Une aventure des spectaculaires, 3. Les spectaculaires prennent l'eau, de Régis Hautière – ill. Arnaud Poitevin

Les Spectaculaires sont de retour ! Un immense merci aux éditions Rue de Sèvre pour cet envoi… car comme vous avez dû le comprendre lors de ma chronique du tome 2, je suis plutôt assez fan de cette série gentiment déjantée !

Cette fois-ci, notre déterminée Pétronille, notre loup-garou Félix, Eustache et sa combinaison d’homme le plus fort du monde, Evariste l’homme volant et notre professeur-inventeur de machines déréglées doivent faire face à un bandit redoutable qui signe ses forfaits d’une lettre M peinte en rouge… Maudit ? Morue ? Murène ? Mulet ? Non … Le Marsouin !!!

Nous sommes à Paris en janvier 1910. La crue de la Seine paralyse la capitale. Les banques et musées, privés des systèmes d’alarme sont à la merci des criminels, et en particulier de ce fameux M qui signe ses forfaits comme pour ridiculiser le préfet de police aux yeux de la population… Et notre pauvre préfet Lépine n’a plus assez d’agents pour assurer la sécurité de la ville, ceux-ci ayant été réquisitionnés pour secourir la population sinistrée. Ni une ni deux, et sur les conseils de Sarah Bernhardt, il fait appel au professeur Pipolet et à ses collaborateurs, les Spectaculaires.

Le professeur va pouvoir faire preuve de la plus grande inventivité dans les équipements aquatiques qu’il va fournir à ses équipiers comme SON Batmobile – contraction de bateau et automobile par exemple… Mais ses prototypes seront-ils suffisamment au point pour faire face à leur ennemi ?

Un album totalement dans la lignée des précédents. On retrouve avec un immense plaisir notre spectaculaire quatuor coaché par le vieux professeur Pipolet. C’est toujours bourré d’humour, toujours déjanté et original, toujours plein de rebondissements et sans ennui aucun ! Une série dont on peut également souligner la qualité de l’édition. Si vous ne la connaissez pas encore, je vous conseille vraiment de découvrir cette série !

J’ai aussi repensé le costume de Félix. La fourrure a été remplacée par des écailles et ses bottes sont maintenant une extension palmée qui se replie pour faciliter ses déplacements sur la terre ferme . – C’est pratique. – Je ne ressemble plus vraiment à un loup-garou. – Vous êtes un loup de mer ! -On dirait plutôt un gros canard.

Marcelin de Saint-Ouen : Le Marsouin ! / -J’ai compris ! Mérichon de Saint-Cloud, Mer-oud… Le Mérou ! / -Ah oui ! Et Murat de la Garenne, la Murène ! /- Ca y est, j’ai saisi ! Marleau de Saint-Germain, le Marlin ! / -A mon tour ! Mulatier du Vésinet, le Mulet. / -J’en ai une ! J’en ai une ! Macron de Puteaux, le Maquer…. / – Il s’appelle le MARSOUIN !

Une aventure des spectaculaires, 2. La divine amante, de Régis Hautière – ill. Arnaud Poitevin

Sarah Bernhardt, actrice de renom de la fin du 19ème-début 20ème siècle, surnommée « La Divine », échappe de peu à plusieurs « accidents ». Suite à la réception de lettres de menaces, le doute n’est plus permis : quelqu’un veut sa mort ! Refusant d’appeler la police, elle se confie à son ami le professeur Pipolet qui n’hésite pas à proposer notre bande d’intrépides Spectaculaires pour assurer sa sécurité et dénicher le coupable.

Ils décident de s’éloigner du tumulte parisien pour trouver refuge à Belle-Ile-en-Mer où notre Divine possède un manoir et un fortin. Le trajet en train ne se fera pas sans embûches et sur place, il faudra rester des plus prudents !

Bien entendu, notre professeur-inventeur Pipolet a imaginé bien des gadgets pour faire face au danger … censer protéger nos Spectaculaires…

On se régale vraiment de ce deuxième tome des aventures des Spectaculaires. C’est déjanté et bourré d’humour que ce soit dans les détails des illustrations ou les dialogues. Les inventions du professeur Pipolet rendent les scènes cocasses et notre bande totalement hétéroclite issue du monde du cirque (voir tome 1) n’a pas froid aux yeux et ose tout… dans la limite du raisonnable !

