La chanson interdite 1917 de Eric Simard

Le chant de la révolte…

 11.jpgJean, fils de paysan, a perdu ses parents. Orphelin, il va devoir désormais vivre, à Thiers, chez son oncle, Auguste, un émouleur. Nous sommes en 1908, la coutellerie fait vivre la région, des millions de couteaux sont vendus dans le monde. Donc naturellement, Jean va être formé par Auguste qui va lui transmettre son savoir. Auguste a une fille, Violette, qui va tomber très vite sous le charme du jeune homme. Jean est un poète et met en vers toutes ses révoltes. Il va donc passer son temps entre l’atelier de son oncle et la mise en chanson de ses humeurs. Quand la guerre éclate et qu’il se retrouve sur le front, il déverse sa haine et dénonce le commandement dans des lettres qu’il envoie à Violette. Il va écrire une chanson qui sera censurée par les officiers car trop contestataire. C’est la chanson de Craonne qui exprime la colère et le ras le bol des «Poilus». Il parviendra, malgré tout, à transmettre  les paroles dans une dernière lettre adressée à sa fiancée, d’une manière ingénieuse, sous forme d’acrostiche. Jean paiera de sa vie son esprit rebelle.

Eric Simard signe là un roman superbe sur la première guerre mondiale. J’ai adoré la manière avec laquelle le sujet est traité. La narratrice, Violette, s’adresse du début à la fin à Jean. Le lecteur partage leur intimité, un lien privilégié va alors se créer. La jeune femme nous livre les lettres de Jean, écrites au front. Ce récit est riche en poésie et nous fait découvrir les dessous de l’écriture en vers, notamment les acrostiches. Ce style d’écriture sera utilisé pendant la guerre pour délivrer des messages codés. La chanson interdite est un livre fort, touchant, plein d’émotions.

Verdun 1916 : un tirailleur en enfer, de Yves Pinguilly

Mémoire de Sénégalais…

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Tierno, un jeune Africain originaire de Guinée. Il va partir pour Dakar intégrer l’école des Blancs. Il est enthousiaste à cette idée. Il quitte sa famille, il fait ses adieux à ses amis et à ses proches. Il se rend à la gare et après une halte chez un oncle, le voilà parti… Mais arrivé à destination, il se rend compte qu’il n’intégrera jamais l’école des blancs, il va être embarqué de force à bord d’un grand bateau pour la ville du Havre en France comme tirailleur. on est en 1916, c’est la première guerre mondiale. Tierno va faire la connaissance d’Aboubakar avec qui il va vite sympathiser. Ensemble, ils vont suivre une formation de cinq mois. Eux qui n’ont jamais tenu un fusil vont être jetés en pâture dans une guerre qui ne les concerne pas, dont ils ne savent rien. Ils vont faire l’expérience de la rigueur militaire, ils sont arrachés à leurs racines et devront saluer le drapeau d’un autre pays. En février 1916, ils seront à Verdun où ils vont côtoyer la mort, la peur. C’est l’enfer. Il y a la perte des camarades mais aussi la mort des hommes qu’il faudra tuer pour survivre. Habitués à la chaleur équatoriale, ils vont connaître la dureté d’un climat de l’Est de la France trop froid pour eux.

Le lecteur vit la guerre de l’intérieur à travers des personnages qui sont dignes, qui se battent. On a vraiment l’impression d’être dans les tranchées aux cotés des soldats. C’est un autre aspect de la guerre de Verdun qui est relaté, du côté des tirailleurs sénégalais qui se battent avec acharnement face à un ennemi mieux équipé. Ces mêmes Sénégalais méprisés par les Blancs.

L’horreur de la guerre est la même que vous soyez blancs ou noirs. Tous ces soldats souffrent, jouent leur vie, se sacrifient. Yves Pinguilly rend ici un vibrant hommage à tous ces tirailleurs sénégalais morts pour la France.

L’horizon bleu, de Dorothée Piatek et Yoann Hamonic

La mort au bout du fusil…

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Elisabeth est mariée à Pierre, 20 ans, instituteur dans son village à Haubourdin, dans le Nord. Ils s’aiment et sont heureux. Pierre a promis à sa femme de l’emmener voir la mer, depuis le temps qu’elle en rêvait… Ce bonheur va être de courte durée. Nous sommes en juin 1914 ….L’Allemagne menace la France, l’angoisse monte. La population s’attend à tout moment à une déclaration de guerre. Un ordre de mobilisation générale est annoncé, les hommes de 18 à 48 ans sont réquisitionnés. Pierre doit partir, lui qui n’a jamais tenu une arme va devoir se battre.Nous sommes le 3 Août 1914. Pierre sera loin des siens, de ses élèves durant 4 années terribles. Jamais les époux n’ont cessé de s’écrire, de s’aimer. Leurs échanges de correspondance témoignent de l’atrocité des combats que supportent très mal Pierre.

