Les 9 de Little Rock, d'Elise Fontenaille

1957. C’est le jour de la rentrée. Neuf adolescents noirs doivent intégrer un lycée huppé de Little Rock, ville de l’Arkansas. Mais dans cet état du Sud des Etats-Unis, la ségrégation reste importante. La haine et la violence vont accueillir ces neuf étudiants et compliquer leur scolarité.

Cette histoire nous embarque sans ménagement dans une Amérique où l’intégration reste un mot vain, malgré la loi et les ordres de Washington. La suprématie du Blanc y est toujours en vigueur. L’arrivée des neuf étudiants noirs dans ce lycée de Little Rock va enflammer les esprits, attiser la haine, la violence, mais aussi diviser les opinions et faire bouger les choses.

Entre les soldats de la Garde nationale envoyés par le gouverneur raciste de l’Arkansas pour empêcher les étudiants d’entrer, les 1200 parachutistes envoyés par le président Eisenhower pour les protéger, les membres du Ku Klux Klan violents envers les Noirs mais aussi envers les Blancs modérés, la ville est sous tension.

Des journalistes enregistrent les cris de haine de la foule :
Nous refusons l’intégration
Nous refusons l’intégration
Nous refusons l’intégration

Le Nord antiesclavagiste contre le Sud esclavagiste. C’était il y a presque un siècle, officiellement le Nord a gagné, mais le vieux Sud reste ce qu’il est : violent, raciste, suprémaciste… Et fier de l’être. – Il y a la race supérieure – la blanche, et la race inférieure : la noire : en aucun cas elles ne peuvent vivre ensemble.

Ce livre, facile à lire, instructif et très intéressant, se présente un peu comme un reportage et est très adapté aux élèves de 4ème-3ème. Le sujet historique est des plus passionnants. En refermant ce livre, je me suis dit : « heureusement, nous avons changé d’époque »… Et puis, le doute : le racisme existe toujours. Différemment, certes, mais la haine de la différence est toujours présent dans notre monde, malgré le courage de ceux qui militent contre, comme ces 9 élèves, Rosa Parks et tant d’autres de différentes communautés.

Un message à faire passer : ouvrons nos esprits à la tolérance.

Le garçon qui parlait avec les mains, de Sandrine Beau et Gwenaëlle Doumont

Le langage du coeur

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Victoria est ravie, la maîtresse a présenté à la classe un nouvel élève. Il s’appelle Manolo et la petite fille tombe immédiatement sous son charme. Manolo est espagnol, craquant mais…. il est sourd et communique uniquement avec les mains. Par chance, la maîtresse connaît la langue des signes, ce qui étonne tous les élèves d’ailleurs. La présence de Manolo va soulever des protestations et des hostilités de la part des parents qui voient d’un mauvais œil son arrivée, par crainte que son handicap accapare trop l’institutrice ou ralentisse l’apprentissage de leurs enfants. Par ailleurs, une réelle amitié naît entre Victoria et Manolo, ils deviennent inséparables. Alors que certains vont l’aider à s’intégrer, d’autres vont se moquer. Victoria va alors mener un combat pour faire changer les comportements et le regard sur son ami.

Le garçon qui parlait avec les mains est un petit bijou. C’est un roman jeunesse qui pousse la porte du handicap, notamment de la surdité. Il nous fait ressentir les difficultés à s’intégrer pour la personne différente et les réactions des gens dits «normaux». Des réactions négatives pour certains car ils ne comprennent pas le handicap. L’inconnu fait peur et de là naissent les préjugés. Cet ouvrage est juste et très réaliste et pourrait servir de base aux enseignants pour expliquer l’importance de l’intégration des élèves différents, l’importance du vivre ensemble. Sandrine Beau nous fait également une petite initiation à la langue des signes qui, je trouve, devrait avoir sa place au sein des programmes scolaires.

Cette année au collège, une interventant extérieure est venue proposer l’apprentissage de la langue des signes aux élèves sur la base du volontariat. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’intégrer ces cours et ce fut un réel plaisir. Tellement enrichissant et expressif ! Une transmission des émotions particulières car tout passe par le visuel, l’expression du visage étant très importante. C’est pourquoi aussi ce livre est d’autant plus important pour nous !

Il faut signaler également les belles illustrations fraîches et colorées qui donnent à ce roman tout son sens. Un gros coup de cœur pour ce superbe roman.

