Sauveur et fils, saison 5, de Marie-Aude Murail

Sauveur est psychologue-clinicien. Un nom prédestiné car Sauveur Saint-Yves est là pour ses patients : Louane qui a jeté son animal de soutien émotionnel dans la cuvette des toilettes d’un aéroport, Ella qui est devenue Elliot, Samuel toujours amoureux de Margaux, Margaux en conflit avec son père et avec elle-même, Blandine, la soeur de Margaux qui mange trop de sucre ou encore Frédérique qui pense avoir découvert que son père est Donald Trump, Mme Tapin, Lionel et sa petite fille de six ans Maëlys, Mme Kuypens. Des personnalités très différentes qui ont toutes des problèmes qu’elles cherchent à régler. Et Sauveur trouve toujours le mot juste, même lorsque l’on vient chez lui, envoyé par un vendeur de Jardiland qui croit qu’il pratique la thérapie par les animaux.

Et puis, le soir, Sauveur Saint-Yves passe la porte qui sépare son cabinet de consultations et son domicile. Et là, il retrouve une ruche grouillante : son fils et les enfants de sa nouvelle compagne, Louise, qui attend un enfant de lui, Jovo, le vieillard polonais SDF recueilli malgré son lourd passé judiciaire, Gabin et ses cochons d’Inde, le chat de Mme Tapin. Mais Sauveur a des doutes. S’il sait parler à ses patients, est-il aussi compétent avec les personnes qui vivent sous son toit ?

Ma chroniqueuse attitrée à cette série étant confinée, je me lance donc dans la lecture de cette série. Même sans avoir lu les saisons précédentes, j’ai plongé tête baissée dans les aventures de Sauveur et de sa famille recomposée et élargie, de ses patients tous plus attachants les uns que les autres. Et ce fut sans regret… J’avoue que depuis la réception du premier opus, la lecture de ces livres me faisait envie. Alors, bien sûr, quelques détails des histoires de chacun manque pour savourer tout le sel, mais le principal est là et bien là. Une galerie de personnages attachants, farfelus, plein de failles et qui sonnent justes malgré quelques portraits un peu stéréotypés. Une galerie de personnages qui se croisent, se fuient, se rencontrent. Un humour fin et sensible à l’image de la couverture. Une porte de cabinet comme une porte d’entrée qui s’ouvrent pour aborder de nombreux thèmes de la vie.

Au secours, mon voisin est un vampire, de Céline Le Gallo

Au secours mon voisin est un vampire !

Clément n’aurait jamais dû tenter ce pari en rollers avec Nassim ! Ce dernier est bien plus fort que lui ! Tout ça pour épater Aurélie ! Et voilà que ça finit en fauteuil roulant, cloîtré chez soi pendant des semaines, la jambe plâtrée de haut en bas et le bras en écharpe… Comment va-t-il réussir à ne pas mourir d’ennui, entre ce livre indigeste imposé par la prof de français, et des programmes télé insipides…

En espionnant le nouveau voisin peut-être ? Car qui peut bien choisir d’emménager dans une vieille bicoque aussi lugubre ? Qui peut bien se faire livre un cercueil à la tombée de la nuit… Et ce teint blafard, et cette grande cape noire ?… A n’en pas douter, il s’agit d’un vampire. Il faut tout de suite que Clément avertisse ses deux amis, Nassim et Aurélie, et qu’ensemble, ils enquêtent !

Un petit roman mené tambour battant, court et bien construit avec un dénouement final assez inattendu ! Que demander de plus pour nos jeunes lecteurs ? En plus d’un petit suspense fantastique lié au thème du vampire, il y est question d’amour et d’amitié. Un petit cocktail distrayant.

A corps parfait, de Vinciane Moeschler

Audrey, lycéenne de quinze ans, vient d’arriver dans un nouveau lycée où se trouve déjà sa meilleure amie, Manon. Excellente élève, solitaire, fille d’une journaliste-reporter renommée, elle est souvent livrée à elle-même, entre des parents toujours absents, une grand-mère qui vient les garder, elle et son jeune frère, un grand-père par alliance interdit de visite. Quels lourds secrets cache cette famille bourgeoise qui, d’un point de vue extérieur, semble pourtant si parfaite ? C’est ce que voudrait bien comprendre Anton, camarade de classe de 16 ans et demi, qui, dès le premier regard, est tombé fou amoureux d’Audrey. Et pourtant, tout semble les séparer, scolairement, culturellement et socialement : ses redoublements, ses parents tout deux d’origine étrangère et de milieu populaire, sa vie dans une cité. Mais des liens vont se tisser, petit à petit, grâce à l’amour, la persévérance et la sensibilité d’Anton.

