Le rêve du papillon noir, de Anne Thiollier

Résultat de recherche d'images pour "le rêve du papillon noir fnac"Lumière du Matin est une jeune Chinoise de la Chine rurale des années 30. Un temps où la femme n’a pas de droits : ni celui de choisir son époux, ni celui de se promener seule, ni même celui de montrer l’intérieur de sa bouche, ce qui l’empêche bien entendu de rire aux éclats… Entourée de sa famille, Lumière du Matin va bientôt voir partir Lumière de Jade, sa première Petite soeur,  mariée par le biais d’une entremetteuse à un mari qu’elle n’a jamais vu… Lumière du Matin prend alors une décision grave : malgré le danger pour une fille seule, elle décide de fuir, en se faisant passer pour un garçon. Son chemin est semé d’embûches, jusqu’au jour où sa route va croiser celle du Vieux peintre, le maître Liang qui va la prendre sous sa protection et lui enseigner la peinture.

Un récit de vie qui traite avec beaucoup de pudeur et de sensibilité de la condition de la femme dans la Chine des années 30. Un roman sous forme de voyage initiatique dont la principale particularité n’est pas l’action et les rebondissements mais plutôt un voyage intérieur à la recherche de sa propre vérité. Le personnage de Lumière du Matin est un personnage fort, déterminé, qui va au bout de ce qu’elle croit juste mais est prêteégalement  à renoncer à son bonheur personnel pour soutenir sa famille. Le thème de la transmission du savoir est très présent, tant dans l’enseignement du vieux peintre à la jeune fille que la jeune fille, ensuite, aux enfants.

Et c’est au cours de l’histoire que vous comprendrez le titre bien poétique du livre !

Instructif mais peut-être d’un abord difficile pour les jeunes lecteurs auquel ce roman s’adresse.

 

 

Les justes, d’Albert Camus

Résultat de recherche d'images pour "les justes camus folio"La pièce se déroule dans l’appartement de terroristes. Nous sommes en 1905, en Russie impériale. Un groupe appartenant au parti socialiste révolutionnaire prévoit un attentat à la bombe contre le grand duc Serge, un despote, oncle du tsar Nicolas II.

La situation historique est réelle, les personnages ont réellement existé, tout comme que le nom même du jeune poseur de bombe, Kaliayev.

Révoltés contre l’injustice de la tyrannie dans laquelle est assouvi leur peuple, ce groupe de jeunes gens essaie de faire taire ses doutes envers l’acte ultime qu’est le meurtre et le sacrifice de leur propre vie à une cause qu’ils estiment juste.

Stepan, de retour de bagne, est le plus extrémiste, sans concession

Où trouverai-je la force d’aimer ? Il me reste au moins celle d’haïr. Cela vaut mieux que de ne rien sentir

Kaliayev, le poète :

J’aime la beauté, le bonheur ! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution, bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ?

C’est lui qui sera pressenti pour lancer la bombe et se sacrifiera à la cause. Même s’il est prêt à aller jusqu’au bout, on sent tout au long de ce texte très fort, que le doute l’assaille. Le meurtre d’un homme pour sauver un peuple est-il aussi juste que cela ? Ne deviennent-ils pas eux me^me ce qu’ils détestent par dessus tout et combattent ? Combattre la violence par la violence est-elle la seule solution ?

Annekov, le chef du groupe

Dora, la  soeur du chef, qui fabrique les bombe et tombe amoureuse de Kaliayev.

Les relations entre chacun des personnages sont compliquées, faussées par l’acte qu’ils sont en train de préparer et des doutes qu’ils n’arrivent pas à faire taire.

Qui ne reculera pas au dernier moment ? Lequel d’entre eux n’aura pas le bras qui tremble ? Qui est prêt à sacrifier sa vie pour la cause, être pendu ?

Chacun sert la justice comme il peut. Il faut accepter que nous soyons différent. Il faut nous aimer, si nous le pouvons ?

Dora : Ouvre les yeux et comprends que l’Organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants fussent broyés par nos bombes. Stepan : Je n’ai pas le coeur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera.

