Mon Eden, de Hélène Duvar

Comment vivre sans toi…..

ed.jpg

Erwan a 16 ans, il avait une sœur jumelle, Eden. Eden s’est suicidée et sa disparition l’a anéanti. Il est dévasté, il ne comprend pas. Pourquoi a-t-elle fait ça ? Ce n’est pas juste. Eden était parfaite, tout le monde l’aimait. Elle était sa moitié, son miroir, son double.

Les souvenirs le rongent, tout se bouscule dans sa tête, il est dans le déni. Comment avancer sans se demander sans cesse pourquoi ? Comment continuer sans elle ? Et puis vient le jour où Erwan découvre le journal intime de sa sœur. Un journal qui va lui apprendre qu’Eden avait elle aussi des failles, des blessures, des côtés un peu obscures. Erwan va alors se démener pour trouver les raisons qui ont poussé sa sœur à en finir avec la vie, une vie qui semblait si parfaite.

Mon Eden est un livre qui parle du deuil, de la vie après la disparition d’un être cher et plus précisément du suicide des adolescents. Il est d’autant plus terrible pour ceux qui restent de ne pouvoir expliquer les raisons d’un tel geste. Le mot pourquoi raisonne sans cesse, hante l’esprit. C’est une torture, un sentiment de culpabilité. On a rien vu, on a rien fait pour éviter un tel drame. L’histoire est racontée à travers les sentiments d’Erwan. Ainsi, le lecteur se sent proche de lui, partage sa douleur et son désarroi. Le roman n’en est pas pour autant larmoyant, il se veut rassurant et on peut comprendre que malgré tout, le temps peut aider à faire son chemin…

Les voleurs d’histoires, de James Riley

De l’autre côté du miroir…

voleurs.jpg

Andie adore lire. Dès qu’elle peut, elle se laisse transporter avec délice dans des histoires imaginaires. Mais au-delà de ce plaisir, elle a le pouvoir de voyager dans les livres. Dès qu’elle en ouvre un, elle est comme happée, comme aspirée. Elle rencontre les personnages et voyage au fil des pages. Andie a cependant une règle : ne rien toucher au récit, ne pas modifier le cours de l’histoire. Laisser tout intact, comme l’auteur l’a écrit. Mais tout change quand Finn découvre par hasard son pouvoir. Il est ahuri quand il voit Andie s’extirper de  Charlie et la chocolaterie. Il croit rêver mais quand son amie l’emmène à l’intérieur d’une histoire, il est bizarre, en proie à de curieux sentiments. La jeune adolescente lui fait promettre de ne rien révéler, de garder le secret. Mais Finn a soudain plein d’idées en tête. Sa vie va peut-être prendre un nouveau tournant. Et si elle devenait un petit peu plus palpitante ….

Les voleurs d’histoires est en fait une histoire dans l’histoire. D’abord, il nous entraîne dans l’univers merveilleux des livres, des personnages imaginaires. Ensuite on apprend qu’Andie a un secret de famille. Donc tout au long de cette histoire, elle va mener en parallèle une quête.

Ce roman nous fait réfléchir aussi sur le danger du pouvoir. Des personnalités se révèlent et la crainte est dans ce qu’ils vont en faire ! Changer leur vie, modifier celle des autres, mais à quel prix…

.

Dans le monde pestaculaire et terrib’de ma sœur Minnie et de son vilain lapin, de Lissa Evans

Il faut sauver les Doubidous !

minnie.jpg

Nos chères petites têtes blondes adorent qu’on leur lise en boucle leurs histoires préférées. Même s’ils les connaissent par cœur et qu’il n’y a plus de surprise, nos chérubins prennent toujours le même plaisir à les écouter. Mais qu’en est-il de celui qui doit s’y coller ? Eh bien, demandez à Fidge qui ne supporte plus le livre fétiche de sa soeur Minnie, les Woos Wimbley. Minnie qui a quatre ans, en redemande tous les soirs ! Elle traîne également partout, Lapirouze, un grand lapin en velours, un doudou bien encombrant que Fidge déteste. Les deux sœurs ne partagent pas le même univers et pourtant un concours de circonstances fera que Fidge va se retrouver coincée à l’intérieur de l’album préféré de sa petite sœur. Un monde farfelu, plein de couleurs, de féerie que Fidge ne pourra quitter qu’après avoir résolu des énigmes plus bizarres les unes que les autres. Mais elle n’est pas seule dans cette aventure qui va changer le sens de sa vie et l’amener à réfléchir sur ses émotions et ses comportements.