L’auteur alterne le récit et les lettres des époux. Elisabeth nous raconte la période avant guerre et le départ déchirant de son mari. Puis les combats commencent …Le lecteur va basculer dans l’atrocité des batailles, partageant le ressenti, la crainte, l’effroi des soldats. Pierre est inquiet, souffre d’être séparé d’Elisabeth, il a peur de mourir et petit à petit on sent que la guerre le dépasse, il perd espoir de rentrer. La guerre le change, il écrit à sa femme qu’il n’est plus le même, il a l’impression de sombrer dans la folie et s’en excuse.

Trois ans et demi que j’ai quitté la maison. Trois ans et demi plongé dans un abîme de douleur, trois ans et demi sans la douceur de ta peau. Je ne suis plus un homme. Je crains que la folie ne se soit emparée de moi. L’espoir m’a quitté, il ne me reste plus que la résignation d’une vie gâchée. Je ne rentrerai pas, Élisabeth, cette guerre c’est pour la vie.

Si Dieu me permet un jour de regagner ma maison, sache que mon corps sera de retour, mais que Pierre, l’homme que tu as connu, demeurera au front pour toujours.

Il y a d’un côté les combats, les hommes qui ont dû laisser femmes et enfants pour s’empêtrer dans une guerre qui n’est pas la leur et de l’autre les familles abandonnées qui doivent s’organiser. Les femmes vont alors jouer un rôle important car elles vont devoir se débrouiller et s’occuper de toutes les tâches qui jusque-là incombaient aux hommes.

Ce récit marque parfaitement la progression de l’état d’âme de Pierre. Au début, il ne sait pas ce qui l’attend et pense revenir très vite. Au fil des pages, on se rend compte de sa désillusion, de sa crainte d’être tué . En parallèle, Elisabeth ne sait plus comment le soutenir et sent elle aussi que son mari lui échappe. Il est résigné. Ils s’accrochent tous les deux à leur amour sans faille à travers leurs écrits, ce qui les rend attachants, émouvants. Ils ne font pas la même guerre, lui se bat contre l’ennemi, elle, se bat pour survivre au quotidien, elle remplace même son mari pour que l’école ne meurt pas et que les enfants aient un semblant de vie « normale ».

L’entraide est importante aussi, chacun doit soutenir l’autre, autant sur le front que dans les villages.

Les illustrations sont magnifiques, sombres traduisant parfaitement l’état d’esprit des tranchées et de la difficulté des familles.

Les soldats sont envoyés à Verdun, guerre qui fut très sanglante.

Native de Lorraine, je suis tentée de faire un petit point d’histoire. Verdun se trouve dans le département de la Meuse et non loin de là se trouvent les Vosges. A l’époque relatée dans cet album, l’Alsace et une partie de la Lorraine avaient été conquises par les Allemands et se sont retrouvées derrière une frontière qu’on a appelé la ligne bleue des Vosges. Dans ce récit, l’uniforme des soldats étaient bleu gris. Le titre l’horizon bleu peut-il faire référence à ces deux faits ? Ou est-ce tout simplement tous ces soldats avec leurs uniformes bleus qui avancent dans un dédale d’horreur ?

Un très bel album, émouvant et sensible.

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La marraine de guerre, de Catherine Cuenca

Femme de l’ombre…

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Etienne a 22 ans. Il essaie de rester en vie, de sauver son pays, de survivre dans les tranchées. Nous sommes en novembre 1916 dans l’Est de la France. Les combats sont atroces, les hommes progressent dans la boue, dans le sang. Le moral est au plus bas. Essayer de résister sans dormir, en mangeant peu, au milieu des cadavres et de la saleté. Penser à ses proches qui souffrent et tremblent de les savoir à chaque instant aux portes de la mort …..Etienne tente de tenir et ne comprend pas toujours pourquoi il doit tuer, pourquoi cette guerre. Il voit mourir ses camarades, il n’en peut plus. Etienne est jeune, innocent, sa place n’est pas dans ces tranchées, au milieu de tant de barbarie !

Est-ce vraiment dans cette direction que je devrai envoyer mes balles, pour abattre tant d’hommes innocents?  » Oui, il le faudra « , pense Etienne. Pourquoi ? Parce que sinon, c’est moi qui mourrai. Pourquoi ne pas mourir ? Parce que l’espoir idiot me tient que la guerre finira un jour et que je pourrai encore profiter de la vie.