L’effet de groupe et de son influence se ressent terriblement dans ce texte. L’amour n’y a pas sa place. Les personnages perdent leur libre arbitre et même leur liberté pour continuer à être respectés et intégrés dans l’Organisation. Pourtant, individuellement, de manière solitaire, auraient-ils agi de la même façon ?

Un texte d’une force exceptionnelle, émouvant et fort, qui ne peut être chroniqué sans en livrer des passages, tant les mots, dans leur apparente simplicité, nous traversent. La fin justifie-t-elle les moyens ? Un texte brûlant d’actualité, hélas, et qui n’a pas pris une ride. Un texte redécouvert avec beaucoup de plaisir suite à la lectreu de Libérez l’ours de Carole Trébor qui y faisait référence et ùm’a pouss à la relecture de ce livre lu dans mes années lycée.

A lire absolument, mais plutôt au lycée ou à l’âge adulte.

 

Alcatraz Indian land, d’Elise Fontenaille

Alcatraz Indian land par FontenailleMarilyn Miracle, de son nom indien Little Bird, vit une vie misérable dans une réserve indienne paumée, aux côtés d’une mère alcoolique. Depuis ses treize ans, elle ne va plus à l’école et pour oublier le suicide de sa meilleure amie, elle sniffe de la colle toute la journée… Mais un jour, Richard Oakes, un Indien parti en Californie faire des étues est venu la chercher.

Faut que tu t’en ailles, Little Bird… Déploie tes ailes, fous le camp d’ici

l’encourage sa grand-mère, Dana, la seule personne qui ne se soit jamais occupée d’elle et l’ait jamais aimée.

Alors, Little Bird part avec Richard et est accueillie dans sa famille auprès de sa femme Alicia et leur fille Yvonne.

On est en 1969 et Richard Oakes est le leader d’un groupe d’activistes qui se bat pour la défense des droits des Indiens d’Amérique. Leur rêve : créer une université pour les Indiens. Leur projet : investir l’ancienne prison d’Alcatraz, désertée depuis 5 ans. Ils choisiront la journée symbolique de Thanksgiving, jour où l’Amérique commémore l’aide que les Indiens ont apportés aux premiers colons. Alicia, Little Bird et Yvonne seront de la partie mais pas seulement… Tous les jour, un nombre de plus en plus important d’Indiens de toutes les tribus arriveront et s’installeront sur l’île… Ce roman retrace cette action, ce combat.

Ce récit est construit sous la forme d’un flash-back, raconté par Little Bird, âgée, qui écrit à sa petit-fille Eden pour partager avec elle les souvenirs de ses seize ans. C’est une lettre envoyée par la mairie de San Francisco l’invitant à revenir sur les lieux de l’occupation et de repeindre les graffitis  du château d’eau dans le cadre de la célébration pour l’anniversaire de l’occupation d’Alcatraz qui fera remonter ses souvenirs et lui donnera envie de témoigner pour perpétuer cet héritage pour la génération future. Un court roman très intéressant qui met à la portée de tous une page d’Histoire pas forcément connue du grand public et des adolescents en particulier. On prend conscience de la force de l’engagement et des dérives que toute action, même pacifiste au départ peut déclencher lorsque l’intérêt personnel prend le pas sur le collectif. A lire.

Le grand Meaulnes, de Alain-Fournier

Entre rêve et réalité

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Augustin Meaulnes, jeune adolescent de 17 ans, arrive dans l’école unique de François Seurel, fils de l’instituteur. Ils vont se lier d’amitié. Augustin, garçon silencieux, assez énigmatique, libre  va vite être surnommé par ses camarades le Grand Meaulnes. Un jour, alors qu’il prend la décision de partir chercher les grands-parents de François à la gare de Vierzon, il se perd dans la campagne et atterrit dans une propriété où se tient une fête étrange. Il y tombe amoureux d’Yvonne. Dès lors, il n’aura de cesse de la retrouver.

