De nouveaux albums aux éditions Balivernes

Les éditions Balivernes est une maison d’édition datant de 2004 spécialisée dans la littérature de jeunesse « dont le slogan pourrait être L’imaginaire au service de la création« . Il y a deux ans, nous avions eu la chance de rencontrer son fondateur, M. Pierre Crooks que nous avions interviewé  (lien ici )

Découvrez aujourd’hui trois de leurs nouveaux albums :

Un ami, de Christos – ill. Charlotte Cottereau

Pierre demande à son père un animal domestique… pourquoi pas un hippocampe ? Et c’est parti pour l’aventure… Ensemble, ils vont construire un bathyscaphe -sorte de sous-marin- qu’ils vont installer dans la baignoire. Direction les mers du Sud ! Grâce à la bienveillance du papa,  Pierre va très vite prendre conscience que les hippocampes sont heureux dans leur milieu naturel, avec une eau à bonne température, au sein de leur famille… Et si ce que cherchait Pierre était tout simplement un ami, libre ?

Des illustrations magnifiques comme l’atteste la première de couverture pour une histoire riche de message.

 

Le roi Radin, de Cédric Janvier – ill. Marlène Verglas

Un âne chemine sur les sentiers. Il se rend au village faire des courses pour le roi Radin. Sur son chemin, il croise poule, canard, cochon, lièvre. Tous pensent très fort que l’âne est bien bête d’accepter une telle corvée… et chacun profite de la gentillesse présumée de l’âne (qui propose deux oeufs, qui propose deux oignons, etc) pour faire un voyage à moindre frais… Mais, tel sera pris qui croyait prendre ! Un conte à chute (devinerez-vous laquelle ?) aux illustrations drôles, gaies et colorées.

 

Les chats Peaud’roues, de Stéphanie Dunand-Pallaz –  ill. Sophie Turrel

La série les P’tits chats est de retour avec ce 21ème titre… cela proouve le succès de ces personnages.

Il était une fois deux chatons fous de vitesse,
deux as du volant qui roulaient sans cesse,
ils enchainaient les courses en quête de prouesses.
On nommait chats Peaud’roues ces deux minets express

Plusieurs fois vainqueurs des Vingt-quatre heures du Mou, les prix et les médailles s’accumulent partout. Ils avaient gagné, toujours à fond la caisse, seule la Kitty Cat’s Cup manquait à leur palmarès.

Le ton est donné, un texte en vers, plein d’humour et des personnages sympathiques. Car même s’ils participent pour gagner, nos chatons préféreront l’entraide à la compétition !

 

Découvrez sans hésiter cette maison d’édition de qualité, exigeante, et aux éditions toujours très soignées. Suivez le lien pour découvrir leur catalogue complet 

Je suis Camille, de Jean-Loup Felicioli

Camille, 11 ans,  vient de revenir en France avec sa famille, après un séjour à Los Angeles aux Etats-Unis où ils ont passé quelques années car son père y avait son travail. 

Aujourd’hui, elle rentre en 6ème… Camille est angoissée car dans sa précédente école, aux Etats-Unis, les choses s’étaient mal passées… Elle n’a pas envie que ça recommence, être la risée des autres, être obligée de déménager. Car Camille a un secret, un secret très lourd à porter. Mais cette première journée dans son nouvel établissement est prometteuse : les profs ont l’air dans l’ensemble assez sympathiques et Camille s’est peut-être fait une copine ! 

Va-t-elle réussir à s’intégrer, à se faire des amis malgré sa différence ? 

 

Un album très tendre pour un sujet délicat et très peu traité en littérature de jeunesse : le transgenre.  Camille est en fait une petite fille née dans un corps de garçon. Les illustrations sobres, colorées et intimistes rendent les personnages particulièrement attachants. La jeune Camille, héroïne discrète et forte, se lie d’amitié avec Zoé, une jeune fille pleine d’énergie, tolérante et respectueuse. Un message d’espoir pour l’acceptation de la transidentité qui n’est ni une maladie, ni un « problème psychologique » mais bien un genre différent qui doit être accepté par la société et ses conventions. 

Ca y est, le bruit s’amplifie, c’est maintenant un rire énorme et mécanique, un ronflement de locomotive. Tous s’y sont mis. Ils rient et me regardent, les sourcils froncés. Ce sont d’immenses marionnettes à la mine sévère. Et moi, au milieu d’eux, je me recroqueville et me mets à rapetisser…

-[…]Tu es si courageuse… Tu as choisi de vivre en écoutant ce que tu ressens au fond de toi. Et ce n’est pas un chemin facile. – Je ne sais pas si je vais y arriver, maman. – Aie confiance, tu es beaucoup plus forte que ce que tu crois.

A lire sur le même sujet :

L’arbre de Guernica, la retirada des enfants, d’Isabelle Wlodarczyk

Un album en deux parties, de la collection Mes albums de l’Histoire des éditions Oskar

Partie n°1 : On fait la connaissance d’un petit garçon dont on ignorera d’ailleurs  le prénom jusqu’à la fin. Tout comme de très nombreux enfants, il est très attaché à sa terre et plus précisément à Guernica, une petite ville du pays basque à l’arbre symbole qui va connaître la violence d’un conflit particulier, une guerre au sein d’un peuple qui détruira presque tout sauf l’arbre qui résistera mais sans lui puisqu’il se verra contraint de quitter sa ville, son pays et participer à la Retirada.