Et pourtant le quotidien est moins dur depuis qu’il échange une correspondance avec une femme qui a accepté de devenir sa marraine de guerre. Elle lui envoie des lettres de réconfort avec des colis qu’Etienne partage avec ses amis. Le jeune soldat s’est attaché à elle, il puise ses forces dans l’écriture. Il se fait gentiment chahuter par ses camarades mais qu’importe, Marie-Pierre l’apaise.

Cher Etienne,
Je vous envoie quelques provisions, en espérant qu’elles vous parviendront intactes. Comme j’aimerais que Noël soit une trêve qui vous redonne force et espoir ! Je prie chaque jour pour vous. Quoi qu’il advienne, écrivez moi. Je vous embrasse affectueusement.
Marie-Pierre

Il ne sait pas grand chose d’elle, elle habite Saint-Etienne et s’appelle Marie-Pierre. Son souhait le plus cher serait de la rencontrer. Mais cette saleté de guerre lui laissera-t- il le temps d’aller la voir ?

La marraine de guerre est un témoignage poignant du calvaire des soldats. Le lecteur est en immersion dans les tranchées avec ces hommes. C’est un roman très réaliste qui met en avant le ressenti des poilus de 14-18 exposés à de terribles combats. Une véritable « boucherie » …. la vision de l’horreur s’agrandit de jour en jour, c’est à la limite du supportable. Le récit est entrecoupé des lettres échangées entre Etienne et Marie-Pierre ce qui permet au jeune engagé, ainsi qu’au lecteur de souffler entre deux combats. Ce récit met en avant aussi le rôle important de toutes ces femmes qui ont soutenu les soldats. D’une certaine façon, elles aussi ont fait la guerre.

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Les beaux lendemains de Saint-Chanas, de Véronique Lesimple

Au revoir les fantômes…

1919…. La France encore meurtrie par des années de guerre essaie de renaître de ses cendres. Les hommes, des survivants de combats acharnés, meurtris par leurs blessures morales et physiques, errent dans une vie qui ne leur appartient plus, dans une vie pleine de fantômes et de cauchemars. Armand, jeune lieutenant, est de retour et trouve un poste de régisseur dans un château, dans la Drôme, grâce à un ami d’enfance. Un domaine qui perd pied depuis la mort du baron, délaissé par les occupants qui ont sombré dans la douleur et le chagrin. Seul, le personnel essaie tant bien que mal de s’occuper de la propriété. A son arrivée, Armand fait la connaissance de Louise, une veuve inconsolable, murée dans sa souffrance, qui ne quitte plus sa chambre et d’Hubert son frère, qui a perdu la vue dans les tranchées. Ce dernier végète dans un état dépressif depuis plus d’un an, attendant que la mort vienne le chercher. Tous deux n’ont plus la force d’affronter la réalité et se laissent aller dans leur malheur. Charles, le petit garçon de Louise émeut Armand. Du haut de ses quatre ans, ce pauvre petit bonhomme, orphelin d’un père et délaissé par sa mère est le seul qui anime les couloirs lugubres et sans âme de la bâtisse. Armand a le sentiment que son travail l’aidera à chasser ses angoisses, à surmonter son traumatisme et peut être à se reconstruire. Lui qui a vu tant d’hommes mourir, tant de compagnons tomber au front…Il pourra compter sur mamie Rose, la dévouée cuisinière, au service de la plus grande famille de la région depuis tellement d’années.La guerre l’a endurci, les combats ont brisé sa jeunesse. Il essaie d’entrevoir son avenir sans trop y croire. Mais là, à Saint-Chanas, il compte bien aider les châtelains à remonter la pente, à reprendre pied dans la vie. Malgré toute sa bonne volonté et sa détermination, réussira t-il à leur redonner le goût de vivre ?

Les beaux lendemains de Saint-Chanas est une merveilleuse histoire humaine. Sous la plume de Véronique Lesimple, les portraits d’hommes et de femmes brisés par les ravages d’une guerre se succèdent et nous font comprendre combien le quotidien de l’après-guerre a été éprouvant. La perte d’un père, d’un époux, d’un fils, la fin tragique pour de nombreux soldats, ont plongé les familles dans les entrailles d’une existence qui devait continuer malgré tout. Et que dire de tous ces mutilés, de tous ces survivants dont le retour dans les foyers ne fut pas simple. Ils reviennent mais ont du mal à retrouver leur place, à être compris par des proches qui paraissent si loin de la réalité de leur souffrance. Plus rien ne sera comme avant, le passé sera leur seul compagnon de route, un compagnon solitaire hanté à jamais par les horreurs des combats.
La reconstruction psychologique est le thème principal de ce roman. Les personnages sont attachants et émouvants, ils se dévoilent au fur à mesure que progresse l’histoire. Le lecteur se plonge vite dans cette ambiance d’après-guerre avec une population qui essaie d’avancer, avec un mode de vie qui se modernise. L’électricité fait son apparition ainsi que l’eau courante et le téléphone. On prend plaisir à partager les balades en automobile qui révolutionnent le quotidien. Un souffle nouveau comme une bouffée d’oxygène qui viendrait balayer les stigmates encore profonds des atrocités des quatre dernières années. Renaître pour faire vivre les souvenirs, renaître pour dire oui à la vie.