Les choses se mettent en place petit à petit pour le lecteur. De la vision de son corps par Audrey « Dans le miroir, je me trouve moche. Moche, grosse, boudinée. Mal aimée » – au regard d’Anton, qui est amoureux d’elle, quelques pages seulement après : « Je dois reconnaître qu’elle est juste un peu maigre, mais les filles maigres ne me dérangent pas ». On comprend à demi-mots. Un mot se pose doucement sur les actes décrits : anorexie. Le diagnostic survient, délicatement. Les points de vue des deux protagonistes vont alterner tout au long de ce roman, témoignage d’un lent cheminement entre le début caché de la maladie, la non prise en compte des signaux d’alerte par l’entourage, le diagnostic, les soins et l’espoir d’une guérison. L’écriture sera une échapatoire au mal-être qui ronge l’adolescente.

Je n’ai jamais caché à personne que ma matière préférée, c’est le français. Enfin, écrire surtout. Ecrire, c’est avoir envie d’une autre vie. Les lettres sont mes alliées, l’imagination au pouvoir est mon slogan. Je joue entre les lignes, je manipule le sens des phrases, je caresse chaque mot avec délicatesse, je murmure en comptant les syllabes : cinq-sept-cinq. Dix-sept au total.

Un roman qui sonne si juste qu’il m’a amené à faire des recherches sur l’autrice afin de savoir s’il ne s’agirait pas d’auto-fiction… mais non, apparemment. Une écriture pleine de tact, sensible. Une jolie ode à l’écriture, à l’amitié, à la parole déliée.

Je crois qu’elle [maman] est au courant que ma grand-mère a tendance à nous bourrer l’estomac avec ses plats en sauce, lourds et gras. Ma manière de contrôler notre alimentation, à moi et à mon frère, c’est de l’aider à cuisiner. J’ai donc mon mot à dire dans le choix des aliments. Ma mère est soulagée. Ses enfants resteront minces, secs et sportifs.

Alors que je l’enlace – « tu vas nous manquer, ma petite maman »- elle tourne les talons. C’est comme si elle n’était déjà plus là.

Tom et le secret du haunted castle, de Stéphanie Benson

Tom n’a pas été difficile à convaincre par son père de passer Noël avec lui n Ecosse dans un château dit hanté. Ils ont réservé deux chambres pour six nuits au château d’Airth reconverti en hôtel pour les amateurs de fantômes. Dès le premier soir, ils sont conviés dans la bibliothèque pour écouter Robert Mc Kenzie, le jardinier en chef, raconter l’histoire de la gouvernante fantôme du château… Ce soir-là, malgré la fatigue, Tom a bien du mal à trouver le sommeil. Bientôt, il entend des bruits étranges, comme des grattements, provenant du mur mitoyen à sa chambre… celui qui donne sur la bibliothèque… Prenant son courage à deux mains, Tom sort de sa chambre et … tombe nez à nez avec Akira, la jeune fille du jardinier, à la recherche de son frère disparu cinq jours auparavant en lui laissant des indices.

Un roman qui démarre comme une histoire de fantôme et qui va bientôt prendre une tournure de thriller. Une courte histoire qui tient en haleine jusqu’au bout et qui en profite pour délivrer un message écologiste.

Et comme le conseille le père de Tom à son fils pour progresser en anglais : « Le secret, c’est de ne pas essayer de tout comprendre. […] C’est comme quand on est petit. On ne comprend pas tout ce que disent les adultes mais, à force d’entendre des mots, on devine leur signification. »

