Roi fatigué cherche royaume pour vacances suivi de La leçon de piano, de Jacky Viallon

Lever de rideau !

Petites comédies de Jacky Viallon

  • Roi fatigué cherche royaume pour vacances

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Nous nous trouvons face à deux royaumes. Suivant l’endroit où nous nous trouvons, soit ça saute dans tous les sens, soit ça lambine ou ça traîne. Au nord, se trouve le royaume des Ressorts dirigé par un roi. Il mène la vie dure à ses sujets qui travaillent sans relâche. Une tâche en amène une autre, le roi déborde d’énergie. Au sud, le royaume des Gnian-Gnians est sous l’autorité d’une reine. On peut dire que la vie coule paisiblement, sans trop d’efforts. Repos est le mot d’ordre. La reine est trop cool et le peuple très mou. Mais le roi donne des signes de fatigue, ce rythme effréné l’use, il a besoin de vacances. A la recherche d’un royaume calme et reposant, il passe donc une annonce. En lisant son journal, la reine tombe sur cette information et décide d’y donner suite. Le roi et la reine vont décider d’échanger leur royaume.

Roi fatigué cherche royaume pour vacances est une petite comédie très drôle, pleine de rythme, très bien conçue pour un jeune public. Tout y est détaillé : les accessoires pour les décors, les costumes. Les mises en scène sont bien expliquées, la gestuelle est très importante et peut même remplacer du texte. En fait, c’est une pièce de théâtre qui peut facilement être reproduite par un jeune public lors d’atelier et pourquoi pas pour une fête d’école. Si on pousse un peu les portes et qu’on va au-delà de l’histoire, un petit message se cache derrière tout ça. Est-il facile de cohabiter quand on ne se ressemble pas ? Peut-on s’aimer ? Tout est bon à prendre, il me semble. Les différences aident à changer sa façon d’être, à se corriger. Soyons gnian-gnian mais pas trop, puisons dans l’énergie des Ressorts mais à petite dose !

  • La leçon de piano

Charles est un jeune pianiste. Sa mère, quelque peu envahissante, exhibe l’aptitude de son fils à cet art. Elle reçoit dans son salon une amie et veut absolument que Charles fasse une démonstration de son talent. Celui-ci se montre très réticent. Il n’a visiblement pas envie de jouer, de se montrer en spectacle. Il boude, ce qui met mal à l’aise sa maman qui est au bord de la crise de nerfs. Et pourtant l’apparition du père va tout faire basculer.

La leçon de piano tout comme la comédie précédente, est fraîche et pleine d’humour. Le personnage de la mère et ses lapsus constants, donnent le rythme à l’histoire tout en contrastant avec la réserve de Charles. Cette histoire met en avant la fierté d’une mère pour son fils. En tant que parents, il est normal d’invoquer les prouesses de nos jolies petites têtes blondes. Mais nos enfants n’ont pas forcément envie d’être en première ligne, de se comporter comme un singe savant. Rien de tel pour les rebuter. Alors soyons fiers de nos progénitures mais à petite dose et sans excès.

Le collectionneur d’instants, de Quint Buchholz

La magie d’un instant…

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Le collectionneur d’instants c’est avant tout une histoire d’amitié entre Max, un peintre et un enfant violoniste, le narrateur. Max s’est installé sur une île et immortalise des moments en les peignant. L’enfant aime venir flâner dans son atelier mais jamais ne voit ce que l’artiste produit. Une fois terminées, les peintures sont disposées à l’envers contre un mur. Max raconte de nombreuses histoires qui fascinent le jeune garçon. Durant l’été, Max s’absente quelques jours et confie les clefs de son atelier à l’enfant. Et là, on découvre avec fascination les œuvres magnifiques de Max.

Le collectionneur d’instants nous offre des tableaux merveilleux, sensibles, semblables à des photographies. On s’attarde sur cette esthétique presque irréelle, ne sachant  jusqu’où la réalité flirte avec l’imaginaire. La musique est présente tout au long de l’album et accompagne véritablement ces chefs d’oeuvre. Chaque tableau raconte une histoire, il y a du mystère, du rêve. Les dessins n’illustrent pas le récit mais constituent une très belle exposition. On ne connaît pas l’histoire de ces tableaux qui font référence à une enfance perdue qui renaît à travers la peinture. Le récit fait pénétrer le lecteur dans l’atelier du peintre et le fait s’interroger sur cette capacité à créer, à imaginer. De quoi naît une inspiration, comment travaille un peintre ? Cet album est une réelle invitation au voyage.

Un lapin peut changer une vie – on ne le dit pas assez !, de Sandrine Kao

Et si on changeait de vie ?

