Mon Eden, de Hélène Duvar

Comment vivre sans toi…..

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Erwan a 16 ans, il avait une sœur jumelle, Eden. Eden s’est suicidée et sa disparition l’a anéanti. Il est dévasté, il ne comprend pas. Pourquoi a-t-elle fait ça ? Ce n’est pas juste. Eden était parfaite, tout le monde l’aimait. Elle était sa moitié, son miroir, son double.

Les souvenirs le rongent, tout se bouscule dans sa tête, il est dans le déni. Comment avancer sans se demander sans cesse pourquoi ? Comment continuer sans elle ? Et puis vient le jour où Erwan découvre le journal intime de sa sœur. Un journal qui va lui apprendre qu’Eden avait elle aussi des failles, des blessures, des côtés un peu obscures. Erwan va alors se démener pour trouver les raisons qui ont poussé sa sœur à en finir avec la vie, une vie qui semblait si parfaite.

Mon Eden est un livre qui parle du deuil, de la vie après la disparition d’un être cher et plus précisément du suicide des adolescents. Il est d’autant plus terrible pour ceux qui restent de ne pouvoir expliquer les raisons d’un tel geste. Le mot pourquoi raisonne sans cesse, hante l’esprit. C’est une torture, un sentiment de culpabilité. On a rien vu, on a rien fait pour éviter un tel drame. L’histoire est racontée à travers les sentiments d’Erwan. Ainsi, le lecteur se sent proche de lui, partage sa douleur et son désarroi. Le roman n’en est pas pour autant larmoyant, il se veut rassurant et on peut comprendre que malgré tout, le temps peut aider à faire son chemin…

Bleu espoir, de Cathy Cassidy

Résultat de recherche d'images pour "bleu espoir cathy cassidy"Hannah est une adolescente discrète. En revanche, sa meilleure amie, Joey, c’est tout le contraire : provocatrice dans sa façon d’être et de se vêtir… et amoureuse de Kit, le frère tyrannique d’Hannah. Les parents adoptifs de Joey, famille d’accueil,  vont bientôt accueillir Paul, adolescent perdu suite à la disparition de sa mère. Mais Paul ne sera pas bien accepté dans son nouveau collège. Moqueries, bousculades… et pire encore !

Cette nouvelle histoire de Cathy Cassidy, auteur de littérature de jeunesse très appréciée des collégien(ne !)s interpelle sur des thèmes forts : l’adoption, l’abandon, le harcèlement, le mal-être adolescent, la différence, l’intolérance. La narratrice de l’histoire est Hannah qui raconte cette histoire de son point de vue. Cathy Cassidy a réussi à aborder des thèmes difficile avec beaucoup de subtilité et le ton reste otpimiste, comme nous l’indique le titre. Le silence et les secrets ne sont jamais une solution aux problèmes.  La parole est libératrice. Et l’adulte référent un refuge, comme le personnage de Mme Quinn, bienveillante professeur d’arts plastiques dans le livre.

Ce livre est émouvant et devrait être lu autant par les ados que par les parents, et surtout par le corps enseignant !

Une chronique écrite par Nathalie, parent d’élève

 

 

Lettre aux bourreaux de ma soeur, de Gwladys Constant

« Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son  présent »

Résultat de recherche d'images pour "lettre aux bourreaux de ma soeur fnac"Rose a le coeur brisé pour toujours. Elle a découvert sa petite soeur, Iris, pendue au lustre de sa chambre, avec le foulard qu’elle lui avait offert pour son anniversaire. La souffrance d’Iris, tout le monde la connaissait : elle s’appelait « harcèlement »… Mais personne ne pensait que ça allait aboutir à ce drame. On pensait qu’elle serait plus forte, qu’elle surmonterait les épreuves :

Malgré les demandes répétées de ma soeur, papa ne voulait pas la changer de collège. Pour lui, elle n’était pas fautive, ce n’était pas à elle de partir, sinon, cela revenait à accepter la loi du plus fort […]

Pour la motiver, je lui parlais du lycée : « Ce sera différent, tu verras, on est plus mûr, on a sa bande et on se fiche des autres ». Je lui parlais d’un truc qui arriverait deux ans plus tard. Mais c’est quoi deux ans, quand on en a treize ? Une éternité ! Le bout du monde ! Ce n’est rien mais c’est insurmontable ! Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son présent !

Mais les harceleurs sont mineurs et ne seront pas inquiétés. Alors Rose décide de venger sa soeur avec les mêmes armes qu’ils ont utilisés : les mots.

