Au secours, ma grand-mère est une sorcière !,de Céline Le Gallo

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Au secours, ma grand-mère est une sorcièreLes parents du jeune Antoine et de son frère décident de partir en amoureux pendant les vacances de Toussaint. Antoine est alors envoyé chez mamie Huguette, tandis que son frère fait une cure « sans écran » à la ferme de son oncle. Antoine s’ennuie chez sa grand-mère : les repas ne sont pas très bon, les journées ennuyeuses à compter les points des parties de cartes ou de scrabble  du groupe de retraités. Un soir, Antoine entend des grincements au grenier et va jeter un oeil. Quelle n’est pas sa surprise d’y trouver sa grand-mère habillée en sorcière, au milieu de bocaux aux contenus étranges, qui parle à son chat…

Un livre très facile d’accès, très court, amusant, aux quelques illustrations en noir et blanc rigolotes, avec une histoire sans temps mort à lire sans hésiter dès le CE2, mais encore apprécié en 5ème (c’est mon cas !)

Emma, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Le secret des enfants d’Aumelys, de Véronique Petit

Suite au décès de Léna, la soeur aînée de Sarah, la famille quitte Lyon pour s’installer dans une maison héritée d’un lointain cousin et située dans petit hameau perdu, Aumelys. Aumelys, un lieu étrange où rien ne semble avoir bougé depuis des décennies. Le collège de Sarah se trouve dans la commune d’à côté, à environ 5 km… Pourtant, dès son arrivée, elle ressent une tension : les élèves venant d’Aumelys semblent la toiser, alors que ceux des communes environnantes l’évitent. Seuls les jumeaux, Gabriel et Faustine, récemment arrivés à Aumelys acceptent de l’intégrer dans leur cercle… Une visite du cimetière va mal tourner et Sarah a bien l’impression de sombrer dans la folie… Quel mystère, quelle malédiction plane donc sur ce village ? Qu’essaient de cacher ses habitants ? Est-elle en danger ? En qui peut-elle avoir confiance ?

Un roman fantastique dont l’ambiance m’a vaguement renvoyé au film Les innocents de Jack Clayton, adapté du roman d’Henry James Le Tour d’écrou, peut-être pour la place des enfants dans une malédiction…

Le roman utilise parfaitement les ficelles classiques du genre avec, en plus, une incursion réussie dans un cimetière ! Une situation initiale banale, un cadre bien posé, qui glissent doucement vers le fantastique… ou bien serait-ce seulement la folie du personnage ? La limite entre la réalité, le fantastique, la folie est floue et intrigue le lecteur tout au long de ces 150 pages qui se lisent vite. Le texte court n’empêche pourtant pas à cette histoire d’être suffisamment bien ficelée et construite pour rester compréhensible au lecteur sans effrayer les moins assidus par un nombre de pages trop importants.  Des retours dans le temps avec des passages se situant en 1345 entrecoupent le récit « moderne » et apportent une touche encore plus énigmatique à ce récit.

Une bonne entrée en matière pour les adolescents qui souhaitent découvrir le genre.

 

 

 

Diabou Ndao, par Mamadou Diallo

Les gnioules sont des noix de palmiers dont raffole la petite Diabou Ndao : il faut casser la coque pour en récupérer la délicieuse petite amande à l’intérieur.  Rien ne  peut la perturber dans sa tâche, pas même le lion qui s’approche du village. Tout le monde la prévient et l’incite à rentrer se protéger à l’intérieur de sa case, mais Diabou Ndao ne l’entend pas de cette oreille… Bientôt, elle se retrouve nez à nez avec l’animal féroce et n’aura d’autre choix que de l’affronter… à sa manière !

Un conte traditionnel sénégalais très particulier et surprenant pour notre culture puisque le lion mange la petite fille qui ressort par les fesses du lion, qui mange le lion qui ressort par les fesses de la petite fille ! Cet album est servi par de très jolies illustrations en style papier découpé.

