Poil de Carotte, de Jules Renard

Une enfance dans la tourmente

Je m’appelle François. Oui, j’ai les cheveux roux et sur ma peau des tâches de rousseur ! Et alors, à part ça, je suis un garçon comme les autres. Enfin presque… Est-ce pour toutes ces raisons que ma mère me rejette et me tiraille, est-ce pour toutes ces raisons que mon frère et ma sœur se moquent de moi ? Que dire de mon père… gentil mais indifférent. J’en ai marre de me coltiner les corvées  ! Marre de cette vie douloureuse et sans amour, marre de ne pas avoir ma place dans cette famille, marre d’être le vilain petit canard. A quoi bon vivre si mon existence ne change pas. Je demande simplement qu’on m’aime…..

Poil de Carotte est l’histoire malheureuse d’un petit garçon mal aimé, pas désiré et roux. La mère, personnage tyrannique, n’a de cesse de l’humilier et de lui confier les tâches les plus ingrates de la maison. Quelle enfance bafouée ! On ne peut que s’attacher à cet enfant en quête d’un amour familial et surtout maternel, inaccessible. Les relations avec son père sont bonnes mais celui-ci trop souvent absent, passe à côté du mal6être de son fils. Une souffrance qui ne laisse pas indifférent, forcément, une souffrance qui se manifeste aussi parfois par un comportement excessif, notamment quand Poil de Carotte se transforme en bourreau, quand il s’acharne à faire souffrir de petits animaux. On peut s’en offusquer mais est-ce réellement  sa faute ?

L’histoire est tragique mais on se prend à sourire par moment quand le jeune garçon essaie de tenir tête à sa mère. A noter que Jules Renard s’est inspiré de sa propre vie en écrivant Poil de Carotte. Dans sa jeunesse,  souvent  chahuté, il s’est  réfugié dans les études. Il a fondé une famille, il a eu deux enfants qu’il a élevés avec une grande affection et auxquels il dédiera Poil de Carotte.

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Les bottes de sept lieues et autres nouvelles, de Marcel Aymé

Le monde de l’enfance…

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Les bottes de sept lieues

Des bottes magiques qui prennent la forme des pieds de celui qui les chausse et qui lui permettent de parcourir une distance incroyable en un minimum de temps. Quelle aubaine ! C’est l’histoire d’une bande de copains qui se sont donnés rendez-vous devant une boutique de bric-à-brac. Celle-ci regorge d’objets en tout genre, tous accompagnés d’une référence historique. Et c’est là que les garçons sont attirés par une très très belle paire de bottes tout en cuir, lesquelles, dit-on, permettent,à celui qui les met, de franchir sept lieux d’un coup ! Chacun se met à rêver à ce qu’il ferait s’il possédait ses bottes. Un en particulier, Antoine, enfant pauvre qui rêve d’une autre  vie pour lui et sa mère, Germaine. Des bottes que les enfants veulent à tout prix. Leur vœu sera t-il exaucé ?

A et B

A et B est une histoire de  rivalité entre deux classes : la A où les élèves apprennent le latin et la B qui initie aux mathématiques. Il est fréquent que les sections soient mises en concurrence. Notamment entre les scientifiques et les littéraires. Pour quelles raisons ? Pourquoi un élève qui étudie la littérature serait plus nul qu’un élève qui s’oriente en mathématiques ? Doit-on juger les capacités en fonction des orientations ?

Le proverbe

Lucien, 13 ans, n’a pas fait le devoir de français donné par son professeur, huit jours auparavant. Son père entre dans une grande colère. Il somme son fils de se mettre au travail même s’il doit y passer la nuit. Le sujet à traiter est un proverbe : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Lucien qui n’est pas bon élève n’arrive à rien mais il sait qu’il peut attendrir son père pour avoir de l’aide. Il se met donc à pleurer silencieusement. Emu, le père s’avance en faisant comprendre à Lucien qu’il est sévère pour le stimuler. C’est une preuve d’amour. Il se penche alors sur l’énoncé qui lui paraît peu clair et peu accessible. Il se doit d’épauler son fils, donc  il faut surtout qu’il se montre efficace ! Après beaucoup de questionnements, il réussit à noircir six pages et tend fièrement son chef d’oeuvre à Lucien. Qu’en sera-t-il après la correction du professeur ? Lucien a-t-il eu raison de faire confiance à son père ?