La tête dans les étoiles, de Mélissa Keil

Une rencontre bouleversante…

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Sam est un adolescent qui ne se mêle pas aux autres élèves, il est dans sa bulle. Il a trois amis, il passe son temps à dévorer des films d’horreur, à jouer aux jeux vidéos. C’est un geek. Loin des préoccupations des garçons de son âge, Sam est malgré tout un adolescent plein d’humour, doué. Il est heureux comme ça. Mais tout va être remis en question, dès l’arrivée de Camilla dans sa classe. La jeune fille, qui ne va pas le laisser indifférent, est pétillante et belle. Par certains côtés, elle fait peur à Sam, qui ne sait pas comment faire face aux sentiments qui vont l’assaillir. Camilla côtoie les plus populaires du lycée mais va rapidement se joindre à Sam et à ses amis. Un bouleversement dans la vie de Sam qui jusqu’à présent restait dans l’ombre, en retrait. Comment va-t-il gérer la situation, va-t-il laisser Camilla s’approcher de lui ? Et si l’adolescente arrivait à fendiller sa coquille et provoquer en lui des sentiments jamais révélés….

La tête dans les étoiles est une belle histoire d’amis, de rencontres. Les personnages sont dans leur dernière année lycée, le passage à l’âge adulte est proche. On est témoin de la naissance de certaines personnalités, notamment Sam, qui, petit à petit, va s’ouvrir à ce qui l’entoure. Ce qui m’a plu est que le narrateur soit un garçon qui nous fasse partager ses ressentis, tantôt perturbé, tantôt sarcastique, mais tellement touchant.

L’auteure s’est servie de nombreuses références cinématographiques ou de jeux vidéo pour nous inviter dans le monde de Sam. Elle parle également des difficultés rencontrées en milieu scolaire, notamment au niveau des différences sociales et des étiquettes qui collent sur le dos de certains. D’un côté, elle a réussi à rendre populaires ceux qui ne l’étaient pas car elle a su mettre en avant leurs qualités et beaucoup devraient en tirer des leçons. Le plus populaire n’est pas forcément le plus intéressant !

Une lecture charmante, pleine de fraîcheur, drôle et émouvante qui parle simplement de la vie, et qui pour les plus âgés d’entre nous, constitue un retour nostalgique sur notre vie d’adolescent…

Tout ce que j’aurais dû savoir, de Claire Lazebnik

Maître de son destin…

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Chloé est une adolescente populaire et très sûre d’elle. Elle a une sœur de 21 ans, Ivy, qui est autiste. Chloé est très protectrice et ne veut pas que cet handicap soit un frein à tout lien social. Chloé se met en tête de trouver un petit ami pour sa soeur. Son choix va se porter sur Ethan qui n’est autre que  le frère de David, un élève de sa classe, peu aimé car très méprisant. Mais Ethan et Ivy ne sont pas à l’aise pour sortir seuls. Pour favoriser un éventuel début d’histoire, Chloé et David vont devoir les accompagner et donc passer beaucoup de temps ensemble.

Le fil conducteur de ce roman est le lien presque fusionnel entre les deux sœurs. Le sujet délicat qu’est l’autisme met en parallèle deux binômes , David et Ethan, Chloé et Ivy. Beaucoup de réalisme et d’émotions de part et d’autre, de jolies leçons de vie. S’en dégagent aussi la difficulté à affronter le regard des autres, les maladresses et les incompréhensions dont peuvent faire preuve les familles. D’où la difficulté pour les personnes autistes à trouver parfois leur place aussi bien dans la société qu’au milieu de leurs proches. Les personnages qui gravitent autour des protagonistes amènent leur lot de préjugés.

Une belle histoire qui prouve qu’on ne peut pas aller contre la nature des êtres et qu’il faut que chacun fasse son chemin en suivant ses propres convictions.

Qui veut jouer au foot ? de Myriam Gallot

Comme les garçons !

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Quand on regarde ce qui se passe pendant la récréation, en primaire, il est très fréquent d’y observer les garçons jouant au foot. En général, ils investissent les ¾ de la cour, au grand dam des filles, qui sont « condamnées » à se partager le ¼ restant. Pourquoi les filles ne participeraient-elles pas, elles aussi, à ces parties de ballon ? Pourquoi une différence aussi marquée ? C’est trop injuste. Margot n’en peut plus, il faut que ça change mais comment ? Les filles vont faire preuve de finesse et de ruse, pour arriver à leur fin et faire plier les garçons.

