Toc toc toc…

Agence Torgnole – Frappez fort, de Gudule

Résultat de recherche d'images pour "agence torgnole"Fanny ne supporte plus de voir tous ces enfants malmenés, maltraités par leurs parents au supermarché. Elle décide de leur venir en aide en montant une agence « l’agence Torgnole », pour venir en aide aux « enfants à torgnoles »… Après distribution de tracs dans les poches des enfants concernés, elle voit arriver ses premiers clients… Sera-t-elle à la hauteur ? Comment va-t-elle pouvoir régler les situations ? Elle s’est peut-être mise dans de beaux draps mais maintenant, faut aller au bout ! Et le « frappez fort » du titre, savez-vous d’où il vient ??? Vous le découvrirez en lisant cette histoire, c’est un passage amusant !

Un policier écrit dans un langage parlé qui traite des violences sur enfants mais avec finalement beaucoup de détachement et d’optimisme… Ca se lit vite, mais je ne sais pas trop quoi en penser… A tester par les collégiens ou CM2 pour savoir s’il doit être gardé ou supprimé du fonds car déjà vieillot… Qui est intéressé ?

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Doux comme la vapeur d’un bain chaud

Le bain de Miyu, bilingue français-japonais, de Jodël Grasset, ill. de Béatrice Testet

Miyu  a passé une bien mauvaise journée à l’école… « Tu ressemble à ces gens qui râlent sous la pluie comme sous le soleil ! », lui dit sa mère lorsqu’elle rentre chez elle… Ce qu’il lui faut ? Un bon bain chaud… Commence alors une douce rêverie dans les vapeurs de l’eau chaude.

Un livre aux illustrations toutes douces, en papier-collé qui nous emporte dans une sorte de fantaisie japonaise. On entre dans un bain de culture, où l’on découvre les mots magiques d’une autre langue : tanuki, shamisen, saké et les habitudes différentes : boulettes de riz et sauce soja, panier repas et idéogrammes.

N’ayant jamais appris le japonais, je ne peux pas juger de la traduction mais la version bilingue avec les idéogrammes japonais sur les pages, invite au voyage. Une première partie comme un simple récit de vie qui glisse doucement dans le surnaturel avec une fin étrange…

Des notes de bas de page et un petit texte explicatif sur le Japon clôturant l’ouvrage complète le récit.

Enfance meurtrie

Sur la tête de la chèvre, de Aranka Siegal

Résultat de recherche d'images pour "sur la tête de la chèvre"Tous les étés, Piri, 9 ans, passe ses vacances chez sa grand-mère Babi, dans un village Ukrainien. Elle se sent bien là-bas, comme coupée du monde. Elle est juive. Mais elle ne comprend pas en quoi elle est différente des autres. Nous sommes en 1939. Babi la rassure mais il est temps pour la jeune fille de retourner chez sa mère en Hongrie. La rentrée des classes est proche. Sa soeur Roszi restera avec Babi. La vie va commencer à être difficile : manque de nourriture, les écoles ferment… L’angoisse et la peur vont être le lot quotidien des familles.

Ce roman est un vibrant témoignage des atrocités de la guerre vécues par le peuple juif. En Hongrie comme dans beaucoup de pays, la guerre fut atroce. Piri est touchante, émouvante et du haut de ses 10 ans, elle nous narre son quotidien. Elle est jeune mais très mature, une maturité qui arrive brusquement, provoquée par les événements si dramatiques. Finie l’enfance, finis les rêves de petite fille. Il faut se battre pour continuer à exister. Elle va peu à peu prendre conscience de l’ampleur des mesures antisémites qui vont s’abattre sur le peuple juif hongrois. Le personnage de la mère est incroyable de courage, jamais elle ne perd espoir. Piri puise sa force dans l’énergie de sa maman. Nous suivrons cette famille jusqu’à son enfermement dans un ghetto puis à Auschwitz.

Un récit autobiographique qui rejoint beaucoup d’autres ouvrages poignants sur une guerre terrible comme Le jounal d’Anne Frank, J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnoty, entre autres, que vous trouverez au CDI. Aranka Siegal est Piri, le lecteur comprend dès de début qu’elle parle de sa famille. Elle arrive à prendre de la distance avec son héroïne, dans le sens où elle qui connaît forcément la fin, laissera vivre les tragédies au travers de Péri. Sur la tête de la chèvre est bouleversant, chargé de l’amour familial. L’auteur a su transmettre à travers le regard de Piri son combat, ses douleurs, son désir de vivre.

Fifi la rebelle

Fifi Brindacier, de Astrid Lindgren

Elle a deux nattes, elle est rousse, elle a des taches de rousseur, des chaussures trop grandes, des vêtements originaux, elle est joyeuse, spontanée… trop spontanée ! Je vous présente Fifi Brindacier. Elle a 9 ans et habite seule dans une villa, délabrée appelée Drôlederepos. Pas de père ni de mère, elle vit avec un cheval et un singe, monsieur Nilsson. Son père, ancien marin, a péri en mer mais elle préfère penser qu’il a échoué sur une île et qu’il est devenu un pirate cannibale et sa maman, quant à elle, est devenue un ange du ciel. Elle va faire la connaissance de Annika et de son frère Tommy, ses jeunes voisins. Fifi va entraîner ses nouveaux amis dans 11 aventures trépidantes.

