Le blog fait une pause…

A moins que certains de nos chroniqueurs ne tiennent pas compte de ce message, je signale à nos lecteurs et nos partenaires éditeurs que le blog Le Coin lecture d’Arsène fait une petite pause de trois semaines… Nous nous retrouvons donc dès le1er septembre pour de nouveaux partages de lectures… Très belle fin d’été à tous et bonnes lectures !!!

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L’art de ne pas être des moutons, de Christophe Léon

Yvon

Le père d’Yvon est agriculteur… ou plutôt « exploitant agricole » car le temps du boeuf et de la charrette est révolu. Place maintenant au chef d’entreprise qui gère ses produits phytosanitaires… Bien sûr, il se rend compte que ce sont des produits dangereux à manipuler avec précaution, puisqu’ils sont stockés dans un local indépendant, qui leur est réservé, mais cela ne l’empêchait pas d’emmener son fils, dès son plus jeune âge, dans un siège auto sécurisé, sur son tracteur, pulvériser ces produits dans ses champs. Mais lorsque son seul ouvrier, Jo, gars un peu simplet mais travailleur et obéissant, déclare un cancer, c’est le début d’une prise de conscience pour Yvon.

« Phytosanitaires… Un nom rassurant pour des poisons… »

 

P’tit Louis

Louis a treize ans et fait 1,40 m. Il vit seul avec son père depuis le décès de sa mère. Son père est contremaître dans une usine et travaille de nuit pour pouvoir s’occuper de son fils unique la journée. Durant ses moments de liberté, P’tit Louis est attiré par un groupe de zadistes, opposants à la construction d’un Centre de Loisirs au milieu d’une zone humide. Alors que son père n’a pas de mots assez méprisants pour parler d’eux, des activistes qui ne se soucient pas de l’intérêt économique du projet qui redonnera du travail à la région et amènera des touristes, P’tit Louis, lui, n’a qu’une envie, se glisser parmi eux et participer à leur action.

Deux générations, deux points de vue d’un événement qui n’est pas sans rappeler le combat contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Deux nouvelles-miroirs où le père d’Yvon vend l’un de ses terrains pour le projet de Centre de Loisirs Center Green. Deux nouvelles où les adolescents acceptent de ne pas avoir la même vision du monde que leurs parents, mais sans conflit, juste avec peut-être plus de lucidité. Comme souvent avec Christophe Léon (c’est le cas du Goût de la tomate qui interpelle à chaque fois mes élèves… « Et alors ? » me disent-ils, comme si c’était à moi de leur inventer une fin… Et alors, restez ouverts et imaginez par vous-mêmes…), la fin ouvre à tous les possibles. Que feront les jeunes de l’histoire après avoir vécu tout cela et avoir compris certaines choses ? Comment se positionneront-ils dans la vie ? Qu’est-ce que cela leur aura appris sur l’impact que l’Homme a sur la nature et les moyens qu’il a de la préserver.  Le père d’Yvon ne réfléchit pas plus loin que son porte-monnaie : rendement accru grâce aux produits phytosanitaires, argent facile suite à la vente du terrain, il est loin d’une réflexion aboutie sur les enjeux de ses actes. Même la maladie de son ouvrier, puis sa propre maladie ne semblent pas avoir de réel impact sur ses actions et ses idées. Ce sont les jeunes, avec leur regard décentré, qui arrivent à prendre de la hauteur pour une prise de conscience et une réflexion réelle, sans révolte.

 

 

Fille de vampire, de S.P. Somtow

Johnny, adolescent de 16 ans, vient de déménager à Hollywood. Sa mère, anthropologue, vient d’écrire les mémoires de son grand-père, un sage Indien du Dakota qui est devenu bien vite un best-seller qui les a rendu riches ! Dans son nouveau lycée, il tombe amoureux de Rebecca, qui elle, a des problèmes bien plus sévères de racines et d’identité culturelle : son père est vampire et elle doit bientôt choisir définitivement dans quel monde est souhaite évoluer, pour la foin de sa vie ou pour l’éternité…

Un petit livre sur les vampires, avec tous les codes du genre, quelques références glissées de-ci de-là – en particulier sur la trilogie du même auteur , pas déplaisant, qui se lit vite mais pas franchement un incontournable de la thématique. Finalement, c’est  l’enchevêtrement des croyances amérindiennes et leurs rituels dans une histoire de vampires qui m’a le plus séduit et amusé avec le personnage du grand-père indien, particulièrement haut en couleur.

-Tu vas prendre un bain de vapeur purificateur, puis tu expérimenteras une vision mystique, afin de rencontrer les esprits qui te donneront ta véritable identité.

– Moi ?

– Bien sûr, me répondit [mon grand-père]. Sinon, pourquoi apparaîtrais-tu dans mon tipi à cinq heures du matin, vêtu de ton seul caleçon ?