Des petits nouvelles bien sympathiques avec pour chacune d’elles une morale. Ces petites histoires faciles à lire et amusantes  ont toutes pour héros des enfants. Ce livre contient un supplément, une sorte de rallye-lecture pour tester ce que le lecteur a retenu.

Criminel de papier

Créature contre créateur, de Sarah K

Professeur de français au prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris, Victor  croit devenir fou. Depuis cette séance de spiritisme lors d’un congrès auquel il a assisté durant l’été, des choses étranges se produisent : des meurtres sont commis qui semblent l’impliquer. Mais pour lui, le meurtrier ressemble trait pour trait au personnage qu’il avait créé lors d’une ébauche de roman mais dont personne ne connait l’existence. Et les mises en scène des crimes semblent directement tirées de son histoire… La rentrée s’annonce difficile. Qui est le coupable ? Un proche, selon la police, qui est sur les dents. Victor se met à douter de tout le monde, de son meilleur ami,  de ses trop brillants élèves…

Un titre pas très bien choisi et une couverture pas très réussie pour un roman haletant et rempli de suspens. Un roman policier bien écrit dont l’intrigue tient le lecteur jusqu’au bout, avec un coupable dévoilé tardivement et une fin totalement inattendue !

Et vous savez quoi ? Je viens d’apprendre que Sarah Cohen-Scali et Sarah K ne seraient qu’une seule et même personne ! Un écrivain de littérature de jeunesse très justement réputé qui signe d’un pseudonyme des textes de qualité (voir également la nouvelle Le choc dans le recueil Les dents de la nuit (écrite par Sarah K dans une anthologie présentée par Sarah Cohen-Scali, vous me suivez toujours ?), de quoi nous embrouiller ! Mais dommage qu’elle n’ait pas pensé à nous, pauvres documentalistes, qui devons étiqueter les ouvrages… Un nom de famille d’une seule lettre, ça perturbe notre classement  (oui, je sais, je suis parfois un peu psycho-rigide !) !!!

Une intrigue  qui aurait tout à fait pu être à destination des adultes, mais l’auteur a fait le choix d’en faire une oeuvre de littérature jeunesse (que les adultes peuvent tout à fait prendre plaisir à lire). Le roman débute dans un univers fantastique qui glisse doucement vers un quotidien plus banal d’intrigue policière pure (en général c’est plutôt l’inverse !). De nombreuses références littéraires égrainent le texte. Le meurtrier s’inspire directement de la littérature classique (Hamlet et Raskolnikov)

Eh bien, pour moi, Hamlet est un criminel. Si on y réfléchit bien, son crime est encore plus atroce que celui de Raskolnikov. Tu sais, quand j’avais des troisièmes […] Une année j’ai voulu étudier Hamlet. Comme je voyais que ça ne fonctionnait pas bien, je leur ai fait visionner une cassette du Roi Lion.

Quoi ?

Oui, t’as bien entendu, Le Roi Lion de Walt Disney. C’est quasiment la même histoire ! Scar, l’oncle de Simba, tue son frère pour s’emparer de son royaume. Pour cela, il utilise le petit Simba et lui fait croire que c’est lui-même qui a tué son père au cours d’un accident. Plus tard, alors qu’il est adulte, le jeune Simba voit en songe le fantôme de son père qui lui apprendla vérité, et il décide de se venger. […]

Petit bémol cependant pour le personnage de Grillon, élève brillant sortant de banlieue pour intégrer un lycée prestigieux… un peu trop cliché (il aurait mérité un traitement plus développé pour que le lecteur trouve un intérêt réel à la présence de ce personnage dans l’histoire).

