Le chat de Rose, de N.M. Zimmermann

Plus rien ne sera pareil maintenant…

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Clara a l’habitude d’aller chez sa grand-mère Rose qui habite une maison au milieu des bois. Mais cet été, quand elle s’arrête devant la demeure, quelque chose a changé. Un vent de douleur et de tristesse remplace les rires et l’insouciance de Clara. Où est le chat de mamie qui est toujours là pour l’accueillir ? La petite fille va alors s’échapper dans la forêt pour le retrouver. Un milieu dans lequel Clara va s’inventer un monde peuplé de monstres et de créatures étranges pour faire face à une situation difficile, qu’elle a du mal à gérer : le décès de Rose…

Une histoire douce et touchante pour aborder le thème du deuil. N.M Zimmermann a su aborder ce drame de belle manière. A aucun moment il est écrit que Rose est morte mais les images, les souvenirs évoqués par Clara ne laissent aucun doute. L’imaginaire dans lequel s’enferme Clara n’est autre que l’évocation de ses sentiments qu’elle refoule, et rend ce livre original.

Les ombres de Kerohan, de N. M. Zimmermann

D’étranges vacances en Bretagne

Les ombres de KerohanVoilà une histoire tout à fait dépaysante ! Plongé au XIXe siècle, le lecteur découvre, en même temps que les deux personnages principaux, Viola et Sebastian, le manoir étrange de M. Kreven, leur oncle. Dès le début du roman, l’ambiance est caractérisée par un suspens qui plaira à tous les niveaux du collège et donnera à coup sûr envie de tourner les pages. Les questions que se posent les deux enfants lors du voyage sont autant de mystères que la lecture ne lèvera que tardivement.
L’atmosphère est d’abord pesante, voire austère, puis devient inquiétante. Pesante car les enfants sont orphelins de mère, délaissés par leur père appelé à Londres pour une durée indéterminée, et enfin quittent leur gouvernante qui n’ira pas avec eux jusqu’au bout du trajet. Ainsi, ils apparaissent comme les petits êtres esseulés des contes que l’ogre fait entrer dans son antre. A ces abandons succède une série d’événements qui ne feront qu’accentuer l’aspect énigmatique de l’œuvre. Chaque découverte apporte son lot d’interrogations : qui est l’étrange Docteur Vesper omniprésent dans les lieux ? Pourquoi cousine Ismérie et sa mère sont elles si peu visibles au manoir ? Quelles sont ces ombres qui se promènent la nuit dans la grande demeure ? Pourquoi les portes restent-elles fermées ? Est-il vraiment impossible de sortir du parc ?
Rapidement, le genre littéraire s’oriente vers le fantastique et plaira sans doute beaucoup aux élèves qui s’y sont davantage intéressés en 4è. Les légendes que le petit frère, Sebastian, évoque sans cesse semblent de moins en moins être le fruit de son imagination. Toute situation inexplicable permet deux hypothèses : l’une rationnelle, souvent élaborée par Viola qui incarne la sagesse, la lucidité, le discernement, et l’autre surnaturelle, confortée par le point de vue de Sebastian, enfant à l’esprit fantasque, mais également par les réponses insatisfaisantes que donnent la femme de charge, le docteur et le vieil oncle.
Le manoir sombre n’est pas un lieu rassurant et peut s’avérer une demeure angoissante : âmes sensibles, s’abstenir. Cependant, il est le lieu d’expériences fabuleuses que le point de vue interne permet au lecteur de vivre de manière intense : c’est le crissement d’une porte, un froid pénétrant, l’odeur suave du chocolat chaud, la vue d’une silhouette éthérée, un cœur qui bat et un esprit inquiet. Tous les sens sont en éveil ! Il vous faudra aussi de la patience -mais la curiosité vous en donnera largement- pour élucider tous les mystères qui perdurent jusqu’à la fin du livre. La chute est totalement inattendue, et, sans nous laisser sur notre faim, laisse quelques questions sans réponse.
L’ouvrage reste assez volumineux avec 227 pages à lire, et je le conseille à des lecteurs plutôt aguerris, bien qu’il soit accessible dès les plus petites classes du collège. La narration offre un récit au passé, contenant de nombreux dialogues. Les descriptions sont fouillées et riches en détails. Elles vous feront voyager dans un univers d’une autre époque, où l’on roule en carriole, désignant avec un vocabulaire précis le nom d’un habit d’antan, d’un insecte, d’une créature bretonne légendaire comme le fameux korrigan.
Les points forts de ce livre sont certainement le suspens qui vous tient en haleine jusqu’au bout, mais également la richesse de la langue qui rend avec finesse les émotions, les sentiments, et l’expression de tous les sens.