Lettre au président du monde, d’Eric Simard

« N’achetez plus le sang des enfants »

Lettre au président du mondeWondone, jeune sans-papier de 10 ans, est révolté par la condition des enfants à travers le monde. Sa propre vie est un exemple des exactions commises : pour quitter son pays très pauvre et suivre son oncle et sa tante en France, il a failli mourir noyer. Et même s’il va à l’école, rien ne garantit un avenir serein puisque légalement lui et sa famille n’ont aucun droit à rester en France. Tout quitter, risquer sa vie, vivre hors la loi en espérant que ce sera néanmoins moins pire que ce qu’ils vivaient dans leur propre pays, voilà le sort des sans-papier. Mais, la misère et l’exploitation des enfants à travers le monde ne s’arrête pas là : enfants-soldats, travailleurs-esclaves vendus par des parents trop pauvres, enfants victimes des conflits des adultes, estropiés, tués pour avoir sautés sur une mine anti-personnelle, enfants mourant de faim faute d’accéder au minimum vital…

Ce texte fort et court se présente sous forme d’une lettre ouverte écrite au « président du monde » par Wondone lui-même, l’enfant sans-papier. Ecrit à la première personne, il est un véritable plaidoyer pour alerter le lecteur sur les injustices dont sont victimes les enfants à travers le monde, malgré les lois censées les protéger. La lettre ne s’adresse pas à un président d’une nation en particulier et c’est ce qui en fait sa force : il s’adresse à un président imaginaire qui dirigerait l’ensemble des peuples, et par là-même, à chacun des lecteurs en particulier qui sort de sa lecture en souhaitant qu’une chose : que chacun d’entre nous s’engage pour un monde plus juste. A travers un cas particulier, des données réelles sont apportées au lecteur et à la fin de l’ouvrage, un petit lexique et un récapitulatif de articles de la Convention internationale des droits de l’enfant complète le texte.

Ce texte cite Iqbal Masih, jeune pakistanais vendu comme esclave à 4 ans et qui dès 10 ans lutta contre l’esclavage moderne. Il a été assassiné à à peine 12 ans.

A lire dès le CM2.

Les murs bleus, de Cathy Ytak

Des âmes abîmées…

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Paris 1969. Antoine déambule dans les rues de la capitale, tenant par la main un petit brésilien de 5 ans, Loirinho. Antoine est un déserteur. Il y 7 ans, il a intégré les convois de réservistes, en partance pour l’Algérie. Condamné à mort pour avoir désobéi, il s’exile au Brésil où il a fait la rencontre d’une jeune femme, Jerusa, devenue sa compagne. Antoine a maintenant 38 ans et revient en France, son pays d’origine pour régler un divorce et parce que ce petit garçon presque aveugle, doit subir une greffe de cornée. Mais ce retour est amer. Il ne reconnaît plus son pays. Antoine est un écorché vif, poursuivi par les horreurs de la guerre, rattrapé par un passé sanglant. Il souhaiterait retrouver sa vie d’avant, sa vie d’instituteur. Il rend visite à son ami Louis, déserteur également, hanté par les mêmes images cinglantes, assassines. Antoine, considéré tel un traître, est un rescapé qui a été puni parce qu’il a refusé de tuer, de violer. Il a assisté à des scènes horribles qui ne cessent de le torturer. L’enfant est le fruit d’un viol et c’est Jerusa qui l’a accueilli car sa mère, une jeune adolescente de 14 ans l’a rejeté. Lui aussi est hanté par un cauchemar. Il voit des ânes partout. On apprendra un peu plus tard la signification de ce tourment …. Au Brésil, la pauvreté côtoie la violence. Antoine ne veut pas y retourner malgré une femme aimante qui l’attend. Il est F, il veut revenir chez lui, se construire une vie. Tout recommencer. Mais que va lui apporter une France qu’il ne reconnaît plus ?