Ce texte d’une cinquantaine de courtes pages prend le parti de faire parler non plus les bourreaux ou la victime, mais un proche. Comment peut-on continuer à vivre lorsque l’on est le parent, le frère ou la soeur d’une victime qui s’est suicidée après avoir été harcelée. Comment vivre avec la culpabilité de ne pas avoir su voir, de ne pas avoir su comprendre, de ne pas avoir su agir à temps. Ici, en l’occurrence, la soeur aînée. Le récit alterne ses paroles dites lors de ses séances chez un psychanalyste et des passages de la lettre qu’elle a  écrite et envoyée aux bourreaux de sa soeur (dont la typographie choisie par l’éditeur, risque, hélas, d’être difficilement lisible par une partie des adolescents qui auront ce livre en main…)

Un texte intéressant, réaliste, dur, sur un sujet difficile et qui ne mâche pas ses mots. A la fin, petite interview de l’auteur, enseignante, qui explique sa démarche quant à l’écriture de ce livre.

 

L’aigle noir, de Hervé Mestron

Clap de fin !

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Une passion commune, la musique. Elle, c’est Billie, élève dans un lycée normand, douée pour le chant. Lui, c’est Nicolas Hartman, le nouveau professeur de musique. L’adolescente a tout pour être heureuse, un environnement familial aimant, des amis. Mais Billie est secrète, vit repliée sur elle-même. Hartman vient de Paris. Son passé est douloureux. C’est un homme meurtri qui essaie de fuir ses démons. Alors qu’il entre dans sa classe, il demande à ses élèves si quelqu’un sait chanter. Billie entame aussitôt un extrait de l’aigle noir de Barbara. La voilà transformée, elle se libère. Le charme opère immédiatement, Hartman est bouleversé par la voix de Billie. Il est persuadé qu’elle ira loin et veut l’encourager à persévérer dans le chant.  Deux êtres écorchés unis par une même sensibilité musicale. Lui qui veut fuir un passé cruel, elle, rongée par un secret douloureux. Mais voilà, le professeur qui semble proche de son élève, va être dépassé par la rumeur, va se retrouver malgré lui, dans une situation des plus critiques voire dramatique. L’entourage professionnel va faire bloc contre lui, va l’isoler. Une violence gratuite va s’abattre sur le professeur, le rendant impuissant face aux attaques.

L’aigle noir, un beau roman qui touche par le choix des thèmes. En effet, le lecteur est vite confronté à des sujets délicats tels que les relations professeurs/élèves, l’effet dévastateur d’une rumeur, le suicide, le deuil, les premières expériences sexuelles, l’importance de communiquer, de se confier. Hervé Mestron nous présente les deux personnages en parallèle et peu à peu l’histoire prend forme autour de leur détresse commune. Mais les événements vont s’enchaîner très vite, trop vite ! C’est la spirale infernale, Billie et Hartman ne maîtrisent rien, tout va se dérouler à un rythme étourdissant. Ce seront les malheureuses victimes de personnes engluées dans le jugement. Mais fondé sur quoi au juste ? Sur une impression, sur des bruits qui ne courent même plus, …  à ce niveau là, ils galopent ! Le lecteur serre la mâchoire pour ne pas hurler à l’injustice. Combien de personnes ont été ainsi détruites par une rumeur qui n’en finit pas, par un comportement mal interprété ? La rumeur a encore un bel avenir, jamais elle ne se taira. Elle prend tout. Elle déforme, elle assassine, elle se propage pire qu’un virus. Alors approchez-vous et écoutez ce conseil : « ne jugez pas sans savoir, restez prudents dans vos interprétations sur des faits ou des gestes. Alors suivez votre bon sens, ne nourrissez pas les esprits mal intentionnés . »

Sauveur et fils -saison 2 et 3- de Marie-Aude Murail

La vie n’est pas un long fleuve tranquille…

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Nous poussons de nouveau la porte du cabinet de Sauveur, psychologue. Nous retrouvons d’anciens patients auxquels s’ajoutent d’autres « écorchés de la vie ». Sauveur,  dévoué à tous ces gens dont la vie est une souffrance, n’arrive toujours pas à être à l’écoute de Lazar, son fils, qu’il a du mal à voir grandir. Si sa vie professionnelle paraît équilibrée, il n’en est pas de même pour le côté privé. Une vie sentimentale qui peine à s’installer dans une existence trop portée par le mal-être des patients. Sauveur reste brillant de sagesse, d’écoute. Il a envie de changement, de stabilité mais ne maîtrise pas toujours les événements qui surgissent dans sa vie privée. Il est maladroit et ne sait pas comment s’y prendre. Les confessions de ses patients commencent aussi à peser, Sauveur se sent un peu prisonnier de son dévouement. Nul n’est infaillible. C’est en cela que nous nous sentons proches des personnages. Personne est parfait et il n’y a pas forcément de « happy end » pour tous !

