L’allumeur de réverbères, de Nathalie Wyss

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Résultat de recherche d'images pour "l'allumeur de réverbères oskar fnac"Luz, ville imaginaire où il pleut le mardi et où le soleil semble absent.
Le père de Tobi y est allumeur de réverbères tout comme son père avant lui  et le père de son père avant lui. Soudain,  celui-ci tombe malade de la grippe luzienne. Alors, c’est son jeune fils Tobi qui le remplace ! Tous les soirs, dès que Tobi entend la cloche sonner 17 heures, il illumine les rues riches de Luz alors que les quartiers pauvres restent dans le noir. Un jour, il rencontre une jolie demoiselle, Sidonie, et son chat, Poisson de lune, dans les quartiers pauvres. Elle a très très peur du noir et en fait des cauchemars la nuit !
Tobi trouvera-t-il le moyen d’allumer les réverbères des quartiers pauvres ?
L’histoire est super !
J’ adore le suspense qu’il y a … Et ce concept de partager la zone riche qui est allumée et la partie pauvre qui reste éteinte.  L’amitié qu’il y a entre Tobi et Sidonie est très très belle. Les personnages sont bien imaginés et leur caractère est très bien choisi, ce qui fait qu’on s’y attache vraiment.
C’est un livre facile à lire et qui n’a jamais de temps morts. Il utilise le genre de la science-fiction pour faire passer des beaux messages d’amitié dans un univers assez poétique.

Lenny, 5ème – 12 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Les murs bleus, de Cathy Ytak

Des âmes abîmées…

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Paris 1969. Antoine déambule dans les rues de la capitale, tenant par la main un petit brésilien de 5 ans, Loirinho. Antoine est un déserteur. Il y 7 ans, il a intégré les convois de réservistes, en partance pour l’Algérie. Condamné à mort pour avoir désobéi, il s’exile au Brésil où il a fait la rencontre d’une jeune femme, Jerusa, devenue sa compagne. Antoine a maintenant 38 ans et revient en France, son pays d’origine pour régler un divorce et parce que ce petit garçon presque aveugle, doit subir une greffe de cornée. Mais ce retour est amer. Il ne reconnaît plus son pays. Antoine est un écorché vif, poursuivi par les horreurs de la guerre, rattrapé par un passé sanglant. Il souhaiterait retrouver sa vie d’avant, sa vie d’instituteur. Il rend visite à son ami Louis, déserteur également, hanté par les mêmes images cinglantes, assassines. Antoine, considéré tel un traître, est un rescapé qui a été puni parce qu’il a refusé de tuer, de violer. Il a assisté à des scènes horribles qui ne cessent de le torturer. L’enfant est le fruit d’un viol et c’est Jerusa qui l’a accueilli car sa mère, une jeune adolescente de 14 ans l’a rejeté. Lui aussi est hanté par un cauchemar. Il voit des ânes partout. On apprendra un peu plus tard la signification de ce tourment …. Au Brésil, la pauvreté côtoie la violence. Antoine ne veut pas y retourner malgré une femme aimante qui l’attend. Il est F, il veut revenir chez lui, se construire une vie. Tout recommencer. Mais que va lui apporter une France qu’il ne reconnaît plus ?

Les murs bleus est l’histoire d’une renaissance portée par les liens très forts qui vont unir le petit garçon et Antoine. Sous la plume pleine d’émotion et de sensibilité de Cathy Ytak, on voit évoluer leur relation. C’est tout un symbole. Loirinho a un voile sur les yeux, le même qu’Antoine, lorsqu’il regarde autour de lui et qu’il ne trouve plus sa place dans le pays qui est le sien. Il a laissé au Brésil la femme qu’il aime, il a peur de la décevoir, de la faire souffrir car le passé l’emprisonne. Il faut qu’il fasse des choix qui seront pour beaucoup influencés par Loirinho.

Le récit à la fois dur et touchant aborde le sujet de la guerre d’Algérie et de ce qu’elle laisse comme traces dans la mémoire. Des hommes meurtris, incompris, des femmes qui ont souffert, qui ont été brutalisées, violées, des reconstructions difficiles, voire impossibles. Ils sont seuls face à leurs démons, avec dans la tête et sur le cœur, des plaies béantes qui jamais ne se refermeront. L’amour est également très présent dans cette histoire : l’amour d’un pays, d’un enfant, d’une femme. Et c’est par amour qu’Antoine fera ses choix.