Les murs bleus est l’histoire d’une renaissance portée par les liens très forts qui vont unir le petit garçon et Antoine. Sous la plume pleine d’émotion et de sensibilité de Cathy Ytak, on voit évoluer leur relation. C’est tout un symbole. Loirinho a un voile sur les yeux, le même qu’Antoine, lorsqu’il regarde autour de lui et qu’il ne trouve plus sa place dans le pays qui est le sien. Il a laissé au Brésil la femme qu’il aime, il a peur de la décevoir, de la faire souffrir car le passé l’emprisonne. Il faut qu’il fasse des choix qui seront pour beaucoup influencés par Loirinho.

Le récit à la fois dur et touchant aborde le sujet de la guerre d’Algérie et de ce qu’elle laisse comme traces dans la mémoire. Des hommes meurtris, incompris, des femmes qui ont souffert, qui ont été brutalisées, violées, des reconstructions difficiles, voire impossibles. Ils sont seuls face à leurs démons, avec dans la tête et sur le cœur, des plaies béantes qui jamais ne se refermeront. L’amour est également très présent dans cette histoire : l’amour d’un pays, d’un enfant, d’une femme. Et c’est par amour qu’Antoine fera ses choix.

Histoires illustrées – Huckleberry Finn et autres récits- collectif d’auteurs et d’illustrateurs

Il était une fois….

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Ce beau livre à la couverture épaisse, orné d’un petit ruban jaune faisant office de marque page m’a immédiatement séduite. Un petit format très pratique et agréable, un bleu qui attire l’oeil, une couverture qui nous invite à aller plus loin. Chaque illustration est un pur bonheur. Le graphisme et les couleurs sont issues de techniques différentes, ce qui donne une ambiance propre à chaque récit. C’est un régal pour les yeux. On a la sensation ainsi de voir défiler l’histoire, s’animer les personnages. Nous voilà donc prêts à explorer chaque univers. Un étonnant retour dans le passé, pour nous les adultes. Des récits qui n’ont pas pris une ride, que nous avons toujours le même plaisir à parcourir. Les auteurs ont donné un souffle nouveau, une seconde vie à des récits classiques qu’ils ont adaptés pour les rendre accessibles au plus grand nombre et dont l’original a été scrupuleusement respecté. Notre jeune public aura plaisir à suivre ces aventures qui vont l’entraîner dans des lieux mystérieux et fascinants à la découverte de cinq grands textes de la littérature mondiale du XIXème siècle. Au programme de cet ouvrage qui mélange les genres  : Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, L’Étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde de R.L. Stevenson, Les Mines du roi Salomon de Henry Rider Haggard, Croc-Blanc de Jack London, Le Fantôme de l’opéra de Gaston Leroux et Enlevé ! ou les aventures de David Balfour, de R.L. Stevenson.

On a volé les poules de Clémentine !, une enquête de Mado et Lili, d’Elise Fontenaille

51b2y7uplqlMado et Lili sont amies depuis toujours et habitent en face l’une de l’autre. Elles ont l’habitude de rendre visite à leur vieille voisine, Clémentine… Mais ce jour-là, lorsqu’elles arrivent dans son petit jardinet, elles découvrent leur mamie de coeur en larmes… Ses deux poulettes, Boulette et Maigrelette ont disparues de leur cage ? qui a bien pu les voler ? Mado et Lili décident de mener leur enquête qui les conduira aux quatre coins du quartier, à la rencontre de tout un tas de personnes plus sympathiques les unes que les autres… Alors, qui peut bien être le coupable ?  On suit les plume,s on cherche des preuves, on photographie les indices avec son iPhone…

Un petit monde plein de vie rempli d’amitié, de solidarité où l’on croise des animaux qui parlent, Luis le graveur mexicain, Gérard le vieux jardinier, Adama le danseur ou Momo le graffeur. Une petite histoire sympathique aux bons sentiments, sans temps mort, qui plaira aux plus jeunes, malgré quelques références qu’ils ne pourront pas comprendre (comme Fidel Castro et son cigare ou Nina Simone).

A lire dès 7 ans.