Les murs bleus, de Cathy Ytak

Des âmes abîmées…

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Paris 1969. Antoine déambule dans les rues de la capitale, tenant par la main un petit brésilien de 5 ans, Loirinho. Antoine est un déserteur. Il y 7 ans, il a intégré les convois de réservistes, en partance pour l’Algérie. Condamné à mort pour avoir désobéi, il s’exile au Brésil où il a fait la rencontre d’une jeune femme, Jerusa, devenue sa compagne. Antoine a maintenant 38 ans et revient en France, son pays d’origine pour régler un divorce et parce que ce petit garçon presque aveugle, doit subir une greffe de cornée. Mais ce retour est amer. Il ne reconnaît plus son pays. Antoine est un écorché vif, poursuivi par les horreurs de la guerre, rattrapé par un passé sanglant. Il souhaiterait retrouver sa vie d’avant, sa vie d’instituteur. Il rend visite à son ami Louis, déserteur également, hanté par les mêmes images cinglantes, assassines. Antoine, considéré tel un traître, est un rescapé qui a été puni parce qu’il a refusé de tuer, de violer. Il a assisté à des scènes horribles qui ne cessent de le torturer. L’enfant est le fruit d’un viol et c’est Jerusa qui l’a accueilli car sa mère, une jeune adolescente de 14 ans l’a rejeté. Lui aussi est hanté par un cauchemar. Il voit des ânes partout. On apprendra un peu plus tard la signification de ce tourment …. Au Brésil, la pauvreté côtoie la violence. Antoine ne veut pas y retourner malgré une femme aimante qui l’attend. Il est F, il veut revenir chez lui, se construire une vie. Tout recommencer. Mais que va lui apporter une France qu’il ne reconnaît plus ?

Les murs bleus est l’histoire d’une renaissance portée par les liens très forts qui vont unir le petit garçon et Antoine. Sous la plume pleine d’émotion et de sensibilité de Cathy Ytak, on voit évoluer leur relation. C’est tout un symbole. Loirinho a un voile sur les yeux, le même qu’Antoine, lorsqu’il regarde autour de lui et qu’il ne trouve plus sa place dans le pays qui est le sien. Il a laissé au Brésil la femme qu’il aime, il a peur de la décevoir, de la faire souffrir car le passé l’emprisonne. Il faut qu’il fasse des choix qui seront pour beaucoup influencés par Loirinho.

Le récit à la fois dur et touchant aborde le sujet de la guerre d’Algérie et de ce qu’elle laisse comme traces dans la mémoire. Des hommes meurtris, incompris, des femmes qui ont souffert, qui ont été brutalisées, violées, des reconstructions difficiles, voire impossibles. Ils sont seuls face à leurs démons, avec dans la tête et sur le cœur, des plaies béantes qui jamais ne se refermeront. L’amour est également très présent dans cette histoire : l’amour d’un pays, d’un enfant, d’une femme. Et c’est par amour qu’Antoine fera ses choix.

La décision, de Christophe Léon

Un choix difficile

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Zaïm, un jeune orphelin syrien qui vit dans un camp de réfugiés au Liban, a tout de la graine d’un champion. Il adore le football et ne cesse de taper dans la balle surtout dans la cour de récréation. Dans la balle ? Devrais-je dire plutôt dans une vulgaire boule de tissus entourée d’une corde. Il est doué. Un jour alors qu’il est avec ses copains, le chef de la Croix rouge s’avance vers lui, accompagné d’un homme. Ce dernier est un recruteur allemand, il est intéressé par Zaïm. Il lui tend un ballon en cuir et lui demande de montrer ce qu’il sait faire. Le jeune garçon s’exécute et réalise de véritables prouesses. Sa vie va alors basculer, lui qui jusque-là menait une existence plus que modeste, au fin fond d’un camp. Mais sera-t-il prêt à tous les sacrifices pour y arriver ?

La décision nous fait pénétrer dans le milieu du football, notamment dans les centres de formation. Pour certains jeunes, la technique et la volonté ne suffisent pas toujours. Certains recruteurs se font une fortune en «misant» sur des gamins comme Zaïm, ils profitent de leur désarroi, leur font miroiter monts et merveilles. Ils leur promettent un bel avenir qui les sortirait de leur misère mais attention aux personnes mal attentionnées… !

Un texte très court sur un sujet sensible.

Goal !, tome 1 : coups francs et coups fourrés, de Antoine Griezmann, Olivia de Dieuleveult et Fabrice Colin

Fais de ton rêve, ta vie…

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Antoine Griezmann a décidé de se lancer un nouveau défi en produisant une série de 6 romans à destination des jeunes. Il y raconte ses débuts dans le monde de football. Depuis sa tendre enfance, il rêve de devenir footballeur. Lui, un petit garçon chétif, un mordu de foot a dû jouer des coudes pour réussir. Son physique maigrelet fera longtemps obstacle pour accéder à des clubs professionnels. Pour en arriver au niveau que tous les « fouteux » connaissent, rappelons qu’il joue dans l’équipe de l’Atlético Madrid, Antoine Griezmann, dit Grizi, a surmonté beaucoup d’obstacles. Et pas des moindres quand on sait que son père adjoint de l’entraîneur de l’équipe de Charnay (71), à l’époque, s’est toujours refusé à voir son fils passer des sélections afin d’intégrer l’équipe locale. Du haut de ses 9 ans, Grizi sait ce qu’il veut mais se heurte aux refus répétitifs de son père. C’est grâce à sa mère qu’il atteindra son but.

