L’agenda du (presque) poète, de Bernard Friot

Un jour, un poème….

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365 pages pour voyager à travers les mots, 365 pages pour voyager au gré de notre imagination. L’agenda du (presque) poète est une sorte de bible pour les poètes en herbe. Ce livre regorge d’idées pour se lancer dans l’écriture. Chaque page comporte la citation d’un poète et les propositions de Bernard Friot pour s’essayer à la poésie. Un trésor d’activités qui montre que la poésie est avant tout un jeu d’écriture et qu’elle ne s’adresse pas forcément aux plus érudits d’entre nous. Elle est accessible à tous. Il faut savoir attendre l’inspiration, trouver ce petit quelque chose qui fera briller cette petite étincelle qui se trouve au fond de chacun de nous. Bernard Friot nous insuffle ce coup de pouce. Mais la poésie ce ne sont pas que des mots, des vers, ce sont des couleurs, des sons qui vont éveiller des émotions, des sensations transmises également par les dessins très colorés qui illustrent chaque page. Ce livre est un véritable mode d’emploi pour la poésie et souligne que pour être touchant, un texte n’a pas besoin d’être excellent, mais doit dégager avant tout quelque chose d’humain. On peut utiliser cet ouvrage lors d’ateliers d’écriture et pourquoi pas en classe pour démarrer des séquences sur la poésie.Un agenda à consulter au gré de ses envies et de ses humeurs. C’est certain, ce livre  a sa place dans les CDI.

Alors tous à vos crayons, oser, inventer, retrouvons le plaisir d’écrire! Je me lance…

Les mots sont des caresses

les mots sont des épines

les mots blessent

les mots égratignent

les mots sont des couleurs

les mots sont amour

les mots illuminent le cœur

les mots c’est pour toujours

Gaston Lagaffe, de André Franquin

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M’enfin !

Personnage créé par le dessinateur belge André Franquin, apparu pour la première fois en 1957 dans Le journal de Spirou. Au départ, Gaston est une pure invention de l’auteur pour animer le journal et non pour créer une nouvelle bande dessinée. Une sorte de héros sans emploi, qui ne sait pas trop quel rôle il va jouer. Mais au fil du temps, Franquin se prend au jeu et Gaston deviendra un personnage majeur d’album.

A ses débuts, il est en costume et nœud papillon qu’il a vite troqué pour un jean, pull-over et espadrilles. Gaston a l’image d’un anti-héros, gaffeur par excellence, d’où son nom de famille. Gaston la Gaffe est employé à la rédaction de Spirou, il est mince, avec une tête ronde et un nez généreux. Ses cheveux sont très courts mais au fil du temps ils seront plus longs, son physique va évoluer, ses yeux et sa bouche seront plus expressifs. C’est un personnage qui a 18 ans, il est rêveur et timide, passionné de musique et grand défenseur de la nature. Franquin en a fait également un personnage engagé.

A chaque fois qu’il entreprend quelque chose, il déclenche une catastrophe. Les gags se succèdent à la fois comiques, burlesques, absurdes.

Les Editions Dupuis vont accueillir ce héros pendant 25 ans, avec 19 albums et sa réplique culte «M’enfin ?!?».

En 1996, le personnage disparaît avec la mort de son créateur et laisse un vide immense dans le milieu de la bande dessinée. En 2017, Gaston a fêté ses 60 ans et fait toujours autant délirer les lecteurs.

Le CDI possède 8 albums à découvrir !