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14-14, de Silène Edgar et Paul Beorn

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

14-14, de Silène Edgar et Paul Beorn

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Hadrien et Adrien ont 13 ans et sont meilleurs amis. Ils s’écrivent souvent par lettres surtout quand ils ont des problèmes. Dans les lettres d’Adrien, Hadrien ne comprend pas toujours les mots de son ami. Un jour, Adrien décide de rendre visite à son ami mais il se rend compte qu’il y a des choses louches : la ville d’Hadrien n’existe pas, les timbres semblent dater d’une autre époque … Mais c’est normal ! Ils ne vivent pas à la même époque ! Hadrien vit en 1914 alors que Adrien, lui, vit un siècle plus tard, en 2014 !!! Malgré les années qui les séparent, ils s’écrivent et s’envoient des lettres grâce à une boîte aux lettres magique. Mais une chose est sur le point de les séparer, La Guerre. Adrien décide alors de prévenir Hadrien pour ne pas le laisser en danger…

Avis : Un roman qui se lit vite, qu’on comprend facilement et quand on le commence, on a du mal à en sortir ! En effet, l’action et les nombreux rebondissements tiennent en haleine le lecteur. Malgré le contexte de la guerre qui n’est pas si central, on a plaisir à suivre les personnages et c’est malgré tout une histoire qui n’est pas si triste. et on peut voir la différence entre chacune des époques évoquées, le mode de vie.

Alicia, 4ème – 13 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et la chronique de mumu58

Un siècle chargé d’histoire

Deux siècles qui s’opposent, deux vies qui se croisent à cent ans d’intervalle : Adrien, jeune écolier en 2014 et Hadrien, un enfant paysan en 1914, qui va connaître les horreurs d’une guerre imminente. Une boîte aux lettres, surgie de nulle part, va être le témoin d’une correspondance étroite entre les deux jeunes.

Dans un premier temps, Adrien et Hadrien s’échangent leurs bons vœux pensant s’adresser à un cousin éloigné. Mais petit à petit, ils prennent conscience que chacun fait un voyage dans le temps. Mais peu importe, ils vont tisser des liens d’amitié malgré qu’ils ne fassent pas partie du même monde, de la même époque. Et pourtant, ils ne sont éloignés que de vingt kilomètres…..L’aventure commence, déstabilisante et inimaginable.

Hadrien, fils de paysan, rêve de continuer ses études mais son père s’y oppose car il a besoin de lui à la ferme. La misère, la maladie partagent son quotidien.

 Dans la bassine d’eau très froide, le garçon fait une toilette de chat avec un peu de savon noir. Il a entendu dire que dans les maisons des riches de la ville, l’eau arrivait toute seule dans les tuyaux, c’est peut-être le cas chez Adrien ? En tout cas, ici, à Corbeny, il faut la tirer du puits.

Adrien vit dans le confort, déteste l’école. Mais pourtant ils ont tous les deux les mêmes interrogations et progressivement l’un deviendra le soutien de l’autre. Les lettres leur apportent réconfort et conseils. Les deux adolescents se comprennent. Ils ont des relations tendues avec leurs parents et ont les mêmes préoccupations. Tout va s’accélérer quand Adrien et Hadrien vont déceler des choses bizarres dans leurs courriers. Notamment l’aspect du timbre sur les enveloppes, le fait qu’ils n’emploient pas le même vocabulaire, le même style d’écriture ou tout simplement qu’Hadrien ne connaisse pas le téléphone, internet ou qu’il n’ait jamais entendu parler de la sécurité sociale. Adrien prend conscience alors qu’il a un siècle d’avance et qu’il peut prévenir son ami que la guerre va bientôt faire rage. Il se documente et s’aperçoit que le village de celui-ci a été la cible de combats atroces. Une course contre la montre va commencer pour sauver Hadrien et les siens.