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Vipère au poing, de Hervé Bazin

Le visage de la haine

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Jean et Ferdinand Rezeau sont élevés par leur grand-mère paternelle, dans le domaine familial. Leur père, enseignant dans une université à Shanghai, vit avec sa femme et mère des enfants, en Chine. Le décès de l’aïeule contraint le couple à revenir vivre en France. Les garçons sont impatients de retrouver leurs parents surtout depuis qu’ils savent qu’ils ont un petit frère, Marcel qu’ils ne connaissent pas encore. Mais les retrouvailles ne vont pas être à la hauteur de leurs espérances. L’accueil de leur mère et de leur petit frère est glacial, seul le père manifestera un geste tendre. A ce moment, leur vie va prendre un nouveau visage, le visage de la haine et de la tyrannie. Jean qui est le narrateur sera le plus détesté des trois. La mère sera surnommée Folcoche, la contraction de folle et cochonne. Elle va faire vivre un véritable enfer à ses progénitures devant un père démissionnaire et dominé par son épouse. Elle veut tout gérer, tout imposer d’une main de fer. Un rapport de force va naître entre Jean et Folcoche, une guerre impitoyable va commencer.

Comment imaginer qu’une mère puisse se comporter comme un monstre. Sous prétexte de représenter l’autorité, jusqu’où peut-elle aller ? On reste pantois devant l’enfant qui subit mais qui reste debout. La haine entre une mère et son fils est si forte qu’elle nous transperce. La cruauté de cette génitrice dépasse l’entendement. Les enfants vont lutter, espérant en secret que leur marâtre meure et pouvoir en être enfin débarrassés. C’est une enfance privée de tendresse, marquée par les coups et les brimades. Au fil du temps, Jean va s ‘endurcir, il ne faut pas fléchir et tenir tête même dans la souffrance. Vipère au poing est avant tout un cri poussé contre l’éducation du moment. La souffrance, le désamour, les atrocités des actes sont ressentis d’une manière très forte par le lecteur. Un livre poignant qui fait partie des classiques, un incontournable. Pour moi c’est un coup de cœur qui date de mes années collège. J’ai vraiment été transportée par ce récit qu’on dit autobiographique. Cette histoire est violente mais reste d’actualité. La maltraitance, la cruauté de parents à l’égard de leurs enfants alimentent beaucoup trop de faits divers.

Il y a une suite, la mort du petit cheval où nous retrouvons Jean, adulte.

La mort du petit cheval, de Hervé Bazin

Madame mère a perdu…

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Jean a grandi, il a dix huit ans, mais reste marqué par tant d’années de tyrannie. Il va vivre loin des siens, chez un parent éloigné, où il découvrira ce qu’est l’affection. Mais Folcoche n’est jamais loin pour pourrir sa vie. Elle ne veut pas qu’il soit heureux. Jean va donc couper les liens avec sa famille et se lancer dans l’existence. Malgré des périodes difficiles, il est libre. Il va faire seul son apprentissage, découvrir l’amour, essayer de se construire une vie. Difficile quand les traces de violence sont encore là, quand l’esprit et le corps souffrent encore. Mais Jean se bat et résiste devant une Folcoche qui continue à montrer les crocs. Jean est adulte maintenant donc plus armé pour répondre aux bas coups de sa mère. Il va néanmoins se rendre compte qu’il est comme « elle », agressif et haineux parfois. Ceci va le bouleverser et lui faire peur donc il va réagir pour ne pas se forger un avenir véreux. Les portraits dressés par Hervé Bazin restent encore très acerbes mais on sent que Folcoche perd de sa puissance. La mort du petit cheval nous montre également qu’à l’âge adulte, l’être humain ne va pas forcément reproduire ce qu’il a vécu. Jean va savoir aimer, donner de l’affection.

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