Je suis Camille, de Jean-Loup Felicioli

Camille, 11 ans,  vient de revenir en France avec sa famille, après un séjour à Los Angeles aux Etats-Unis où ils ont passé quelques années car son père y avait son travail. 

Aujourd’hui, elle rentre en 6ème… Camille est angoissée car dans sa précédente école, aux Etats-Unis, les choses s’étaient mal passées… Elle n’a pas envie que ça recommence, être la risée des autres, être obligée de déménager. Car Camille a un secret, un secret très lourd à porter. Mais cette première journée dans son nouvel établissement est prometteuse : les profs ont l’air dans l’ensemble assez sympathiques et Camille s’est peut-être fait une copine ! 

Va-t-elle réussir à s’intégrer, à se faire des amis malgré sa différence ? 

 

Un album très tendre pour un sujet délicat et très peu traité en littérature de jeunesse : le transgenre.  Camille est en fait une petite fille née dans un corps de garçon. Les illustrations sobres, colorées et intimistes rendent les personnages particulièrement attachants. La jeune Camille, héroïne discrète et forte, se lie d’amitié avec Zoé, une jeune fille pleine d’énergie, tolérante et respectueuse. Un message d’espoir pour l’acceptation de la transidentité qui n’est ni une maladie, ni un « problème psychologique » mais bien un genre différent qui doit être accepté par la société et ses conventions. 

Ca y est, le bruit s’amplifie, c’est maintenant un rire énorme et mécanique, un ronflement de locomotive. Tous s’y sont mis. Ils rient et me regardent, les sourcils froncés. Ce sont d’immenses marionnettes à la mine sévère. Et moi, au milieu d’eux, je me recroqueville et me mets à rapetisser…

-[…]Tu es si courageuse… Tu as choisi de vivre en écoutant ce que tu ressens au fond de toi. Et ce n’est pas un chemin facile. – Je ne sais pas si je vais y arriver, maman. – Aie confiance, tu es beaucoup plus forte que ce que tu crois.

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George, Alex Gino

Qui suis-je ? Je suis moi

 George vit avec sa mère et son grand frère Scott. Elève en classe de CM1, sa meilleure amie s’appelle Kelly, une fille ouverte et intelligente, une réelle amie sur laquelle George peut compter. Mais George, portant ce prénom certes mixte mais plus connoté masculin, est une fille… enfin non, un garçon. Mlle Udell et M. Jackson, professeurs des  classes de CM1,  organisent une pièce de théâtre du Petit monde de Charlotte. L’ensemble des élèves participant à l’audition se verront attribuer un rôle dans la pièce. George s’imprègne totalement du personnage de Charlotte l’araignée et souhaite par-dessus tout jouer le rôle de ce personnage devant tout le monde, notamment devant sa mère.  George rêve d’incarner ce personnage pour une raison bien précise. « Elle » pense que sa représentation sur scène montrera à sa mère qu’elle n’a pas un fils mais une fille. Ce rôle ne s’apparente pas une simple interprétation mais au rôle de sa vie, celui qui lui permettra de sortir de ce tunnel sombre dans lequel George se situe. Avant d’auditionner, George s’entraîne dur avec Kelly. Sa meilleure amie la trouve parfaite et même bien meilleure qu’elle dans le rôle de Charlotte. Bien que ce soit un garçon, Kelly pousse George et l’incite à auditionner pour ce rôle de Charlotte, réservé aux filles de la classe. La réaction de Mlle Udell lorsque George interprète le rôle de Charlotte la décourage totalement. Mlle Udell pense que c’est une plaisanterie, George ne peut pas jouer le rôle d’une fille, c’est un garçon…

Les couleurs du titre annoncent d’emblée la thématique principale du roman. Alex Gino, l’auteur, livre une réflexion intéressante sur la transsexualité et plus largement sur les différences. Se considérant lui-même transgenre, ni homme, ni femme, l’auteur décrit les sentiments de George avec justesse, ce qui permet de comprendre aisément la difficulté des personnes vivant douloureusement dans cette situation. Encore enfant, George souffre au quotidien car il apparaît comme coincé dans un corps, un corps dans lequel il ne pourra jamais s’épanouir. Une situation difficile à vivre et complexe à dévoiler à sa famille et à ses proches par crainte de leur faire du mal, de ne pas être compris et même d’être rejeté. Ce fardeau lourd, porté sur ses épaules encore fragiles, le ronge. George est spectateur de sa propre vie. Sa meilleure amie, Kelly, est un personnage très attachant, l’amie que toute personne dans cette situation particulière devrait avoir à ses côtés. Compréhensive, humaine, prête à tout pour aider son amie et lui faire vivre ses premiers jours de bonheur, l’auteur réalise à travers ce personnage secondaire  une belle démonstration de l’acceptation de l’autre. Son attitude vis-à-vis de George apparaît telle une espérance, l’espoir qu’un jour, tout le monde réagira de cette manière face aux différences singulières de chacun et que barrières et étiquettes s’effaceront de notre quotidien. La directrice de l’école quant à elle incarne la bienveillance, il est en effet fondamental d’aider et d’accompagner les jeunes qui se construisent, particulièrement à un âge où s’assumer, c’est aussi prendre un risque.

Un roman intéressant, plaisant et émouvant pour sensibiliser aux valeurs citoyennes, notamment dans le climat actuel de la société. Rejeter la différence est un acte dur et sévère envers celui étiqueté de la sorte, notamment à l’âge de l’enfance et de l’adolescence où chacun se construit, se cherche une identité et que la moindre différence peut conduire au rejet et à la cruauté.

Ce livre peut être lu dès la 6ème et s’apparente à un outil pertinent à exploiter dans le cadre de l’éducation morale et civique mais aussi lors de projet relatif  à l’éducation à la citoyenneté.

Suivez le lien pour visionner le teaser : https://www.youtube.com/watch?v=dn5BoRZggn8

Sortie en librairie le 1er février 2017

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