Marie-Aude Murail nous dresse avec réalisme une galerie de portraits très touchants. Ce tome est principalement orienté vers l’adolescence, une période difficile, pleine de doutes. Mais pas seulement, car toutes les générations sont présentes avec leur histoire et leurs blessures. L’auteur garde toujours ce regard juste, tendre et non critique. Elle manie l’humour pour parler de sujets graves et laisse toujours entrevoir un espoir.

Dans la saison 1, Lazar très curieux nous servait de guide. C’est lui qui nous prenait par la main pour nous faire découvrir son environnement. Dans la saison 2, Sauveur est plus en avant et devient plus présent pour nous livrer ses failles et ses ressentis. Le personnage progresse et nous prépare à la saison 3. Et puis n’oublions pas tous les petits animaux, hamsters, ouistitis avec lesquels l’auteur s’amuse à faire un parallèle avec les humains. Toutes ces situations nous font réfléchir au droit à la différence, à l’acceptation de soi, à la tolérance. Chaque être humain a ses faiblesses, personne n’a de solution miracle. Le tout est d’y croire et parfois d’avoir la chance que notre chemin croise celui d’un être compréhensible, prêt à nous donner ce coup de pouce qui nous fera rebondir…

Sauveur et fils -saison 3- de Marie-Aude Murail

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La maison de Sauveur devient un lieu de transit pour les âmes en errance. Sauveur se laisse déborder par son trop plein de bienveillance. La situation lui échappe et que reste-t-il pour sa famille ? Sa vie reste un véritable casse-tête… A sa place on aurait envie de pousser un cri et de tout envoyer balader. A force, on se demande si Sauveur n’aurait pas besoin à son tour d’aller consulter pour y voir plus clair dans toute cette joyeuse pagaille qui règne autour de lui. Ce tome 3 met d’avantage en avant les soucis d’ordre privé de Sauveur avec toujours en toile de fond ses patients. Mais Marie-Aude Murail resserre l’étau autour d’un homme qui a du mal à se construire et qui pourtant trouve une solution pour tous ceux qui viennent le voir. Il est sur une corde raide et doit faire attention de ne pas pencher du mauvais côté. Comme ce roman se termine en décembre 2015, l’auteur évoque l’actualité notamment les attentats de novembre 2015 à Paris. Un moment d’émotion sans voyeurisme, la difficulté des adultes à répondre aux questions des enfants, toutes les interrogations sur les raisons d’une telle violence. Nous revivons les événements de l’intérieur.

On prend vraiment plaisir à suivre tous ces personnages, on pénètre dans leur intimité, on fait partie de leur univers. On s’attache et on compatit.

La couverture de ce tome 3 est fraîche et pétillante de couleurs. Présage-t-elle de beaux changements pour Sauveur et son fils ?

Trois sagas qui jettent un regard juste sur notre société. A chaque début de tome, l’auteur fait un bref rappel de ce qui s’est passé précédemment, ce qui permet au lecteur de replonger facilement dans l’univers de Sauveur. Personnellement, j’aurai aimé que Sauveur soit un peu plus vif pour s’investir un peu plus. Notamment concernant sa vie sentimentale, je le trouve un peu mou et par moment j’aurais envie de le secouer.

Je pense qu’un tome 4 devrait suivre car ce troisième volet nous laisse un peu sur notre faim avec des situations proches du dénouement.

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Trouver les mots, de Gilles Abier

Sans voix…

Gabriel ne sait jamais trouver les mots qu’il faut quand il faut… Alors, quand un policier vient l’interroger sur le coup de fil que son cousin lui a passé la veille (12 minutes et 23 secondes précisément), il ne sait pas quoi dire. A-t-il seulement su dire les mots qu’il fallait à son cousin ? Si c’était le cas, le drame aurait-il eu lieu ?

