Les garçons ne tricotent pas (en public), de T. S. Easton

Résultat de recherche d'images pour "les garcons ne tricotent pas en public fnac"Ben, jeune lycéen de 16 ans, est plutôt la tête de turc de son lycée. Il a néanmoins réussi à se faire une bande de copains, fidèles, mais pas vraiment toujours très clean qui l’embarquent régulièrement dans des plans plutôt foireux, qu’il voit bien venir et essaie au maximum d’éviter…. Alors qu’il s’enfuit après avoir volé de l’alcool dans un supermarché pour pouvoir s’inviter à une fête, Ben renverse une vieille dame et est arrêté par des policiers. On l’inscrit alors dans un parcours de « mise à l’épreuve pour jeunes délinquants. » Au programme : rédaction d’un journal quotidien décrivant ses activités, ses pensées et  ses préoccupations, « donner en retour » durant 100 heures à la victime de son délit… et s’inscrire à un atelier de …. tricot !

 

Ben est intelligent, très conciliant et un peu dépassé par tout ce qui lui arrive. Il a le profil d’un enfant précoce, même si cela n’est jamais clairement dit dans le livre et a un regard complaisant mais très acéré sur sa bande de copains et sur ses parents loufoques (une mère magicienne peu présente, un père mécanicien macho et content de travailler à mi-temps, qui font des blagues graveleuses à tout va qui indisposent notre pauvre Ben par leur médiocrité). Le personnage de Ben est vraiment très touchant et sympathique. Il ne semble être à sa place ni avec ses copains un peu loosers, ni avec ses parents un peu beaufs. Bien sûr, il se plie au règlement imposé par sa mise à l’épreuve avec beaucoup de bonnes grâces, mais surtout, que ça ne se sache pas… Il n’assume pas de faire du tricot, et pourtant, qu’est-ce qu’il est doué… etqu’est-ce qu’il aime ça ! En fait, c’est chaque personnage de ce roman, bourré de défauts et pourtant, profondément humains et attachants qui font la force de ce roman. Quand la bande de copains vient soutenir et défendre -à leur manière !- leur ami au concours de tricot, c’est assez jouissif !

Un roman frais, sensible, intelligent et original ! Sous son apparence légère, pourtant, il aborde des thèmes fortscomme les stéréotypes, les préjugés, le harcèlement. A partir de la 3ème pour lecteurs avertis. Et l’auteur ne sait même pas tricoter ! On va l’inviter à suivre notre club tricot du jeudi midi au collège !

Le monde à l’envers, de Claude Broussouloux

Marcher sur la tête pour mieux comprendre

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Le monde à l’envers est un recueil de douze petites pièces de théâtre qui traite de sujets du quotidien mais en en détournant le sens. Chaque personnage est détourné de sa vraie fonction. Le médecin devient malade, le gardien de prison devient truand, une fille super belle veut participer au concours de miss laideur. L’auteur dénonce certaines absurdités de notre monde pour essayer de remettre les choses dans le droit chemin, pour casser certains mythes aussi. Les situations sont cocasses, pleines de subtilités. Un ouvrage intéressant, humoristique qu’il serait bon de tester avec des élèves qui s’initieraient au théâtre !

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Un lapin peut changer une vie – on ne le dit pas assez !, de Sandrine Kao

Et si on changeait de vie ?

Dans la famille Ribout, rien ne va plus. Paul, le père, a démissionné de son travail de graphiste et personne ne sait ce qu’il fait de ses journées ; Alicia, la fille cadette, première de la classe a été changée de place pour se retrouver à côté de Keja, une fille du voyage qui a des poux ; Agathe, la fille aînée,  tombe amoureuse d’un inconnu alors qu’elle se produit sur scène avec son groupe de musique, et cela va révolutionner sa vie ; quant à Emmanuelle, la mère, elle n’arrive plus à signer aucun contrat en tant qu’illustratrice… Dépassée, démodée…elle occupe ses journées à tenir son blog culinaire, à dessiner des plats et à inventer des recettes qu’elle n’a pas les moyens de cuisiner. Et bien sûr, sans revenus, la famille est au bord du goufre ! Tous leurs repères se brisent, le quotidien est totalement chamboulé… mais finalement, est-ce si dramatique ? La vie n’est-elle pas faites de chemins qui arpentent des lieux parfois clairs, parfois sombres, parfois vides et parfois luxuriants. Tant qu’on est en vie, tout est possible !

