Signe particulier : Transparente, de Nathalie Stragier

Esther est une jeune lycéenne très discrète. Tellement discrète qu’elle en devient même transparente aux yeux de tous… Pas au sens figuré, non ! Au sens propre ! Bien sûr, cela peut être amusant et excitant par moment, mais n’est-ce pas aussi dangereux ! Sortira-t-elle de cette invisibilité ou au contraire en profitera-t-elle ? Ce roman nous plonge dans l’univers de l’adolescence où on a tous chercher un jour à exister aux yeux des autres.

Ce roman pour adolescent écrit par l’auteur de la très appréciée trilogie La fille du Futur utilise des thématiques  chères  à l’adolescence (le regard des autres, la popularité, le mal-être, l’exclusion) et le détourne en un roman de genre fantastique. Un livre qui se lit très vite et dans lequel on ne s’ennuie pas. L’idée de départ est excellente mais elle aurait peut-être mérité un traitement plus profond.

Esprit scientifique, esprit critique, un projet pédagogique pour la classe

Tome 2, cycle 4 et 2nde, de Mathieu Farine, Elena Pasquinelli et Gabrielle Zimmermann, tous trois membres de la fondation La main à la pâte, aux éditions Le Pommier.

Un ouvrage pédagogique de référence qui met en avant la démarche de projet et la transversalité, complétant le premier tome destiné à l’école primaire.

Après une introduction très riche expliquant en quoi l’esprit scientifique, avec sa rigueur et sa méthode, développe l’esprit critique, l’ouvrage se découpe en 5 « blocs » : observer / expliquer / évaluer / argumenter / inventer qui, chacun, permet à l’élève une progression.

En tout, 21 séquences réalisées par un enseignant de collège, une philosophe et une biologiste pour approcher au plus juste notre monde et le comprendre. Pour cela, rien de tel que de développer l’esprit critique du citoyen de demain confronté à une avalanche quotidienne  d’informations… Mieux comprendre notre monde en étant mieux armé pour analyser les données qui nous envahissent, savoir les trier, les juger, les confronter, les évaluer, les critiquer, pour ensuite être capable de se forger sa propre opinion argumentée, l’objectif est de grande ampleur mais tellement important à notre époque.

Cet ouvrage fait la part belle à l’interdisciplinarité : SVT mais également mathématiques, physique, technologie et parfois même français (science ou science-fiction ?) ou histoire-géographie. Des fiches-élèves, le déroulé possible de l’activité – souvent présentée sous forme d’enquête ou de jeu de rôle -, des fiches-matériel, et des pistes pour nourrir la discussion avec les élèves à l’issue de l’activité, car le but avéré de cet ouvrage est réellement de confronter les élèves et leurs opinions parfois contradictoires et les faire progresser dans l’analyse rationnelle des faits, grâce parfois à des instruments.

L’ouvrage est complété d’une  bibliographie avec un site web proposant de nombreuses ressources complémentaires : www.fondation‐lamap.org/esprit‐scientifique

 

 

Libérez l’ours en vous, de Carole Trébor

Kolia, lycéen entrant en classe de 1ère L, a quitté sa Russie natale huit ans auparavant avec sa petite soeur, son père et sa belle-mère qui a imposé ce choix de vie à toute la famille. Sa mère était décédée dans un accident… Et il y a laissé là-bas un être qui lui était très cher : sa grand-mère, décédée d’un cancer voilà 4 ans… Maintenant, il vit en Ardèche. Tous ces événements de sa vie l’ont particulièrement marqué et l’ont rendu sensible et à fleur de peau.. Ses relations avec son père et sa belle-mère sont très conflictuelles et la seule chose qui lui permet de garder pied  est le club de théâtre du lycée dont il fait partie depuis longtemps avec ses amis Lisa, Cyril, Olivier, Natacha et les autres et qui est tenu par Patricia Valente, une professeur de français passionnée. Pourtant, en cette veille de rentrée, leur petit monde va s’écrouler : le groupe d’adolescents vient de recevoir un mail de leur professeur adorée : une grave maladie l’empêche de reprendre les cours à la rentrée. Elle en a au moins pour 6 mois de traitement mais ne veut pas les abandonner car ils avaient prévu de faire participer leur troupe au concours lycéen. Alors, elle a demandé au surveillant, Christophe, élève à l’école dramatique, de prendre le relais de club durant son absence et de monter Les Justes de Camus. Mais le projet va être bousculé. Le mari de Patricia leur propose de monter, en secret,  la pièce semi-autobiographique que Patricia a écrite : Merci l’ours… Il va falloir être prudent pour qu’elle ne se rende compte de rien, elle qui prend si souvent des nouvelles d’eux et de leur avancée dans la mise en scène de la pièce prévue.