Fifi est super drôle, une imagination débordante, ne connaît pas les bonnes manières et n’a peur de rien. Super dégourdie, elle sait cuisiner, grimper aux arbres, faire du feu ! Elle a le sens de la justice et donne le tournis tant elle ne tient pas en place. A 9 ans et grâce à son père elle a fait le tour du monde et aime raconter à ses amis les anecdotes de ses voyages. Elle est très indépendante et donc ne se formalise avec aucune règle puisque personne est derrière elle. Elle ne va pas à l’école, contrairement à Annika et Tommy qui ont reçu une éducation et qui ne peuvent pas toujours faire ce qu’ils veulent. Les enfants sont surpris et émerveillés par sa façon de vivre et quelque part l’envient car elle est plus libre qu’eux. Fifi incarne l’enfance joyeuse, insouciante, innocente.

On s’attend toujours au pire avec Fifi qui fait beaucoup de bêtises et c’est ce qui la rend drôle. Jamais punie, très aventurière et délurée, elle plaira à nos jeunes lecteurs.

Mon enfance a été bercée par le personnage de Fifi Brindacier et je n’ai jamais lu le livre !Je n’en connaissais que la série télévisée que j’avais adorée. Aujourd’hui, grâce à cette lectur,e j’ai retrouvé la magie qui opérait en moi.

Au pied d’un grand chêne

Dryade, de Nadja

Les dryades sont les nymphes des arbres. Un jour, alors qu’il s’était perdu, un jeune garçon trouve refuge sous un chêne qui va l’entourer de ses soins et de sa protection, comme il ne fait des dryades. La nuit, l’enfant sort et joue avec elles, et le jour, il observe les humains dans le parc… Mais bientôt, jouer avec les autres enfants lui manque. il devra faire le choix de quitter son refuge et retourner à la vraie vie… Des années plus tard, il se souviendra du grand chêne et viendra s’y recueillir…

Un livre poétique, entre mythologie et rêverie, symbolique du passage de l’enfance à l’âge de raison, illustré en noir et blanc comme le symbole du jour et de la nuit… Un texte très court, à lire dès 7-8 ans.

C’est trop injuste…

Voilà comment je suis devenu un héros, d’Anne-Laure Bondoux

Romain fait sa rentrée en CM1… Deux nouveaux sont présentés par la maîtresse : Magali, dont il tombe immédiatement amoureux, et Philibert qui lui déclare immédiatement la guerre… Amoureux, harcelé… Une rentrée qui s’annonce compliquée, d’autant que ses parents ont des problèmes d’argent avec leur commerce en difficulté, et que les activités extra-scolaires risquent bien d’être supprimées pour l’année… Alors, Romain voit un peu tout en gris. Un jour, en rentrant de l’école, particulièrement déprimé, il se confie à Gégé, un SDF qu’il croise tous les jours. Gégé a peut-être une solution… Mais sera-t-elle vraiment une bonne idée ?

Réédition d’un texte de 1999 qui n’a pas vieilli ! Il est ici question des premiers émois amoureux, du pouvoir qu’exercent certains enfants sur d’autres, de harcèlement, de la vie quotidienne familiale et de ses problèmes d’argent, de l’amitié, de la solidarité, des bêtises que l’on fait au nom d’une bonne cause mais qui sont quand même des bêtises (qu’il s’agisse des enfants ou des adultes !). Bref, un petit texte  d’une trentaine de petites pages  qui offre un condensé de vie pour les plus jeunes lecteurs dès 8 ans  !

 

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Mémoire mutilée

Le voile noir, de Anny Duperey

Il faut que je me vide déjà de l’émotion suscitée par cette histoire de vie ou devrais-je dire de mort. Je n’arrive pas à me détacher de ce livre, je l’ai fini mais il est encore en moi…

Anny Duperey est bouleversante, tellement digne, tellement sincère. Comment construire sa vie d’adolescente puis d’adulte quand la perte de ses parents arrive si jeune.

En 1955, les parents de l’auteur meurent de façon très tragique alors qu’elle n’a que 8 ans et sa sœur 6 mois. C’est elle qui va les trouver et cette image déchirante est la seule chose qui lui reste de cette petite enfance. Elle n’a aucun souvenir d’eux. La mort est révoltante mais là, elle est d’autant plus inacceptable qu’elle s’en sent coupable. Je tairai les conditions qui l’ont provoquée pour ne pas tout dévoiler. Ce moment précis de sa vie va la hanter pendant de nombreuses années. Anny Duperey a déposé un voile noir sur tout ce qui a précédé le drame. Il n’y a plus « d’avant »

… «J’ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d’avant, d’eux, que ces images en noir et blanc.»