Un roman acidulé, un merveilleux voyage dans un monde imaginaire, un monde étrange et fantastique à la fois où se mêlent l’humour, la fantaisie, le suspens. Mais malgré la magie des histoires d’enfant et ce côté Alice au pays des merveilles, Lissa Evans va plus loin et appelle à la réflexion sur la tolérance, la différence, l’amitié, l’entraide. Une sorte de voyage initiatique pour les personnages.

La couverture, les illustrations font de ce conte, un très beau livre. La plume de l’auteur est légère et très agréable. Un récit amusant et bien rythmé. Un vrai régal !

L’histoire du garçon qui voulait vivre dans un bocal, de Lisa Thompson

Une bulle d’amour…

Matthew a 13 ans. Mais le jeune garçon ne supporte pas le chiffre 13 donc il dit qu’il a 10 plus 3. Matthew souffre de troubles obsessionnels compulsifs, de TOC pour faire plus simple. Obsédé par la propreté, il fait la chasse aux microbes, se lave les mains dix à quinze fois de suite, plusieurs fois par jour. Il porte des gants en latex et ne mange que des plateaux repas entourés de cellophane, seul, dans sa chambre. Il n’a aucun contact tactile avec ses parents, auxquels il interdit l’accès de sa mansarde de peur d’être contaminé par leurs germes. Une situation qui l’a contraint également à arrêter l’école. Il ne voit plus ses amis. Le monde extérieur l’effraie. Il passe ses journées reclus dans son alcôve, devenu un refuge qu’il maîtrise et qu’il désinfecte plusieurs fois dans la journée. Ses parents sont tristes et démunis. La situation leur échappe, ils ne comprennent pas. Matthew passe son temps derrière la fenêtre de sa chambre à observer tous les faits et gestes de ses voisins. Il note avec précision ce qu’il voit dans un petit carnet. Mais tout va basculer avec la disparition d’un petit garçon, Teddy, 15 mois, petit fils du voisin. Matthew est le dernier à avoir aperçu le jeune bambin. A-t-il été enlevé ? S’est-il tout simplement perdu ? Intrigué, notre héros va mener l’enquête, aidé par son amie Mélody qui fera le lien avec l’extérieur.

Le sujet évoqué m’a beaucoup touchée. En fait, j’ai été bouleversée par Matthew, ce jeune garçon dont la vie est un calvaire. Comment vivre avec cette maladie qui pourrit littéralement l’existence, qui parasite le quotidien au point de se refermer sur soi et de couper les ponts avec l’extérieur, avec les gens qu’on aime, pour se prémunir. Lisa Thompson a su transmettre toutes les émotions, les ressentis du jeune adolescent. Matthew, très mature, est fragile mais courageux tant sa souffrance est importante. On ressent son angoisse grandissante quand il est obligé de sortir notamment pour ses rendez-vous médicaux. Une panique l’envahit, il ne supporte plus d’être dehors, la seule chose qui va le calmer est de rentrer chez lui et de se laver. Que dire de ses parents, tellement démunis, qui ne comprennent pas le comportement de leur fils. Ils souhaiteraient le voir sortir avec ses amis et surtout reprendre le chemin de l’école. Ils perdent patience parfois et s’emportent. Mais peut-on leur en vouloir ?Ils veulent avant tout le bonheur de leur fils mais quoi faire ? Ce qui arrive à Matthew est un mystère dont ils ne connaissent pas l’origine. C’est une famille que la maladie écorche. On a mal en même temps que Matthew qui s’interdit d’être heureux. Matthew se confie à un lion, un motif du papier peint de sa chambre. Il lui parle. Et par les mots qui traversent la tête de Matthew, on devine qu’un événement survenu dans sa famille a eu un effet dévastateur sur lui. Mais quand on en connaît les raisons, on ne peut que souffrir davantage pour ce jeune. Le personnage de Mélody, qui est dans la classe de Matthew, va mettre de la couleur et du sourire à cette histoire. Elle est rigolote, un peu collante et elle fait du bien !

