Le garçon qui parlait avec les mains, de Sandrine Beau et Gwenaëlle Doumont

Le langage du coeur

mains.jpg

Victoria est ravie, la maîtresse a présenté à la classe un nouvel élève. Il s’appelle Manolo et la petite fille tombe immédiatement sous son charme. Manolo est espagnol, craquant mais…. il est sourd et communique uniquement avec les mains. Par chance, la maîtresse connaît la langue des signes, ce qui étonne tous les élèves d’ailleurs. La présence de Manolo va soulever des protestations et des hostilités de la part des parents qui voient d’un mauvais œil son arrivée, par crainte que son handicap accapare trop l’institutrice ou ralentisse l’apprentissage de leurs enfants. Par ailleurs, une réelle amitié naît entre Victoria et Manolo, ils deviennent inséparables. Alors que certains vont l’aider à s’intégrer, d’autres vont se moquer. Victoria va alors mener un combat pour faire changer les comportements et le regard sur son ami.

Le garçon qui parlait avec les mains est un petit bijou. C’est un roman jeunesse qui pousse la porte du handicap, notamment de la surdité. Il nous fait ressentir les difficultés à s’intégrer pour la personne différente et les réactions des gens dits «normaux». Des réactions négatives pour certains car ils ne comprennent pas le handicap. L’inconnu fait peur et de là naissent les préjugés. Cet ouvrage est juste et très réaliste et pourrait servir de base aux enseignants pour expliquer l’importance de l’intégration des élèves différents, l’importance du vivre ensemble. Sandrine Beau nous fait également une petite initiation à la langue des signes qui, je trouve, devrait avoir sa place au sein des programmes scolaires.

Cette année au collège, une interventant extérieure est venue proposer l’apprentissage de la langue des signes aux élèves sur la base du volontariat. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’intégrer ces cours et ce fut un réel plaisir. Tellement enrichissant et expressif ! Une transmission des émotions particulières car tout passe par le visuel, l’expression du visage étant très importante. C’est pourquoi aussi ce livre est d’autant plus important pour nous !

Il faut signaler également les belles illustrations fraîches et colorées qui donnent à ce roman tout son sens. Un gros coup de cœur pour ce superbe roman.

La revanche des princesses, collectif d’auteurs

Sois belle et tais-toi ? Ça, c’était avant…

princesses.jpg

1/ La princesse est en colère, d’Anne-Fleur Multon

Attention, méfiez-vous des princesses surtout quand elles sont en colère ! La princesse d’Anne-Fleur Multon fait du théâtre. Elle en a plus que marre d’avoir des rôles ennuyeux aux dialogues plus que niais. Elle se sent inutile. Elle veut jouer de vrais personnages, changer de costumes, vivre des aventures, avoir un vrai rôle. La voici décidée à faire bouger les choses. Elle erre alors à travers le théâtre pour crier haut et fort à qui veut l’entendre, tout  ce qu’elle a sur le cœur.

2/ # charming, d’Alice Brière-Haquet

Mathilde et sa classe visitent le centre pénitentiaire des princesses. Les princesses n’ont plus la cote et comme pour se rappeler de leur gloire passée, elles sont parquées dans une sorte de refuge pour princesses déchues. Un endroit super sécurisé mais dont les conditions de «détention» sont déplorables. Elles s’ennuient et ne semblent pas heureuses. Elles ne sont plus très nombreuses, presque en voie de disparition. Donc, pour sauvegarder l’espèce, il a été décidé de les mettre «sous cloche». Quel destin cruel pour celles qui ont fait les beaux jours des contes pour enfants. Elles qui resplendissaient, elles si sages et si coquettes ! Les voilà enfermées comme des animaux en cage. Mathilde n’a pas l’intention de se taire. Il faut que tout le monde sache ce qui se passe derrière ces murs. Elle est prête à tout, pour dénoncer cet emprisonnement.

3/ La princesse aux mille et un reflets, de Carole Trébor

Il était une fois un roi et une reine qui rêvaient d’avoir la plus belle des petites filles. Il faut dire que dans leur royaume tout le monde est beau, tout le monde se doit d’être beau. C’est le culte de la beauté avant tout. Mais voilà… ce qui aurait dû être le plus heureux des événements est vite devenu un cauchemar pour le couple royal. La reine a mis au monde une fille quelque peu particulière. Sa peau, ses cheveux, ses dents changent de couleur au gré de ses émotions et du duvet commence même à recouvrir son corps. Quelle honte ! Aucun remède miracle n’a été trouvé pour la guérir de cet état. Les parents prennent alors la décision de l’enfermer dans une tour. Elle y restera jusqu’au jour de son évasion. Mais où s’est enfuie la princesse  ? Que va-t-il lui arriver ?

   Une histoire qui commence comme un vrai conte mais qui va vite prendre une direction moins princière. Une histoire qui va traiter de la différence, de l’apparence physique qui reste pour certains encore un critère de réussite, de reconnaissance. Que fait-on alors quand on ne répond pas à ces codes ? La beauté est-elle la chose la plus importante ?