Dans la famille Ribout, rien ne va plus. Paul, le père, a démissionné de son travail de graphiste et personne ne sait ce qu’il fait de ses journées ; Alicia, la fille cadette, première de la classe a été changée de place pour se retrouver à côté de Keja, une fille du voyage qui a des poux ; Agathe, la fille aînée,  tombe amoureuse d’un inconnu alors qu’elle se produit sur scène avec son groupe de musique, et cela va révolutionner sa vie ; quant à Emmanuelle, la mère, elle n’arrive plus à signer aucun contrat en tant qu’illustratrice… Dépassée, démodée…elle occupe ses journées à tenir son blog culinaire, à dessiner des plats et à inventer des recettes qu’elle n’a pas les moyens de cuisiner. Et bien sûr, sans revenus, la famille est au bord du goufre ! Tous leurs repères se brisent, le quotidien est totalement chamboulé… mais finalement, est-ce si dramatique ? La vie n’est-elle pas faites de chemins qui arpentent des lieux parfois clairs, parfois sombres, parfois vides et parfois luxuriants. Tant qu’on est en vie, tout est possible !

Et le lapin, dans tout ça ? Un petit effet d’écriture qui trace un lien ténu entre tous les personnages de cette histoire familiale qui est en train de remettre en cause ses acquis. Le titre et la couverture du livre ne reflètent pas tant que ça la réalité du roman. C’est plus un accessoire qui pimente un peu le récit mais qui pourrait tout à fait être enlevé sans que cela ne change rien… D’ailleurs, notre lapin Django n’apparaît qu’au milieu du récit, même si avant l’importance de l’animal dans la vie de cette famille est évoquée. Pour ma part, cet artifice n’était finalement pas nécessaire, mais cela n’engage que moi…

Un récit joyeux, positif, sur le thème des grands bouleversements dont on peut avoir peur dans la vie mais qui sont parfois la meilleure façon de rebondir et continuer à aller de l’avant. Un récit à plusieurs voix, sur fond de musique jazz qui aborde en même temps que les relations familiales, le thème plus grave des sans-papiers, des gens du voyage et des préjugés. Un roman qui se lit comme un roman, en dépassant notre besoin de rationalité et de cohérence…et en acceptant la facilité des situations, surtout pour le final.

Girl online en tournée, tome 2 – de Zoé Sugg

Un amour désenchanté…

 

Résultat de recherche d'images pour "girl online 2"Penny , 17 ans, est l’auteure d’un blog, sous le pseudonyme de Girl online dans lequel elle confie ses angoisses, ses doutes, ses coups de blues. C’est un peu le rendez-vous des adolescentes. Mais sa vie va basculer quand sa liaison avec la rock star, Noah, va éclater en plein jour. Trop exposée, elle va devoir abandonner son blog. Enfin presque…L’écriture lui manque trop alors Penny va en créer un nouveau, mais plus restreint pour continuer à être au contact de certains internautes. Les vacances d’été arrivent. La jeune fille est excitée car Noah lui a demandé de l’accompagner dans sa tournée européenne, pour assister à tous ses concerts. Mais la joie est de courte durée car Penny souffre d’être loin de sa famille et de ses amis. Noah très occupé lui consacre peu de temps, la troupe qui l’accompagne l’ignore et les fans sont jalouses. Penny ne se sent pas à sa place, elle va comprendre que la célébrité n’est pas facile à gérer. Comment sa relation avec Noah va-t-elle évoluer ? Va t-elle se sentir suffisamment forte pour affronter l’univers des paillettes ?

Zoé Sugg signe un roman pour adolescents dans lequel elle délivre beaucoup de messages sur l’homosexualité, les amours d’adolescents, l’impact d’internet dans nos vies. Une histoire simple et acidulée qui plaira à nos jeunes lecteurs. Le tome 2 peut se lire sans connaître le tome 1 (que le CDI ne possède pas…).

Les filles au chocolat, tome 3 ½. Cœur salé, de Cathy Cassidy

Shay reçoit une proposition de contrat pour sa musique. Il sauterait bien sur l’occasion si son père n’était pas contre… Mais ce n’est pas son seul problème. Un soir, alors qu’il entre dans son cabanon, il rencontre Honey, son ex, en pleurs. Après un long moment, il réussit à la réconforter et à l’empêcher de fuguer. Mais pendant qu’ils parlent, Cherry appelle et Shay l’ignore à cause d’Honey. Le lendemain, quand il parle avec Cherry, il lui cache la vérité. Cherry ne va-t-elle pas être jalouse ?

J’ai bien aimé ce livre, comme toute la série. On a des rebondissements, du suspens dans l’histoire et celle-ci avance assez bien et se lit facilement. On retrouve les mêmes personnages, toujours aussi attachants et j’attends la suite avec impatience.