La Sans-visage, de Louise Mey

Clara, narratrice de l’histoire, s’est inscrite à une colonie de vacances avec sa meilleure amie Aïssa. Depuis qu’Aïssa a déménagé, elles ne se voient plus beaucoup, et cette colo est un moyen de se retrouver… Même si Clara aurait nettement préféré que ce temps offert avec Aïssa se passe tranquille chez sa grand-mère. Car le principe de la colo n’est pas vraiment à son goût : deux jours de sport, un jour de repos. Et il y a forcément le clan des casse-cous (Aïssa, mais aussi toute une bande d' »abrutis ») et le clan des nuls (dont Clara fait partie). Clara se rend compte qu’Aïssa lui échappe, que son amitié exclusive n’est pas réciproque. Qu’Aïssa, adolescente positive et bienveillante, ne rentrera dans le jeu de personne et prendra la défense de ceux qui sont jugés trop vite. Car on retrouve dans cette colo tous les types d’adolescents : le clan des filles populaires dirigé par Lila à qui tout semble permis, le clan des garçons qui se la jouent un peu trop, les filles sans histoires… et Eleonore. Eléonore, qui, sans véritable raison, peut-être juste parce qu’elle est en surpoids, va devenir le souffre-douleur d’une partie du groupe. Tout va partir d’un surnom trouvé par des gars dans le train : Babar. Et puis, les choses vont s’installer petit à petit. Du surnom, on passe à quelques moqueries, puis aux insultes, puis aux coups en douce. C’est l’escalade… Eléonore va tout faire pour devenir transparente, sans visage, inexistante… mais rien n’y fait. Qui a commencé ? Qui va continuer et jusqu’où ? Quel rôle jouent les témoins silencieux ? Quelle place les deux animateurs ont-ils dans cette affaire…eux, tellement occupés à essayer de s’entendre et à gérer tant bien que mal le quotidien ? Et puis, un jour, Eléonore disparaît, réellement. L’arrivée des gendarmes au sein de la colo va révéler l’inacceptable et pointer du doigt toutes les défaillances d’un système pas si bien rôdé, toutes les violences perpétrées, … jusqu’au dénouement final qui saura surprendre le lecteur et amener un autre point de vue sur cette histoire somme toute pas si banale que ça.

Un récit sur le harcèlement qui tourne au thriller.

L’une des forces de ce récit est le point de vue adopté. Ni celui des bourreaux, ni celui de la victime, ni celui des amis ou des parents. Mais celui de Clara, une observatrice silencieuse, qui, par facilité, par lâcheté, ou par peur de devenir elle-même victime ou bourreau, laisse faire et parfois même rajoute sa petite touche.

Rien n’était normal et tout était normal. Tout ce qui était anormal avait commencé depuis le début, alors maintenant, c’était normal. Je ne sais pas comment l’expliquer. Que dès le début Lila et sa bande détestaient Eléonore, ce n’était pas normal. Elle ne leur avait rien fait, cette fille. Mais ça durait depuis dix jours, alors maintenant, plus personne n’y prêtait vraiment attention.

J’ai écouté plutôt que de parler, parce que ce que j’avais à dire ne me plaisait pas. Que cette fille [Eléonore] personne ne l’aimait de toute façon. Qu’on était presque mieux sans elle. Qu’elle me mettait mal à l’aise. Qu’elle voulait me voler Aïssa. Je n’ai rien dit de tout ça et j’ai cherché le mot qui décrivait mon ventre noué. Honte. J’avais honte.

L’autre force de ce récit est la richesse des personnages, principaux et secondaires. De l’adolescent à l’adulte encadrant, aucune personnalité n’est laissée au hasard. Chacun est montré avec ses failles et ses faiblesses mais aussi avec sa force et sa richesse, avec beaucoup de subtilité. Et on comprend à un moment ou l’autre du récit que dans la vie, la dichotomie n’existe pas, que tout n’est pas forcément ou tout noir ou tout blanc et que la frontière entre les deux est parfois plus ténue qu’on ne le croit. Qu’il peut y avoir une explication pour chacun des comportements, qui n’est en rien une excuse de quoi que ce soit mais qui permet de comprendre ce qui fait que l’être humain est un être humain.

Un coup de coeur pour moi.

Petite recommandation : La construction du récit, qui oscille entre le présent et le passé proche, peut peut-être déstabiliser les lecteurs les moins chevronnés. Il faut absolument lire l’en-tête de chaque chapitre (« la dernière nuit avant le jour où », « dix jours avant », etc…) pour bien comprendre le déroulé de l’histoire, sa chronologie.

Cherub, les origines – Henderson’s boys. 01 : L’évasion, de Robert Muchamore

 

Nous sommes en France, à l’été 1940. Les troupes d’Hitler sont sur Paris.  Pourtant, c’est dans la capitale que le jeune Marc, échappé de son orphelinat, décide de se rendre. Il ne sait pas encore que sa route va croiser celle de Charles Henderson, un espion britannique. Ensemble, ils vont tenter de sauver deux adolescents anglais traqués par les Nazis qui cherchent à récupérer des documents en leur possession.