Un roman sur des adolescents menant leur passion envers et contre tout, mais aussi un roman sur les relations familiales, souvent difficiles avec les parents mais privilégiées avec les petites soeurs, un roman sur la transmission, l’amitié, l’amour, l’exil.  Pour les passionnés de théâtre.

Et un grand merci à Carole Trébor pour sa dédicace !

Paris est tout petit de Maïté Bernard

« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour. »

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     Inès, 17 ans, habite la banlieue parisienne. Elle vit seule avec sa mère et décide de l’aider en travaillant après le lycée comme femme de ménage dans une famille aisée, dans le centre de Paris. C’est ainsi qu’elle fait la rencontre de Gabin et de ses parents, les Brissac.

     Une histoire d’amour intense naît rapidement entre ces deux jeunes gens que tout oppose, et principalement leurs classes sociales. Aussi, bien qu’elle n’y pense pas beaucoup, Inès est musulmane et Gabin athée. Pourtant, les deux amoureux vivent tranquillement leur idylle, avec la belle capitale en toile de fond.

     Leur histoire aurait pû durer, ou encore s’arrêter rapidement, à cause de leurs différences ou d’autre chose, mais ce n’est pas eux qui décideront : les évènements le feront à leur place. Le 13 novembre 2015, le soir des attentats, Inès et Gabin sont en ville.

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     Une histoire très prenante et extrèmement émouvante qui va bien plus loin que le simple récit des attentats du 13 novembre : c’est en effet l’après, mais aussi l’avant, qui nous sont racontés. C’est le récit de notre vie, individuelle et collective, qui défile sous nos yeux.

     Surtout, ce roman nous pousse à réfléchir, et pas seulement à cette tragédie et ses conséquences, mais là encore plus largement à nos vies, nos choix, nos ambitions et nos désirs. A ce qu’on attend de nous. A ce qu’on est prêts à faire. A nos limites.

    Certaines actions ou réactions des personnages peuvent sembler dérangeantes, ou cliché, ou encore irrationnelles ; pourtant, à la réfléxion, ce roman est bien une réussite, car si ces personnages se distinguent des héros romanesques habituels – à la psychologie certes réfléchie mais aux actes parfois attendus, c’est ici pour se rapprocher des êtres humains réels. De nous, adolescents ou non, avec toutes nos ambiguïtés, nos contradictions et nos faiblesses.

     Ce roman nous parle bien d’humanité, et de nos réactions et réflexions face aux tragédies et aléas sur notre chemin.

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La lecture est plus adaptée à un public de lycéens. A lire en tous cas jusqu’au bout pour comprendre l’évolution et la profondeur du personnage d’Inès.

     Si tu veux tout savoir, je ne fais pas partie de ces gens qui pensent que prendre un verre en terrasse est un acte de résistance. Ca l’était peut-être les deux semaines qui ont suivi les attentats, mais aujourd’hui, les terrasses et les salles de spectacle sont pleines parce que nous sommes français et que c’est comme ça que nous vivons. Quand les Allemands ont envahi Paris, il y a d’abord eu un choc, et puis peu à peu les terrasses se sont remplies. Ce n’était pas parce que nous étions courageux, c’était parce qu’on vit comme ça depuis la Révolution Française. On va dans les cafés, on y lit notre journal en buvant un verre, on y passe des coups de fil, on y donne rendez-vous, c’est nous, rien de plus. Alors tu peux t’admirer parce que tu as mis une lycéenne dans ton lit, mais ne me fait pas croire que tu fais de la résistance.

L’aigle noir, de Hervé Mestron

Clap de fin !