La tête lui tourne , il s’adosse au mur de la maison. Il ne comprend toujours pas comment il a pu écrire à un garçon qui vit cent ans dans le passé. Il n’a pas d’explication pour cela. Mais maintenant, il a une certitude : Hadrien est en danger de mort.

14-14 est un roman poignant, plein de magie et d’originalité. Ce n’est pas une histoire sur la guerre mais sur la vie d’avant guerre. Le titre est en cela un peu trompeur. La guerre reste en toile de fond.

14-14 explique de belle manière comment était le quotidien d’une famille au siècle dernier, aux portes de la première guerre mondiale et nous dépeint la société actuelle. D’un côté, des conditions de vie difficiles où tout le monde était lié à la terre, où il était hors de question de laisser les fils faire des études. Ils étaient plus utiles pour travailler dans les fermes. D’un autre côté, un adolescent en manque de repères, peu motivé par les études, des parents divorcés. Les inquiétudes sont les mêmes : l’amitié, l’amour, la famille, l’école… Un parallèle futur-passé bien mené, à travers le regard d’adolescents, qui tient le lecteur jusqu’à la fin. Le thème de l’éducation est très présent. On perçoit qu’en 1914 la réussite scolaire est une réelle chance de s’en sortir, de devenir quelqu’un. Le maître est une personne écoutée et respectée. De nos jours, certains écoliers ne prennent pas toujours conscience de l’importance d’étudier qu’ils considèrent plutôt comme une corvée …

La première guerre mondiale est présentée comme un événement lointain pour Adrien alors que pour Hadrien elle est proche. Des reproductions de documents ou de photos d’époque viennent merveilleusement illustrer un texte clair et précis. Deux jeunes gens attachants : Hadrien, dans sa lutte pour accéder à une classe sociale meilleure et qui pour y arriver , doit combattre l’ autorité d’un père hermétique. Et Adrien qui manque de confiance en lui entre un père absent suite au divorce et une mère protectrice. Une belle histoire d’amitié à travers le temps qui ne peut laisser le lecteur indifférent et qui peut servir de support pour une étude de l’histoire dans les établissements scolaires.

 

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Les aérochats : comme chiens et chats, de Donovan Bixley

CLEB’s et CATs

Les Aérochats, tome 1 : Comme chiens et chats par Bixley

Autrefois les chiens et les chats vivaient en paix. Mais aujourd’hui la guerre est déclarée entre les CLEBs (chiens ligués pour Envahir en Bloc) et les CATs (Chats et leurs Alliés traditionnels). L’armée des CLEBs progresse vers Paris. Les CATs tentent de défendre leur territoire. Mais lorsque leur héros, le célèbre major Tom est enlevé, notre jeune pilote, Félix Belair accepte la mission hautement dangereuse de le délivrer des mains de l’ennemi.

Un petit roman haut en couleur qui met en scène des animaux au comportement humain. On se retrouve à vivre les aventures des pilotes des forces aériennes, on y rencontre les infirmières, la mécanicienne, le commandant, etc.

Encore une nouvelle très bonne surprise des éditions Slalom. Un livre rempli de clin d’oeil aux clichés et stéréotypes : la mécanicienne qui est une femme et en qui certains n’ont pas confiance, le pilote trop sûr de lui et m’as-tu-vu, le jeune pilote fougueux, les infirmières pimbêches de service, l’inventeur un peu étrange, le commandant qui est une femme, etc. On entre de plain pied dans cet univers militaire des escadrilles, dans un contexte qui n’est pas sans rappeler la première  guerre mondiale (d’ailleurs l’action se déroule en 1916). Il y a aussi maître Yocha, l’inventeur, clin d’oeil évident à maître yoda de la guerre des étoiles (même les oreilles y sont !). L’action est dynamique, le ton enjouée, le livre très largement et joliment illustré en noir et blanc pour le plus grand plaisir des plus jeunes lecteurs. On s’amuse, on s’attache aux personnages, on s’envole dans ces avions du début du 20ème siècle : une double-page présente d’ailleurs la fiche technique du Morane-Saulnier de type BB, qui a réellement existé) ; on se laisse presque tenté par les affiches de propagande pour le recrutement, ou on s’imagine à Montmartre, attablé à la terrasse du bistro « le chat blanc » dont l’enseigne fait indubitablement référence au célèbre café « Le chat noir ». Je pensais lire quelques pages avant de m’endormir pour voir de quoi il s’agissait et je l’ai fini dans la foulée ! Enfin, vous l’aurez compris, l’adulte n’y verra pas les mêmes choses que les lecteurs de 8-12 ans ! C’est bien documenté, réaliste, drôle  et très vite lu. Et on sent que l’auteur s’amuse du lecteur ! Très sympa !

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