Comment je suis devenue UN ROBOT, de Nadia Coste

 

Margot est en 4ème. Un matin, en arrivant au collège, elle est percutée par une voiture. Sa vie bascule irrémédiablement. Amputée d’un pied et d’une main, elle devra apprendre à accepter ce  corps mutilé, ses prothèses, le regard des autres. Est-ce en se fabriquant une armure et en éradiquant toute émotion, tel un robot, que Margot réussira à surmonter cette difficile épreuve ? Heureusement Ambre, sa meilleure amie, est là, qui veille, fervente défenseuse de l’identité et des différences. Personne n’a un corps parfait, le tout est de s’aimer tel que l’on est, peu importe ce qu’en pensent ou disent les autres.

Une histoire sur un sujet difficile : comment accepter le handicap après une amputation et ─ encore plus compliqué ─ quand on est adolescente ? L’auteure, par les mots de Margot et Ambre, les narratrices, décrit très bien les phases que traverse la jeune ado. La perte de ses membres lui fait vivre ce qu’on appelle un processus de deuil. Face à une situation insupportable, l’esprit met en œuvre des mécanismes de défense, de façon inconsciente : déni, colère, marchandage puis repli sur soi avec la prise de conscience du caractère définitif de la situation, avant d’atteindre la phase finale de l’acceptation.
Dès les premières pages, Margot nous livre ses sentiments :  » Si seulement je pouvais me faire engloutir par le matelas et disparaître une bonne fois pour toutes, ce serait moins difficile que d’affronter cette vie qui m’attend !  » Elle refuse ce nouveau corps imposé, elle voudrait ne pas regarder ni nommer son « moignon » :  » Je suis obligée de voir ce… truc, là « …Et encore moins le toucher.
Quand Margot préfère se forger une armure et faire taire toute émotion, seule façon pour elle de
surmonter l’épreuve, c’est un mécanisme de défense également. On voit petit à petit le processus
s’accomplir, et on comprend comment Margot est devenue un robot.

En lisant ces pages, le lecteur entre dans l’intimité de la jeune adolescente, témoin direct de ses ressentis et d’un quotidien où tout a changé. On devine aussi le poids du traumatisme pour l’entourage. Comme Margot est narratrice, on ne connaît les sentiments de ses parents que par la description qu’elle en donne, et cela sonne parfaitement juste.
La seconde voix de ce roman, c’est Ambre. Une amie au franc-parler et au soutien indéfectible, qui raconte aussi les difficultés de l’adolescence. Le lecteur connaît alternativement le point de vue de l’une puis celui de l’autre. Et finalement apparaît un point commun dans les deux récits : la question de l’estime
de soi. C’est bien de cela qu’il s’agit, au fond. L’estime de soi passe par l’acceptation de l’image corporelle, image qui va être modifiée tout au long de notre vie. Ambre doit accepter une poitrine volumineuse qui la met mal à l’aise, Margot doit réinvestir ce corps qu’elle ne reconnaît pas. L’infirmière de Margot le dit, très tôt dans le récit :  » Mais c’est ton corps, tu sais. Accident ou pas, il change tout au long de ta vie, et à l’adolescence en particulier. Même s’il n’est pas parfait, tu n’en as qu’un : c’est en l’acceptant comme il est que tu pourras te sentir bien dans ta peau. « 

Comment je suis devenue un robot, un livre sur le handicap mais aussi sur le rapport au corps pendant l’adolescence, avec en toile de fond une jolie histoire d’amitié.

À lire sans tarder !

 

À noter :
Ce livre a fait l’objet d’un travail collectif auprès d’écoliers, collégiens et lycéens, le Feuilleton des Incos. Mis en place par l’association des Incorruptibles*, le Feuilleton des Incos met en relation des auteurs et des classes. Le but est de découvrir les coulisses de la création littéraire, au moyen d’une correspondance
avec l’auteur et d’une lecture par épisodes d’un roman en cours d’écriture.