Une enquête policière menée tambour battant dans un univers original aux tendances steampunk début 20ème siècle. Le ton est joyeux, les dialogues enlevés. Bref un petit coup de coeur, comme vous l’aurez peut-être compris !

La steppe infinie, de Esther Hautzig

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Esther Rudomin a une dizaine d’années lorsque la guerre entre dans sa ville natale polonaise de Wilno. Issue d’une famille aristocratique privilégiée, Esther vit d’assez loin ces histoires d’adultes, protégée dans sa belle demeure  au milieu d’une famille aimante. Mais en 1941, des Russes, alors alliés d’Hitler, frappent à leur porte et leur demande de rassembler  quelques affaires avant de les suivre. Elle n’a ne sait pas encore ce qui l’attend mais elle n’aura d’autre choix que de suivre. Un  long trajet de six semaines commence,  dans des trains à bestiaux, qui  va l’emmener au coeur de la Sibérie inhospitalière.

Le roman s’ouvre sur le monde enchanté d’Esther qui s’écroule. La tragédie qui touche cette famille est palpable tout au long du récit malgré le courage dont ils font preuve face à cette épreuve marquée par les privations, la faim, la douleur, les conditions de vie déplorables, le froid. Cet exil dans une contrée aussi isolée et inhospitalière est l’occasion d’un témoignage intéressant et instructif sur une enfance hors du commun. Dans un style descriptif mais néanmoins touchant sans être larmoyant , il témoigne de la faculté d’adaptation de l’être humain. Esther subit un choc de culture, passant en quelques semaines d’une enfance riche et privilégiée à un quotidien d’extrême privation où la recherche de nourriture et l’adaptation à tout prix est le seul objectif sensé, et le savon un luxe. Sans verser dans le sentimentalisme, ce témoignage réaliste permet aux jeunes lecteurs d’aborder une  période historique au programme de 3ème en vivant l’Histoire en son coeur, avec des personnages émouvants, forts et courageux.

Wilno est aujourd’hui connu sous le nom de Vilnius, capitale de la Lituanie.

Calpurnia, de Daphné Collignon

D’après un roman de Jacqueline Kelly, publié à l’école des loisirs

Texas, 1899.

Calpurnia Virginia Tate, appelée plus simplement Callie V. est une jeune fille de 11 ans, qui vit dans une grande maison, entourée de ses 6 frères, de ses parents, de son grand-père et de domestiques. Son père s’occupe d’une exploitation de champs de coton dans laquelle travaillent des ouvriers noirs. Il est souvent absent et c’est la mère de Callie, sévère et très à cheval sur la bienséance, qui mène la maisonnée. Mais Calpurnia aime par-dessus tout observer la nature autour d’elle et prendre des notes dans son cahier. Proche de son grand-père, ancien naturaliste solitaire et bizarre, elle va développer son esprit scientifique et s’affranchir des contraintes de sa condition sociale et féminine. La voie scientifique est-elle le chemin qui la mènera vers la liberté et l’indépendance ?

-J’ai eu « acceptable » pour le maintien, mais « insuffisant » pour l’usage du mouchoir et du dé à coudre. Mère n’était pas contente du tout.

– Seigneur, c’est encore pire que ce que je pensais. Pas de sciences ? Pas de physique ?!! J’imagine qu’on vous enseigne aussi que la Terre est plate et qu’il y a des dragons qui dévorent les bateaux tombant par-dessus bord !! Calpurnia, ça ne va pas du tout.

Une bande dessinée aux vignettes et aux cartouches non matérialisés par des cadres et qui laisse la part belle à la narration, ce qui tendrait à la rapprocher parfois d’un album ou d’un roman graphique … ou de planches de naturalistes ! Une fois que le jeune lecteur accepte cette contrainte, ainsi que les couleurs sépia apportant une touche rétro au récit, il va se laisser emporter dans une histoire de vie des plus émouvantes. Une héroïne attachante et doucement rebelle qui ouvre sur le monde un regard rempli de curiosité et d’interrogations sous le trait de crayon doux et sensible de l’illustratrice Daphné Collignon.