Un premier roman éblouissant écrit par un jeune auteur de 27 ans, qui décédera quelques temps plus tard durant la première guerre mondiale laissant un grand vide dans la littérature classique. L’adolescence y est décrit avec justesse dans tous ses excès, ses tourments, ses attentes. Le rêve rejoint la réalité, ou bien est-ce la réalité qui rejoint le rêve ? En tout cas, Augustin Meaulnes sera tout au long de sa vie en quête d’une chimère, comme si, même lorsque la réalité dépasse ses espérances, il ne s’en satisfait pas. D’un onirisme, d’un romantisme incroyable. Poétique, mélancolique, merveilleux, les termes sont nombreux qui peuvent décrire ce roman d’amour atypique. A lire au moins une fois dans sa vie, pour les lecteurs amoureux de la langue française, me^ais je conseille peut-être d’attendre le lycée ou l’âge adulte pour en apprécier toute la saveur.

De ce roman vient le prénom donné à mon fils, Augustin… tout est dit…

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L’enfant, de Jules Vallès

julesDouleurs d’enfance

 Jacques Vingtras, c’est l’enfant. Jacques Vintgras c’est Jules Vallès. On notera au passage que l’auteur a donné à son personnage un prénom et un nom avec les mêmes initiales que lui. Un récit hautement autobiographique qui relate toutes les douleurs d’une enfance bafouée. Il a été humilié, battu et au fur à mesure que les années passent, les blessures grandissent. Jules Vallès dira « je saigne en dedans.. ». La mère, une paysanne autoritaire et violente défoule ses sautes d’humeur et sa colère en le frappant. L’enfant est comparé à un tambour. Mais il se persuade que la cruauté de sa mère est normale et que c’est pour son bien. Il n’ose pas se plaindre par crainte de représailles maternelles. Il est battu tous les jours, image d’une éducation qui ne veut pas d’enfants gâtés. Les parents l’aiment mais ils ont tellement peur qu’il n’y arrive pas, que la vie soit pour lui aussi injuste que pour eux, qu’ils lui infligent de mauvais traitements persuadés de lui donner le meilleur enseignement. Après avoir été surveillant, son père devient professeur dans un collège. La famille déménage au grès de ses affectations. Les seuls moments où le jeune garçon trouvera repos et bonheur seront ceux passés chez sa tante et son oncle pendant les vacances. Des instants loin de ses parents, une source de quiétude à la campagne. Jacques est pris entre deux sentiments. D’un côté, il déteste ses parents pour ce qu’ils font mais les aime malgré tout car il comprend pourquoi ils agissent ainsi. Pour être une bonne personne, il faut être battu. C’est tellement pathétique. Et pourtant, Jacques leur pardonne et justifie leurs actes par une situation financière difficile et préoccupante.

Jules Vallès parle de sa vie mais, à travers elle, il parle aussi au nom de tous les enfants qui ont connu le même calvaire.

À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents, je dédie ce livre »

Cette dédicace, très percutante, est un message d’espoir pour tous ces enfants martyrs, ces souffre-douleurs. On peut se demander si cette maltraitance n’a pas nourri petit à petit les révoltes futures de l’auteur.

L’arbre aux fruits amers, de Isabelle Wlodarczyk

La couleur interdite…

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Isabelle Wlodarczyk nous offre là un récit plein d’émotions et de sensibilité. Sensible par le thème et par les émotions qu’il dégage. Une histoire émouvante qui nous transpose dans les années 1930 où deux mondes sont en opposition : les Blancs et les Noirs. D’une part, nous avons les haineux qui malmènent cette communauté noire qui ne devrait pas avoir le droit d’exister et de l’autre un peuple qui essaie par tous les moyens de vivre. Et la réalité est terrible, on assiste impuissant au massacre des Noirs, à cette lutte acharnée contre la différence de couleur. C’est un véritable lynchage.