Le pays des contes, de Chris Colfer

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Le sortilège perdu

Les trois tomes de la série « Le pays des contes » retracent les aventures de  Conner et sa soeur Alex, des jumeaux de 12 ans. Pour leur anniversaire, leur grand-mère leur offre un livre ancien, Le pays des contes. Des histoires qu’elle leur lisait quand ils étaient petits. Mais quelques jours plus tard,  le livre semble s’animer et aspire les enfants dans un monde parallèle. A partir de ce moment, ils vont traverser un univers où les contes  vont devenir réalité. Mais à un détail près, les héros des histoires vont être détournés de  leur vraie nature, ils n’auront pas la vie qu’ils pensaient avoir. Ainsi, le chaperon rouge n’a plus peur du loup, Boucle d’or est une vraie peste… Alex et Conner vont rencontrer des personnages qui ont tous leurs problèmes comme n’importe quels humains. Ce monde féérique est aussi amical qu’impitoyable. Bien que le voyage semble plaisant, Alex et Conner vont devoir songer à rentrer. Mais pour espérer retourner auprès de leur mère, les enfants seront dans l’obligation de rassembler huit objets particuliers.

On reste dans la fiction  mais du coup, les protagonistes sont plus réels. Alex et Conner sont de grands fan de contes qu’on découvre à travers leurs yeux. Ils sont émerveillés et nous partageons sans retenue leur enthousiasme. La vie ne les a pas épargnés, leur père est décédé un an plus tôt et leur maman doit travailler dur pour les élever, donc cette évasion va chambouler leur vie de belle manière. Une grande aventure s’ouvre à eux, une aventure au cours de laquelle ils vont découvrir que leur père venait des pays des contes avant de se marier. Ils sont donc les enfants des deux mondes.

Chris Colfer respecte les « vrais contes », il en a fait quelque chose d’original  en écrivant ce qui arrive aux personnages après ce qu’on connaît déjà d’eux. Un récit enchanteur, un véritable retour en enfance.

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Le sortilège perdu est suivi de Le retour de l’Enchanteresse et de L’éveil du dragon disponibles au CDI.

 

Le goût amer de l’abîme, de Neal Shusterman

En plein chaos…

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Caden a 15 ans, c’est un adolescent doué qui adore dessiner. D’ailleurs, il retrouve régulièrement des amis passionnés comme lui. Ensemble, ils créent des jeux vidéo. Mais voilà, depuis quelques temps, Caden se sent persécuté, il pense que ses camarades de classe veulent le tuer. Il a bien essayé d’en parler avec son père mais celui-ci a du mal à le suivre, il ne le comprend pas. L’adolescent est perdu dans ses pensées, dans ses idées étranges. Quand il perd pied avec la réalité, il se prend pour un mousse navigant à bord d’un grand bateau, à la recherche d’un trésor. Le délire est continu. Il a de grosses crises d’angoisse, il voit des monstres partout, il entend des voix et commence à souffrir de phobie sociale. Il se surprend également à penser que ses parents, sa famille ne sont pas ce qu’ils sont réellement, mais qu’ils font partis d’une secte dans le seul but de le nuire voire de le faire disparaître. Il n’arrive plus à intégrer un groupe, à partager des moments avec des amis. Il fait semblant de s’intéresser mais en fait, il ne les comprend plus, comme s’ils parlaient un langage différent. Leurs voix, leurs rires sont lointains, ils résonnent dans un brouillard. Caden est dans sa bulle. Il est dans un trou noir qui l’absorbe. Même ses dessins n’ont plus de forme, ce sont des gribouillis. A chaque fois que la réalité lui échappe, il se retrouve sur le bateau. Et puis il y a toujours ces voix qui ne le quittent plus, obsédantes et machiavéliques. Les objets prennent vie et lui parlent. En chacun d’eux, Caden voit des signes qui lui dictent une conduite. Les symboles ont un pouvoir et s’animent.

Les parents remarquent le comportement étrange de leur fils mais, au début, ils pensent que c’est un manque de concentration. Petit à petit, la difficulté de communiquer, l’éloignement mental de Caden les inquiètent. Pour la première fois, ils pensent que consulter un thérapeute pourrait être utile. La situation se dégrade, Caden voit des monstres partout, soupçonne les gens de lui vouloir du mal, ne dort pas, marche sans cesse. La réalité lui échappe, tout est difforme, sens dessus-dessous. Arrive alors le moment où Caden est hospitalisé. Décision difficile pour des parents qui ne savent plus comment aider un fils qui part à la dérive. Les thérapies, les prises de médicaments se succèdent. Caden va rencontrer d’autres patients qui, comme lui, ont une lourde pathologie, qui, comme lui, sont brisés. Le jeune homme se rend compte qu’il est malade et en cela regrette de n’avoir pas vécu à une autre époque, à une époque où on aurait pu lui reconnaître un don, où on aurait pu le prendre pour un prophète. Là, on le voit comme le malade qu’il est. La limite entre la réalité et les eaux troubles des ténèbres est infime, à tout moment Caden peut basculer dans une folie destructrice autant pour lui que son entourage.