Et le lapin, dans tout ça ? Un petit effet d’écriture qui trace un lien ténu entre tous les personnages de cette histoire familiale qui est en train de remettre en cause ses acquis. Le titre et la couverture du livre ne reflètent pas tant que ça la réalité du roman. C’est plus un accessoire qui pimente un peu le récit mais qui pourrait tout à fait être enlevé sans que cela ne change rien… D’ailleurs, notre lapin Django n’apparaît qu’au milieu du récit, même si avant l’importance de l’animal dans la vie de cette famille est évoquée. Pour ma part, cet artifice n’était finalement pas nécessaire, mais cela n’engage que moi…

Un récit joyeux, positif, sur le thème des grands bouleversements dont on peut avoir peur dans la vie mais qui sont parfois la meilleure façon de rebondir et continuer à aller de l’avant. Un récit à plusieurs voix, sur fond de musique jazz qui aborde en même temps que les relations familiales, le thème plus grave des sans-papiers, des gens du voyage et des préjugés. Un roman qui se lit comme un roman, en dépassant notre besoin de rationalité et de cohérence…et en acceptant la facilité des situations, surtout pour le final.

Billy Elliot, de Melvin Burgess

Une passion, une vie…

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L’histoire se passe en Angleterre, dans une ville minière. La vie est rude et le gouvernement ne favorise pas le quotidien des ouvriers. Les grèves sont nombreuses. Dans la famille de Billy, on est mineur de père en fils. Le jeune garçon de 12 ans vit avec son père et sa grand-mère depuis le décès de sa maman. La famille est pauvre mais le père finance néanmoins des cours de boxe à son fils en espérant que celui-ci réussisse dans cette discipline, pour avoir un meilleur avenir. Mais Billy Elliot a d’autres projets. Il va quand même aux entraînements qui ont lieu dans une salle que partage un professeur de danse. Pas vraiment brillant sur le ring, il ne se lasse pas d’observer les chorégraphies. Il les imite mais se rend compte que c’est difficile. Il garde alors l’argent de la boxe pour accéder en cachette aux cours de danse. Il s’acharne pour y arriver mais ce n’est pas du tout du goût de son père et de son frère qui tenteront de faire obstacle à son projet. Pourtant, Billy Elliot est très doué, son professeur croit en lui. Mais sa persévérance va-t-elle payer ? Qu’en sera-t il des relations avec sa famille ?

Un beau roman qui casse les préjugés. Pourquoi un garçon ne se tournerait-il pas vers la danse ? Pour beaucoup, la danse est une affaire de fille donc le garçon qui s’y colle n’est pas vraiment masculin. Billy a une grande force de caractère, il s’obstine malgré la réputation que lui vaudra sa passion. En marge de cette histoire, l’auteur nous décrit les dures conditions de vie des ouvriers qui luttent pour leur survie et qui s’insurgent contre le gouvernement en place, en l’occurrence celui de madame Margaret Thatcher, dans les années 80. L’ambiance terne et révolutionnaire des quartiers ouvriers est très bien traitée.

Le roman a été adapté au cinéma en 2000 par le réalisateur Stephen Daldry.

 

De bien étranges disparitions, de Florence Jenner-Metz

Voleur de poules

1540-1Antoine vient d’arriver dans ce petit village de Vauthiermont. A l’école, c’est « le nouveau ». Alors, quand des vols de poules ont lieu chez le père Benoît, son voisin, il est forcément accusé… Mais bientôt, les soupçons se porteront plutôt sur Djibril, qui, non seulement est aussi un « nouveau », mais en plus, est d’origine africaine ! « Ce serait bien le coup d’un Africain ! Mangeur et voleur de volaille ». Ni une ni deux, nos deux accusés se lient d’amitié et se serrent les coudes dans l’adversité : « Je viens de réaliser quelque chose de terrible : un étranger, c’est un coupable parfait ! Djibril est encore plus étranger que moi. Donc bien plus coupable… Le pire dans tout ça, c’est qu’avant, je n’aurais rien dit et j’aurais haussé les épaules pour aller jouer avec mes copains […] ». Mais pour prouver leur innocence, il va falloir mener l’enquête et la jouer serré.