C’est un roman en deux temps. La première partie nous fait découvrir Matthew, son quotidien, sa maladie puis l’histoire décolle avec la disparition de Teddy. Le rythme est plus soutenu, l’auteur nous entraîne dans une enquête pleine de rebondissements ! Le personnage de Matthew prend alors une autre dimension. Au fil du récit, une intrigue se noue autour de lui. Attachant et courageux, il commencera à se dévoiler. Ce roman vise principalement nos jeunes lecteurs qui comprendront facilement les troubles dont souffre l’adolescent mais touchera également l’adulte qui ne restera pas insensible à cette histoire.

L’auteur n’a pas simplement écrit un livre policier en traitant un sujet sur les TOC. Elle est allée au-delà en évoquant entre autre les thèmes du deuil, de l’amitié avec beaucoup d’émotions et si vous êtes juste un peu sensibles, vous vous laisserez aller à verser une larme pour le final.

Le voile noir, de Anny Duperey

Mémoire mutilée

Il faut que je me vide déjà de l’émotion suscitée par cette histoire de vie ou devrais-je dire de mort. Je n’arrive pas à me détacher de ce livre, je l’ai fini mais il est encore en moi…

Anny Duperey est bouleversante, tellement digne, tellement sincère. Comment construire sa vie d’adolescente puis d’adulte quand la perte de ses parents arrive si jeune.

En 1955, les parents de l’auteur meurent de façon très tragique alors qu’elle n’a que 8 ans et sa sœur 6 mois. C’est elle qui va les trouver et cette image déchirante est la seule chose qui lui reste de cette petite enfance. Elle n’a aucun souvenir d’eux. La mort est révoltante mais là, elle est d’autant plus inacceptable qu’elle s’en sent coupable. Je tairai les conditions qui l’ont provoquée pour ne pas tout dévoiler. Ce moment précis de sa vie va la hanter pendant de nombreuses années. Anny Duperey a déposé un voile noir sur tout ce qui a précédé le drame. Il n’y a plus « d’avant »

… «J’ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d’avant, d’eux, que ces images en noir et blanc.»

Son père était un très grand photographe et l’auteur va essayer de reconstituer sa vie d’avant à partir de photos qu’elle détient enfouies dans un tiroir depuis 30 ans. Chaque photo va constituer alors une pièce d’un puzzle de vie difficile à constituer. Cette mort qu’elle leur reproche, qui va dévaster son avenir.

… «Curieusement, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d’avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l’excuse de la maladie, sans même l’avoir voulu, quasiment par inadvertance. C’est impardonnable.»

Au départ, l’idée de l’auteur est d’éditer un album des plus belles photos de son père, Lucien Legras mais très vite elle se rend compte que celles-ci représentent en fait sa mémoire. De là est né Le voile noir. Elle écrit ce livre presque 30 ans après la tragédie. Regarder ces clichés est un réel traumatisme mais essentiel pour connaître sa vie d’avant. Le texte ne va pas sans ces photos qui seront le fil conducteur du récit. Les photos sont décryptées à la loupe, les visages sont étudiés, les expressions analysées. Pourtant jeune quand ses parents ont disparu, Anny Duperey a toujours refoulé son chagrin, sa douleur, sa détresse, avec un sentiment de culpabilité effroyablement intense. En fait, curieusement, ce livre est fait pour aider l’auteur à exprimer un chagrin. C’est une sorte d’exutoire. Au début, on sent que l’auteur a encore cette carapace qui lui interdit la tristesse, les larmes mais, petit à petit, des portes s’ouvrent et son cœur saigne… Elle prend de la distance avec ses parents et d’ailleurs quand elle nous en parle, elle dit « Eux ».

Dans cette vision idéale, il était hors de question d’écrire avec un paquet de Kleenex sur la table. C’est raté.

Elle reviendra souvent sur le matin où ses parents sont partis car de là commence tout le refoulement d’Anny Duperey. Elle les a perdus deux fois, physiquement et mentalement. On la sent prise entre la culpabilité de n’être pas morte avec eux et la colère d’avoir été abandonnée. Elle les a « oubliés ». Ecrire sur sa vie est difficile quand tout est enfoui, effacé…Ces clichés vont aussi rassurer l’auteur qui voyait ses parents comme deux étrangers. Elle va comparer des portraits de sa mère avec le sien et elle sera touchée par la similitude de leur regard. Elle est émue.

Elle avoue que longtemps elle a caché ses yeux, elle a longtemps refusé cette ressemblance, elle l’a réfutée. Elle modifiait son regard à grands coups de maquillage.Elle refoulait tout ce qui pouvait la rapprocher de ses parents, de sa mère.