Partie n°2 : Dans cette partie documentaire bien illustrée et écrite simplement, il est facile de comprendre les origines, les tenants et aboutissants de la guerre civile espagnole, sans oublier le désastre de Guernica que Picasso dénoncera à travers sa peinture. Au milieu de ce conflit d’adultes, il y a le destin des enfants décrits de manière réaliste grâce notamment aux nombreux témoignages.

Un album intéressant qu’il faut prendre le temps de découvrir…..

L’enfant du désert, de Pierre Rabhi et Claire Eggermont, ill. Marc N’Guessan

Pour une sobriété heureuse…

Pierre Rabhi est né en 1938 dans un village du désert algérien. Quelques années après le décès de sa mère, il a été confié par son père à un couple d’instituteurs, des Colons blancs. Ainsi, il se sentait tiraillé entre deux cultures souvent bien opposées, deux religions différentes. Devenu petit employé de banque, il quitte bientôt l’Algérie pour la France où il trouve un emploi d’ouvrier dans une usine.  Ces conditions de vie aliénantes le font beaucoup réfléchir au sens de la vie : « Avec l’argent, on peut tout acheter, pensa Pierre, sauf la joie. » Avec Michèle, sa compagne, ils rêvent de changer de vie, de se rapprocher de valeurs qui leur ressemblent :

Un rêve se mit à germer en eux : quitter la ville, s’installer à la campagne et cultiver la terre pour se nourrir, cela devenait comme une obsession déraisonnable mais que rien ne pourrait plus dissiper. Le sort en était désormais jeté.

C’est le début d’une grande aventure d’agroécologie qui respecte la Nature et les Hommes.

Un texte biographique qui retrace l’histoire de Pierre Rabhi, un homme engagé qui a prôné toute sa vie une politique de « sobriété heureuse ». Un album joliment illustré, qui permet d’initier les jeunes à l’écologie de manière douce et intéressante. Destiné aux lecteurs à partir de 8 ans, il peut être judicieusement intégré à la liste thématique de français de 3ème : « Hommes et femmes rebelles ».

Pierre Rabhi, après être devenu agriculteur en Ardèche, a transmis son savoir-faire jusqu’en Afrique, a fondé le mouvement Colibri,  a participé à des conférences, etc…

 

The Grisly Goat, de Christine Kiffer et Ronan Badel

The Grisly Goat - bilingue anglais

Il s’agit d’un album bilingue anglais qui raconte l’histoire de Lapin qui aperçoit des yeux rouges cachés dans son terrier…et se retrouve terrifié ! Il va appeler divers animaux à la rescousse, avec plus ou moins de succès ! Un récit sympathique sur l’entraide et la solidarité, et qui montre qu’il n’y a pas besoin d’être fort pour être courageux !

J’ai beaucoup apprécié cet album, qui peut être adapté à différents lecteurs, car il est bien illustré, mais permet aussi de bien travailler son anglais. Le choix de mettre la traduction seulement à la fin peut être gênant pour les débutants qui en ont besoin à chaque page, mais permet aux élèves d’un niveau intermédiaire de vraiment lire en anglais, sans avoir la tentation de se raccrocher sans cesse à la traduction. Le jeu des sonorités est intéressant et agréable à l’oreille, alors je vous conseille sincèrement de le lire à voix haute ! Ce serait dommage de passer à côté !

Le géant, la fillette et le dictionnaire, de Jean Leroy – ill. de Stéphane Poulain

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

C’est l’histoire d’un géant qui découvre grâce à un dictionnaire qu’un ogre est un personnage légendaire qui mange les enfants ! Il décide alors de s’en cuisiner un aux carottes… Mais il n’est pas sûr que les deux aillent bien ensemble, alors, il décide qu’il les mangera plutôt avec leur légume préféré. Problème : la petite fille qu’il a trouvé n’en aime aucun ! Elle n’aime que les bonbons !  Soudain, des soldats ayant l’ordre d’arrêter les mangeurs d’enfants débarquent ! Quelle embrouille !

 

Un livre amusant ! J’ai beaucoup aimé aussi les illustrations qui ont des effets intéressants, en particulier le sol, avec ses fissures qui ressemblent à de l’argile séchée et le grand format qui fait que le géant envahit les pages !

Ce livre grand format et coloré peut convenir aux enfants dès 8 ans !

Noé, 6ème – 11 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

Les chaussures, de Gigi Bigot et Pepito Matéo – ill. Isabelle Chatellard

« Elles », ce sont les chaussures…

Perdues, ne voulant plus avancer… Pourquoi ? C’est la guerre. Après une vie glorieuse, on leur a demandé de raser les murs, puis de ne plus sortir du tout, puis de se cacher, et finalement de partir.

Un album tout en finesse et en suggestions, où les chaussures sont une métaphore de l’enfance. Ni date, ni lieu. Nous sommes dans « les rues d’une ville sans nom ».

A travers les non-dits, sont évoqués des thèmes très graves comme la guerre et l’exode, mais également l’entraide et la solidarité. Car les chaussures finiront par trouver un cordonnier pour les réparer et une petite fille pour les porter. Les illustrations aux tons sépia, aux contours anguleux, aux ombres menaçantes donnent à cet album au message historique une sorte de portée universelle à l’image d’un conte. Et à la limite de la poésie…

Marche aujourd’hui marche demain, à force de marcher les souliers sont arrivés dans une ville où les maisons blessées se remettaient debout tant bien que mal, où les trottoirs défoncés guidaient malgré tout les pas sans se tromper à travers le dédale des rues cabossées.

 

Les auteurs reversent leurs droits à la CIMADE (le Comité Inter-mouvements auprès des evacués).