Antoine Griezmann veut faire partager l’aventure qui a été la sienne, transmettre ses valeurs humaines et sportives. Un parcours semé d’embûches qu’il a su surmonter grâce à une volonté de fer. Alors que beaucoup ne croyait pas en lui, lui n’a jamais douté. Sa première fan, la première femme à croire en lui, sa maman qui a été très précieuse pour lui, il lui doit beaucoup. Cette série est un espoir pour tous ceux qui ont un rêve. Rien n’est impossible, il faut y croire, s’accrocher, ne jamais douter. Une série de six tomes à paraître jusque Février 2019.

Au bout du cerf-volant, de Hélène Montardre

l’espoir

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Mathieu est un petit garçon de 10 ans dont la vie a basculé. Son papa s’est suicidé et tout le quotidien de sa famille s’en est trouvé retourné : Déménagement, une maman qui traverse une grave dépression. Elle ne sort plus, ne peut plus s’occuper de Mathieu et de Julien son petit frère. Mathieu se fait beaucoup de souci pour elle et chaque soir quand il rentre de l’école c’est la peur au ventre. Comment va t-il retrouver sa maman ? Va t-elle le laisser comme son papa ? Mathieu est courageux, il prend en charge son frère, les courses après l’école. Un jour, il décide d’aller se promener en ville avec Julien. Au détour d’une rue, les enfants vont assister à un tournage de film, plus exactement à une scène mettant en opposition un groupe d’enfants qui se battent pour un cerf-volant. Mathieu tombe en admiration devant ce cerf-volant. Le metteur en scène l’invite à revenir le lendemain et plus encore. Le tournage va durer une semaine. Le jeune garçon en parle à sa maman un soir où celle-ci va un peu mieux. Son enthousiasme est contagieux et pour la première fois depuis longtemps, un rayon de soleil entre dans l’appartement. Mathieu va alors s’inventer un monde de fantaisie autour de ce cerf-volant.

Hélène Montardre nous présente des personnages blessés, meurtris, anéantis par la mort d’un proche. Ce petit garçon, Mathieu, est étonnant de courage prenant sous sa coupe un petit frère qui pense que son papa est parti et une mère éteinte par le chagrin. Si jeune et déjà face à de lourdes responsabilités. Et puis il y a la crainte que sa maman disparaisse à son tour.

Le récit va prendre une autre tournure avec l’apparition de ce cerf-volant. Au bout du cerf-volant la vie, une renaissance ?

Une belle histoire qui touchera tous nos lecteurs qui pourront aussi connaître l’origine des cerfs-volants, savoir comment en fabriquer. En effet, Hélène Montardre a constitué une petite documentation très instructive à la fin de son livre. On y découvre aussi comment se réalise un film et quelques renseignements sur l’écriture chinoise.

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J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, de Christine Arnothy

Le droit à la vie…

Afficher l'image d'origineChristine Arnothy a quinze ans en 1945. Elle est Hongroise, issue d’une famille bourgeoise, elle doit vivre dans une cave pour se protéger des nazis venus occuper la ville.

C’est le témoignage poignant et émouvant d’une adolescente qui ne veut pas mourir. Trop jeune pour que sa vie s’arrête, trop jeune pour vivre les atrocités d’une guerre. Elle a dû rester enfermée pendant deux longs mois. Les rares moments où elle pouvait sortir c’était pour aller chercher de la nourriture et là elle voyait la dure réalité des combats en marchant entre les cadavres de chevaux et d’hommes.

A la libération, le calvaire a continué puisque les sauveurs vont être plus cruels que les Allemands. Christine et sa famille vont devoir fuir leur pays quelques années après et trouveront asile en Autriche dans un camp de réfugiés. Christine trouvera son salut en travaillant en France comme nurse mais elle enchaînera les galères. D’ailleurs elle écrira une suite « il n’est pas si facile de vivre », où on sentira que sa reconstruction est difficile car marquée à jamais par toutes les atrocités qu’elle a vécues. Elle a vingt ans. Elle veut partir en France. Elle est étouffée par la présence de ses parents et elle décide de mener sa vie seule.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir raconte la guerre sans critique politique, le récit est dramatique et nous montre toute la cruauté des combats. Les scènes violentes ensanglantent la jeune fille qui s’accroche à ses lectures pour ne pas sombrer. Elle avait emporté un livre de Balzac et de Dickens. Elle n’a que quinze, elle ne peut pas mourir..Elle est jeune, la guerre ne peut pas l’arracher à la vie .. La guerre qui lui a volé son adolescence ne peut pas non plus la détruire..