Cette série en deux tomes – dont j’aimerais vraiment pouvoir lire et vous présenter le deuxième volet ! … message à l’éditeur 🙂 – est à découvrir sans hésiter. Nous en partageons avec joie l’enthousiasme communicatif pour le monde qui nous entoure.

La bobine d’Alfred, de Malika Ferdjoukh – ill. Nicolas Pitz

« J’avais rendez-vous avec un fantôme. C’était l’Ecosse après tout. »

Cinquante ans auparavant… Paris, 1964. 

Le père d’Harry est cuisinier dans un restaurant. Grand cinéphile, il reconnaît parmi les clients une vedette du cinéma muet : Lina Lamont. Cela lui vaut une altercation avec son patron et il perd son travail. Lina Lamont lui propose alors de devenir son chef cuisinier personnel à … Beverly Hills. Voici Harry et son père embarqués aux Etats-Unis dans un monde inconnu et fastueux où ils vont côtoyer tout le beau monde du milieu du cinéma. Un jour, le père d’Harry va être embauché confidentiellement sur un tournage secret… Notre curieux Harry va chercher à en savoir plus… Ce sera le début d’une étrange aventure. 

Le titre et la couverture permettront aux plus cinéphiles d’entre vous de comprendre qu’il y a du Alfred Hitchcock (grand réalisateur de cinéma, « maître du suspense ») là-dessous. Cette bande dessinée est une adaptation du roman du même nom de Malika Ferdjoukh, publié à l’Ecole des loisirs . On y croise des personnages fictifs qui côtoient de grands noms du cinéma hollywoodien ayant réellement existé : Fred Astaire amateur de champs de courses, Alfred Hitchcock bien sûr, ou Lina Lamont qui est le nom d’un rôle dans le film Chantons sous la pluie. De nombreuses références  à la cinématographie de Hitchcock peuvent également être découvertes tout au long de l’intrigue par les plus adeptes d’entre nous, prouvant bien que l’auteur connaît ses classiques (Mais qui a tué Harry, les Oiseaux, etc) ! L’intrigue part d’un fait réel (le souhait non réalisé de Hitchcock d’adapter une pièce de théâtre de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan) mais tourne gentiment au rocambolesque, faisant de cette bande dessinée une histoire hitchcockienne humoristique. 

Une bande dessinée entraînante et pleine d’énergie, qui mêle intelligemment action, mystère et amour sous le soleil de Californie. 

Je te plumerai la tête, de Claire Mazard

Lilou, adolescente sans histoires, vit avec son père depuis que sa mère est hospitalisée en phase terminale de cancer. Cela lui convient finalement pas si mal, elle qui voue une admiration sans borne à son Papa Lou, comme elle l’appelle, son papa chéri, son papa parfait et qui ne se sentait pas vraiment proche de cette mère un peu rabat-joie. D’ailleurs, son père ne l’incite pas du tout à rendre visite à sa mère à l’hôpital : elle a son bac de français à préparer, ce serait une perte de temps, et de quoi la démoraliser. Surtout que, selon lui, sa mère ne demande jamais de nouvelles de sa fille, ne la réclame jamais… Alors, à quoi bon, hein ? Lilou laisse ainsi passer plusieurs semaines. Pourtant, au lycée, ses amis s’interrogent, s’inquiètent : elle devrait tout de même aller voir sa mère à l’hôpital, dont l’état devient vraiment préoccupant… En cachette de son père, elle s’y rend, entre midi et deux, les jours de lycée. Elle découvre une mère aimante, attentionnée, qui ne pouvait l’appeler suite à une « erreur » dans le numéro de téléphone laissé par son père, et un père qui passe bien rarement rendre visite à sa femme et en profite pour lui piquer son dessert du plateau-repas d’hôpital… Et si finalement les choses n’étaient pas aussi évidentes qu’il n’y paraît ? Et si ce papa charismatique et charmeur n’était pas aussi gentil qu’il voudrait le faire croire. Et tous ces secrets  ? Cette tante qui aurait cherché à détruire leur famille, pourquoi est-elle finalement si présente ?