-Mais grand-père, tu n’y es pas du tout. J’ai fait cet affreux cauchemar et je…

[…]

-Ecoute, fiston, dit grand-père. Tu n’as pas fait ta bar-mitsvah, ni ta communion solennelle, et tu dois faire quelque chose qui  symbolise ton passage à l’âge adulte.

-Je ne peux pas simplement me contenter de perdre ma virginité ?

A la belle étoile, d’Eric Sanvoisin

« Quand tu as un frère handicapé mental, tu es toi-même handicapé »

A la belle étoilePierrot est de retour à la maison. Il vient d’avoir 18 ans et son établissement « de farfelus » ne peut plus l’accueillir maintenant qu’il est majeur. Yaëlle, sa soeur de 10 ans, ne sait pas très bien comment gérer cette situation nouvelle, entre l’amour qu’elle porte à son frère, les questions de ses copines  et le besoin d’être comme tout le monde.

-Je sais. C’est difficile à croire. Mon frère, il a trois ans dans sa tête. Parfois moins…

-Il est gogol ?

-Non, il est différent.

Alors, face à l’insistance de ses camarades, Yaëlle va proposer à son frère de l’accompagner à l’école, un matin, juste pour le présenter à ses copines… Les choses vont prendre un tournant imprévu lorsque Pierrot se rendra compte que les enfants se moquent de lui… Il s’enfuit et se perd dans une ville qu’il ne connaît pas. Son chemin va croiser celui d’une SDF, vivant elle aussi de manière différente, « la dame dans son château en carton » et tous les deux vont se trouver, elle avec sa triste histoire de vie, lui avec son grand coeur.

Un joli roman, court mais dense qui traite de nombreux faits de société en un minimum de pages : le handicap, l’intégration des handicapés dans la société, le regard de l’autre, le regard sur soi, la différence, la conformité, les SDF. Le regard de l’auteur sur tous ces personnages est sensible et sans jugement. Pourquoi Justine, notre « Dame » vivant dans son carton s’est-elle retrouvée là, alors qu’elle était institutrice avant le drame qui a bouleversé sa vie ? Comment vivre une vie de famille apaisé malgré le handicap de l’un de ses membres ? Quel rôle devons-nous/pouvons-nous jouer dans l’aide à l’intégration ? Devons-nous respecter le choix de chacun sans jugement ou avons-nous un devoir d’entraide ?

On traverse cette courte histoire en se mettant dans la peau des différents personnages, en adoptant le point de vue de chacun pour essayer de comprendre la vie, tout simplement.

-Pierrot a le coeur sur la main. Vous avez de la chance de l’avoir.

C’était la première fois que j’entendais  de tels mots à propos de mon frère. D’habitude, les gens plaignaient plutôt mes parents parce qu’élever un enfant particulier était une punition du ciel. La fée voyait les choses autrement. Je trouvais ça complètement fou.

Ma mère a rougi

-Oui, nous avons de la chance de l’avoir.

 

Je ne suis pas ton esclave !, de Roland Godel

Les éditions Oskar proposent une collection très intéressante présentant des romans courts mettant en scène des situations permettant d’aborder des thématiques de la Convention internationale des droits de l’enfant des Nations Unies du 20 novembre 1989. Ici, le travail forcé des enfants.

Je ne suis pas ton esclaveLoïc a déjà redoublé deux fois et s’endort encore en cours de math… Aucun élève ne s’occupe plus trop de lui, n’ose lui parler, à lui qui a deux ans de retard.  A part la petite Flavie, douce, jolie, studieuse. Elle aimerait bien comprendre Loïc… Pourquoi a-t-il autant redoublé, pourquoi est-il toujours fatigué, pourquoi pique-t-il du pain à la cantine, pourquoi est-il souvent absent, pourquoi sa maman ne se déplace pas aux convocations du maître… Lorsqu’elle découvrira la vérité, il faudra bien qu’elle trouve un moyen de l’aider !

Un très joli texte qui traite du travail des enfants en adoptant un point de vue original. Où l’on attendrait plutôt un roman sur les conditions des enfants dans le monde, on se retrouve en fait dans un petit pavillon de banlieue parisienne. Loïc est le narrateur de cette histoire ce qui nous permet de se sentir très proche de lui. Ce roman parlera forcément aux jeunes lecteurs du fait justement de la proximité du sujet : pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour trouver des cas d’enfants exploités… parfois, il suffit juste d’être attentif à ce qu’il se passe autour de nous … Ici, le beau-père profite de l’alcoolisme de la mère pour exploiter son beau-fils dans ses trafics de contrebande.  Une belle histoire d’amitié enrobe le tout et fait de ce petit roman un texte au ton juste et émouvant prônant la solidarité et le respect des autres. Ca se lit très vite et met en avant de nombreux thèmes forts et intéressants. A proposer sans hésiter à nos jeunes lecteurs !