4/ La Belle et la Bête, de Clémentine Beauvais

Un roi, une reine, le désir d’être parents. Jusque là rien de très original. Sauf que madame la reine ne parvient pas à être enceinte. Quelle galère ! Elle qui veut une fille, belle, coquette. Bref la fille parfaite, mais pour l’instant rien arrive. Le couple royal à qui rien ne résiste, habitué à la réussite ne supporte pas cet échec. Mais bingo, au bout de trois ans, ça y est, la reine attend un enfant. La nouvelle est fêtée en grande pompe dans tout le royaume. Le jour tant attendu arrive mais quand le bébé pointe le bout de son nez, c’est l’effroi. Ce n’est pas une petite fille, ce n’est pas un bébé ordinaire……

5/ La flamme de cristal, de Charlotte Bousquet

Après la mort de sa mère, Ana et son père ont quitté leur village. Un village sous l’emprise d’un tyran, un village où la misère est présente. Sécheresse et famine se succèdent, appauvrissant les habitants. Beaucoup fuient vers la ville. Les années passent, le père d’Ana a trouvé du travail mais a perdu sa joie de vivre. Un jour, il fait la connaissance d’une femme dont il tombe amoureux. Elle déteste Ana et lui rend la vie impossible. Subissant la méchanceté de sa belle-mère, la jeune fille est obligée de partir, seule. Malgré de nombreuses péripéties, Ana va faire preuve de courage, prouver qu’une fille peut se battre et se montrer pleine de ressources quand il y a danger.

   Un joli conte qui sort du cliché de la princesse rêveuse, délicate et fragile.

6/ Tapisserie, jarrets dodus et dragon rugissant, de Sandrine Beau

Céleste est une princesse de quinze ans. Mais elle est très loin de l’image lisse, sage et sans relief de la fille de bonne famille. Plutôt intrépide, elle aime rire et surtout casser les codes de la royauté. Elle est rondelette, elle ne passe pas de temps devant le miroir. Ses préoccupations sont ailleurs. Son père est désespéré d’avoir une fille comme elle. Elle se moque du protocole et veut simplement vivre une vie ordinaire et joyeuse. Un jour, le roi lui fait comprendre qu’il serait grand temps qu’elle se marie. Quoi ? Un mariage, à quinze ans ! Ce n’est pas possible pour Céleste ! Oh la la c’est la cata… Une affiche est placardée dans le royaume, invitant tous les chevaliers à se présenter au roi, qui promet de donner sa fille à celui qui vaincra le terrible dragon. Comment Céleste va-t-elle réussir à sortir de ce pétrin ?

  Cette histoire est très drôle, emmenée par Céleste, la narratrice. La jeune fille est pétillante, moderne, face à un père très carré et empêtré dans les traditions. Ce conte met en avant l’image des princes auxquels tout est imposé. La princesse doit être belle et obéissante mais les princes n’ont pas trop leur mot à dire non plus. Ils n’ont pas forcément le choix de leur destin.

La revanche des princesses est un recueil de six contes engagés, détournés, qui cassent l’image lisse des princesses. Pourquoi une princesse ne pourrait-elle pas grimper aux arbres, jouer dans le boue..?

 

 

Toute seule dans la nuit, de Sandrine Beau

Mais où est passé papy ?

Afficher l'image d'origineLa petite Miette, 10 ans, est venue passer quelques jours chez son grand-père qu’elle adore… Lui, au moins, la comprend ! Alors qu’elle somnolait sur le canapé, elle se réveille bientôt en sursaut. Elle entend des bruits étranges, elle est seule dans la maison et la nuit est tombée… Son grand-père s’est absenté pour une course. Mais pourquoi tarde-t-il tant ?  Et qui s’est introduit dans cette ferme isolée  ?

Voilà un petit thriller pour les plus jeunes ! Ce huis-clos angoissant met en scène une enfant, seule alors qu’elle ne devrait pas l’être et aux prises avec un rôdeur. Où se cacher, comment fuir sans se faire remarquer, voici l’histoire du point de vue de Miette qui donne son nom aux chapitres la concernant. Et puis, il y a les autres chapitres, ceux qui donnent la voix à Roberto le grand-père et qui nous permet de comprendre son absence prolongée et involontaire qui l’empêche de rejoindre sa petite fille. Aucun des deux ne sait ce qui arrive à l’autre et tous les deux sont inquiets de la situation. A travers ces deux voix, c’est la petite histoire familiale de Miette qui nous est révélée par petits bouts. Ainsi, l’air de rien, des thématiques touchant les adolescents sont abordées : relations intergénérationnelles, éducation, conflit avec les parents sur des sujets comme le portable, la nourriture, le choix du prénom…

La peur sans les monstres, avec de vrais malfrats, le suspens et la tension qui montent : une histoire bien menée, très réaliste et simple à lire avec de jolies illustrations.  Pour les jeunes amateurs du genre !