Tout son témoignage repose sur ce qui se passe autour d’elle mais ne s’étend pas aux combats, c’est le récit de son quotidien dans cette cave.

Le lecteur va se rendre compte aussi que tout peut devenir malsain et désordonné après la guerre.Les gens souffrent et essaient de survivre en pillant, en devenant méchants à leur tour. Il n’y a plus de code moral, c’est l’instinct animal qui prend le dessus.

quelques passages :

….. »Dans l’intervalle, entre les coups directs atteignant la maison, je pensais à mon livre, me disant que, même s’il restait intact, je ne connaîtrais jamais la fin du roman, puisque tous en bas, dans cette cave, nous allions mourir «

« les jours se traînèrent. Nuits de cauchemars, combat contre un monde de fantômes. Mon pays de rêve s’était évanoui. Le sommeil ne me menait plus vers l’apaisement, mais vers les paysages lunaires du mal et de l’horreur »

« une âpre fierté m’envahit à l’idée qu’à quinze ans, j’allais mourir d’une mort de grande personne »

Là on sent que Christine grandit et mesure combien la situation est grave. Plus d’espoir de s’en sortir…

La première partie s’achève sur cette phrase de Christine :

« Comme ce serait bon de naître »

La jeune vie de l’adolescente n’est faite que d’angoisses, d’atrocités, de scènes d’horreur. Elle n’a que quinze ans et elle est fatiguée ….Fermer les yeux, faire comme si rien ne s’était passé, commencer à vivre…avoir l’esprit vide…

II faut savoir que Christine Arnothy a fui en emportant son journal cousu dans son manteau. J’imagine que si il avait été découvert elle n’aurait pas survévu à ces écrits..

Elle a eu une vie très dure mais elle a toujours affronté les difficultés pour pouvoir un jour réaliser son rêve: écrire son livre. Elle veut devenir écrivain donc elle doit s’en sortir et je pense que le but qu’elle s’est fixée va l’aider malgré tout à se battre et à espérer.

J’ai lu cette autobiographie quand j’avais l’âge de l’auteur et je dois dire que son histoire m’a émue, touchée. J’étais adolescente, j’avais le même âge que Christine donc je me suis identifiée totalement à elle . J’ai reçu son témoignage comme une confidente et je l’ai accompagnée pas à pas dans toute ses périodes de galères. On vit la guerre de l’intérieur, à travers une adolescente qui a toute l’innocence de son âge et qui va vite grandir . On peut faire un léger parallèle avec « le  journal d’Anne Frank » adolescente de treize ans, qui aura moins de chance car elle décèdera du typhus dans un camp de concentration.

Ces deux jeunes filles ont abordé l’atrocité de la guerre et leurs ouvrages constituent de précieux témoignages. Toutes les deux voulaient devenir écrivains.

Je conseille également de lire « il n’est pas si facile de vivre » qui se termine ainsi et résume l’état d’esprit de Christine qui a peut être enfin trouver la paix…

…. Moi je trouve que c’est naturel. Je voulais nourrir mon enfant, je voulais lui faire boire ma vie…. C’est l’accomplissement miraculeux. C’est le bonheur. Tout le bonheur ?….

Lisez ce livre sans modération…

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Plus près de nos rêves, de Carole Prieur

Le défi

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Céliane adore écrire des poèmes. Elle a 14 ans. Elle est discrète et seul son frère Gabriel, 19 ans, connaît son amour des mots. Lui adore la musique, il aime chanter, sa voix est sublime. Martin, 16 ans, le beau gosse du collège, guitariste, va participer à un télé-crochet et va demander à Céliane de lui écrire une chanson pour son casting. Après quelques hésitations, elle accepte. Elle en parle à Gabriel. Excité par le projet, il va se joindre à eux. L’aventure commence, ils espèrent gagner ! Vont-ils réussir à franchir les étapes de la sélection ?

Plus près de nos rêves est un roman plein d’émotions qui fait réfléchir sur la vie. Carole Prieur sait avec des mots simples passer des messages à travers le quotidien d’une famille. Je ne peux pas m’étendre sur l’histoire car j’en dévoilerai déjà trop ! Dès les premières pages et avec une couverture très révélatrice, le décor est planté.

Le ton est léger malgré les sujets traités. On est face à des parents protecteurs, une gamine très mûre pour son âge et Gabriel dont la situation est difficile. Toute l’histoire tourne autour de lui. Céliane, la narratrice, est fragile mais forte à la fois. Ses parents lui en demandent beaucoup notamment vis-à-vis de son frère. Elle a peu d’amis. Une fois sortie du collège elle s’empresse de rentrer pour être avec Gabriel.

Ce roman est un livre plein d’espoir qui montre que malgré les préjugés, les obstacles qui peuvent se dresser, il faut aller jusqu’au bout de ses projets , de ses rêves. Il ne faut pas s’arrêter aux apparences et porter des jugements. Une histoire émouvante et positive, des personnages très touchants.