Un petit roman pour aborder le genre du policier en toute sérénité. Ce texte en profite pour distiller, -de manière peut-être parfois un peu facile (par exemple dans le choix des professions des parents de Djibril)-, des messages de tolérance, d’entraide, pour tenter de contrer les préjugés … Tout à fait d’actualité en ces temps pas si lointain d’élection et de campagne présidentielles.

Facile et rapide à lire. Idéal dès la fin de primaire.

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Plus près de nos rêves, de Carole Prieur

Le défi

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Céliane adore écrire des poèmes. Elle a 14 ans. Elle est discrète et seul son frère Gabriel, 19 ans, connaît son amour des mots. Lui adore la musique, il aime chanter, sa voix est sublime. Martin, 16 ans, le beau gosse du collège, guitariste, va participer à un télé-crochet et va demander à Céliane de lui écrire une chanson pour son casting. Après quelques hésitations, elle accepte. Elle en parle à Gabriel. Excité par le projet, il va se joindre à eux. L’aventure commence, ils espèrent gagner ! Vont-ils réussir à franchir les étapes de la sélection ?

Plus près de nos rêves est un roman plein d’émotions qui fait réfléchir sur la vie. Carole Prieur sait avec des mots simples passer des messages à travers le quotidien d’une famille. Je ne peux pas m’étendre sur l’histoire car j’en dévoilerai déjà trop ! Dès les premières pages et avec une couverture très révélatrice, le décor est planté.

Le ton est léger malgré les sujets traités. On est face à des parents protecteurs, une gamine très mûre pour son âge et Gabriel dont la situation est difficile. Toute l’histoire tourne autour de lui. Céliane, la narratrice, est fragile mais forte à la fois. Ses parents lui en demandent beaucoup notamment vis-à-vis de son frère. Elle a peu d’amis. Une fois sortie du collège elle s’empresse de rentrer pour être avec Gabriel.

Ce roman est un livre plein d’espoir qui montre que malgré les préjugés, les obstacles qui peuvent se dresser, il faut aller jusqu’au bout de ses projets , de ses rêves. Il ne faut pas s’arrêter aux apparences et porter des jugements. Une histoire émouvante et positive, des personnages très touchants.

Préjugés

 Tintin au Congo, Hergé

Afficher l'image d'origineLa deuxième aventure de Tintin (après le très anticommuniste Tintin au pays des Soviets) commence à paraître en feuilleton dans le journal belge pour enfants Le Petit Vingtième, avant d’être édité en album. Nous sommes en 1930, époque de la colonisation triomphante. L’Europe domine et exploite une partie du monde, et, pour se justifier, elle multiplie les opérations de propagande dans le but de prouver les bienfaits qu’elle apporte à ses indigènes. C’est ainsi que la minuscule Belgique possède, en plein cœur de l’Afrique, le gigantesque Congo belge (aujourd’hui République démocratique du Congo), où le jeune reporter Tintin est envoyé par son journal. Les péripéties s’enchaînent comme autant de sketches, accumulant les stéréotypes qui en disent long sur les mentalités européennes, plus que sur la réalité du Congo belge. Laissons la paroles à Hergé lui-même, bien plus tard : « J’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… c’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour euxAfficher l'image d'origine que nous sommes là ! Etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque, en Belgique. » Ce n’est qu’avec Le Lotus bleu, quelques années plus tard, que l’auteur commencera à réaliser un véritable travail de fond sur les terres arpentées par Tintin, et les civilisations qu’il croise. La rencontre entre Hergé et l’artiste chinois Tchang Tchong-Jen (inspirateur du Tchang de l’album, et au cœur de la quête de Tintin dans Tintin au Tibet) est déterminante dans l’évolution humaniste du dessinateur belge (ce qui ne l’empêchera pas de mettre son talent sans trop d’états d’âme au service de la presse collaborationniste belge d’extrême-droite durant la Seconde Guerre mondiale…). En 1946, Tintin au Congo ressort, redessiné et mis en couleur, dans la version actuelle. Hergé en a profité pour atténuer les traits les plus grossièrement condescendants de son album, mais l’état d’esprit est toujours là… A vous de bien le repérer au cours de votre lecture, qui doit être fondée sur le plaisir, mais également sur l’esprit critique !

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