*Les Incorruptibles : Association créée en 1988 avec la collaboration de Françoise Xenakis, qui a reçu l’agrément de l’Éducation Nationale en 2013, et dont l’objectif est de susciter l’envie de lire chez les plus jeunes.

La vie selon Pippa, tome 2. Ma vie est un merveilleux désastre, de Barbara Tammes

Journal, oh mon bon journal, suis-je quelqu’un de bien….

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Nous retrouvons Pippa, cette jeune adolescente, partagée entre des semaines chez sa mère à la campagne et des week-ends à la ville chez son père et sa belle-mère. D’un côté, une vie décontractée et de l’autre, une vie plutôt stricte.

C’est toujours la guerre entre ses parents qui n’arrêtent pas de se critiquer et de se reprocher le mode d’éducation qu’ils imposent l’un et l’autre à Pipa. C’est à peine s’ils se regardent quand ils s’échangent les enfants.

La jeune fille a toujours la passion des chevaux mais cette fois-ci, elle est tombée raide dingue amoureuse d’un garçon, à qui elle ne parle pas et qui ne sait même pas qu’elle existe. La tenue de son journal intime devient donc très importante. En effet, Pippa se pose beaucoup de questions et se demande même si elle a un cœur, si elle est quelqu’un de bien. Baisse de moral, Pippa ? Elle a promis également à sa petite sœur, Popy, de réunir ses parents en toute convivialité, le jour de Noël. Oh la la, ce n’est pas gagné ! Mais Pippa s’est engagée donc impossible pour elle de renoncer.

Pippa est toujours aussi pleine d’entrain, farfelue, originale, avec un franc-parler et beaucoup d’humour. Elle continue à mettre en dessin et en schémas ses questionnements, ses choix.  Même si je suis adulte, ce roman, destiné aux ados, m’a beaucoup amusée. J’ai vraiment apprécié ma lecture et ce côté réflexion sur la vie. Les illustrations sont très drôles et très colorées.

Strong girl forever, 1.Comment ne pas devenir cinglée, de Holly Bourne

 

Evie est une lycéenne anglaise de 17 ans. Le roman s’ouvre sur la page d’un journal « de guérison ». Ou plutôt un journal de « normalité« , comme le revendique la triple rature et la correction manuscrite.

Le ton est donné, l’ensemble du roman tourne autour de cet axe : comment devenir normale ? Comment se sentir comme les autres quand on passé plusieurs années cloîtrée dans sa chambre, souffrant de TOC et de trouble anxieux généralisé ?

Evie, narratrice du roman, nous raconte donc son retour à la vie sociale, la vie d’une adolescente, en somme : le lycée, les copines, les garçons, les fêtes, le premier rencard, les premiers chagrins…

Strong Girls Forever, littéralement Filles fortes pour toujours (comprendre « filles indépendantes et fières de l’être« ), c’est aussi une jolie histoire d’amitié : Evie, Lottie et Amber se sont trouvées, ensemble elles fondent le « Club des Vieilles filles ». Sur fond de féminisme naissant et non moins conquérant, elles réfléchissent à la place de la femme dans les relations avec le sexe opposé, sa place dans la société en général. Et de quête de normalité à féminisme et vice versa, il n’y a qu’un pas.