A la fin de l’ouvrage, un petit dossier nous explique dans les grandes lignes ce qu’est la Convention internationale des droits de l’enfant.

Gustave Eiffel et les âmes de fer, de Flore Vesco

Gustave Eiffel, jeune homme réservé et discret cherche ardemment du travail, à la hauteur de ses compétences, pour payer ses loyers de retard. A la terrasse d’un café, il consulte les offres d’emploi d’un journal, lorsque son regard s’attarde sur une annonce très particulière : « société très fermée recherche esprits logiques et coeurs aventureux »… Pas d’adresse, pas de nom mais des données énigmatiques complètent le texte. Gustave, intrigué, s’attèle rapidement à résoudre l’énigme et ses pas vont le mener dans un immeuble abandonné, où, avec les autres candidast, il va être soumis à des épreuves plus qu’étranges… Sa ténacité et son esprit d’équipe vont vite faire oublier son manque de confiance en lui.. C’est le début d’une aventure extraordinaire que va vivre notre Gustave qui sera amené à côtoyer Alfred Nobel, Louis Pasteur, et peut-être même des êtres fabuleux comme le phénix qui renaît de ses cendres… En quoi ses compétences dans la construction et dans le matériau du fer vont-ils bien pouvoir l’aider ?

 

Un roman très original qui fait évoluer des personnages réels historiques dans un univers steam-punk où le fantastique côtoie le policier, l’aventure et l’action. On évolue dans une ambiance parisienne du 19ème siècle, à la découverte de la Révolution industrielle et de l’Exposition universelle dans un questionnement riche sur les relations entre l’Homme et la Machine et son remplacement éventuel, sur la rentabilité et les conditions de travail. On évoque les bouleversements que le Baron Haussmann a suscité dans Paris avec la création de ses boulevards, des travaux de Eiffel, de Pasteur ou de Nobel. On ne peut pas non plus ne pas penser à Frankenstein de Mary Shelley dont le roman est un clin d’oeil évident. Une écriture au style à la hauteur de cette histoire foisonnante, où jeux de mots se disputent au style littéraire de haut vol. Des personnages eux-mêmes d’une grande richesse : des ouvriers bourrus, un Eiffel touchant de sincérité dans ses amitiés et dans l’amour qu’il voue à Isamberte, la fille du patron de la manufacture dans laquelle il est embauché. La fin nous réserve de belles surprises ! Une lecture exigeante pour un lectorat exigeant. Saura-t-il accrocher le jeune lecteur autant que l’adulte que je suis, la question reste posée… et j’attends des réponses dans vos commentaires !

 

Esprit scientifique, esprit critique, un projet pédagogique pour la classe

Tome 2, cycle 4 et 2nde, de Mathieu Farine, Elena Pasquinelli et Gabrielle Zimmermann, tous trois membres de la fondation La main à la pâte, aux éditions Le Pommier.

Un ouvrage pédagogique de référence qui met en avant la démarche de projet et la transversalité, complétant le premier tome destiné à l’école primaire.

Après une introduction très riche expliquant en quoi l’esprit scientifique, avec sa rigueur et sa méthode, développe l’esprit critique, l’ouvrage se découpe en 5 « blocs » : observer / expliquer / évaluer / argumenter / inventer qui, chacun, permet à l’élève une progression.

En tout, 21 séquences réalisées par un enseignant de collège, une philosophe et une biologiste pour approcher au plus juste notre monde et le comprendre. Pour cela, rien de tel que de développer l’esprit critique du citoyen de demain confronté à une avalanche quotidienne  d’informations… Mieux comprendre notre monde en étant mieux armé pour analyser les données qui nous envahissent, savoir les trier, les juger, les confronter, les évaluer, les critiquer, pour ensuite être capable de se forger sa propre opinion argumentée, l’objectif est de grande ampleur mais tellement important à notre époque.

Cet ouvrage fait la part belle à l’interdisciplinarité : SVT mais également mathématiques, physique, technologie et parfois même français (science ou science-fiction ?) ou histoire-géographie. Des fiches-élèves, le déroulé possible de l’activité – souvent présentée sous forme d’enquête ou de jeu de rôle -, des fiches-matériel, et des pistes pour nourrir la discussion avec les élèves à l’issue de l’activité, car le but avéré de cet ouvrage est réellement de confronter les élèves et leurs opinions parfois contradictoires et les faire progresser dans l’analyse rationnelle des faits, grâce parfois à des instruments.

L’ouvrage est complété d’une  bibliographie avec un site web proposant de nombreuses ressources complémentaires : www.fondation‐lamap.org/esprit‐scientifique