Un récit court, dense, très fort, à la limite du supportable. Comme toujours, Gilles Abier, lui, a su trouver les mots pour décrire l’impensable. Un drame, un dérapage, la peur du qu’en dira-t-on, et tout s’écroule, une famille entière plongée dans la douleur. La faute à qui ? A quoi ? Le cousin qui n’a peut-être pas trouvé les mots est-il vraiment le seul fautif ? Les réseaux sociaux et la propagation des images n’est-elle pas le plus à blâmer. Une leçon sur la force du langage où seuls les mots peuvent sauver, d’un côté comme de l’autre. Face à un drame que l’on vit, parler à son entourage, à ses proches, faire confiance en ceux qu’on aime et qui nous aime pour ne pas nous juger et nous aider, telle est la grande leçon de ce petit livre poignant. Un récit qui sonne juste … tellement juste… trop juste… Un ouvrage pour alerter sur les dangers d’internet, plutôt à destination des lycéens et des lecteurs avertis (des scènes pourraient choquer les plus sensibles), à lire pour ne jamais retrouver cette histoire dans les faits divers… Un ouvrage qui laisse longtemps une trace en soi après l’avoir refermé.

Rester fort, d’Emilie Monk

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Rester fort, d’Emilie Monk

Rester fort est un livre qui raconte l’histoire d’une jeune fille, Émilie Monk, qui va tourner au drame. Émilie se donnera la mort le 19 décembre 2015, elle avait 17 ans.

Cette histoire est basée sur des faits réels car c’est sa mère Virginie Monk, qui l’a fait publier en hommage à sa fille. Émilie est une fille qui dans son ancien collège avait pleins d’ami(e)s, mais au moment de sa rentrée dans son nouveau collège, rien n’est plus comme avant, elle qui espérait tant retrouver une belle vie, va vite se rendre compte que ce ne sera pas une réalité. Malgré toutes ses méthodes pour se détendre, comme le bouddhisme ou encore les psys cela ne va pas l’aider à passer au dessus de tous ses malheurs.
Au fil du temps Émilie va commencer à recevoir des remarques, va se retrouver seule, ce qui va empirer son cas.
Dans ce livre, des personnes proches d’Émilie, vont lui rendre hommage, en racontant pleins de souvenirs avec elle, ce qui va parfois nous toucher très profondément. Il y a au total 14 parties dans ce livre dont une partie retranscrit l’intégralité du journal à Émilie que ses parents ont découvert après le drame,dont un passage en anglais : c’est Émilie qui l’a écrit de façon à nous raconter son désespoir.
Ses parents, particulièrement sa mère, va se sentir responsable de ce drame en se disant que c’est de sa faute et qu’elle n’a pas su se rendre compte que sa fille allait vraiment très mal.
Ce livre peut être lu par tous les collégiens, mais également les adultes et lycéens, car c’est un livre très facile à lire mais qui peut vraiment toucher beaucoup de personnes.
Virginie Monk a écrit ce livre dans l’espoir d’aider les adolescents victimes de harcèlement et d’isolement, mais aussi les parents qui auraient perdu un enfant dans de telles circonstances. Virginie cherche également à sensibiliser les élèves, collégiens, responsables de ces actes qui tournent parfois vraiment au drame, comme  en témoigne ce livre où sa fille s’est suicidée.
Il ne faut pas oublier que c’est à cause de ces personnes qui poussent d’autres à bout, parfois jusqu’au suicide, que des familles perdent un de leur proche dans des circonstances terribles. Un livre extrêmement émouvant qui m’a beaucoup touché. Un vrai coup de cœur.

Chloé, 3°- 14 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

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Plus loin, plus près, de Hannah Harrington

L’Eldorado du coeur

 