On va suivre en parallèle deux histoires. Celle de James, un adolescent noir qui va se trouver embarqué dans une sordide histoire de viol et de meurtre d’un homme blanc et de sa petite amie. Au dernier moment, pris de panique et de honte, il s’enfuit alors que ces deux copains n’hésiteront pas à massacrer le couple. Mais James a été vu en compagnie des agresseurs, deux afro-amériains qui seront matraqués à mort puis pendus. Il n’y a pas de procès, les Blancs font leur propre loi et la seule sentence est la mort immédiate. James va sauver sa tête mais sa vie va basculer…Ce fait divers va déchaîner un déferlement de haine de la part des Blancs. Et puis il y a Sam, un Blanc, fils du shérif, adepte du Ku Klux Klan , des fanatiques anti-noirs. Il a participé à la mise à mort des deux afro-américains.

Ce récit ne nous parle pas simplement de racisme mais évoque également la souffrance d’une mère et d’un père.

Vera, la mère de James, est impuissante face à la descente aux enfers de son fils qui devient l’homme à abattre. Le shérif a honte de son fils, il a honte de ce qu’il est devenu. Il a arrêté James mais il est persuadé de son innocence. Il fera tout pour que la vérité éclate, quitte à renier son fils, auquel il ne pardonnera jamais les agissements. Arrivera-t-il à se faire entendre ? Quel sort la population blanche va-t-elle réserver à James ?

Isabelle Wlodarczyk est vraie, directe. Elle livre cette histoire sans détour plongeant ainsi le lecteur dans une période sombre des Etas-Unis. Les mots sont forts, les personnages sont attachants car chacun d’eux se débat dans des situations délicates : un shérif dont le fils tourne mal, un pauvre noir qui n’est pas né avec la bonne couleur dans le bon pays à la bonne époque. Il est intéressant de voir la progression de la relation de l’ homme de loi  et du jeune adolescent, complètement improbable vu le climat de violence de l’époque.

Ce récit est tiré d’une histoire vraie, ce qui accentue l’émotion qu’on éprouve. L’histoire de James est une histoire parmi tant d’autres. Rappelez-vous celle de Rosa Park qui a refusé de céder sa place à un Blanc dans un bus. Autre figure mythique, Martin Luther King qui se battra pour les droits des Noirs. De quel droit un homme peut prétendre être supérieur à un autre en fonction de sa couleur de peau ? Pourquoi tant de haine?  A cette époque, de nombreux Noirs seront pendus aux peupliers, dans les rues, pour symboliser cette supériorité et ce mépris.

Un dossier très complet et très bien fait sur la ségrégation, complète de belle façon le roman. On y apprend entre autre que le titre du roman s’inspire d’un magnifique poème Strange Fruit écrit par Abel Meeropol et chanté par Billie Holiday, une afro-américaine. Je cite :

Les arbres du Sud portent un étrange fruit. Du sang sur les feuilles et du sang aux racines. Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud. Etrange fruit suspendu aux peupliers.

Des hommes dans la guerre d’Algérie, de Isabelle Bournier et Jacques Ferrandez

Identité nationale…

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Un très bel ouvrage qui retrace l’histoire de l’Algérie française. C’est difficile de parler de l’histoire avec des dessins et des textes courts car il faut aussi évoquer comment la France et les hommes d’Algérie ont fini par combattre. Une guerre déchirante entre des hommes qui vivaient sur un même territoire. Chaque double page correspond à un chapitre de l’histoire de l’Algérie et on ne peut pas ne pas parler de la colonisation de 1830 pour bien comprendre cette guerre. L’Algérie est devenue colonie française en 1830 mais les Algériens se sont souvent soulevés contre la présence française.

On apprend ce qu’était le quotidien de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants jusqu’à l’indépendance de leur pays en 1962.

Cette guerre fut une guerre de tortures et de répression. Isabelle Bournier a su évoquer cette guerre autant du côté français que du côté algérien et le lecteur, seul,  pourra se faire une opinion, sans être influencé par l’auteur qui ne prend pas parti.

Un ouvrage très bien illustré de dessins, de documents d’époque, de témoignages.

Jacques Ferrandez, l’illustrateur de ce documentaire, né à Alger,  est un auteur de bandes dessinées, en particulierde la série Carnets d’Orient, que, en revanche,  nous ne possédons pas au CDI.