Au fil de l’histoire que nous livre Evie, une ombre menace peu à peu. Le lecteur, seul vrai confident d’Evie, est témoin de l’émergence insidieuse des pensées négatives qui la grignottent petit à petit. On devine que s’annonce une lutte sans merci…

On s’attache à cette ado en souffrance, et on a envie de lui dire ce que très sagement lui dit Sarah sa thérapeute :  » Tout le monde avance constamment sur le fil du rasoir. Tout le monde a parfois l’impression de vivre un vrai cauchemar, et il n’y a aucune façon « normale » de s’en sortir. La normalité n’existe pas en tant que telle, Evie. C’est un concept relatif. Tu poursuis un mirage. « 

Une tension présente, dûe en partie à l’immersion du lecteur dans l’esprit de la narratrice, qui donne envie de ne pas lâcher le livre. Le lecteur en témoin et confident découvre, en même temps qu’elle, la menace qui pèse sur elle. Derrière les mots d’Evie, on devine la plus profonde de ses angoisses : être finalement, réellement, littéralement folle. Cette angoisse obsédante est telle qu’elle transparait jusque dans le titre du livre, en sous-titre certes, et faussement désinvolte, mais en lettres capitales tout de même : Comment ne pas devenir cinglée.

Nathalie, assistante pédagogique

Dysfférent, de Fanny Vandermeersch

Dysfférent

C’est l’histoire d’un garçon, un collégien. Il s’appelle Charlemagne. Un drôle de prénom qui n’aide pas à se sentir « comme les autres ». Et justement, Charlemagne est différent des autres enfants, il est « dys » : dyslexique, dysorthographique et dyspraxique. Ces termes barbares recouvrent des troubles de l’apprentissage, notamment dans l’acquisition du langage écrit : « Les lettres tourbillonnent, changent de place – elles jouent entre elles. » Il est difficile pour Charlemagne de se concentrer en classe. En sport aussi, c’est souvent compliqué, car il a du mal à coordonner ses gestes.

Mal dans sa peau, Charlemagne a du mal à se faire des amis (« parfois je pense que je ne suis qu’un bon à rien, un idiot, une erreur« ) et les autres, Ringo en tête, se moquent souvent de lui.

Heureusement, Charlemagne peut compter sur le soutien de ses parents et de son frère Clément. Leur rituel à tous les deux, le soir : lire une page du dictionnaire. La musicalité des mots le touche et c’est ainsi que l’on découvre que Charlemagne, « mauvais » élève dans quasiment toutes les matières, pourrait bien avoir un talent caché, qui ne demandera qu’à se révéler. Peut-être grâce à la rencontre de Madame Charlotte, la prof de musique remplaçante, et celle de Jade, l’énigmatique et jeune pianiste ?

Ce roman a tous les attraits pour un lecteur adolescent : un format poche et court (88 pages), un style fluide, une narration à la première personne et un langage parlé qui rendent la lecture aisée. Et puis le contexte de l’histoire : la vie d’un collégien, ses rapports avec les autres, et son sentiment d’être différent. Ce sentiment d’être différent est un thème récurrent de l’adolescence, et finalement de la vie en général. C’est aussi ce que nous dit l’auteur, par les mots de Clément, le grand-frère de Charlemagne : « Ecoute, tu te sens différent parce que tu es dyslexique. Mais tout le monde est différent ! Par exemple, moi je suis gaucher. Maman a une jambe un peu plus grande que l’autre et doit mettre des semelles dans ses chaussures. Papa ronfle la nuit… » L’histoire de Charlemagne nous intéresse, elle parle à chacun de nous.

L’intrigue progresse vite, on veut connaître le dénouement de ses déboires avec l’affreux Ringo, mais aussi qui est la mystérieuse pianiste de la maison au fond du bois…

Sans en dire davantage, une chose est sûre, on referme ce livre avec le sourire aux lèvres.

Dysfférent fait partie de la collection Rester vivant des éditions Le Muscadier, qui s’adresse particulièrement à un public adolescent. Elle aborde sans détour les thèmes du monde d’aujourd’hui, tout en tentant d’éveiller chez ses lecteurs un sens critique et un regard incisif sur nos comportements.

Enfin, un détail qui a son importance et qu’il est bon de souligner : le texte du roman est composé avec la police de caractères Open-Dyslexic qui facilite la lecture et permet d’améliorer la compréhension des personnes dyslexiques.

Aucune excuse pour ne pas lire ce roman !