Son père était un très grand photographe et l’auteur va essayer de reconstituer sa vie d’avant à partir de photos qu’elle détient enfouies dans un tiroir depuis 30 ans. Chaque photo va constituer alors une pièce d’un puzzle de vie difficile à constituer. Cette mort qu’elle leur reproche, qui va dévaster son avenir.

… «Curieusement, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d’avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l’excuse de la maladie, sans même l’avoir voulu, quasiment par inadvertance. C’est impardonnable.»

Au départ, l’idée de l’auteur est d’éditer un album des plus belles photos de son père, Lucien Legras mais très vite elle se rend compte que celles-ci représentent en fait sa mémoire. De là est né Le voile noir. Elle écrit ce livre presque 30 ans après la tragédie. Regarder ces clichés est un réel traumatisme mais essentiel pour connaître sa vie d’avant. Le texte ne va pas sans ces photos qui seront le fil conducteur du récit. Les photos sont décryptées à la loupe, les visages sont étudiés, les expressions analysées. Pourtant jeune quand ses parents ont disparu, Anny Duperey a toujours refoulé son chagrin, sa douleur, sa détresse, avec un sentiment de culpabilité effroyablement intense. En fait, curieusement, ce livre est fait pour aider l’auteur à exprimer un chagrin. C’est une sorte d’exutoire. Au début, on sent que l’auteur a encore cette carapace qui lui interdit la tristesse, les larmes mais, petit à petit, des portes s’ouvrent et son cœur saigne… Elle prend de la distance avec ses parents et d’ailleurs quand elle nous en parle, elle dit « Eux ».

Dans cette vision idéale, il était hors de question d’écrire avec un paquet de Kleenex sur la table. C’est raté.

Elle reviendra souvent sur le matin où ses parents sont partis car de là commence tout le refoulement d’Anny Duperey. Elle les a perdus deux fois, physiquement et mentalement. On la sent prise entre la culpabilité de n’être pas morte avec eux et la colère d’avoir été abandonnée. Elle les a « oubliés ». Ecrire sur sa vie est difficile quand tout est enfoui, effacé…Ces clichés vont aussi rassurer l’auteur qui voyait ses parents comme deux étrangers. Elle va comparer des portraits de sa mère avec le sien et elle sera touchée par la similitude de leur regard. Elle est émue.

Elle avoue que longtemps elle a caché ses yeux, elle a longtemps refusé cette ressemblance, elle l’a réfutée. Elle modifiait son regard à grands coups de maquillage.Elle refoulait tout ce qui pouvait la rapprocher de ses parents, de sa mère.

« J’ai toujours détesté mes yeux-mes VRAIS yeux- et ce regard que mon père avait fixé sur ce portrait…..Or depuis peu j’accepte de vivre avec et de montrer mes yeux nus tels qu’ils sont.Tes yeux, ma mère, et le regard que tu m’as légué. »

Elle adressera d’ailleurs une lettre très touchante de pardon à sa maman.

Anny Duperey souffre aussi d’avoir été séparée de sa petite sœur, encore nourrisson à l’époque des faits. Elle qui prenait plaisir à s’occuper d’elle, à jouer à la mère poule. Les familles respectives des défunts se sont« partagées »les filles. Chacune a donc grandit sans l’autre.

« Votre mort m’a rendue à jamais enceinte de vous. Vous m’habitez. Je vous aime. »

Cette phrase m’a bouleversée, on sent l’auteur réconciliée, proche comme jamais de ses parents qu’elle a retrouvés dans la mort. Quelle image forte et déchirante à la fois. C’est l’aboutissement de tant d’années de souffrance. Serait-ce faire son deuil enfin ? Pour Anny Duperey faire son deuil c’est laisser ses parents partir en paix. C’est s’éloigner de cette fillette de 8 ans ! C’est grandir. Elle vient de les retrouver, elle vient de se réconcilier avec un passé qui s’est arrêté à ses 8 ans. Une partie d’elle refuse de se retrouver seule à nouveau… Elle veut garder ses parents en elle, prisonniers de son cœur, de son corps.

« Il faudrait à présent – et cette seule pensée m’arrache le coeur – qu’ils deviennent de « vrais morts qu’on n’APPELLE plus ». Ils m’ont quittée, il faudrait maintenant que je les laisse partir de moi, décider que cette manière de vivre avec deux morts en filigrane entre moi et toute chose a fait son temps.
Il faudrait arrêter de se battre, faire la paix. Grandir. »

Preuve qu’elle a évolué, elle leur dit « je vous aime » à la fin de son ouvrage alors qu ‘au début elle ne veut même pas leur dédier ce livre..

Cet écrit autorise maintenant l’actrice à se souvenir, à lâcher sa tristesse et peut-être aussi à cicatriser ses plaies. Elle revendique aussi le droit à la souffrance pour les enfants, le droit aux larmes dont elle s’est si longtemps privée.

Anny Duperey est vraie, je me suis laissée emporter par son écriture si puissante, si forte. Elle aborde la réalité de la mort, de ce qu’on peut ressentir quand elle nous approche. Les photos sont superbes, empreintes d’une grande nostalgie. Le voile noir a masqué ses souvenirs pour enterrer une souffrance.

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