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Une passion commune, la musique. Elle, c’est Billie, élève dans un lycée normand, douée pour le chant. Lui, c’est Nicolas Hartman, le nouveau professeur de musique. L’adolescente a tout pour être heureuse, un environnement familial aimant, des amis. Mais Billie est secrète, vit repliée sur elle-même. Hartman vient de Paris. Son passé est douloureux. C’est un homme meurtri qui essaie de fuir ses démons. Alors qu’il entre dans sa classe, il demande à ses élèves si quelqu’un sait chanter. Billie entame aussitôt un extrait de l’aigle noir de Barbara. La voilà transformée, elle se libère. Le charme opère immédiatement, Hartman est bouleversé par la voix de Billie. Il est persuadé qu’elle ira loin et veut l’encourager à persévérer dans le chant.  Deux êtres écorchés unis par une même sensibilité musicale. Lui qui veut fuir un passé cruel, elle, rongée par un secret douloureux. Mais voilà, le professeur qui semble proche de son élève, va être dépassé par la rumeur, va se retrouver malgré lui, dans une situation des plus critiques voire dramatique. L’entourage professionnel va faire bloc contre lui, va l’isoler. Une violence gratuite va s’abattre sur le professeur, le rendant impuissant face aux attaques.

L’aigle noir, un beau roman qui touche par le choix des thèmes. En effet, le lecteur est vite confronté à des sujets délicats tels que les relations professeurs/élèves, l’effet dévastateur d’une rumeur, le suicide, le deuil, les premières expériences sexuelles, l’importance de communiquer, de se confier. Hervé Mestron nous présente les deux personnages en parallèle et peu à peu l’histoire prend forme autour de leur détresse commune. Mais les événements vont s’enchaîner très vite, trop vite ! C’est la spirale infernale, Billie et Hartman ne maîtrisent rien, tout va se dérouler à un rythme étourdissant. Ce seront les malheureuses victimes de personnes engluées dans le jugement. Mais fondé sur quoi au juste ? Sur une impression, sur des bruits qui ne courent même plus, …  à ce niveau là, ils galopent ! Le lecteur serre la mâchoire pour ne pas hurler à l’injustice. Combien de personnes ont été ainsi détruites par une rumeur qui n’en finit pas, par un comportement mal interprété ? La rumeur a encore un bel avenir, jamais elle ne se taira. Elle prend tout. Elle déforme, elle assassine, elle se propage pire qu’un virus. Alors approchez-vous et écoutez ce conseil : « ne jugez pas sans savoir, restez prudents dans vos interprétations sur des faits ou des gestes. Alors suivez votre bon sens, ne nourrissez pas les esprits mal intentionnés . »

Boulard en mode surdoué -tome 4- de Mauricet, Erroc

Boulard le rebelle flegmatique

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Thierry Boulard est un ado mais aussi le plus mauvais des lycéens. Il n’arrive pas à avoir son bac donc refait sans cesse une année. Une catastrophe ambulante, avec une dégaine atypique : casquette rouge à l’envers vissée sur le crane, mèche blonde rebelle. Mais ce qui étonne tout le monde c’est qu’il a été diagnostiqué surdoué par la psychologue scolaire! Surdoué de quoi, on se le demande ! Mais difficile d’assumer ce nouveau statut de génie, lui qui est la honte  de ses parents, qui ne supporte pas son petit frère. Boulard est au bord du gouffre mais il tient grâce à l’amour qu’il porte à Chloé, sa petite amie qui a quitté le lycée pour la fac.

Boulard en mode surdoué est une succession de petites scénettes « gentillettes ». Les illustrations colorées et déjantées donnent du rythme aux histoires. Une couverture amusante. Je ne connais pas les tomes précédents mais ce tome 4 me laisse quelque peu sur ma faim. Les gags sont bien construits mais m’ont fait juste sourire. Je n’ai pas accroché. On suit Boulard en dehors de son lycée ça rappelle un peu la série Soda avec Kev Adams qui incarne cet ado fâché avec les études. Mais je n’enlèverai pas le plaisir de retrouver cette bande dessinée aux fans de Boulard.