Un petit roman très sympathique qui met en avant les idées reçues sur les filles et les garçons. Pourquoi une fille ne pourrait-elle pas jouer au foot ? Est-ce seulement réservé aux garçons? Myriam Gallot arrive parfaitement et simplement à cerner le problème, tout en y apportant des solutions. Le but est que les choses avancent. Les discussions sont nécessaires pour casser les préjugés et démontrer qu’une cohabitation est possible si tout le monde fait un effort. Faire prendre conscience aux enfants que les filles et les garçons peuvent aimer et faire les mêmes choses, c’est préparer aussi l’adulte qu’ils seront à être plus tolérant.

Qui veut jouer au foot ? est une histoire qui suscitera de nombreux débats sur les différences filles/garçons, les inégalités hommes/femmes. Cette lecture prouvera également à nos jeunes lecteurs, qu’il faut parler quand un problème nous tient à cœur. Partager les états d’âme c’est trouver ensemble des solutions.

Les garçons ne tricotent pas (en public), de T. S. Easton

Résultat de recherche d'images pour "les garcons ne tricotent pas en public fnac"Ben, jeune lycéen de 16 ans, est plutôt la tête de turc de son lycée. Il a néanmoins réussi à se faire une bande de copains, fidèles, mais pas vraiment toujours très clean qui l’embarquent régulièrement dans des plans plutôt foireux, qu’il voit bien venir et essaie au maximum d’éviter…. Alors qu’il s’enfuit après avoir volé de l’alcool dans un supermarché pour pouvoir s’inviter à une fête, Ben renverse une vieille dame et est arrêté par des policiers. On l’inscrit alors dans un parcours de « mise à l’épreuve pour jeunes délinquants. » Au programme : rédaction d’un journal quotidien décrivant ses activités, ses pensées et  ses préoccupations, « donner en retour » durant 100 heures à la victime de son délit… et s’inscrire à un atelier de …. tricot !

 

Ben est intelligent, très conciliant et un peu dépassé par tout ce qui lui arrive. Il a le profil d’un enfant précoce, même si cela n’est jamais clairement dit dans le livre et a un regard complaisant mais très acéré sur sa bande de copains et sur ses parents loufoques (une mère magicienne peu présente, un père mécanicien macho et content de travailler à mi-temps, qui font des blagues graveleuses à tout va qui indisposent notre pauvre Ben par leur médiocrité). Le personnage de Ben est vraiment très touchant et sympathique. Il ne semble être à sa place ni avec ses copains un peu loosers, ni avec ses parents un peu beaufs. Bien sûr, il se plie au règlement imposé par sa mise à l’épreuve avec beaucoup de bonnes grâces, mais surtout, que ça ne se sache pas… Il n’assume pas de faire du tricot, et pourtant, qu’est-ce qu’il est doué… etqu’est-ce qu’il aime ça ! En fait, c’est chaque personnage de ce roman, bourré de défauts et pourtant, profondément humains et attachants qui font la force de ce roman. Quand la bande de copains vient soutenir et défendre -à leur manière !- leur ami au concours de tricot, c’est assez jouissif !

Un roman frais, sensible, intelligent et original ! Sous son apparence légère, pourtant, il aborde des thèmes fortscomme les stéréotypes, les préjugés, le harcèlement. A partir de la 3ème pour lecteurs avertis. Et l’auteur ne sait même pas tricoter ! On va l’inviter à suivre notre club tricot du jeudi midi au collège !

Le monde à l’envers, de Claude Broussouloux

Marcher sur la tête pour mieux comprendre

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Le monde à l’envers est un recueil de douze petites pièces de théâtre qui traite de sujets du quotidien mais en en détournant le sens. Chaque personnage est détourné de sa vraie fonction. Le médecin devient malade, le gardien de prison devient truand, une fille super belle veut participer au concours de miss laideur. L’auteur dénonce certaines absurdités de notre monde pour essayer de remettre les choses dans le droit chemin, pour casser certains mythes aussi. Les situations sont cocasses, pleines de subtilités. Un ouvrage intéressant, humoristique qu’il serait bon de tester avec des élèves qui s’initieraient au théâtre !

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