Le goût amer de l’abîme est un roman en partie autobiographique. Neal Shusterman s’est inspiré de la maladie de son fils qui comme le héros, s’enfonçait petit à petit dans son monde. Les chapitres alternent entre la réalité et les pensées de Caden. Le début est un peu déroutant car pas toujours facile à comprendre. Le lecteur doit prendre ses marques et persévérer dans la découverte de cet écrit qui est fabuleux. Petit à petit, tout se cale, les délires paranoïaques de l’adolescent sont plus clairs, et on arrive à tisser le lien entre ce qui arrive et ses transferts. Mais quel calvaire pour son entourage ! Ce qui reste extraordinaire est que l’auteur Neal Shusterman a réussi à analyser, à décrire le mal dont souffre son fils à partir de ses dessins et de ses réflexions. Lors de l’internement de Caden, l’auteur nous dresse le portrait des différents patients qui sont dans le même service que lui et qui souffrent comme lui de schizophrénie. Cette maladie a de nombreux visages, des traitements existent mais ne sont pas toujours concluants car chaque patient est unique. Il faut souligner aussi le gouffre dans lequel est précipité la famille, leur impuissance et leur peur. Pas facile de se battre et d’espérer. La science progresse et elle apprend davantage sur le cerveau ce qui permet d’élaborer de nouveaux traitements. Mais guérissons-nous vraiment de cette pathologie ? Le risque de rechute est omniprésent et certains mettent fin à leur jour. Neal Shusterman a eu de la chance, son fils s’est sorti de cet abîme, en espérant que jamais plus il ne répondra à l’appel des eaux troubles.

Un coup de coeur, à lire dès la 3ème pour les très bons lecteurs.

Motordu a pâle au ventre, de Pef

La vie est pelle mais je dois encore me recauser…

Résultat de recherche d'images pour "motordu a pale au ventre"C’est une catastrophe. Le prince de Motordu a mal au ventre, il doit aller à l’hôpital pour se faire opérer. Il a lapin des huîtres ! ( appendicite).
Une histoire pleine d’humour rythmée par un florilège de jeux de mots tordus, accompagnés par des illustrations amusantes. Un régal pour nos plus jeunes !
Le personnage du prince de Motordu créé par Pef, est apparu dans la littérature jeunesse en 1980, avec la Belle lisse poire du prince de Motordu ( la belle histoire..) paru aux éditions Gallimard. Depuis une vingtaine de titres sont sortis.
Le prince déforme les mots, les expressions comme pourrait le faire les enfants. Ainsi, il habite dans un chapeau, il mange des petits bois et se promène dans les pois.
Les dessins, qui occupent une place importante, illustrent les jeux de mots au pied de la lettre, ce qui renforce le côté comique de l’histoire. L’association image/mot aide à la compréhension du vocabulaire. Le jeune lecteur peut également s’amuser à retrouver le mot initial, avant sa transformation.  Les histoires du prince de Motordu sont riches d’enseignement. D’ailleurs, l’auteur inscrit ses livres dans la lutte contre l’illettrisme.
Voilà déjà plus de trente ans que Pef façonne les mots, qu’il les pétrit pour le plus grand plaisir de ses lecteurs !