20 ans pour devenir … Louise Michel, de Rolande Causse et Nane Vézinet

Au nom des femmes

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Louise Michel, née en 1830, est fille d’une femme de chambre et de père inconnu. Sa mère est au service d’une famille de châtelain, les Demahis, et même si elle tait l’identité du père, tout porte à croire que le géniteur soit le fils de cette famille. Louise grandit auprès de sa mère au château de Vroncourt-la-Côte, en Champagne. Elle reçoit une bonne éducation, égaie la maison pour le bonheur du maître et de la maîtresse du château. Chacun de ses anniversaires donne lieu à une fête. Louise est élevée comme une princesse, elle est curieuse et apprend vite. Dès son plus jeune âge, elle se tourne vers les autres et s’insurge contre l’injustice. Adolescente et consciente de son confort, elle consacre déjà son argent de poche à nourrir les plus démunis. Elle ne supporte pas la méchanceté, la sottise. A la mort des Demahis, Louise et sa mère sont contraintes de partir, elles hériteront d’un petit pécule. En 1851, Louise réussit le brevet de capacité qui va lui permettre de devenir institutrice. Elle ouvre de nombreuses écoles où elle exerce ses fonctions avec une passion sans bornes. Elle fonde l’école libre selon les principes républicains. C’est elle qui crée la première école pour filles. Louise adore écrire. Ainsi, elle met sa plume au service de journaux d’opposition. Elle écrit de nombreuses œuvres engagées. Elle aide les femmes à vivre par le travail, une sorte d’émancipation. Très engagée dans une politique radicale, elle intervient lors de meetings, défend les ouvriers, les chômeurs, s’insurge contre la peine de mort. Elle devient anarchiste, est acclamée par le peuple de Paris. Elle s’installe un temps à Londres, jugeant que la France prend en otage la liberté d’expression. Ses prises de positions font l’objet de nombreuses arrestations. Elle finit par être emprisonnée. Elle en sort au bout de trois ans, grâce à Clémenceau. Elle décède d’une pneumonie en 1905. Toute sa vie, elle restera fidèle à ses convictions, livrera ses batailles jusqu’à son dernier souffle.

« Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime. »
Louise Michel – 1830-1905 – Extrait d’une Plaidoirie – 22 Juin 1883

« La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. »
Louise Michel – 1830-1905 – Mémoires – 1886

Le nom de Louise Michel est associé dans notre mémoire au combat pour les femmes et la Commune. Cet engagement va d’ailleurs causer sa déportation en Nouvelle Calédonie. Grande militante, elle a consacré sa vie à défendre l’éducation et les plus pauvres. Une station de métro parisien porte d’ailleurs son nom ainsi que de nombreuses écoles. Ce fut une femme généreuse, ouverte aux autres, cultivée qui prônait l’école pour tous. Comme Louise Michel à son époque, une autre grande dame, ancienne déportée, très engagée politiquement, défendant la cause des femmes, a marqué l’Histoire de son nom : Simone Veil qui a fait son entrée au Panthéon dimanche 1er juillet 2018. S’ajoutent à elles, Marie Curie ( une scientifique XIXème siècle), Rosa Park (lutte contre la ségrégation XXème siècle), Lucy Stone (féministe engagée XIXème siècle), et bien d’autres, qui ont marqué l’Histoire dans différents domaines, qui ont écrit l’Histoire. Par leur courage, elles ont combattu les clichés et forcent l’admiration.

Rolande Causse et Nane Vézinet ont su parfaitement montrer la forte personnalité de Louise Michel, en un texte court et accessible. L’essentiel est dit, on mesure la grandeur de son engagement.

 

Le génie du pousse- pousse, de Jean-Côme Noguès et de Anne Romby

La voie de la sagesse…

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Chen possède dans la vie deux choses importantes : un pousse-pousse de bambou, qui est son gagne-pain, et son amitié pour Wang, un pêcheur. Modeste, il se nourrit chaque jour d’un bol de riz. Mais alors qu’il veut cueillir une branche de jasmin, il passe par-dessus le mur qui le sépare d’un palais et d’un parc merveilleux. Fasciné par la beauté et la richesse des lieux, il se met à rêver à une existence luxueuse, pleine de faste, inaccessible pour lui, pauvre tireur de pousse-pousse… Sa vie lui paraît bien terne soudain. Chen veut devenir riche à son tour. Alors il réfléchit à ce qui pourrait lui rapporter de l’argent. Mais il va rapidement apprendre que rien n’est acquis d’avance, qu’il faut se donner les moyens pour y arriver et que la vraie richesse reste l’amitié.

Ce conte chinois va enivrer le lecteur de saveur, de parfum. L’écriture est apaisante, les illustrations fines, colorées sur un papier à dessin que l’on appelle du papier d’ingres, similaire à celui d’un parchemin. Tout y est soigné, minutieux. On s’attarde sur les détails, on part véritablement en voyage. Le génie du pousse-pousse est un conte qui nous transporte.