Alicia, 14 ans, 3° – membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Love Letters to the Dead, d’Ava Dellaira

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     Dans une petite ville des États-Unis, Laurel entre en Seconde. Après la mort de sa sœur May, elle décide d’aller dans un nouveau lycée pour ne pas être reconnue et n’avoir à parler à personne de cette tragédie. C’était sans compter Mme Buster, son professeur d’Anglais, qui semble vouloir la faire s’épancher en lui demandant de rédiger une lettre à un disparu. Laurel se prend au jeu : Kurt Cobain, Amy Winehouse, Heath Ledger … les missives se multiplient, retraçant le quotidien de la jeune fille, ses amitiés et ses amours mais aussi son enfance, jusqu’au drame.

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     En vous écrivant ces lettres à vous tous, j’ai trouvé ma voix. Et l’ayant trouvée, j’ai aussi trouvé des réponses. Pas dans une lettre. Dans la redécouverte d’une chanson. Dans une histoire racontée sur un écran de cinéma. Dans une fleur surgie d’une fissure du trottoir. Dans le bruissement d’ailes d’un papillon. Dans la lune quand elle est presque pleine.

     Ces lettres, j’ai conscience de les avoir écrites à des êtres sans adresse ici-bas. Je sais bien que vous êtes morts. Mais je vous entends. Tous, je vous entends : « Nous avons eu une vie. Une vie qui a compté. »

     Un beau roman, prenant et qui se lit facilement. C’est aussi un joli moyen de faire le lien entre nos propres sentiments et ceux ressentis par les personnages, qu’il s’agisse de ceux de ce roman ou de ceux des films, des chansons, des livres que nous aimons. A noter que l’univers décrit est très proche du Monde de Charlie de Stephen Chbosky : la jeunesse américaine dans tous ses excès. Il en va de même de la structure du roman.  Lecture à réserver aux plus vieux.

L’aigle noir, de Hervé Mestron

Clap de fin !

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Une passion commune, la musique. Elle, c’est Billie, élève dans un lycée normand, douée pour le chant. Lui, c’est Nicolas Hartman, le nouveau professeur de musique. L’adolescente a tout pour être heureuse, un environnement familial aimant, des amis. Mais Billie est secrète, vit repliée sur elle-même. Hartman vient de Paris. Son passé est douloureux. C’est un homme meurtri qui essaie de fuir ses démons. Alors qu’il entre dans sa classe, il demande à ses élèves si quelqu’un sait chanter. Billie entame aussitôt un extrait de l’aigle noir de Barbara. La voilà transformée, elle se libère. Le charme opère immédiatement, Hartman est bouleversé par la voix de Billie. Il est persuadé qu’elle ira loin et veut l’encourager à persévérer dans le chant.  Deux êtres écorchés unis par une même sensibilité musicale. Lui qui veut fuir un passé cruel, elle, rongée par un secret douloureux. Mais voilà, le professeur qui semble proche de son élève, va être dépassé par la rumeur, va se retrouver malgré lui, dans une situation des plus critiques voire dramatique. L’entourage professionnel va faire bloc contre lui, va l’isoler. Une violence gratuite va s’abattre sur le professeur, le rendant impuissant face aux attaques.

L’aigle noir, un beau roman qui touche par le choix des thèmes. En effet, le lecteur est vite confronté à des sujets délicats tels que les relations professeurs/élèves, l’effet dévastateur d’une rumeur, le suicide, le deuil, les premières expériences sexuelles, l’importance de communiquer, de se confier. Hervé Mestron nous présente les deux personnages en parallèle et peu à peu l’histoire prend forme autour de leur détresse commune. Mais les événements vont s’enchaîner très vite, trop vite ! C’est la spirale infernale, Billie et Hartman ne maîtrisent rien, tout va se dérouler à un rythme étourdissant. Ce seront les malheureuses victimes de personnes engluées dans le jugement. Mais fondé sur quoi au juste ? Sur une impression, sur des bruits qui ne courent même plus, …  à ce niveau là, ils galopent ! Le lecteur serre la mâchoire pour ne pas hurler à l’injustice. Combien de personnes ont été ainsi détruites par une rumeur qui n’en finit pas, par un comportement mal interprété ? La rumeur a encore un bel avenir, jamais elle ne se taira. Elle prend tout. Elle déforme, elle assassine, elle se propage pire qu’un virus. Alors approchez-vous et écoutez ce conseil : « ne jugez pas sans savoir, restez prudents dans vos interprétations sur des faits ou des gestes. Alors suivez votre bon sens, ne nourrissez pas les esprits mal intentionnés . »