Dictionnaire D mots tordus, de Pef

Pour vous les glaçons et les petites billes…

Il était une fois un beau prince qui devait épouser une belle princesse et bla bla bla bla bla bla…On sait comment ça commence, on sait comment ça se termine. Ils vécurent heureux et eurent plein d’enfants. Mais non, marche arrière on reprend. Il était une fois un prince, oui mais pas comme les autres. En fait, le vocabulaire et lui ça fait deux. Il tord tous les mots, les grands, les petits ! Ce qui est extraordinaire c’est que tous ses amis ont été pris par cette même folie. Alors que faire de tout ça, si ce n’est de les répertorier dans un dictionnaire bien à part. Tout y passe, on parle de tout, on déforme tout. Mais qu’est ce qu’on s’amuse !

Ce petit livre est divin, plein d’humour, loufoque. On passe un très bon moment à deviner les véritables mots qui se cachent derrière les mots tordus. Quelquefois, ce sont les définitions qui sont tordues. Pef manipule la langue avec beaucoup de talent. Un livre à partager sans modération. Je pense néanmoins que les textes sont destinés à un jeune public ayant déjà une petite maîtrise de la lecture. Je vous laisse car c’est la fin et comme dirait Pef « quand on a fin, il faut commencer à manger».

Les murs bleus, de Cathy Ytak

Des âmes abîmées…

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Paris 1969. Antoine déambule dans les rues de la capitale, tenant par la main un petit brésilien de 5 ans, Loirinho. Antoine est un déserteur. Il y 7 ans, il a intégré les convois de réservistes, en partance pour l’Algérie. Condamné à mort pour avoir désobéi, il s’exile au Brésil où il a fait la rencontre d’une jeune femme, Jerusa, devenue sa compagne. Antoine a maintenant 38 ans et revient en France, son pays d’origine pour régler un divorce et parce que ce petit garçon presque aveugle, doit subir une greffe de cornée. Mais ce retour est amer. Il ne reconnaît plus son pays. Antoine est un écorché vif, poursuivi par les horreurs de la guerre, rattrapé par un passé sanglant. Il souhaiterait retrouver sa vie d’avant, sa vie d’instituteur. Il rend visite à son ami Louis, déserteur également, hanté par les mêmes images cinglantes, assassines. Antoine, considéré tel un traître, est un rescapé qui a été puni parce qu’il a refusé de tuer, de violer. Il a assisté à des scènes horribles qui ne cessent de le torturer. L’enfant est le fruit d’un viol et c’est Jerusa qui l’a accueilli car sa mère, une jeune adolescente de 14 ans l’a rejeté. Lui aussi est hanté par un cauchemar. Il voit des ânes partout. On apprendra un peu plus tard la signification de ce tourment …. Au Brésil, la pauvreté côtoie la violence. Antoine ne veut pas y retourner malgré une femme aimante qui l’attend. Il est F, il veut revenir chez lui, se construire une vie. Tout recommencer. Mais que va lui apporter une France qu’il ne reconnaît plus ?

Les murs bleus est l’histoire d’une renaissance portée par les liens très forts qui vont unir le petit garçon et Antoine. Sous la plume pleine d’émotion et de sensibilité de Cathy Ytak, on voit évoluer leur relation. C’est tout un symbole. Loirinho a un voile sur les yeux, le même qu’Antoine, lorsqu’il regarde autour de lui et qu’il ne trouve plus sa place dans le pays qui est le sien. Il a laissé au Brésil la femme qu’il aime, il a peur de la décevoir, de la faire souffrir car le passé l’emprisonne. Il faut qu’il fasse des choix qui seront pour beaucoup influencés par Loirinho.

Le récit à la fois dur et touchant aborde le sujet de la guerre d’Algérie et de ce qu’elle laisse comme traces dans la mémoire. Des hommes meurtris, incompris, des femmes qui ont souffert, qui ont été brutalisées, violées, des reconstructions difficiles, voire impossibles. Ils sont seuls face à leurs démons, avec dans la tête et sur le cœur, des plaies béantes qui jamais ne se refermeront. L’amour est également très présent dans cette histoire : l’amour d’un pays, d’un enfant, d’une femme. Et c’est par amour qu’Antoine fera ses choix.