Le drôle de Noël de Scrooge, de Charles Dickens

Un Noël inoubliable

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Scrooge, riche marchand vivant à Londres, est un vieil homme solitaire, peu charitable, avare et méprisant. Sa méchanceté est légendaire. Noël approche avec l’effervescence qu’on connaît. Chacun s’affaire dans la joie. Mais Scrooge ne comprend pas que les gens puissent éprouver du bonheur pour une fête qu’il déteste. Pour lui, la joie n’apporte rien. Il préfère donc rester chez lui, seul, plutôt que d’accepter l’invitation de son neveu. Mais la nuit venue, il entend du bruit. En ouvrant la porte, il est surpris de voir le visage de son associé, Marley, mort 7 ans auparavant. C’est l’incompréhension totale quand cette apparition prend la forme d’un spectre. Ceci sonne comme un avertissement. Si Scrooge ne change pas, il finira enchaîné, enchaîné comme l’est sa vie. Il ne trouvera jamais le repos même dans la mort. Scrooge ne regarde jamais autour de lui, égoïste qu’il est ! Il rabaisse les plus pauvres. Le fantôme de Marley le met donc en garde et l’informe qu’il aura la visite de trois esprits qui le mèneront successivement dans le Noël de son passé, le Noël de son présent et le Noël de son futur. Ils vont lui montrer ce qu’il va devenir s’il s’obstine à dire que le bonheur n’existe pas. Les esprits sont là pour sauver son âme d’un destin tragique, pour lui faire comprendre qu’à l’aube de sa vie il est temps de se repentir. La surprise passée, Scrooge se dit que tout ceci n’est que sottise et va se recoucher. Et pourtant, il ne va pas tarder à se retrouver face à un visiteur surnaturel qui va l’emmener vers le Noël de son enfance. Ainsi commence pour lui un long voyage vers les différentes étapes de sa vie. Va t-il prendre conscience qu’il faut qu’il change pour que le bonheur frappe à sa porte, pour être mieux apprécié ?

Une histoire magique à l’approche des fêtes de Noël qui fait du bien. Le lecteur appréciera la progression du personnage de Scrooge qui rassure, qui prouve que l’être humain peut changer de belle manière. Une nuit de Noël qui sera inoubliable pour notre héros. Mais Noël, est aussi une période où se côtoient pauvreté et richesse, où la différence sociale est accentuée. Ce récit nous fait réfléchir sur le sens de cette fête, sur la notion de générosité et surtout met l’accent sur le fait qu’il ne faut pas forcément être aisé pour passer une bonne nuit de Noël. Etre entouré des gens qu’on aime est le meilleur des cadeaux. Charles Dickens a écrit un très beau conte basé sur le partage, l’entraide. De belles morales pour une histoire pleine de féérie.

Les enquêtes de Sam : mystère au sous-sol, de Hervé Mestron

Un toit pour tous…

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Sam est chez sa grand-mère, le temps que sa maman profite d’un séjour à Venise avec son compagnon, Richard. Il est content de se faire dorloter par sa mamie qui lui a fait une belle surprise. Pour lui qui veut devenir musicien, elle lui a acheté une superbe batterie. Sam n’en croit pas ses yeux. Pour qu’il puisse s’entraîner sans gêner le voisinage, sa grand-mère lui a aménagé un local dans une cave. Sam est super content. Un petit bémol cependant, il a peur des sous-sols. Il va réussir néanmoins à surmonter sa phobie pour pouvoir s’adonner à la musique. Pourtant très vite, des bruits bizarres vont l’interpeller, il va même apercevoir des silhouettes. Que se passe t-il ? On dirait bien que Sam n’est pas seul dans ces caves. Le jeune garçon est bien déterminé à percer ce mystère. Mais ce qu’il va découvrir va vraiment le laisser perplexe.

Une histoire qui plaira à nos très jeunes lecteurs qui vont pour un temps s’improviser détectives en herbe auprès de Sam, un garçon attachant et plein de fraîcheur. Hervé Mestron traite ici un sujet de société : les mal-logés, les abus des propriétaires qui exploitent les gens les plus démunis. L’écriture est simple donc facilement abordable par les plus jeunes. Une petite nouvelle bien orchestrée pour sensibiliser ce public à la misère sociale, hélas trop présente. Avoir choisi d’en parler à travers un personnage de leur âge a plus d’impact.

Le fils de l’Ursari, de Xavier-Laurent Petit

« Tchèquématte ! »

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     Fils d’un montreur d’ours, Ciprian, petit Rom fraîchement débarqué à Paris avec sa famille, passe ses journées à observer Mme Baleine et M. Énorme dans les jardins du « Lusquenbour ». Pas pour les détrousser – au grand dam de Karoly, le « chef » du bidonville, qui attend son argent – mais pour suivre leurs parties d’échecs.

     Remarqué pour sa mémoire prodigieuse et son talent pour ce jeu, le garçon entre dans un nouveau monde, bien différent de celui auquel il était habitué depuis son arrivée.

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     Raconté à la première personne, ce roman nous donne à voir le quotidien du héros à travers ses propres yeux d’enfant : regard léger mais honnête sur les réalités cruelles de notre monde et du sien. Grâce à une belle écriture et au travail fait sur les mots, l’empathie avec le narrateur est garantie, ce qui amène le lecteur à partager ses réflexions sur le déracinement, la langue, le sens des mots et leur poids, la liberté…

A lire absolument.