Afficher l'image d'origine« Pourquoi est-elle morte ? Pourquoi est-elle partie sans explications ? Je n’ai rien vu venir … Beaucoup de questions restées sans réponses … » June s’est suicidée. C’est Harper, sa sœur de 16 ans, qui l’a trouvée avant d’aller à l’école… Harper est anéantie, elle ne comprend pas. Elle pensait bien la connaître. En fait, elle se rend compte qu’elles n’étaient pas aussi proches qu’elle le pensait. Les années les ont séparées, les ont isolées.
L’ambiance familiale n’est pas des plus sereines : des parents séparés qui se déchirent les cendres de leur fille, une tante qui n’arrête pas de persécuter Harper avec ses sermons et la religion !
Ce drame l’a rend folle, elle va fouiller la chambre de June dans l’espoir de découvrir quelque chose qui expliquerait ce geste désespéré. Elle trouve au fond d’un tiroir une carte postale de Californie. Aller là-bas était le rêve de June. Harper décide alors de s’y rendre avec sa meilleure amie, Laney et Jake le confident de June, en emportant les cendres, sans prévenir ni sa mère, ni sa tante. Elle a l’intention d’emmener June au bout de son rêve et de disperser ses cendres en Californie. Elle caresse aussi l’espoir d’y rencontrer des gens qui auraient pu la connaître.
Nous allons les suivre dans leur long périple. Harper est tout le temps dans la retenue, à la limite sauvage, en retrait, Laney est pétillante et Jake va devenir en quelque sorte le protecteur de Harper. Mais au fur et à mesure du voyage, les relations entre les personnages vont évoluer et transformer Harper.
Elle va grandir, elle va enfin pouvoir exprimer son chagrin, mettre des mots sur sa souffrance.. ne pas savoir, n’avoir rien pu faire… des questions qui la rongent… Elle qui s’est fâchée avec sa sœur la veille de sa mort, qui l’a perdue sans qu’elle ait pu lui dire je t’aime.
La Californie va les rapprocher : tant de kilomètres pour ne faire plus qu’un. Aller plus loin pour être au plus près. Harper ne dira rien de sa décision de partir. Elle va faire comme sa sœur, elle va disparaître du jour au lendemain, sans explications, laissant sa mère en plein désarroi. Mais Harper, elle, reviendra…
En fait, ce voyage aura indirectement un impact sur toute la famille. Elle va se rapprocher de sa mère et la tante fera ses bagages, ne l’embêtera plus avec ses croyances : si c’est arrivé, c’est Dieu qui l’a voulu. C’est une façon de voir les choses. Peut-on si facilement se réfugier dans la religion pour trouver un apaisement, pour se consoler de la perte d’un proche ?

Harper passera par différentes phases. La culpabilité ne pas avoir vu le mal être de June, ne pas avoir pu faire quelque chose pour éviter le drame. Et puis la colère de se retrouver seule, rongée par le chagrin, en colère de ne pas savoir pourquoi, en colère contre sa soeur… June n’avait pas le droit de mourir, n’avait pas le droit de l’abandonner.

Aller en Californie va aider Harper à faire son deuil jusqu’au moment difficile de la séparation, jusqu’au moment où il faudra disperser les cendres.
Je pense que c’est à la fois une délivrance et un déchirement. Harper va se réconcilier avec sa sœur, elle l’aura emmenée jusqu’au bout de son rêve mais ce sera aussi un ultime adieu.Elle va enfin laisser partir June. Mais il ne lui reste plus rien de sa sœur, celle-ci disparaît à jamais, éparpillée dans les eaux de Californie. Aucun lieu de recueillement, rien à quoi se rattacher.
Harper aura réussi à surmonter la perte de sa sœur allant jusqu’à lui pardonner son geste.

Cette histoire est chargée d’émotions mais les personnages de Laney et Jake donnent un équilibre au récit et le teintent de notes plus gaies notamment avec Jake qui est musicien et avec lequel le lecteur redécouvrira des groupes mythiques et des chansons cultes . Laney, la bonne copine qui est amusante, qui croque la vie et ne se prive d’aucun plaisir.
Avec les trois personnages centraux du récit, l’auteur nous livre trois façons différentes d’aborder un deuil, de vivre avec…Elle nous montre aussi que malgré le chagrin, il faut rester fort pour ceux qui sont encore là. Le délicat sujet du suicide est abordé mais le récit n’est pas pour autant tout noir. Il nous tire malgré tout les larmes et nous fait réagir car nous sommes tous concernés de près ou de loin par le décès d’un proche, d’un ami.
Personnellement , j’ai beaucoup de mal à aborder ce sujet et j’envie les gens qui arrivent à surmonter cette épreuve en se réfugiant dans des croyances.Je pense que ça les aide à accepter. Mais je comprends Harper qui attend des réponses concrètes à ses « pourquois » et qui donc repoussent les discours religieux . Pour avoir vécu la même épreuve, je sais qu’on porte éternellement un lourd fardeau d’impuissance quand la vie nous enlève brusquement un être cher qui a décidé de disparaître sans rien expliquer…Tous les discours ne nous sont alors d’aucune aide car aucun ne peut nous apporter des réponses. Le défunt a emporté avec lui un lourd secret qui nous torturera et qui renforcera le vide déjà trop grand qu’il a laissé…

 

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