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Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, d’Yves Grevet

Lire entre les lignes

Résultat de recherche d'images pour "seuls dans la ville entre 9h et 10h30 syros"Mme Darlène, professeur de français a une riche idée.  Elle propose à sa classe de terminale une expérience littéraire : « Postez-vous seul(e) à un endroit du centre-ville entre 9 heures et 10h30, et écrivez ce que vous voyez ou ce que cela vous inspire. La forme est libre : description, fiction, poésie… ». Les vingt-quatre élèves de la classe se prêtent au jeu et tous rendent un texte à leur professeur écrit durant ce temps de « Création-récréation ». Depuis, ils ont appris que le notaire de la ville, Maître Marideau a été assassiné ce matin du 23 mars où ils étaient répartis dans le centre-ville pour rédiger leur chef-d’œuvre. Le corps de celui-ci a été retrouvé à l’arrière d’une Mercedes bleue. Deux semaines après, Erwan est préoccupé par cette affaire et souhaiterai pouvoir aider la police à résoudre l’enquête. Les copies des élèves révèlent peut-être des éléments étant susceptibles d’élucider la situation. Mais Madame Darlène refuse de l’entendre et conseille plutôt à Erwan de se concentrer sur l’examen du baccalauréat qui approche à grand pas. Néanmoins Erwan ne compte pas en rester là. Avec Cassandre, ils décident d’entremêler leurs révisions avec l’étude des éléments qui pourraient aider la police à résoudre cette enquête criminelle.

Yves Grevet maîtrise l’art de laisser planer le mystère dès les premières lignes jusqu’au dernier signe de ponctuation du livre.  Pour écrire ce roman à énigme, il invente vingt-quatre copies d’élèves où potentiellement se trouvent des informations pour clarifier l’enquête. Erwan et Cassandre décortiquent ces copies en espérant élucider le meurtre du notaire. L’auteur livre des textes différents tant sur la forme que sur le fond, de la science-fiction à la poésie en passant par des textes plus techniques. Le lecteur s’amuse de surcroît à lire les commentaires de l’enseignante qu’elle inscrit sur chaque copie.

Par cette initiative astucieuse, il suscite un vif intérêt chez le lecteur, curieux de découvrir au fil des pages les textes rédigés par Erwan, Cassandre, Clémence, Apolline, Milan, Philémon, Salomé, etc. Et montre par ce biais que l’écriture est un terrain où l’imagination peut se laisser déborder à l’infini.

Les écrits laissent transparaitre par ailleurs la personnalité de chaque adolescent de cette classe de terminale littéraire. En quelques lignes, Yves Grevet crée des personnages divers et dresse le portrait d’une classe de lycéens ordinaires. Il expose les agréables années au lycée, les relations nouées à un âge où les amis et les premiers amours deviennent sérieux et capitaux.

Seuls dans la ville entre 9 heures et 10h30 évoque aussi les différentes classes sociales auxquelles appartiennent les personnages à travers la relation entre Cassandre et Erwan. Cassandre, issue de classe très aisée voit son père rejeter Erwan car appartenant à un milieu modeste où son père enchaîne les CDD et l’intérim. Néanmoins, Cassandre ne perçoit aucun problème à fréquenter Erwan et refuse de se plier aux ordres de son père. Yves Grevet parle aussi d’un âge où les jeunes commencent à s’émanciper et se construire.

Rarement déçue par Yves Grevet, Seuls dans la ville entre 9 heures et 10h30 est une réussite. Un roman à énigme ultra original où l’histoire mêle le goût pour les lettres et pour les enquêtes. Nous retrouvons dans cet ouvrage les thèmes phares de l’auteur comme les liens familiaux et l’apprentissage de l’autonomie et de la liberté. Suspens, rebondissements et inattendus, l’auteur joue avec les mots pour tenir le lecteur et éveiller sa curiosité. Il partage et transmet de surcroit par cette expérience littéraire son amour pour l’écriture. Un roman que je recommande infiniment aux jeunes et moins jeunes lecteurs mordus de lecture et d’enquête !

L’expérience littéraire proposée par Madame Darlène « Création-récréation » m’a personnellement convaincue, et si on tentait avec nos dévoreurs de livres ? En espérant qu’un meurtre ne se produise pas ce jour-là…