« J’ai toujours détesté mes yeux-mes VRAIS yeux- et ce regard que mon père avait fixé sur ce portrait…..Or depuis peu j’accepte de vivre avec et de montrer mes yeux nus tels qu’ils sont.Tes yeux, ma mère, et le regard que tu m’as légué. »

Elle adressera d’ailleurs une lettre très touchante de pardon à sa maman.

Anny Duperey souffre aussi d’avoir été séparée de sa petite sœur, encore nourrisson à l’époque des faits. Elle qui prenait plaisir à s’occuper d’elle, à jouer à la mère poule. Les familles respectives des défunts se sont« partagées »les filles. Chacune a donc grandit sans l’autre.

« Votre mort m’a rendue à jamais enceinte de vous. Vous m’habitez. Je vous aime. »

Cette phrase m’a bouleversée, on sent l’auteur réconciliée, proche comme jamais de ses parents qu’elle a retrouvés dans la mort. Quelle image forte et déchirante à la fois. C’est l’aboutissement de tant d’années de souffrance. Serait-ce faire son deuil enfin ? Pour Anny Duperey faire son deuil c’est laisser ses parents partir en paix. C’est s’éloigner de cette fillette de 8 ans ! C’est grandir. Elle vient de les retrouver, elle vient de se réconcilier avec un passé qui s’est arrêté à ses 8 ans. Une partie d’elle refuse de se retrouver seule à nouveau… Elle veut garder ses parents en elle, prisonniers de son cœur, de son corps.

« Il faudrait à présent – et cette seule pensée m’arrache le coeur – qu’ils deviennent de « vrais morts qu’on n’APPELLE plus ». Ils m’ont quittée, il faudrait maintenant que je les laisse partir de moi, décider que cette manière de vivre avec deux morts en filigrane entre moi et toute chose a fait son temps.
Il faudrait arrêter de se battre, faire la paix. Grandir. »

Preuve qu’elle a évolué, elle leur dit « je vous aime » à la fin de son ouvrage alors qu ‘au début elle ne veut même pas leur dédier ce livre..

Cet écrit autorise maintenant l’actrice à se souvenir, à lâcher sa tristesse et peut-être aussi à cicatriser ses plaies. Elle revendique aussi le droit à la souffrance pour les enfants, le droit aux larmes dont elle s’est si longtemps privée.

Anny Duperey est vraie, je me suis laissée emporter par son écriture si puissante, si forte. Elle aborde la réalité de la mort, de ce qu’on peut ressentir quand elle nous approche. Les photos sont superbes, empreintes d’une grande nostalgie. Le voile noir a masqué ses souvenirs pour enterrer une souffrance.

Enregistrer

Kid I luck ! 1, de Yuko Osada

Le rire pour remède

Kid I Luck !, tome 1 par OsadaKinjiro, le caïd du lycée ne peut admettre le viol de sa meilleure amie, la douce Kuriko, qui, depuis son agression, reste cloîtrée chez elle. Il lui rend visite chaque jour et tous les moyens sont bons pour essayer de la sortir de sa dépression… Mais rien ne marche. Alors, il a l’idée de la guérir par le rire : ce bagarreur qui fait peur à tout le monde et qui n’a pas un brin d’humour est bien décidé à devenir le champion du rire, et pour cela, il trouvera une alliée improbable en la très timide Yayoi.

Après la réception d’un petit fascicule publicitaire sur la présentation de ce manga, le comité de lecture du CDI a souhaité l’acheter… et ceux qui l’ont déjà lu aiment beaucoup. Concours d’humour très japonais… et donc très particulier pour nous, occidentaux ! Mais au-delà de ces blagues, c’est un drame très profond qui nous est dévoilé : la scène de l’agression de Kuriko est explicite et marque les esprits (scène qui fait de ce titre un manga destiné à un public à partir de la 4ème à mon avis) et malgré les quelques planches colorées du début, en guise d’introduction, le reste de l’histoire garde ce fond grave marqué par la dépression  de la jeune fille. Une histoire d’amitié attachante et un personnage haut en couleur. Une série qui se termine au bout de 3 volumes, ce qui est très rare dans le monde des mangas… On achètera probablement la suite dès qu’on le pourra financièrement. Intéressant.