Autant de questions que Lilou va se poser et auxquelles elle va essayer de répondre maintenant qu’elle a grandi et que son jugement est plus acéré.

Un roman qui traite de la perversion narcissique. On entend de plus en plus parler de cette pathologie psychiatrique qui pourrait passer pour un effet de mode mais qui est une triste réalité. Lorsque l’on ne connaît pas ce profil, il est très difficile de s’en défendre tant les mécanismes mis en jeu semblent incroyables. Pourquoi quelqu’un que l’on aime, qui semble nous aimer, pourrait-il vouloir nous détruire, cela n’a pas de sens ! Et pourtant si, pour la personne atteinte de ce trouble, cela entre parfaitement dans son schéma relationnel. Il est impossible pour le pervers narcissique de se soigner et de guérir car il ne se considère pas comme malade. Ce sont les victimes, qui, détruites, finissent -lorsqu’il en est encore temps- par consulter psychiatres et psychologues et mettre des mots sur l’enfer qu’elles vivent au quotidien.

Un roman qui se lit comme un thriller et qui a le mérite de dévoiler au public une pathologie aux mécanismes extrêmement compliqués. D’autant que les bourreaux sont souvent des personnes charismatiques, avenantes, très attentionnées en public, réussissant à donner une image dégradée de la victime qui perd ainsi toute crédibilité aux yeux de son entourage. Dans ce roman, ce sont les amis et la tante qui vont soutenir Lilou, avec beaucoup de tact, en la laissant mûrir ses ressentis, sans la brusquer ni mettre des mots trop durs sur ce qu’elle vit, afin que ce soit elle qui prenne conscience, au fur et à mesure, des dérives comportementales de son père. Elle mènera son enquête pour découvrir des secrets de famille enfouis, des proches absents depuis toujours de sa vie. Pourquoi ? sera la question qui guidera sa réflexion. L’écriture sensible de Claire Mazard, auteur familier de thèmes traitant de faits de société, se met parfaitement au service de ses personnages, que ce soit le groupe d’amis adolescents de Lilou, intelligents et perspicaces, ou de sa mère qui mettra ses dernières forces à renouer avec sa fille et la sauver de l’emprise d’un père qu’elle sait capable de la détruire.

Faire connaître cette pathologie au plus grand nombre est le seul moyen de protéger les victimes. Cela peut se passer au sein d’un couple, d’une famille, mais également en amitié ou dans le milieu professionnel. Mais il faut néanmoins rester vigilant sur les conséquences d’une stigmatisation trop hâtive.

Graines de bandits, de Yvon Roy

Une bande dessinée en noir et blanc qui relate l’enfance de l’auteur au Canada. 

1974, le père d’Yvon est à la recherche d’un lopin de terre sauvage pour s’y installer avec sa famille. Le bonheur semble à portée de main, pour une vie en autarcie loin de la modernité. Pourtant, rien ne va se dérouler comme prévu, les rêves et l’insouciance vont tourner au drame  : la construction de la maison connaît de graves problèmes qui contraint la famille à aller vivre dans un minable bungalow, le papa se rapproche d’une communauté religieuse prônant l’éloignement des influences du monde. La mère, quant à elle, devient rapidement dépressive et se met à boire. La vie de famille idyllique tourne au cauchemar.  Yvon et son frère,  livrés à eux-mêmes, cherchent par tous les moyens à échapper à un climat familial qui se détériore chaque jour un peu plus.   » Cette maison empeste le malheur à plein nez mais mon frère et moi ne voyons qu’une chose… ». Les terres immenses et inexplorées qui les entourent vont devenir leur terrain de jeu et leur permettre de vivre une vie d’aventures, loin de la violence familiale.  

Tu vois ce territoire frérot ? 

C’est grand…

Notre mission sera de l’explorer et d’y amener la civilisation.

Un récit autobiographique sensible par l’auteur du remarqué « Les Petites victoires ». Il s’agit ici d’une petite tranche de vie adolescente où l’insouciance de la jeunesse tente comme elle peut d’échapper à la dure réalité du monde des adultes, sans jugement, sans parti pris. 

Mon père dit que le divorce mène en enfer… En attendant, l’enfer, c’est ici. 

 

On ne peut pas aimer quand on est malheureux