Après le succès de sa série Cherub mettant en scène des espions adolescents en mission, Robert Muchamore a eu la bonne idée de créer une série parallèle qui pourtant reste différente et originale. Ici, nous assistons aux prémices de la création de cette unité secrète d’enfants au service des renseignements britanniques. Le contexte de la seconde guerre mondiale apporte une crédibilité plus forte à l’histoire. Ces romans se lisent vraiment très facilement car le style est simple, l’action omniprésente, la construction  du récit intéressante sans pour autant que l’atmosphère soit édulcorée !  Quelques passages sur les violences nazies, des personnages auxquels on s’attache qui meurent… rien n’est épargné au lecteur ! Adeptes de récit d’espionnage et d’aventure, n’hésitez pas une seconde à ouvrir ces romans qui se lisent vraiment très bien.

Pour raison d’Etat, ces agents n’existent pas.

Des librairies ouvertes !

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Dans ces temps chaotiques qui impliquent d’éveiller encore plus notre esprit critique au monde qui nous entoure, gardons comme essentiel l’accès à la culture !

Bon courage à tous pour cette nouvelle période qui s’annonce difficile, bonne rentrée à tous mes élèves et tous les collègues,

Prenez soin de vous,

Contes de fées oubliés de filles intrépides et incroyables

La Princesse audacieuse, le Prince endormi, Blanche-Rose et Rose-Rouge, Futée Molly, Kate Casse-noisette, la Princesse aux orties, la Princesse avisée, Fiona l’intrépide et le prince ensorcelé.

Huit contes mettant en scène des héroïnes pleines de courage, qui assument ce qu’elles sont au-delà des conventions sociales dues à leur rang… et qui ne se marieront pas forcément avec le prince à la fin ! Comme le souligne l’auteure dans sa préface, celles que vous allez rencontrer dans cet ouvrage sont dans l’action et ne passeront pas toute l’histoire à attendre en haut d’une tour ou à dormir !

Un ouvrage vivant, plein d’énergie, aux illustrations colorées, à lire dès le CM1.

Peter et le mystère du headless man, de Stéphanie Benson

Les parents de Pierre, adolescent de 14 ans, se disputent souvent en ce moment. Pour pouvoir faire le point sereinement sur la situation, ils décident d’envoyer leur fils chez des cousins qu’il ne connaît pas, revenus depuis peu d’Australie et installés en Angleterre. Très bien accueilli à sa descente d’avion, il découvre bientôt l’incroyable demeure que son oncle et sa tante viennent d’acheter. Isolée, immense, très ancienne, sorte de château du XVIe siècle avec une tour dans laquelle Pierre va avoir sa chambre … D’ailleurs, la maison est probablement même hantée. Car ce que Pierre va découvrir bientôt, c’est que des objets disparaissent mystérieusement depuis quelques temps… Et lorsqu’il aperçoit la nuit l’ombre d’un homme sans tête dans le jardin, sa curiosité et sa peur vont être éveillées…

Un roman pour apprendre l’anglais, de niveau A2 intermédiaire. L’histoire se lit très bien avec des personnages attachants et une ambiance un peu gothique mais il faut quand même avoir déjà de bonnes petites notions d’anglais pour arriver à suivre l’histoire.

Même les araignées ont une maman, d’Alain Gagnol

Depuis que son chat, d’habitude si ponctuel, a disparu, quelques jours auparavant, Thomas, lycéen de seize ans, veille, en espérant son retour… Car il est très inquiet : depuis des mois, des animaux se font massacrés les uns après les autres par un tueur sanguinaire et sordide qui échappe à la police. Mais à 4 heures du matin, c’est une silhouette assise dans son jardin qu’il repère … affublée d’un masque d’opéra chinois rouge et noir et vêtue d’un sweat à capuche rabattue sur la tête et de bottes en plastique. L’étonnement est à son comble lorsque Thomas reconnaît sa jeune voisine, la mystérieuse Emma, qui vit cloîtrée avec son père dans la ferme d’à côté. Lorsqu’elle repart, les questions affluent dans sa tête … Que vient-elle faire ici ? Est-ce elle, le tueur d’animaux ? Que doit-il faire ? Sa curiosité aiguisée, Thomas décide dès le lendemain de monter à nouveau la garde. Et Emma réapparaît, toujours à 4 heures du matin, toujours habillée de manière si étrange… Mais cette fois-ci, Emma a un malaise et semble en proie à une terrible douleur… Thomas doit très vite prendre une décision…

Un thriller haletant et original, à la limite du fantastique avec l’incroyable et incontrôlable don de télépathe d’Emma, qui prend une place centrale dans ce livre. Ce don va-t-il permettre aux adolescents de confondre le tueur d’animaux… ou ce don ne va-t-il pas plutôt les mettre en danger en amenant le tueur à eux ?

Un duo d’adolescents amoureux qui vivent leurs premiers émois tout en pourchassant un tueur ! Riche en émotions pour eux, comme pour le lecteur !