencontrées par les adolescents. Certes, une fiction sert de base mais elle est  si proche de la réalité qu’elle autorise une analyse fine et sérieuse.

L’herbe bleue : journal d’une jeune droguée de 15 ans

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L’herbe bleue est la descente aux enfers d’une adolescente mal dans sa peau, qui, lors d’une soirée, a consommé à son insu de la drogue. En effet, celle-ci a bu un verre de coca dans lequel avait été dilué du LSD, un hallucinogène puissant. Mais la jeune fille y prend goût et ne conçoit plus sa vie sans drogue. Sa vie de famille est plutôt équilibrée mais elle va chercher son bonheur ailleurs, en absorbant des substances illicites. Elle va finir par quitter ses parents, vendre sa « came » et devra se prostituer pour s’en sortir. Elle fugue, revient chez ses parents qui vont la faire hospitaliser. Elle va rester « clean » quelques temps puis va replonger.

J’ai découvert ce livre que j’avais trouvé bouleversant, quand j’avais l’âge de l’héroïne. Cette histoire, écrite dans les années 70, est vécue de l’intérieur et décrit la spirale infernale dans laquelle tombent beaucoup d’adolescents. Mais quelques années après, j’ai appris que ce livre était en fait l’oeuvre d’une psychologue mormone Béatrice Sparks et non le journal intime d’une ado en mal de vivre. L’auteur s’est défendue en expliquant qu’elle s’est servie de témoignages de patients pour dénoncer les effets de la drogue. En présentant ce fléau sous forme d’un journal intime, elle lui donnait plus d’impact auprès de la jeunesse. Cette annonce m’a déçue et a changé mon regard sur cette histoire que je pensais être un réel témoignage. Mais néanmoins, ce récit romancé démontre que toute personne peut sombrer du jour au lendemain dans la déchéance par l’alcool, la drogue. Pour l’entourage c’est aussi un vrai calvaire. Certes, la drogue est bien ancrée dans notre société et touche beaucoup de jeunes. Beaucoup d’entre eux consomment sans pour autant toujours connaître les risques auxquels ils s’exposent. Ils font la fête, participent à des « rave party » où de nombreuses drogues circulent. Dans les années 60, avec le mouvement hippie, la drogue était considérée comme libératrice, de nos jours c’est un fléau. Mais peut-on tout se permettre aqu nom de la prévention ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Attention, la lecture est brutale et sans concession….

Livre retiré du fonds du CDI pour cause d’âge inapproprié (plutôt réservé aux lycéens) et… pour malhonnêteté intellectuelle !

Le trésor de mon père, de Marie-Aude Murail

Sur les traces de mon père…

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Emilien est un jeune adolescent qui n’a jamais connu son père. Alors qu’il passe ses vacances chez un oncle, sa mère lui apprend le décès de son père. Celle-ci lui demande de revenir pour se rendre à l’enterrement. Emilien hurle, s’insurge, revendiquant le fait que son géniteur est un parfait inconnu … Pour quelle raison se rendrait-il à son enterrement ?

De mauvaise grâce, le jeune  garçon se rend à la cérémonie. Il va faire la connaissance de la famille de son père et, le même jour, apprend qu’il va hériter d’un trésor. Emilien est excité mais va très vite déchanter quand il va savoir qu’il lui faudra résoudre des énigmes pour arriver sur les lieux où repose l’héritage paternel !

Nous retrouvons Emilien avec toute sa spontanéité et son naturel. Beaucoup de fraîcheur pour une histoire qui traite du deuil et de la recherche de soi.

Calpurnia, de Daphné Collignon

D’après un roman de Jacqueline Kelly, publié à l’école des loisirs

Texas, 1899.

Calpurnia Virginia Tate, appelée plus simplement Callie V. est une jeune fille de 11 ans, qui vit dans une grande maison, entourée de ses 6 frères, de ses parents, de son grand-père et de domestiques. Son père s’occupe d’une exploitation de champs de coton dans laquelle travaillent des ouvriers noirs. Il est souvent absent et c’est la mère de Callie, sévère et très à cheval sur la bienséance, qui mène la maisonnée. Mais Calpurnia aime par-dessus tout observer la nature autour d’elle et prendre des notes dans son cahier. Proche de son grand-père, ancien naturaliste solitaire et bizarre, elle va développer son esprit scientifique et s’affranchir des contraintes de sa condition sociale et féminine. La voie scientifique est-elle le chemin qui la mènera vers la liberté et l’indépendance ?

-J’ai eu « acceptable » pour le maintien, mais « insuffisant » pour l’usage du mouchoir et du dé à coudre. Mère n’était pas contente du tout.

– Seigneur, c’est encore pire que ce que je pensais. Pas de sciences ? Pas de physique ?!! J’imagine qu’on vous enseigne aussi que la Terre est plate et qu’il y a des dragons qui dévorent les bateaux tombant par-dessus bord !! Calpurnia, ça ne va pas du tout.

Une bande dessinée aux vignettes et aux cartouches non matérialisés par des cadres et qui laisse la part belle à la narration, ce qui tendrait à la rapprocher parfois d’un album ou d’un roman graphique … ou de planches de naturalistes ! Une fois que le jeune lecteur accepte cette contrainte, ainsi que les couleurs sépia apportant une touche rétro au récit, il va se laisser emporter dans une histoire de vie des plus émouvantes. Une héroïne attachante et doucement rebelle qui ouvre sur le monde un regard rempli de curiosité et d’interrogations sous le trait de crayon doux et sensible de l’illustratrice Daphné Collignon.

Cette série en deux tomes – dont j’aimerais vraiment pouvoir lire et vous présenter le deuxième volet ! … message à l’éditeur 🙂 – est à découvrir sans hésiter. Nous en partageons avec joie l’enthousiasme communicatif pour le monde qui nous entoure.